‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 49 sur 362 · Cette date est donnée par Jouvenel, p · texte numérisé non relu

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5* Us y restèrent jusqu'au mois de novembre 1412.

LE COMTE DE PONTHIEU

dont chacun se servait comme d'un jouet, la Reine se tint à Melun *, et une grande fête y fut célébrée quand le Roi revint à la tête de son armée (7 septembre). La Cour rentra ensuite à Paris , où la Reine se résigna à subir la loi du duc de Bourgogne.

L'année suivante (28 avril 1413) éclate la grande révolution cabochienne. La famille royale est à la merci des bouchers, auxquels se mêlent des familiers du duc de Bourgogne. L'hôtel Saint-Paul est envahi ; les portes sont enfoncées ; on fouille tout le palais, et l'on se saisit du duc de Bar, des serviteurs du duc de Guyenne, de ceux même du Roi. Michel de Vitry est arraché brutalement des mains de la duchesse de Guyenne, propre fille du duc de Bourgogne , qui cherchait à le sauver. Quelques jours plus tard, nouvelle attaque à main armée et nouvelles arrestations : le duc de Bavière , frère de la Reine , est enunené prisonnier, avec un grand nombre de personnes des hôtels du Roi, de la Reine, des princes et princesses. Quatorze des dames d'Isabeau sont saisies dans les chambres les plus secrètes, où elles avaient cherché un refuge, et enlevées de vive force. On rapporte que la Reine , outrée de tels excès , en tomba malade *. Jour et nuit des rondes se font autour du palais , sous prétexte de veiller à la sûreté du Roi et du duc de Guyenne. Le chaperon blanc, signe de ralliement de la sédition, est imposé à Charles VI et à ses fils. La terreur règne ainsi pendant trois mois , et l'échafaud est dressé en permanence '. Enfin l'intervention du roi de Sicile, du duc d'Orléans, d'autres

princes du sang, amène une réaction, à la tête de laquelle se placent le Parlement et l'Université , qui met fin à ces orgies populaires : le 3 août , les prisonniers sont délivrés ; le 8 , la paix est publiée; le 31, le roi de Sicile et les princes font leur entrée dans Paris *.

1. Elle y était dès le 11 mars, jour où le duc de Bourgogne lui envoya en présent quatre petits singes (KK 48, f. 116 v»). — - La Reine, pendant Texpédition de Bourges, prêta trente mille livres au Roi (/</., f. 110).

2. Religieux de Saint-Denis, t. IV, p. 46; Monstrelet, t. Il, p. 351 etsuiv., 449.

3. n faut lire , sur la révolution cabochienne , le récit de la chancellerie royale qui fut adressé à toute TËurope : lettres de Charles YI du 18 septembre 1413, Rymer, t. IV, part. II, p. 46-48. Jl se retrouve dans la collection Moreau, 14^, n<» 57 et ^.

4. .Monstrelet, I. II, p. 398; Religieux, t. IV, p. 131 , etc.

C'était une phase nouyelle qui commençait. Elle fut marquée par un événement- considérable pour ta destinée du comte de Ponthieu , aussi bien que pour l'avenir de la France. La politique du duc de Bourgogne avait toujours tendu à s'emparer des héritiers du trône. Le duc de Guyenne, uni à sa fille Marguerite, était sous sa main; le duc de Touraine; marié à sa nièce Jacqueline de Bavière ', résidait en Hollande ^, et se trouvait à sa discrétion. Restait le comte de Ponthieu : Talliance qu'il contracta, le 18 décembre 1413, Tenleva tout à la fois au milieu agité où il avait vécu et à TinQuence boui^iignonne.

11 était une maison, depuis longtemps rivale de la maison de Bourgogne, qui, si elle i^e se fût imprudemment lancée à la recherche d*un trOne lointain, eût pu maintenir la prépondérance dont elle jouissait à la mort de Charles Y, et combattre efficacement les desseins ambitieux de Jean sans Peur : nous voulons parler de la maison d*Anjou. Louis I*^, duc d'Anjou, avait fait voile vers l'Italie, en 1382, pour aller prendre possession du royaume de Naples que lui avait légué Jeanne de Sicile, et y avait trouvé la mort deux ans plus tard. Son fils, Louis II, couronné, en 1389, à Avignon, par le pape Clément VII , poursuivit l'entreprise de son père ; il avait été marié, dans un but politique, à une princesse d'un rare mérite et d'une incomparable beauté ' : Yolande d'Aragon , fille du roi Jean Y^ et de Yolande de Bar, et petite-fille du roi de France Jean- Le dernier et habile historien de René d'Anjou a raconté les circonstances singulières dans lesquelles s'accomplit cette union, qui devait être plus précieuse encore pour la France que pour la maison d'Anjou. « Les hommes.

i. Par contrat du 30 juin 1406 (Anselme, Hxti. généal., t. I, p. 114). Les promesses mutuelles des jeunes époux sont datées de La Haye, le 6 août 1415 (Du Mont, t. II, part, n, p. 45).

2. J*ai trouvé aux archives de Grenoble une ordonnance de lui , donnée à La Haye le 18 janvier 1416 (B 2825, f. 40).

3. « Une des belles créatures qu'on peust point voir. » (Jouvcnel des Ursins, p. 144.) — « Laquelle Ton disoit bien estre la plus vertueuse, sage et belle princesse qui feust en la chrestienté. » (Bourdigné, éd. Quatrebarbes, t. II, p. 121.) -— Son portrait se trouve dans un vHrail de la cathédrale du Mans ; il a été reproduit dans Us Vitrauœ du Mans, par M. Hucker, et en dernier lieu dans la Jeanne d'Arc illustrée de M. Wallon , pubKée par la maison Didot, p 47.

LE COMTE DE PONTHIEU

ajoute-t-il, en espéraient des fruits qui ne se réalisèrent pas. Mais Dieu, qui comprend mieux que nous notre bonheur, en ût découler des avantages bien plus précieux : au lieu de provinces , au lieu d'appuis ou de droits nouveaux , la maison royale acquit par là une femme supérieure , une de ces reines mères comme TEspagne en a donné plusieurs fois à notre pays, mais tempérant par un mélange de sang français les qualités énergiques de sa race paternelle \ »

Le duc d'Anjou — que les contemporains désignent habi-v tuellement sous le nom de roi de Sicile — était resté étranger aux factions qui partageaient la Cour. Jean sans Peur rechercha son alliance , et , par un traité en date du 22 octobre 1407, la main de Catherine de Bourgogne fut promise au fils aîné de Louis, alors &gé de quatre ans. Mais le meurtre du duc d'Orléans, dont le roi de Sicile reçut l'aveu de la bouche mêîne de son cousin , la conduite astucieuse et déloyale du duc de Boulogne , ses incessantes prises d'armes , le décidèrent — un peu tardivement il est vrai * — à rompre cette alliance : en novembre 1413, peu après son entrée dans la capitale, Louis d'Anjou fit reconduire en grande pompe la jeune princesse à son père , et liii restitua tout son trousseau '. L'affront était sanglant ; la rupture fut irrémédiable.

C'est à ce moment que fut conclu le mariage qui devait resserrer les liens déjà existants entre la branche d'Anjou et la maison régnante. Le 21 octobre 1413, la reine Yolande quittait Angers et rejoignait son mari le 30, au château de Marcoussis, où elle séjourna en novembre et décembre, tandis que le roi de Sicile suivait à Paris les négociations *. La princesse

qu'on destinait au comte de Ponthieu était née le 14 octobre 1404, et avait par conséquent vingt mois environ de moins que son fiancé. Quand les pourparlers furent terminés, Yolande

1. Lecoy de La Marcha, U Roi René, L 1, p. 25-26 (Paris, 1875, 2 vol. in-S»).

2. n avait eu le tort grave de s'allier, en janvier 1412, avec Jean sans Peur.

3. Voir à ce st^et le Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 160, et t. VI, p. ^; Jouvenel, p. 267; Berry, op. HUtarieru de Charle» VI, p. 427.

4. Comptes de la Reine Yolande y KK 243, f. 23, v 24. — D*après ces comptes, on voit que le Roi de Sicile quitta Yolande le 8 novembre pour se rendre à Paris et revint le 23; il repartit d^ Marconssis le 29 novembre, et fut rejoint à Paris le 22 décembre ^ar sa femme.

se rendit à Paris, et visita la reine Isabeau à Thôtel Barbette; celle-ci lui fit de très riches présents*. La cérémonie des fiançailles eut lieu au Louvre, dans les derniers jours de décembre *, en présence de la Reine , du roi et de la reine de Sicile , du duc de Guyenne , frère de Charles , du duc d'Orïéans, des comtes d'Eu, de Vertus et d'Armagnac. Le Roi, alors dans une de ses crises , ne put y assister'.

Le 5 février, la reine Yolande s'éloignait de la capitale *, en compagnie de son futur gendre et de sa fille : le comte de Ponthieu devait rester sous son aile jusqu'au jour où il serait appelé par les événements à un rôle politique.

Que devint le jeune Charles pendant ces années fécondes où, sous la direction de la sage Yolande, il allait se former au rôle que lui destinait Ja Providence? Nous le trouvons accompagnant sa belle-mère en Anjou et en Provence, mêlé à l'éducation et aux jeux de ses beaux-frères Louis et René, le premier du môme âge que lui, le second plus jeune de six ans. Le comte de Ponthieu séjourna d'abord à Angers, où il arriva le 21 février, et où le roi de Sicile rejoignit les siens au mois de juillet; en septembre, il est à Saumur; en octobre, à Tours'; le 26 janvier 1415, il part, avec Yolande et sa fiancée, pour la Provence, où le roi de Sicile les avait précédés*. L'hiver et une partie de l'été se passèrent à Tarascon : ce séjour fut, pour cet enfant de douze ans, une heure charmante, mais bien

1. Par lettres du 8 décembre 1413, la Reine avait commandé de payer les dépenses suivantes : 1072 fr. pour six hanaps d'oi:. à pied, émaillés de rouge clair au fbnd, destinés à la Reine de Sicile ; 80 fr. pour un diamant pointu, en un. anneau, donné au duc de Guise (René d'Anjou) ; 208 livres, pour une aiguière et un gobelet d'or, donnés au comte de Ponthieu ; plus un diamant de 66 1. 5 s., donné à une demoiselle de la Reine, Marie de Graon, et un hanap et une aiguière du prix de 48 1. 15 s., donnés à un conseiUer de la Reine, Macé de Beauvau. Voir KK 48, f. 127 v«; Extraits*dans la Chronique de J. Chartier, t. m, p. 269.

2. M. Vallet donne (t. I, p. 12), la date du 18 décembre, qui est indiquée par le Religieux de Saint-Dem's ; mais cette date est contredite formellement par les comptes de Yolande , qui ne la font venir que le 22 décembre à Paris.

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