‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 191 sur 362 · Ordonnances, t. XII, p · texte numérisé non relu

Ordonnances, t. XII, p

214 mSTOIRK DE CHARLES VII. 1420

il avoil prins pour sa salvacion, et iccUui nous bailla pour nous partir, et en recouvra un autre pour son salut, car les nostres ne pouvions lors à tel besoing recouvrer, qui fut cause de nostre preservacion est ne (sic pour el ce) jxe pourroit jamais partir de nostre soubvenance, à icelui noçlre cbancellier, en perpétuel mémoire et aucune remuneracion de si grans et louables services qui doivent et sont dignes d'estre recognus à tousjours mais, pour remonstrer vers lui et sa lignée nostre libéralité, et en signe de recognoissance d'iceulx services, avons de Tauctorité royal dont nous usons, de nostre propre mouvement, plaine puissance, auctorité royale et grâce especial, etc...

Ces lettres, dont nous n'avons plus l'original, mais seulement une copie authentique contemporaine, étaient signées de la main du Dauphin, et le jeune prince y avait fait apposer, en même temps que son grand sceau, son « seel de secret. » On mentionne qu'elles ont été lues en grand Conseil, en présence du Dauphin , et qu'elles ont été scellées par son exprès commandement*. Tout concourt donc à donner un caractère particulier à l'ordonnance du 7 novembre 1420, et à y imprimer la marque personnelle de Charles.

Un acte d'une plus haute importance politique avait été accompli quelques jours avant le retour du Dauphin en Berry.

On se rappelle que Charles de Bourbon avait abandonné le parti bourguignon aussitôt après l'événement de Montereau. En le retenant de son hôtel, le Dauphin lui avait donné une pension de six cents livres*. Le 21 août 1420, par lettres signées à Vienne-les-Jargeau , le Dauphin, considérant « les grandes et continuelles occupations » qu'il avait chaque jour, « pour résister, en personne et autrement, pour la tuicion et deflfense de ce royaume, à l'outrageuse entreprinse des anciens

1 . <c Et après estoH escript : « Leue en la présence de monseigneur le Régent Danlphin^ « en son Conseil , les archevesques de Reiras et de Bourges , Tevesque de Valence , l'abbé -« de Saincte-Cornille de Gorapiègne, mcssire Tanneguy du Chastel le marcschal des % gueri'(»s , le sire de Kclleville , le président de Provence , le sire de Grolée , maistre Denis « du Moulin , Hoberl de Rouvres , Guillaume de Martel , Pierre Frotier, et plusieurs autres oc presens , et scellée de son conunandement. — Mallière. »

2. Lettres du 15 septembre U19. Archives, P 1359^ cote 630.— Cf. lettres du 27 novembre U19. Id., ibid,, cote 659.

ennemis d'icellni , » et voulant protéger contre, les entreprises des Anglais le Languedoc et la Guyenne , « qui soAt deux des plus grans et plus notables membres de ce royaume ; » ayant d'autre part pleine confiance en son cher et amé cousin Charles, fils aîné du duc de Bourbon, lequel est « ung des plus prochains de son sang et lignage, » le nommait capitaine général en Languedoc et Guyenne au delà de la Dordogne , avec pleins pouvoirs *.

Le château de Mehun-sur-Tèvre , où s'installait le Dauphin, et qui devait être pour lui un séjour de prédilection, était une véritable maison ^e plaisance, située à quatre lieues de Bourges ; ce n'était pas une de ces forteresses au sombre aspect, aux étroites meurtrières, faites uniquenjient pour se mettre à l'abri des attaques, mais, comme nous l'apprend Froissart, l'une des plus belles maisons du monde; car, le duc de Berry « excellentement y avoit fait ouvrer et jolyer et ediffier, et avoit bien cousté trois cens mille francs'. » Les murs étaient percés de grandes baies ogivales , laissant pénétrer la lumière; de nombreuses tours, sveltes et richement sculptées, étaient reliées entre elles par une galerie à mâchicoulis et à créneaux qui permettait de circuler tout autour de l'enceinte; l'entrée était ornée de sculptures et de statues. L'eau de la Yèvre coulait autour des remparts crénelés qui défendaient la première enceinte; à l'intérieur, lé vieux duc avait déployé, dans les peintures, les tapisseries, les meubles précieux, tout ce que le luxe du temps ofiï*ait de plus magnifique '.

Pendant son repos momentané au sein, de cette splendide demeure, Charles ne renonce ni à ses desseins d'expéditions — il se fait faire en août, par son armurier Richard de Mellevile, un « harnois entier à armer, » garni de tissus de soie, et dont les boucles et les mordants étaient en argent doré *, — ni à ses habitudes somptueuses — nous avons la description de deux « huques estaliennes » confectionnées en octobre , dont

Page 1