Archives, KK GO, f, 66 V, 73 v, 78 v°, 80 v
•420 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1418 et suiv.
qu'occasionnaient les menaces de guerre, les disettes, les épidémies \ et aussi, il faut le dire, certaines mesures administratives nécessitées par les circonstances. Ainsi le Dauphin dut interdire, à plusieurs reprises, Texportation du blé, du vin et d'autres denrées, soit hors du royaume *, soit hors de certaines provinces plus voisines de Tennemi *. Les ordonnances stipulant cette interdiction présentent un triste tableau de la situation : les pauvres laboureurs ne peuvent ni n'osent labourer, fumer et ensemencer leurs terres; les vivres sont devenus rares et d'un prix excessif*, « par la convoitise d'aucuns faux marchands » qui vont les vendre aux Anglais, et qui, en particulier dans le Poitou, les transportent par les rivières pour en tirer parti, facilitant ainsi le ravitaillement des places ennemies*.
1. < Labeur a perdu son espérance; marchandise ne trouve chemin qui la puisse sauvement adresser; tout est proye ce que l'espée ou le glaive ne deiïend, » fait dire au PfMp/f Alain Chartier, dans son Quadrilogue invfctif (p. i\1). Et il ajoute : « Que appelle guerre? Ce n>st pas guerre qui en ce royaume se maine. C'est une privée volerie, ung larrecin liabandonn<^ , force publique soubz umbre d'armes , et violente rapine que faulte de justice et de bonne ordonnance ont fait estrc loisibles... Or conviendra il les champs demoorer dcsers, inhabitables, et liabandonnez aux bestes sauvages, et ceulx qui par travail de loyalle maichandise ont les aucuns en leurs nécessitez secourus, demeurer despourveuz et esgarez, et j>erdre par courroux la vie après les biens (p. 417-18)? »
2. « Par granl et meure deliberacion de conseil, avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons par ces présentes que doresenavant ii ne voise à aucuns mai-chans estraingers ne autres, de queizque estât ou auctonté qu'ilz soient, transporter ou faii-e transporter aucuns blez, vins, ne autres vivres hors du Royaume, ne aussi avaler aval la rivière de Loînr aucuns desdiz blés ou vins , afin que les parties de France ne soient et demeurent depoorveues et desgamies desdiz blés et vins, et que nous et nostre ost n'en puissions estrc soustenuz et avitaillez et en avoir defiaulte, se celui ou ceulx qui vouidront mener ou transporter lesdiz vivres n'ont sur ce congié et licence de nous par noz lettres patentes seellé^ de nostre granl seel... » Lettres du 12 avril U19 : Archives, X*<" 117. — Cf. lettres di Î3 septembre U19. Ordonnances ^ t. XI, p. 20.
3. Lettres du 27 septembre 1Î19, interdisant l'expoilation hors du Poitou. Ordf»nanceSf t. XI, p. 22.
i. Par lettres du 20 décembre 1419, le Dauphin donne la somme de 200 livres à Bctnard Braque , général maître des monnaies , attendu la cherté des vivres. Clairambault, 21 , p. 1469.
5* Lettres des 23 et 27 septembre 1419. — Malgré les mesures prises pour mettre cette mesure à exécution (voir letli'cs des commissaires sur le fait des finances, en date du 31 mars 1420, Clairambault, 88, p. 6915), les exportations continuèrent à se produire snr divers points du royaume : le 18 aoAl 1421 , les conseillers de la ville de Lyon écrmùenl au gouverçeur du Dauphiné pour lui faire savoir qu'on transporte des blés du Dauptiiné en Savoie et dans d'auties pays, hors l'obéissance du Dauphin (Archives de Lyon, BB I, f. 153). Par lettres du mois de janvier 1421 , le Dauphin donna son approbation ani mesures prises par Armand, vicomte de Polignac, lieutenant et capitaine général en Velay, Vivarais , Gévaudan et Valentinois, pour faiie observer l'interdiction stipulée par ses ord«iBnances (Archives, K 59 , n«» 31 et 31 bis).
1420 et suiv. l'administration du dauphin.
D'autres ordonnances furent rendues pour empêcher port des denrées hors des ports du Languedoc ', et po dire toute relation commepciale avec les Anglais ". No aussi des lettres autorisant, en vue du ravitailleme place, à aller chercher du blé hors du royaume '.
■ Pour favoriser le commerce intérieur dans une coni avait des sujets fidèles et ayant besoin d'une protec ciale, le Dauphin accorda à la ville de Lyon le privilèj deux foires franches. Dans les lettres données à cet e date du 9 février 1420, on expose que cette ville, qui très ^rant circuit en grandeur comme la ville de Pari viron, n est en « plusieurs partie inhabitée de gens et fo emparée et fortifiée; » qu'en outre, elle est « très p( peuplée, par mortalitez de peslilences, chertez de vivr res, passages de gens d'armes, el autres charges, dom inconveniens; » qu'il importe donc de « l'accroitre et ai de peuple, de gens de tous estaz et de biens, comme do chascun prince en ses bonnes villes et citez. » but on y établit, après enquête faite par le bailli de Mi néehal de Lyon, el autres commissaires, et après es cette enquête par le Dauphin, deux foires et marchéi chaque année, lesquels seront d'une durée de huit francs de toutes impositions, avec privilège d'user d monnaies, même étrangères, pendant la durée des deui
La ville de Castelsarrazin obtint aussi, en mal 1421 vjlège de tenir trois foires par an '.
1. Lettres du i" aotA HW. Germain, Ui*toire du eommtrce de Montj p. 811.