‹ Histoire de Charles VChapitre 160 sur 381 · Robert Ufford, comte de Suffolk {Ibid., p. 347, v. i · texte numérisé non relu

Robert Ufford, comte de Suffolk {Ibid., p. 347, v. i

8. Jean Chandos, fils d'Edouard, « le plus illustre chevalier du monde » au dire de du Guesclin ; tue au pont de Lussac, le 3i déc. iSôg ; l'un des premiers chevaliers de la Jarretière (Coxe, p. 3/19, v. 167).

(). Eustache d'Auberchicourt, d'une famille du llaiiiaul. Son père Sanche d'A., déjà très en faveur auprès d'Edouard III, fui l'un des fondateurs de la Jarretière. 10. Jean 111 de Grailly, dit le captai de Buch ; l'un des fondateurs delà Jarretière.

SUPÉRIORITÉ DE L ARMKE ANGLAISK 22 1

celle (le Cliandos. Tons on presque tous les soldats de celle armée avaienl fail campagne l'automne précétient, en Languedoc, et au printemps en Agenais. Une chevauchée de plus de deux mois les avait conduits des bords de la Garonne à ceux tle la Loire, et ç'avaient été presque tous les jours des escarmouches, des assauts de forteresses, des raids à grande distance, Non seulement, ils avaient été tenus en haleine, mais merveilleusement « entraînés » et aguerris.

Qu'allaient-ils trouver devant cu\ ') Un grand roi, le plus puissant de la Chréticnlé, comme le confessent les clironiqucs anglaises ellesmêmes ', et dont le prestige n'était pas encore atteint ; une brillante et nombreuse noblesse, d'une bravoure indiscutée, mais réunie hâtivement, dont la concentration s'était faite un peu au hasard, en cours de roule, et surtout mal commandée, mal encadn'e. Les prescriptions très sages de l'ordonnance de i3ji -, ou n'avaient pas porlé leurs fruits, ou n'avaient pas été obéies. Nul groupement sérieux de ces compagnies à elTectifs si variables, venues de toutes les provinces du royaume, et qui ne pouvaient acquérir sur le champ de bataille une cohésion dont elles n'avaient jamais eu l'idée. Seuls, les grands banncrels étaient en mesure de présenter quelques unités plus nombreuses, ({uelquesunes de ces « roules » de 5o, loo ou i5o hommes d'armes, dont le Koi aurait voulu généraliser la formation. On con{;oil le désordre qui régnait dans une armée ainsi constituée, et avec quelle facilité la panique pouvait s'y propager. Circonstance aggravante, Jean II n'a point de fantassins proprement dits : les gens de pied mentionnés par les chroniqueurs devaient êtredes valets ou des convoyeurs. Et cependant le Roi et ses conseillers ont compris la nécessité du combat à pied. Ils vont l'inaugurer dans les pires conditions, en lançant des cavaliers, démontés pour la circonstance, contre un ennemi protégé par des obstacles naturels, contre des hommes d'armes qui, sans avoir rien perdu de leur aptitude au combat à cheval, sont rompus depuis longtemps à une double tactique et ont la solidité d'une vieille infanterie.

1. Chronicon abbatiae de Parco Lude, edited by the Rev. Edmund Venables M. A., precentor of Lincoln Gathedral, etc. Printed for Uie Lincolnsliirè Record Society, 1891, p. 30 : « ... ubi {à Poitiers) prefatus Edwardus, immo non EdAvardus, sed Christus Edwardo propitius, de nieinorato viro tain patente, tani famoso et tam glorioso féliciter triumpiiavit... » — <( Le roy de Fraunce le plus pussauut des Gristienés », dit Thonws Gray, après Poitiers, [Scalacronica, i']ôi']&).

2, 3o avril i35i {Ord. des rois de France, IV, 67-70).

2 22 LA BAtATLLE DE POITIERS

Le récit de la bataille de Poitiers, tel qu'il a été fait tant de fois d'ajDfès Froissait, comporte toujours une reconnaissance de la position anglaise, dont auraient été chargés le dimanche, i8 septembre, quatre chevaliers français, désignés par Jean II lui-même. L'épisode est intéressant, et on ne saurait l'omettre quoiqu'il ait contribué à accréditer des erreurs ou des confusions : « Les Anglais, aurait dit l'un des chevaliers, Eustache de Ribemont ', en faisant son rapport au Roi, sont en très fort lieu, et nous ne pouvons voir ni imaginer sinon qu'ils n'ont fait qu'une bataille ; mais trop bellement et sagement l'ont-ils ordonnée. Et ils ont pris le long d'un chemin, fortifié malement de haies et de buissons, et ont garni celte haie, d'une part et de l'autre, de leurs archers, tellement qu'on ne peut entrer ni chevaucher en leur chemin fors parmi eux : et c'est par là qu'il faut passer si on veut les combattre. En cette voie, il n'y a qu'une seule entrée et issue où peut-être, de même que dans le chemin, on pourrait faire chevaucher quatre hommes d'armés de front. A l'angle de cette haie, entre vignes et épinettcs, où on ne peut aller, ni chevaucher, sont leurs gens d'armes tous à pied; et ces gens d'armes ont mis devant eux leurs archers à la manière d'une herse ; dont c'est trop sagement ouvré, nous semble-t-il, car qui voudra ou pourra venir par fait d'armes jusqu'à eux n'y entrera nullement, si ce n'est parmi ces archers, qui ne seront pas aisés à déconfire » -.

II ne faudrait pas serrer de trop près ce passage si connu, et en apparence si clair ; on y relèverait bien des détails obscurs ou inconciliables. En réalité, comme Eustache de Ribemont le laisse entendre tout d'abord, ses compagnons et lui n'avaient pas vu grand'chose. Les Anglais, massés dans le bois de NouaiIIé,ne laissaient pas deviner leur ordre de bataille, ou plutôt ils n'avaient pris qu'une formation de rassemblement. Peut-être avaient-ils déjà disposé leurs archers, en avant du front, « à la manière d'une herse o ; comparaison qui a fort exercé la sagacité des historiens militaires, sans qu'ils aient réussi à en dégager la vraie signification '^. Tout ce qui est dit ici de la

1. Eustache de Ribemont, ciievalicr, était, en i35i, a gouverneur et souverain Lailli de Lille, de Douai et des appartenances » (Bibl. nat., Clairambault. XC\ , n' 21 ; 1-ille, 20 niai i35i).

Page 1