‹ Histoire de Charles VChapitre 312 sur 381 · S^S RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS · texte numérisé non relu

S^S RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS

nobles avaient reçu des lettres de convocation, à Texclusion des deux autres ordres, et le motif en est facile à discerner. Ils s'étaient abstenus de prendre part aux Etats de février i358. Par suite, non seulement aucune imposition n'avait été mise à leur charge, mais il était impossible, sans leur octroi, de faire payer un subside aux habitants du plat pays. Leur abstention, indéfiniment prolongée, eût beaucoup aggravé les embarras financiers du dauphin. Tout avait été concerté avec Charles le Mauvais, qui, à son ordinaire, se montra prodigue de belles promesses. Les lettres, adressées aux nobles, avaient été envoyées en son nom comme au nom du duc de Normandie. Cependant il ne vint pas à Senlis. Au dernier moment, il se fit excuser par Jean de Picquigny, prétextant une maladie ou une indisposition, qui lui interdisait tout déplacement i.

L'assemblée, présidée par le régent en personne, n'était pas nombreuse -. On ignore quelles questions y furent agitées ; mais le but principal delà convocation fut atteint. Les nobles présents consentirent à ce qu'on levât une aide sur « leurs hommes )> 3.

Dès qu'ils se furent séparés, dans les premiers jours de la Semaine sainte, le dauphin partit de Senlis pour se rendre à Compiègne '*. C'est

dra à Senlis le jour des Rameaux : « Par granz delibcracionz et avis, que nous avons eu sur pluscurs grans et grosses besongnes, de nouvel venues à nostre congnoissance, touchant l'onneur et Testât de nous et de tout le royaume, sur lesquelles il convient mettre très brief remède, nous avons pris une journée à Scnliz, au jour de Pasques Fleuries prochain venant, à laquelle nous serons en nostre personne, et avons prié et requis nostre très cher et très amé frère le roy de Navarre que en sa personne il y veuille estre, lequel nous a très gracieusement acordé, et aussi y seront pluseurs de nostre sanc et pluseurs autres nobles du pais de Vermendois, de Poiilieu, de Curbiois, d'Artois, de Vimeu, de Caux et de Biauvoisins, etc. » Texte dans A. Coville, Les Etals de Xormandie, p. 365-3(5(3.

1. Gr. Chr., VI, 99 : « Mais le dit roy n'y ala point, et se envoia excuser par monseigneur Jehan de Piqucgny, pour cause de deux bosses (abcès) que le dit roy avoit es aines, si comme le dit monseigneur Jelian disoit ».

2. Ibid. : « Mais à la dicte journée ala pou des diz nobles ».

3. Bibl. nat., Fr. 2(joo2, n. 783. Compte de Jean de la Roche, envoyé à Paris et à Senlis par les généra vix ordonnés sur le fait des aides en Normandie : « ... la response du conseil (à Senlis)... fu tele, que les nobles qui avoicnt esté des pays avoient acordé les aides àqucullir de leurs hommes » (Texte publ. par M. Coville, Les Etats de Normandie, p. 366-367. — Cf. J. Flammermont, La Jacquerie en Beauvaisis : Revue histor., janv.-fév. 1879, p. 123 et n. i).

!\. Gr. Chr.,\l, 99 : « Si se parti le dit régent et s'en ala à Compiègne ». D'après le compte de Jean de la Roche, cité dans la note précédente, le Conseil du régent était encore à Senlis le mardi 27 mars.

LES ÉTATS DE f:HAMPAGNE S'Q

dans celle ville qu'il rcrut un message de son père, apporté par le confesseur (lu Uni cl l'un de ses secrétaires, Yves Derian. L'objet n'en fut pas divulgué *. Evidemment, il s'agissait du traité de paix, dont la conclusion n'avait jamais semblé plus prochaine.

Le jeudi-saint (29 mars) fut marqué par un nouveau méfait des brigands qui désolaient les environs de Paris. Ils s'cmparèrentde Corbeil, mirent la ville au pillage et emmenèrent prisonniers quelques-uns de ses habitants -.

Le régent ne passa guère qu'une semaine à Gompiègne. Le dimanche de Quasimodo (8 avril), devait avoir lieu, à Provins, l'ouverture des Etats de Champagne, auxquels le prince se proposait d'assister ■'. Le vendredi, 0 avril, il était à .Moau\ '*. Il tit son entrée à Provins le lundi suivant (y avril) ^. 11 n'y rencontra pas le roi de Navarre, bien que ce dernier eût écrit aux membres des Etats pour leur annoncer sa venue^. Peut-être l'excuse, qu'il avait alléguée à Senlis, lui servit-elle une fois de plus à se dérober. La munici[)alité parisienne crut nécessaire d'envoyer à Provins deux délégués, pris l'un el l'autre dans le clergé. C'étaient Robert de Corbie, un des partisans les plus déclarés de Marcel, et un membre du chapitre cathédral, Pierre de Kosny, archidiacre de Brie '. Ils ne pouvaient avoir d'autre mission, ni d'autre rôle, dans une assemblée provinciale, ([ue d'y plaider la cause du prévôt.

1. Gr. Chron., VI, <j(j : a Et environ Pasqucs les grans, qui furciil le premier jour d'avril, lan mil CCGLVIII, le confesseur du roy de France et un sien secrétaire, appelle maislre Yvon, vindrent d'Angleterre, par devers ledit rcf^enl, mes la cause ne fu pas sccuc communeUnent ». — v. Maislre Yvon » est certainement Yves Derian. Quant au « confesseur » aiuiucl il est souvent fait allusion en ces termes impersonnels, c'était le dominicain Guillaume de Rancé, qui avait suivi le Roi en Angleterre (P. Cliapotin, Elude hislor. sur la province dominicaine de France. Paris, Lecoffre, iSyo, in-S", p. 1^7).

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