‹ Histoire de Charles VChapitre 323 sur 381 · RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS · texte numérisé non relu

RUPTURE DU DAUPHIN AVEC LES PARISIENS

Le régent ne doit pas prendre cet acte en mauvaise part *. Qu'il se rappelle, avant toutes choses, ses promesses formelles, maintes fois renouvelées, à Sainl-Jacques-de-l'Hôpital, aux Halles et au Palais -.

m. — 11 est certain que Charles ne répondit pas à cette lettre. 11 était moins disposé encore à se rendre à l'invitation qui lui était faite, — un peu à la manière d'une sommation, — de revenir dans sa « bonne ville de Paris », pour la protéger et la défendre. Le 19 avril, il était à Compiègne, où il fit un court séjour 3. Pendant qu'il s'y trouvait, il apprit que des troubles graves avaient éclaté à Amiens, Sa première pensée fut d'aller les apaiser par sa présence, mais les exigences inacceptables de la municipalité changèrent sa détermination. On ne consentait à le laisser entrer dans la ville, que seul et sans escorte. Il n'alla donc pas au-delà de Corbie, sa première étape vers Amiens^. H était vraisemblablement encore à Corbie, quand s'ouvrirent, à Vertus, les Etats de Champagne, auxquels il ne put assister. Il y fut représenté par Simon de Houcy, comte de Braisne, qui, au nom du régent, fit aux Champenois les mêmes requêtes qui avaient été formulées une pre-

1. « ... cl aussi vous supplions qu'il ne vous veuille desplaire si nousavoiis retenu l'artillerie, qui avoitestéjà menée au Louvre par Jelians deLyons, car, en vérité, nous l'avons fait en bonne intention et pour plus grans maulx et périls eschever; car le peuple estoit si esmeu pour ce, que grans mauls en fussent venus se nous ne leur eussons eu convent de la retenir... »

2. «. ... à Saint Jacques de l'Ospital, as halles et en vostre chambre... »

3. Gr. Chr., VI, io5. « Le jeudy ensuyvant, xix' jour du dit mois d'avril, le ditrcgent fu à Gompiegne, et y demoura une pièce ».

4. Ibid. : « Et là li furent aportées nouvelles que en la ville d'Amiens avoit grant descort entre ceuls delà dite ville... Si se esmut ày aler et ala jusques à Corbie, et là oy nouvelles pour les quelles il n'ula point oultre ». Les lettres d'abolition accordées à la ville d'Amiens, en sept. i358, sont plus explicites que les Grandes Chroniques et nous apprennent les motifs qu'eut le régent de s'abstenir : « ... et aussi pour ce que en ceste présente année, quant nous nous partîmes de Gompiegne pour aler à Gorbie, accompaigniez lors de plusieurs genz d'armes, nous escrivismes au dit maïeur, à plusieurs maieurs de banérez (bannières) et autres d'icelle ville, qu'il venissent par devers nous à Corbie, pour parler à nous, lesquelx n'obéirent pas, ne ne vindrent à nostre commandement, mes envolèrent par devers nous, afin que nous vousissions aler en la ville d'Amiens, senz ce toutevoiez que noz genz y venissent armez, pour ce, si comme il disoient, que il se doubtoient des nobles, qui estoient en nostre compaignie, pour aucunes i^aroles sentans menaces, qui dictes avoient esté d'aucunes personnes, et aussi que il doutoient que se il feussent entrez armez en ladite ville, en nostre compaignie, que granz dommages et escandeles n'y feussent lors avenus... » (.Vrch. nat., JJ. 80, fol. 78"-79, n" 23i). — Secousse, Recueil, 97-98). — Voy. De Galonné, Hist. d'Amiens, I, 277-278,

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ÉTATS OÉ>KRALX DE COMPIKOE 889

miôrc fois déjà à Provins'. La session dura doux jours-. Los résolutions prises peuvent se résumer ainsi : — Los bonnes villes « feront » lin homme d'armes par cent feux ; au plat pays, les personnes « franches )), c'est-à-dire de condition franche, seront imposées à raison d'un homme d'armes par cent feu.x, et les personnes de condition serve, à raison d'un homme d'armes par dcu.\ cents feux. — Les gensd'église paieront le dixième de leur revenu ; les nobles, cent sous par cent livres de route '. — Los bourgeois possesseurs de fiefs seront taxés, à raison de ces fiefs sans être déchargés de leur quote-part dans la contribution dos feux. — L'aide sera perçue parles mains des Etats, et employée, également par leurs mains, c'est-à-dire par leurs mandataires élus, à lever et à entretenir dos hommes d'armes. — Un dixième tle la somme totale sera laissé au dauphin pour sa dépense personnelle ''.

Les Etats généraux de la langue d'oïl auraient du s'assembler à Paris le i" mai, ainsi qu'ils l'avaient arrêté à la session de février. Mais c'eût été perdre le fruit des efforts faits depuis un mois, pour isoler l'échevinage parisien, lui donner le moyen de reconquérir uno influence et un prestige déjà ébranlés. Le régent ne commit et ne pouvait commettre uno pareille faute. H écri\it donc aux di'-puli's de se réunir à Compiègne, et non à Paris, reculant jus(|uau 'i mai la date d'ouverture, primitivement fixée au premier jour du mois. « Dont ceux de l'aris furent forlomont courroucés, disent les (irandes Chroniques, mais la plus grande partie dos autres villes on avaient grande joie » ^.

C'est sans doute pour faire revenir lo daupiiin sur sa décision, que le roi de Navarre, l(»gé alors à Mollo, vint s'aboucher avec son beau-frère, à mi-chemin entre Mello et Clermont-en-Beauvaisis, où se trouvait le duc de Normandie*^. Il s'agissait de ménager une réconciliation entre

1 Gr. Chr., VI, loO : « Mais ledit rctrenl n'y fn pas, car il cstoit encore au voiagc que il avoit fait vers Amiens. El pour ce y envoia Monseigneur Symon de Uoucy, conte de Brenc, lequel fist aulcles requestes ans diz Champenois par le dit regenl, comme le dit régent leur avoit faites à Provins ».

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