‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 1 sur 367 · Histoire de Charles VII · texte numérisé non relu

Histoire de Charles VII

, do Chartes VIL — Disposilions d«i du» ds Baurl'Ain<ens. -~ Succès dos armas englaisss : difalts de Cravant, compensic par une vklDÎre près de La Cravelle. ~ Perte da la Champagne et désastre de Verneuil. — L'interTeniion du duc de Savoie amène le conclusion d'une Irève

U luue entre le duc de Otoceater et le duc de Bourgogne en Heinaul. — Le njmte de l'oix se rapproche du Roi et re^it la lieutenance générais en Languedoc. — Lci Anglais cntriiprenneiil la cooijuêto du Haine; siège do Hont-Sainl'Michel; la Bretagne menacée — Défaite du cnnétable à Saînt-James-de-Beuvran. — La guerre eat portée par les Anglais dans le pa;9 Chartrain elle VcndAmois; prise de Ponlorson, que le connétable laisse sans secours. ~ L'invasion devient de plus en ptna menasanle; brillante reioouMede MoDtargïa. — Campagne de Bedrord on Anjou ; succès croissants des Anglais . lue Cstorise la guerre civile soulevée par les prinees du ssng ligués contre La Trémoille. — Le comte de Salisbury arrive i la tèle d'une nouvelle armée, et itiarclit sur Orléans, qu'il inTestit, après avoir soumis toutes lea places Toleinei. — L'intervention miraculeuse de Jeanne d'Arc sauve le France. — Sacre do Roi à Reima; aoumiasion d'un grand nombre de places; relraile sur la Loire, après l'échec de la tenutire sur Paris — Motils de celte retraite; trêve avec le duc de Bourgogne, qui ne tarde pas i reprendre les hostilités, sans même attendre l'eipiration de la Irève. — Leduc fait le siège de Compiègne, où Jeanne d'Arc est rails prisonnière; Il est obligé de lever le siège — Brillante campagne do Barbaian en Champagne; le prince d'Orange, qui avait envdhi le Dauphiné, est bal^u à Anlhon. — La campaj^na de 14ÏI est dirigée contre le ducdj Bourgogne, qui éprouve des perles sensibles; le défaite de René d'Anjou ot la mort de Barbaian à Bultignevilla viennent le dédommager. ~ Pressé da tous cAtéa, et menacé du cité de l'Allemagne, Philippe se décide i reprendre les nëgocialions ; il conclut une trèïc de deui sus, hieniM suivie d'u^ traité de pacification généaaic durant si> années. — La guerre cet poursuivie activement avec les Anglais. — Luttes intestines entre le connétable et LaTrtmoilto d'une pan , tes ducs de Bretagne et d'Aleucon de l'autre. — Ëcbec de Bedrord devant Lagny. — La Inde ae poursuit avec le duc de Bourgogoe pendant las confércnceB diploma. tiques et au mépris des trêves. — Grande prise d'armes du duc au mois de juin 1133; ses succtï dans l'Est. — Chute de La Trémoille. — Le lutte reprend avec acharnement au com- ' m do 1131 : triple campagne des Anglais. — Le comte de Clermont envahit la terriurguignon, mais l'arrivée du duc le tient ca échec. — Premières négociation! entre

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HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1422

aboutissenl i une suipenilon d'amna. — Caraptgna du connétable dîna liant dtbul , il s'arrête (oui à coup devant Dam el signe une Irève de il'ËLampta, lieutenant du duc de Bourgogne. — Préliminaires de pali

undel * Gerberoy ; succès de» Fraoçaii ; prise de Sainl-Dani». — Con-

A son avènement, Charles VU ne régnait que sur une faible portion du territoire. Le plus puissant des grands vassaux, le duc de Boui^ogne, était à la tête du parti ennemi, et il n'avait tenu qu'à lui de devenir régent au nom de Henri VI ', cet enfant au berceau dont le front se trouvait chaîné de deux couronnes; le duo de Bretagne, après avoir signé en 1421 le traité de Sablé , faisait jurer par ses ambassadeurs d'observer le traité de Troyes, et les Bretons avaient récemment, pour la première fois, croisé le fer avec lés Dauphinois; le comte d'Armagnac et le comte de Foix avaient un pied dans le camp anglais ; la duchesse de Bourbon , dont le mari était prisonnier en Angleterre, et la comtesse de Nevers, qui avait perdu le sien à Azincourt, avaient promis au duc de Bourgogne la neutralité de leurs domaines '. Les possessions du jeune Roi se trouvaient réduites aux provinces du centre : Tonralne, Berry, Poitou, SaintoQge (en partie), Limousin, Auvergne; au Lyonnais et au Dauphiné , menacés par les gens de guerre de Boui^ogoe et de Savoie ; au Languedoc, et à la partie française de la Guyenne placée entre les Anglais et les grands seigneurs féodaux dont plusieurs paraissaient déserter la causç royale. Parmi les provinces demeurées fidèles, on peut citer encore : l'Orléanais et le Blésùis, domaines du duc d'Orléans, prisonnier en Angleterre; leVendOmoiB, dont le possesseur était également captif; le Maine et l'Anjou, possédés par la reine Yolande el son fils. En Picardie, en Champï^ne, en Brie, dans l'Ile de France, dans. l'Angoumois, et jusque dans la Guyenne , quelques forteresses étaient occupées par de. hardis capitaines du parti royal.

1. C'est sur son refus ipio le duc ilc Bedroiil prit h r^ence du royaume.

3. Voir t. 1, (>, 53. Il résultad'une leltrc de ClKii-les aui liabiLints de Lyun, eu dale du 6 juin 1130 <Archivcs de Lyon, AA H, f. 30) que la ductiesw de Itaurlwn n'avaii agi qu'avcG l'assenliment du Daupliin. Les Irèïcs enti* le duc de Bour^ngne et la duchesse de Bourhun furent coulinnëcs par Ictlrts des 5 nuvenibre U3i et 7 juin 14S3. Archives, P 1350> , cote est , et iS&fi, cote 860.

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1422 ÉVÉNEMENTS MILITAIRES DE ,1422 A 1438. ft

Enfin, isolés au milieu des provinces ennemies, le comte d'Aumale et ses lieutenants au Mont-Saint-Michel , Jacques d'Harcourt au Crotoy et à Noyelles, Saintrailles à Guise, La Hire à Yitry„ Jean Raonlet à Mouzon, d'autres encore luttaient vaillamment , ae portant d'un point & un autre , unissant leurs forces a\i besoin, et tenant sans cesse l'ennemi en échec *.

Livrée depuis de longues années à des rivalités implacables, aux lovaaiona anglaises, aux courses et aux ravages des gens de guerre de tous les partis, la France était comme épuisée et anéantie. « La tempête des guerres civiles s'élevait de toutes parts : entre les enfants d'une même maison, eofre les hommes d'un même sang, se commettaient les attentats des guerres les plus cruelles; les querelles multiples des seigneurs se mêlaient à tous ces conflits '. » Dans les villes , de loiirda impôts, absorbés en grande partie par les frais de la défense, ruinaient les habitants; une cherté ef&oyable, des disettes continuelles ', de fréquentes épidémies venaient ajouter aux maux dont on souffrait. A. Paris, cent mille personnes périrent en quelques mois : on en était venu à jeter les morts pêle-mêle,

i. Il faul nommer ici une vitte qui, englobée dans les possessioas bonniulgoonneF , ne 'laiil* pas à se prononcer ouvertemenl en faveur de Charles ¥11 , ei dont la fldélii* ne se démentit pas ; nous roulons pai'Ier de 1'ouniai. Voici ce que dit à ce siûet la Chronique anongme, dans sa partie inédite (SU. (t. Ï30I8, f. 3il v°) : « En cel an (Bn de Itâ), Dît aliî^^s graiid yver et beaucop de ncs^es, dont ceulx'tle Tourna^ qui peroienl l'Armi gnac, firent plusieurs ruarmouscs tl daul|)!iins en révérence dudit Daulpltin, dont le duc de Bourgongne et ceuli de Gand furent 1res loal coolends. •> C'est le 8 novembre UÎ2 que la question ae |ios<i au Consul de vlltc. Les dëpulés de Tournai , envoyés à Gand , annoncent que les quatre membres de Flandre ont déclaré rormellenient'vûutaii' savoir si la ville de Tournai- veut tenir le Dauphin pour Roi ou si eLe demeurera neutre. Le tO décembre, les Consanx décident qu'une députation sera envoyée au Dauphin; le 4 janrier, on recml des lettres closes de Charles VII ; en roaiç, les députes de û «ille dérlareut aux quatre membres de Flandre que la ville considère justement Chartes Vil pour son roi et son souveiain. rt a résolu de lui obéir en tout ce qn'it ordonnera. ExtraiU aniAytiquet ilm aatirns rrijislrei det Contmix, t. R (1863), p. 0-81..— Voii' les lettres de Qiarles Vil en bicurdes babitanUdc Tournai (j^uivier 1423 et i juin 1415). Le Rot y rappelle leur anUque fidélité , et constate que leiir ville est « demourée comme foule seule des parties de par delà Saine i> en son obéissance. Ordornianct» , i. XIII , p. 18 «t 103.

i. Jean Chai-tier, Chronique latine, dant l'édition de M. Vallel do Viriville, 1. 1, p. 13, . ■ ■

3. Il y a dans les auteurs contemporains de ces traits i peine croyables : « Quant le lueur des chiens avait tué des chiens, W pouvres gens le suyvoient aux champs pour avoir la char ou les trippes [«ur leur niengi^r. b Journal d'un bourijeoit de Parit, p, i53. — K llz mengeoient ce qne les poarccaidx ne daignoieni mei^er. s Idem, p. 151.

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iO HlRTOrRK l>l^ CHARLES Vil. 1422

dans de larges fosses, « arangez comme Iaïs , ul puis iiu peu pouldiez par dessus de terre '. » Les habitants furent réduils à abaudoDaer leurs maisons, grevées de chairs écrasantes, et s'en allèrent « comme genf désespérez '. « Les loups pénétraient toutes les nuits dans la ville et y faisaient d'affreux ravages. Dans les campagnes, les champs étaient déserta, privés de culture , couverts de njnces et de buissons '. De la Loire à la Somme , la culture fut pendaitt de longues années interrompue : on eût dit un sol ennemi V Partout les routes étaient interceptées. Plus de aécurité , plus de commerce , plus de culte même, car les églises étaient brûlées ou dévastées, et parlois il fallait célébrer l'office divin dans des granges. Toutes les conditions étaient bouleversées : on voyait le maître devenir valet; les honnêtes femmes, oubliant leur devoir, mettaient « corps et âme au désespoir. » Sans cesse inquiétés, exposés à perdre leurs biens, menacés dans leur vie même, les cultivateurs; afTolés, quittaient leurs femmes et leurs enfants pour aller grossir le nombre de ceux que les contemporains appellent trop justement les brigands : « Que ferons-nous? « disaient-ils. Mettons tout en la main du deable; ne nous « chault (importe) ce que nous devenons; autant vault faire du « pis qu'on peut comme du mieuix, Mieulx nous vaulsist (vau- « drajt) servir les Sarazins que les chrestiéns, et pour ce « faisons du pis que nous pourrons. Aussi bien ne noue peut « on que tuer ou que prendre ; car, par le faulx gouvernement " des trestres gouverneurs, il nous fault renyer femmes et « eûfaus, et fouir aux boys comme bestes esgarées. Non pas

1. Jouttud d'un bourgeoii de Parit, p. 115; GulUebert de MeU, Ducriplion île ta ville <k Parit m XV êlicU (Paris, 1855). p. 86-

2. lom-nal, p. ISÏ. « Ne vous eussiei esté en [quelque] compa^fiiie, dit un lémotD ocuhi e, que vous ne veissiez les ungs laniepier ou plourcr k gros^s ternies, niaiidisant leur ualivilé, les autres fortune, [les autjes} les sîgneurs, les autres les gouverneurs, en Clianl liaulle voix , bien souvent et a ssen renient i a H^las '. vi'ay très doulx Dieu, quant • Mui cessera ceste pesnie douleui- et ceste doloreuse vie et de dampnable guerre? f M.. i^iU. P-16Î-63.

3. Voir en partlcnller Thomas Basin, HUloire de Chartei VII et de Louiê XI, t. I, p. 44 et suiv., et Nicolas de Clemanges, leltj^ LIX, sur les désordres des gens de guerre, adre^.ée i Gerson : Stcolaii de Clemangii) Calalauntnm arcfiîdiacotii Baioctnm operoomnia, 1613, iiH4°, pari, ii, p. 160 et suiv.

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