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LA CAPTUHE DE JEA\ II 243
Mais les deux rivaux, blessés l'un et l'autre à la bataille de Poitiers, moururent avant que le roi d'Angleterre se fût prononcé sur la question soumise à son arbitrage. Y avait-il réellement matière à contestation ? Il ne faut pas oublier que Denis de Morbecque avait pour lui le témoignage du roi de France, et, en l'espèce, l'argument paraît très fort, décisif même. Enfin, le prince de Galles, en le chargeant de porter h Londres la nouvelle de la prise de Jean II «, n'avait-il pas marqué clairement qu'à ses yeux du moins les droits du chevalier artésien étaient les mieux établis ? Néanmoins, il était impossible de ne pas tenir compte des réclamations réitérées de Bernard du Troy, d'autant plus que ses compagnons d'armes ou ses chefs étaient sans doute prêts à les appuyer ■^. Tant que la querelle n'avait pas été tranchée par une décision sans appel, un doute subsistait, et il était juste que l'écuyer gascon en bénéficiât. Pendant plusieurs années,— jusqu'à leur mort —, Denis de Morbecque et Bernard du Troy reçurent du roi d'Angleterre une même pension annuelle, et au même titre, pour avoir pris l'un et l'autre le roi de France -K
M. -Edouard III pouvait .se montrer généreux et récompenser deux fois un tel service. Que le roi de France ne fût pas tombé entre ses mains, et la victoire de Poitiers, pour complète qu'elle eût été, demeurait un succès stérile. Le prince de Galles aurait repris le chemin de Bordeaux, - comme il le fit dès le lendemain de la bataille —, emmenant son butin et ses prisonniers. Jamais la pensée ne lui serait venue de marclier sur Paris ou de chercher à faire des conquêtes au
1. P. R. O., Pells Issue Rolls, 3i EJw. III (Easler), membr. 28 (4 sept. 1857) " « Dion.sio de Morbek, militi.in denariis sibi liberatis in persolutionem xx librarum quas dominus rex sibi liberare mandavit de dono suo pro bono servicio {lis : nuncio) per ipsum apportato circa capcionem Johanuis de Ffrancia, régis, apud bellum de Peyterz, per brève in terciaparticula superius allegatum... XX lib. »
2. British Muséum. Golt. man., Caligula D. III, n° 10.. Il demande à Geraud de 1 arias, seigneur de Poyanne, probablement son suzerain, de prendre sa cause en main, lorsque lui même aura succombé.
3. Denis de Morbecque est très fréquemment mentionné dans les Pells Issue Rolls : lien est de même pour Bernard de Troy. Voy. Pells Issue Rolls, 35 Edw. III Michaelmas. membr. i. ,; nov. ,36o : „ Bernardo de Troys oui dominus Rex liberan mandavit M s xiii d. per diem ad Scacarium pro sustentatione sua super regardo quod dominus Rex sibi est factura fsicj pro capcione Joliannis régis Ffrancie, quuusque sibi de hujusmodi regardo fueril provisum, etc. ;.. Cf ibid., 3^ Edu III (Easter), membr. 18, 22 (n, 21 juillet i36o).
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cœur du royaume. Il y eûl échoué avec sa poignée de combattants, et celte conception moderne de la guerre était étrangère au\ idées du moyen âge, incompatible avec les faibles effectifs des armées. Le traité de Brétigny est la conséquence directe de la capture de Jean II. La chevauchée d'Edouard IIÏ en France (iSog-iSGo) influa très peu sur le cours des événements ; l'avortement fmal de l'entreprise rendit plutôt moins dures les conditions du vainqueur. Le premier article de la pai.'c devait être la délivrance du Roi, et on pouvait s'attendre à la payer chèrement. Elle fut payée, en eflet, non seulement d'une rançon de 3.0OO.OOO d'écus d'or, mais de la perte de plusieurs provinces. Et cependan-t il fallait qu'à tout prix a la prison du Roi » fût abrégée. Ce médiocre souverain manquait à ses sujets ; des calamités, que la France n'avait pas soupçonnées après Crécy, l'accablèrent pendant la captivité de Jean II.
Les quatre années qu'elle dura ont eu sur la formation morale de Charles V une influence décisive. Il a porté tout le poids de la royauté avant d'être roi lui-même, et aucune des difficultés qui peuvent troubler un règne ne lui a été épargnée. De telles leçons ne s'oublient pas. La M sagesse » de Charles V est le fruit naturel d'une expérience prématurément acquise et des épreuves par lesquelles le dauphin avait passé.