Chroniques, 111, p
amis de l'Empire », il était accouru, et avec lui son fils Charles, tout récemment élu roi des Romains *. Il amenait à son allié un contingent de 5oo chevaliers luxembourgeois ou bohémiens -. C'était le moment où Edouard III, après avoir ravagé les environs de Paris, se hâtait pour gagner la frontière flamande •'. Dans cette poursuite furieuse à travers la Picardie et le Ponthieu. qui aurait dû se terminer par l'écrasement de l'armée anglaise, le roi de Bohème fut partout et toujours à lavant-garde : à Grandvilliers, à la Blanquetaque, à Crécy *. S'il faut en croire les chroniqueurs bohémiens, qui exagèrent maladroitement par amour-propre national, il aurait entraîné Philippe VI hésitant et, plus que lui, perdu le sang-froid et oublié toute prudence''. L'héroïsme trouve facilement grâce. De l'existence aventureuse et folle du grand-
1. Ihid., 1 37-1 38. — Le roi de Bohcaie cl son fils élaicut lies envers Pliilippe VI par deux'trailcs : 1° celui de janvier i33:!, conclu à Fontainebleau, à l'occasion du mariage de Bonne de Luxembourg. Le contingent à fournir au roi de France avait clé fixé à /ioo hommes d'armes, si la guerre se faisait sur les frontières de la Champagne, du Vermandois et de lAmiénois; à 3oo seulement, s'il s'agissait d'une frontière plus éloignée. Dans les deux cas, les hommes d'armes devaient servir aux frais du roi do Bohème (Arch. nat., J. 'iSa, n"' 3 et 3 bis); 2° celui du G août i337, signé à Maubuisson qui, tout en confirmant le premier, le modifiait profondément, en apparence uniquement pour la campagne qui commentait, mais en réalité sans doute pour toujours. Le contingent était porté à 5oo hommes d'armes, servant aux « gages et restors du roi de France », et pour leur « arroy et monteure » Jean de Bohème recevait So.ooo livres parisis (Arch. nat., J. 432, n° 11).
Charles de Luxembourg avait été élu roi des Romains le 11 juillet i3'|(J (Wcrunsky, Geschlchle kaiser harls IV, I, 405).
2. Villani, 1. Xll, c. 03 (Muratori, Mil, (j45) : « ... in quelli g'iorni giunsono in Parigi il rc Giovanni di Buemme e Messer Carlo suo tigliuolo clelto re de" Romani con cinquecento cavalieri etc. ». Le chifTrc indiqué — 5oo cavaliers — est conforme au texte du traité de 1037. — \'oy. Schôller, op. cil.. Il, 275.
3. D'après les chroniqueurs bohémiens, l'arrivée de Jean lAveuglc et de ses chevaliers aurait précipite la retraite d'Edouard 111 (V'oy. le t. IV' des Fonles rer. Boliein.). Elle aurait été opportune à un autre point de vue encore. Villani raconte (op. et lue. cil.) que les Parisiens étaient sur le point de se soulever contre Philippe NI, qui avait voulu, par mesure de défense, faire démolir certaines constructions contigùes à l'enceinte de la capitale. La présence des Bohémiens permit de surseoir à l'exécution des ordres donnés et l'émoi se calma.
4. SchôUcr, op. cil., II, 275-277. C'était, d'ailleurs, la place des mercenaires ou auxiliaires étrangers, toujours placés à l'avant-gardc, avec le coiuiétablc et les deux maréchaux.
5. Fonles rer. Bohemicarain, IV. Chronique de Prague, p. 443 : « Quo audito, rex Francie voluit ad propria remeare, rex vero Boemie nequaquam carere volebat, nisi insequeretur ultra tcrminos regni Francie, ipso quoque annuente paritcr post eum processerunt etc. .. Ouod advcrlcns rex Francie ait suis principibiis : Non commit-
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père de Charles \, il resicia. en (lé|til <le tfjul, la vision épique de ce vicillaid av(Mi;-de, (|ii à s,i pricre iIciin chevaliers conduisent, dans une charge désespérée, au plus é{)ai5 de la mêlée. " assez avant pour n'en plus revenir » *.
tamus bclluni cum adxersariis nostris, quou^que recédant ab hii= locis tulis et miinilis, ciii rex Bohemie neqiiaquam >oluit prebere consensum, etc. ».
Ihid., Chronique de Benoit de W eilmil : « ... insecuti !-unt cos ronlradicente et recUiniaiite rege Frantie u>-qm' ad loia illa tnli^sinia et ordiIla^erunl acics suas cum Anglicis bellum conunissiiri... ».
I. Ihid., Chrun. de François de Parme : « MandaNileis (rc\) ut ducercntoum, ubi major impelus et vigor bclli exislerct Iragorquc armalorum. Cui unus ex nobilibub regni Bocmic rcspondil : « Aos iUuc vos dureinus, unde nmplius vobiscum non redibiinus ».
M. Louis Léger a utilise tous le-» rciiseignements fournis parles chroniques bohémiennes sur la bataille de Crécy et la mort de Jean l'Aveugle, dans un article intitule : Les bohémiens à Crécy U.e monde sUne. Eludes iiolitiqucs et littéraires, a' série, Paris. Hachette, njoj, in-i:;, p. 1-17).
CHAPITKE II
Le premier dauphin de la maison de France.
I. Jeanne de Bourbon ; ses liancailles successives avec le iils du conile de Savoie, avec le daui)hin Huniberl II, avec son cousin Charles tic France. — II. La réunion du Dauphinc à la couronne de France. Huinberl II, dauphin de Viennois; son caractère, ses embarras d'aryenl; il est oblif^c de vendre ses F.tats. — III. Le traite du premier transport (rJ^3). Sui)stitulion du duc de Normandie au duc d'Orléans (fi^»). — IV. Le dauphin capitaine de la Croisade (i346); mort de la dauphine; projet de mariage du dauphin avec Jeanne de Bourbon. La cour de France intervient pour faire rompre le projet. Cession délinitive du Dauphinc à Charles, lils aîné du duc de Normandie (1349) : 1^ jeune prince est liancé à Jeanne de Bourbon. — V. Prise de possession du Dauphine par le nouveau dauphin. L'investiture donnée par Humbert IL Hommages rec^-us et prêtés par (Charles (Lyon, Grenoble, Vienne, Romans). Son mariage avec Jeanne de Bourbon ; la future reine de France. — VI. Mort de Philippe VI; Charles est rappelé à Paris. L'administration du Dauphine sous les dau|)hins de la maison de France; le Statut delphinnl; gouverneurs ou lieutenants du dauphin, chanceliers, trésoriers ; le Conseil delphinal. Conflits avec la Savoie; nécessité d'une rectification de frontières; le traité de Paris (i3.î5)- — VII. Le sacre de Jean II; son fils aine est fait chevalier. Situation du dauphin à la cour de France ; son hôtel et celui de la dauphine. Fêtes et mariages. L'ordre de l'Etoile. Les goûts du dauphin. Causes possibles de mésintelligence entre le père et le fils; luie tutelle prolongée; les mauvais conseillers. Un drame mystérieux; Raoul comte d'Eu et Bonne de Luxembourg.
I. — Charles de France* n'était encore qu'un enfant lorsqu'il fut fiancé, puis bientôt après marié, à sa cousine Jeanne de Bourbon. Ce mariage ayant été une conséquence de la réunion du Dauphine au domaine royal, on n'en saurait faire l'histoire sans raconter en même temps l'un des événements les plus importants du règne de Philippe VI.
1 On pourrait se demander quel était, à cette époque de sa vie, avant qu'il fût devenu le premier dauphin de la maison de Krancc, le titre oRTiciel donné au petit-