CHARLES. JEHAN
PiCART. Camus K
A peine arrivé à Bray, le duc, comme s'il eût voulu s'assurer un concours plus dévoué de la part de ses hommes de guerre et de ses familiers , avait répandu de nombreuses largesses '. Mais , persistant dans ses hésitations et dans ses lenteurs , il rejeta successivement trois propositions différentes que le Dauphin lui fit faire '. Enfin le 7 septembre*, les instances de Tévêque
1 . La pièce y en copie du temps , est adressée « à nos très chiers et bjen amez les maire et eschevins, bourgois, manans et habitans de la ville d'Amiens. — On lit au dos : ^ Copie des lettres envolées par le Daulphin et feu Monseigneur aux bonnes villes par avant son trespas. » — Moreau, ii?5, pièce 81. Cf. Abrégé français du Religieux de Saint-Denis, dans Charlier, t. III, p 226-27. — On remarquera que, dans ce document, le Dauphin ne prend pas la qualité de Régent.
2. !•' septembre. Dons à frère Hugues d'Arcey, chevalier de Rhodes; à GuiUawne d*Igney, chevalier; à Pierre de Giac, < pour reconnaître ses services passez et se rattacher davantage ; » à Pierre de Berdenaiche, écuyer; à Pierre Derdieu et Vidal Voerrier, ses conseillers ; à quatre valets des faucons ; à sept pages. — i septembre. Don à Jean de Roux, physicien du duc. — Collection de Bourgogne, vol. 56, f. 85 et 95.
3. Récit du Dauphin et lettres du 27 i^eptembre , dans Besse , p. 322.
i. La date du 7 est dans une pièce émanant de la duchesse de Bourgogne. La Barre , 1. 1 , p. 292.
de Valence , jointes à celles de Tanguy du Chastel , aux obser-* valions des envoyés de la ville de Paris , — sans doute aussi l'intervention de la dame de Giac et de Philippe Jossequin ', — triomphèrent de Tobstination du duc : il annonça la résolution de se rendre le 10 à Monter^au , pour y conférer avec le Dauphin. Tanguy du Chastel, Hugues de Noé, et peut-être Jacques du Peschin et le sire d'Escorailles *, réglèrent avec lui les conditions de l'entrevue. Le Dauphin devait abandonner au duc le château de Montereau ', et se retirer dans la ville ; la ville et le château de Moret seraient en outre donnés en gage au duc. L'entrevue aurait lieu sur le pont de Montereau , dans im parc palissade , ayant une ouverture de chaque côté , gardée par les gens des princes. Des barrières fermeraient ce pont à ses extrémités. Les deux princes auraient l'im et l'autre une suite de dix personnes *.
On fit aussitôt construire-le parc en bois, et disposer le pont, selon les conventions faites. Le 8 septembre , Tanguy du Chastel et le sire d'Escorailles revinrent près du duc , pour le renouvellement des serments jurés lors du traité de Pouilly, tandis que Pierre de Giac et Nicolas Rolin allaient recevoir ceux du Dauphin et des siens'. En même temps, le jeune prince, abandonnant le château de Montereau, se retira à Moret*; le duc, de son côté, fit à l'avance préparer son logement au château '.
Tout était prêt pour l'entrevue. Le dimanche 10 septembre,
1 . D. Plancher, t. III , p. 523. Cet auteur parle aussi d'ordres venus de Troyes. La dame de Giac était allée plusieurs fois trouver le Dauphin. Monstrelet, t. m, p. 341.
2. Mémoire de Bauyn, dans La Barre, 1. 1, p. 220, d'après les articles rédigés pour Vinterrogatoire de Barbazan (p. 306). Noé est nommé dans la plaidoirie de Labat, /. c, f. 116. Cf. D. Plancher, 1. 111, p. 523.
3. a Beau, grand et bien fort, » dit Jouvenel des Ursins, p. 369. « Place moult forte et de granl défense, j> dit Chastellain, 1. 1, p. U3 et U5.
i. Le héraut Berry, dans Gode(h)y, p. i38; Jouvenel, p. 369; Pierre de Fenin, p. 112; Mémoire de Bauyn, /. c„ p. 220.
5. Relation inédite, publiée par M. Kervyn de Lettenhove dans les Bulletins de la commission royale d'histoire de Belgique. Tarage à part, p. 4; Mémoire de Bauyn, qui dit que ce fut le 9. Cf. lettres du Roi du 11 septembre, dans La Barre, 1. 1, p. 296.
6. Lettres du 27 septembre , [dans Besse , p. 323 , et plaidoirie de Labat dans le procès de Barbazan, Ms. fr. 5061 , f. 116 v^.
7. Ce point, assez important, est établi par la Chronique anonyme publiée à la suite de Monstrelet, t. VI, p. 278, et par Pierre de Fenin, p. fi 3.
au matin , le dauphin Charles quitta Moret pour se rendre à Montereau, où il descendit dans une hôtellerie située près du pont*. De son côté le duc de Bourgogne, accompagné d'au moins trois mille hommes *, commandés par Charles de Lens, amiral de France, et Jacques de laBaulme', partit de Bray, après avoir entendu la messe *, et vint camper sur les champs , non loin des murs du château. Il était environ trois heures. Séguinat, secrétaire du duc , avait devancé son maître : sous prétexte de prendre son logis , il allait sans doute s'assurer de Tétat des lieux '. Le duc mit ses gens en bataille , puis il envoya au Dauphin les seigneurs de Saint-Georges et de Navailles et Ajitoine de Vergy, pour l'avertir de sa venue et prendre avec lui les derniers arrangements*. Le Dauphin répondit que tout avait été convenu à l'avance entre ses gens et ceux du duc, et comme les seigneurs bourguignons demandaient de nouvelles sûretés, il fut décidé que, de part et d'autre^ on prêterait encore une fois serment , et qu'on remettrait ime cédule contenant les noms des dix personnes accompagnant- chacun des princes '.
Au retour de ses trois envoyés, le duc de Bourgogne tint conseil , sans descendre de cheval , et examina encore une fois s'il devait ou non aller en avant. Des nuneurs menaçantes