Cousinot, p
5. E-Tirail en, mémoriaux de la Chambre de» complet il' Angers, dans Leroy de La Murchc, le Roi René, i. I, |i. 13, note.
6. Dès te H udobi'C, il Usait drosser avec soin l'i'tal de ceux <]uj devaient l'aceom- IK^cr. II. Uibincau, L II, col. 99B.
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royal, où il eut audienee dans un jardin. Le comte se déclara prêt à servir le Roi : s'il avait dû, agissant >< sagement, » et « comme contraiot, » faire « quelques feintes » pour obtenir sa mise en liberté, son cœur et sa volonté n'avaient jaoxais varié depuis le jour où il avait été fait prisonnier à Azincourt'. Charles, voyant la « loyale volonté » de Richemout, le reçut « i grande joie et grand honneur, » et se montra très heureux de sa venue '.
Le Icodcmain fut signé par Charles VII un traité contenant les stipulations relatives au mariage de Louis, duc d'Anjou , avec Isabelle, fille atnéc du duc de Bretagne, mariage arrêté en principe depuis 1417. Le duc Jean apposa à son tour sa signature à cet acte, dans la ville de Vannes, le 13 novembre suivant'. Le Roi s'engagea, par lettres patentes*, i payer les cent , mille francs de dot promis p^r le duc de Bretagne à saillie, et engagea aux mains de la reine de Sicile, comme garantie de cette somme et jusqu'à son entier paiement, le duché de Touraine, avec toutes ses dépendances, sauf la ville et la châtellenje de Chinon *.
Mais l'affaire du mariage, malgré son importance pour la reine Yolande, cédait le pas à une question politique d'une plus haute gravité : celle de l'acceptation de l'épée de conné-
1. a Et s'offrait à MD service, CMiune celuy auquel le courage et h volnolé n'avoU oncques cbangé ou mu^ depuis le jour qu'il avoil esli^ pris i ladide baUille d'AzincourI , quelques feintes que sagement il cust Tailcs pour procurer sa riclivrauee, et comme contrainl. x CousiDot, p. 33!.
2. Cousioul, p. 33â, suivi par Charticr (1. I, p. të). Crnet (p. 361); MoDsU'elel (I. IV, p. 175), et Fmia (p. iU) conslalcnt aussi l'accueil empressa Tait par le Itoi i.
RiclKIIWDt.
3. D. Moi-ice, I. Il, col. 1149-51. Je possède rorlginal de cet acte, dont il ue reste malheureusement qtw les buil deroières lignes (le haut de la {ûèce ayant éli coup6), avec les signatures du Roi et du duc, d celles de deui secrétaires, i. Le Plcatl et Alain, approuvant deux ratures, l'une • du jour de Noël prochain venant, i l'autre <i desdit C» tnas. » On voit enccra sur le par«liemin ta trace des deux sc«aux plaqués en cire l'ouge. — C'est bien à Angers, et non à Saumur, comme je l'ai dit, par une distraction singulière, dans mon «lude sur le Caractère de Charlet VII (.Revue du queilimu hittoTiipiti. i. IX, p. 389, noie, et tirage à part, p. 43, note), que le traJW fut passe.
4. Lettres du il octobre 1431, dans les lettres de Yolande du IS décembre 1434. ■itut Archives, J 409, n° 49, et en copie collalionuée du temps, X'* 8C04, r. G9 v°.
5. * Laquelle somme, pour le tr6s grant désir que nons avons à la perrcction dudil mariage, pour acroissement d'amour et conclusion d'icelle entre les parties, et pour la |ir(>chaineli< qu'ilz ont à nous.,.., avons libéralement donné en faveur dudit mariage et pour le bien el arj-omplissement d'iceliii, pI de ce Tait no*lie debic >
78 HISTOIRE DE CHARLES Vn. 1424
table par le comte de Richemout. Aux instances qu'on lui lit, le comte s'excusa, disant que c'était une grande charge, et qu'il la trouvait bien lourde. Il ne paraît pas avoir, k ce moment, stipulé de conditions formelles à l'égard de ceux des conseillers du Roi désignés par le duc de Bretagne, lors du traité de Sablé , et qui n'avaient point été congédiés depuis. Devenus plus puissants que jamais, ces conseillera étaient allés au-devant de l'ail tance bretonne, et s'en étaient même faits les négocialeurs : on a vu ta part prise aux pourparlers par le président Louvct et par Tanguy du Chastel. Nnl doute qu'en agissant ainsi, ils n'aient été guidés par l'espoir de se rendre en quelque sorte nécessaires, et de s'imposer aux princes bretons. Mais si Richement n'exigea pas tout d'abord leur retraite, il n'est pas douteux qu'il subordonna son acceptation à l'agrément du duc de Bourgogne. Il fiit convenu que le comte irait trouver Philippe, et qu'il profiterait de celte visite pour poursuivre avec lui des négociations entamées sous les auspices du duc de Savoie.
Charles VI! ne séjourna pas longtemps à Angers. Après diverses gratifications faites, soit au bâtard d'Oriéans qui restait en Bretagne, comme otage, avec Guillaume d'Albret, soit aux conseillers du duc de Bretagne ' ; après avoir envoyé des ambassadeurs à ce prince ', et fait présent à la cathédrale de riches tapisseries', il partit dès le 2i octobre, il s'arrêta un instant aux Ponts-de-Gé, où il rendit diverses ordonnances*, ne fit que traverser Tours, et gagna Poitiers , où il avait à faire ses préparatifs pour le voyage d'Auvergne, depuis longtemps ajourné.
I. Lettres ilu 20 uclobre, on (itvcur du bâtard; trois latlres il» 31, en faveur de l'ainirai rie Bretagne, ilu doyen de Nantes, de Siniun cl Robert d'Espiniy; IcIlresduSi, en favcar de Philippe de Viervillc. Calalogue dm acUa.
i. a Pierre de Goetisac et Richard du Pou, escuyer du duc, inessire Robert d'Espiniy et Malu le Jici'ault, envoyci à Ant^iers devers les ambassadeurs du Ko; pour les amener à Nantes. » (ExlraU du atmpte de Jthait Dronyùu, rtctveur général de Bretagne , dans l>. Uoricc, I. 11, col. 1194.) Ces arabassadciirs étaient, connue an lo voit par des lettres du Roi du 7 janvier suivant, le chancelier Gouge cl Arnaud de Marie, maître des requêtes de l'hâlel.
3, Quatre pièces de tapisseries de soio représentant diverses seines de l'ancien et du nouveau Testament. Elles sont cnrore ruaserv^es A Angiers. Voir la cathédrale iFAnijert, tainl Maurice, par Em. SaJUand (Angers, 1869, in-18). p, 46, 50-51 ; r'esl à tort ■pi'un lit la date de 1438 dan.i Feitrait de Duménil.
1. Lettres du 33, en raveui- du vicomte de Dinan' et du sii'e de Rieui.
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1424 PREMIERES ANNÉES DE RÈGNE. 7il
Charles VII, accompagné du président Louvet, de Tanguy du Chastel, du chancelier Gouge, de l'évèque de Laon, de son médecin Cadart, etc., se rendit d'abord à Riom, où il présida l'assemblée des États de Languedoil. C'est de là que, le 24 novembre — le jour même où une aide lui était octroyée, — il écrivit aux habitants de Tournai une lettre qui nous a été conservée. Le Roi les mettait au courant de la situation. Remontant au « cas avenu à Vemeuil, a il ne laissait point apercevoir toute la gravité du désastre. « Toutes voyes, disait-il, sommes nous encores, la mercy Dieu, assez fors et assez puissanspour contrester à l'entreprise de nos diz adversaires, et à leur confusion, moyennant l'aide de Dieu premièrement, nostre sainte et juste querelle, et le bon secours, service et renfort que avons de nos bons vassaux. » Et il ajoutait qu'il avait plus de quatre mille chevaliers et écuyers prêts à le servir, sans parlerdes autres gens de guerre de la Bretagne qui, tout entière, « indifféremment, disait-il, est maintenant de nostre part, » et des secours que devaient lui amener d'Italie le marquis de Fefrare, et d'Ecosse le comte de Mar. Il annonçait qu'il venait de recevoir une aide des États de Languedoil. assemblés à Riom, et qu'il se rendait au Puy, où devaient se tenir les États de Languedoc, et où il avait convoqué le roi Jacques de Hongrie, les comtes d'Armagnac et de Foix, le sire d'Albret, etc. Enfin il faisait savoir que la paix entre lui et le duc de Bourgogne se traitait par l'entremise du duc de Bretagne et du comte de Richemont, qui allait se rendre près du duc de Boulogne ',
De Riom, le Roi s'avança par Montferrand et Issoire vers le Puy, où les États de Languedoc avaient été convoqués pour le 19 décembre. II vint s'établir le 14 au château d'Espaly. Ce château, résidence de l'évoque du Puy, et où l'on a placé à tort, nous l'avons vu, la proclamation de Charles VII comme roi, était bâti sur un pic, à un quart de lieue de la ville, dans une étroite vallée arrosée par deux faibles cours d'eau. C'était un chétif manoir, d'un accès difficile, et dont le séjour ne devait
I. Ardiiïcs iIp Tournai. L'opigiMl c?l en maiiynis fiM et offre de noniltrcuses
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avoir rien d'enchanteur '. Charles y célébra les fêtes de Noël et de l'Epiphanie, en compagnie de Jacques de Bourbon, roi de Hongrie, désigné, avec l'évêque de Laon, comme commissaire aux États. Un cahier de doléances fut présenté au Roi, qui lit droit à bon nombre de requêtes des députés'. Un acte important signala le séjour à Ëspaly : la nomination du comte de Poix, rentré dans l'obéissance royale, comme gouverneur du Languedoc, avec une pension de vingt mille écus. Le Roi retint en même temps le comte pour venir le servir « es parties de France, » au recouvrement de sa seigneurie '. D'autres lettres furent rendues en faveur du comte et de la comtesse d'Armagnac*; diverses retenues', et de nombreuses libéralités' sont encore à noter ; malgré la pénurie financière, le Roi faisait toujours preuve d'une singulière faciUlé à vider sa bourse.
Le 10 janvier, Charles VII reprit le chemin de la Touraine, où l'appelait la conclusion des pourparlers entamés avec le comte de Rîchemont.
Celui-ci n'avait pas perdu son temps. Aussitôt après avoir quitté le Roi, il avait pris, en compagnie de l'archevêque de Reims, le chemin du Nivernais', où se trouvait alors le duc
1. U. Ouneaux en fait une de^riptioD Irèn exacte dans son HiiMrr de France (I. 1,
p. tô£), où il donne dq inw|uis, dessiné pav liti-nidne, des ruines, enrme subsisUntes.
î. D. Vaissele, t. IV, p. 481. Le cahier, avec les réponses, esl pul)li# papnî ]e% PreuKti, col. 4!! et suiv.
3. 5 janvier : lettres pour ta liciilenancc générale; lettres de retenues pendant la gneire, avec 13U pajcs d'hommes d'anncs et 50 hommes de Irait. — 6 janvier : lettres relatives à la pension.
1. Le ramle d'Armagnac obtint le paiement en trois ans d'une somme de 9,000 te. à lui dtie ; la conilessc d'Armagnac reçut Ï.OOO livres en itnn (9 janvier).
!>. Retenues d'Amanieu, sire de Montpeiat <S janvier); de Jean de Bonnay, s^nëclial de Tonlouse <M.); de Bernant de liiaraze (fil.).
6. Guillaume d'Eslaing, chambellan du Roi, rcfut 3,500 tivi'cs (36 décembre); le comte d'Aslarac, !,000 livres (J janvier); l'évAguc de Lodève, 1,000 litres (6 janvier); Béraud, sm d'Apcbier, 1,1X10 livres (8 janvier). — Le 6 janvier. Hue, vicomte de l^rmain , est nommé conseiller et chambellan, et l'évêque de t^nserans conseiller, au\ gages de 1,300 I. 1. chacun.— Autres lettres en (ïveur de Guillaume de Meulhon (30 décembre); do Regnault de Garjcs, pannetier du Roi (33 décembre) ; de Jean de Saint-Loup (27 décembre); du seigneur de Basilhac (6 janvier); du seigaeiu' de Lantel (idem); de Thibaoll de Lucé, secrétaire du Roi (,ldem); d'Arnault de Marie, maître des requêtes (7 janvier).
ï II traversa Tours le 37 octobre, ftcghlrea des dèUbèraUoru, vol. 11, part. iv, au 31 octobre; Rtgislrei dei Complet, XXI, f. 97 v» et 106 V. On l'allendail à Lyon, ainsi que l'archevêque, le 12 novembre. Registre» dex dèUbéraliom, BB I, f. 318 v.
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de Bourgogne, et avait assisté, le 30 novembre, à Moùlins- Eogilbert, au mariage de Philippe avec Bonne d'Artois. Il s'était ensuite rendu à Mâcon, où une emportante cooférencp fut tenue avec le duc de Savoie. De Mâcon, Riehemoat était venu à Dijon, où il séjourna avec son beau-frère pendant une partie du mois de décembre '. Puis il était allé à Montluel rejoindre le duc Amédée, près duquel se trouvaient des ambassadeurs du duc de Bretagne, et où fut prise paT les deux princes une « délibération » dont nous parlerons tout à l'heure. Le comte de Bichemoat ne regagna le nord de la France qu'à la fin de février : nous le retrouvons le 26 à Tours, se rendant à Chinon, en compagnie du comte de Vendôme, enfin délivré de sa prison d'Angleterre '.
Le Roi était installé à Cbinon dès le W février. Une grande assemblée, dont le but déclaré était de « prendre et avoir conclusion de la paix et union de ce royaume', » avait été convoquée pour le "25. On était très perplexe à la Cour. Ce changement de politique auquel allait donner lieu la nomination du comte de Richemont à la charge de connétable, serait-il favorable à la cause royale? Le duc de Bourgogne, qui semblait se prêter à un rapprochement, était-il bien convaincu et bien sincère? Trouverait-on chez le duc de Bretagne, qui tant de fois avait passé d'un parti à l'autre, un auxiliaire sur et fidèle? Enfin qu'allait devenir l'inviolabilité de la personne royale, qu'on avait jusque-là pris tant de soin à sauvegarder? Les avis étaient très partagés, et tandis que la majeure partie du Conseil se ralliait à la politique nouvelle, un vif mouvement d'opposition se manifestait au sein d'une autre fraction.
L'assemblée convoquée par le Roi à Cbinon se tint dans U'n
1. Le comle de Richemont quitta Hicon le 5 décembre; il iVùl le 1 i DIjoa. Hitliiin de Bourgogne, t. IV, p. 98.
!. Le comte de VendOme élaîl arrivé en France en avril Utl. Archives de Tours, negiitrtt da Complu. XXI, (. 91 v». Il était i Lyoti le i février HÎH. BB 1, f. fU. Pour le passée par Tours, voir Archives de Tours, Begittrn des Compte», XXII, f. UT 1"; Registre! dei délibératioiu. II], f. 16 v°.
3. Il est fait meution, dans les Registres de Tours, d'une lettre close adres!^ par le Roi pour mander à celte assemblée dent envoyés notables de la ville, Regiilre* det rièilbératlimt, U, part, v, et lU, f. 13-t4 v; Regltlra dm Complet, XXII, r. 116 v°.
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82 HISTOIRE DE CHARLES Vit. 1425
premiers jours de mars '. On y vil, avec des priacea du sang et les plus notables membres du Conseil, des représentants du clergé, de la noblesseet des « parlemeos et bonnes villes'. » Nous manquons de détails sur cette réunion, à laquelle les cbroniqueurs ne font pas la moindre allusion. Nous savons pourtant qu'il y fut question de la paix avec le duc de Bourgogne, et des arrangements à intervenir pour l'installation du nouveau connétable dans sa chaîne; nous savons aussi que certains articles, rédigés par !e comte de Richemont et le duc de Savoie, lors de leur dernière entrevue, furent soumis au Roi, qui y donna son approbation*, « en la présence et par le conseil des gens des trois Estas. «
Quelle était la teneur de ces articles? Il faut ici nous transporter un instant sur le terrain de l'histoire diplomatique, et faire connaître le résultat de la conférence de Montluel, où le comte de Richemont et les ambassadeurs de son frère le duc de Bretagne, avaient arrêté, de concert avec le duc de Savoie, les bases des négociations. Les guaire articles — c'est ainsi que ce document est désigné dans les Registres de Tours — vont nous prouver que la direction gouvernementale était alors la pensée dominante du futur connétable, bien plus que le rapprochement à opérer avec le duc de Bourgogne.
Le traité de Montluel porte cet intitulé : « S'ensuit la dellberacion prinse par messeigneurs de Savoie et de Richemont avec les gens du conseil de monseigneur de Bretaigne, pour venir à conclusion delà paix jà longuement pourparlée et traictée, afin que à icelle l'en puisse mieulx venir et accomplir, à l'aide
1. Ptusieurs bonnes villes avaient éU solllcilées d'enrojer 1 Chinon leurs repr^sen- Unts. Les deui depulfs de Tours partirent le lundi 36 el revinrenl le 9 mars. RegUtra da diUbéraliom, ni, T. 23.
i. Il est question de cette réuoioD dans les Regkire» de» dilibératiaat de Tours (TOI. III, f. 19 ï.), et les Regiâlm du Complet (vol. XXTI, t. 116 v): dans les lettres du 7 mars (Godefroy, p. 793) ; dans une lettre du cunnétable aux Lyonnais en date du i juin (Aefue du Lyonnali, IS'U, vol. Il, p. 3!8); enlin dans te Irait4 du 7 octolnv 14iS (D. Morice, t. Il, col. 1181).
3. Lettre du coimétable duSJnin. — Guillaume Gruel prétend ;<p.36l-6â) que, i avant qu'il (EUcheinonl) priait l'espée, le Riij lui promit cl jura d'envojer hors de son royaume tous ceui qui «voient esté consentans de la mort de Mf de Boulogne et coosenlana de ta priase du duc de Bretagne. > Hais la fâtce en date du 8 mars que nous citons plus loin, ne permet pas, ce nous semble, d'admettre cette assertion.
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142S PREMIÈRES ANNËES DE BËOME. 83
et plaisir de Dieu, au bien et honneur des parties, au proffit d'icelles et de leurs subgez. » En voici la substance :
I, Il a été avisé et délibéré que , attendu que les princes du saDg'et maints vaillants prudhotnmes qui étaient en l'hôtel du Roi et près de lui pour le conseiller et aider, soût ou morts ou prisonniers, il est expédient et nécessaire que monseigneur de Bretagne et monseigneur de Savoie ensemble s'employent entièrement à la direction du gouvernement, soit en personne quand ils le pourront , soit , en leur absence , par d'autres vaillants et notables pmdhommes, en nombre suffisant, et que le Roi prenne et ait avec lui, en son hôtel , en son conseil et près de lui, des gens de messeigneurs de Bretagne et de Savoie, en nombre suflisant, qui, de concert avec les autres gens de son conseil, le conseilleront, et par l'avis et délibération desquels les affaires de son royaume seront traitées et conduites, au bien du Roi et de son royaume, de façon à ce que, au plaisir et à l'aide de Dieu , ses anciens ennemis soient expulsés du royaume.
II. Ceux qui seront ainsi députés et placés en l'hôtel et au conseil du Roi devront prêter serment de bien et loyalement servir, conforter, conseiller et aider le Roi, et de s'employer de tout leur pouvoir, bien et loyalement, au bien, honneur et profit du Roi et du royaume. Le même serment sera prêté par ceux qui sont présentement dans le conseil et près du Roi.
III. Ceux qui seront ainsi placés dans le conseil ou dans l'hôtel du Roi, seront tenus de signifier et faire savoir k messeigneurs les ducs les détibéraliona qu'ils prendront entre eux, « mesmement sur le fait de la guerre, n afin que messeigneurs les ducs II puissent mieux pourveoir à ce qui sera nécessaire pour le bien du Roy et de son royaume. »
IV. Il a été avisé et délibéré par messeigneurs les ducs que, sur les articles et chapitres de la paix « pourparlez, escripts et baillez » tant à Boui^-en-Bresse , en présence du duc de Savoie', qu'ensuite à Nantes, en présence du duc de Bretagne', messeigneurs les ducs, après que leurs gens auront
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K4 histoire de CHARLES VII, 1425
été mis, ordonnés et dépiiti^s pour être et demeurer on ITiôlel et au conspil du Hoi, coninie il est dit ci-dessus, « ordonneront ce que bon leur semblera pour le bien de la dicte paix, en adjoustant, diminuant et dêclairant, oa autrement, comme leur plaira, sur iceulx articles, et sera tenu, observé et mis à execntion tout ce que par eulx sera dit et ordonné ', »
Le 7 mars, dans la prairie de Chinon, le comte de Richemont rc^iit solennellement, des mains du Roi, l'épée de connétable; il prêta aussitôt le serment accoutumé, rendit au Roi l'homniafîeiige, etjura de le servir «contre toutes personnes'. «Dans Res lettres patentes en date de ce jour, Charles VII déclare que, « par défaut de chef principal sur le fait de ses guerres, » (le grave» inconvénients se sont produits, et que, à son très grand déplaisir, le peuple a pu souffrir de plusieurs •< pillei'ies et autres oppressions; » que, voulant nommer à l'oflice de connétable quelqu'un qui puisse mettre dans l'armée « tel ordre de justice que ce soit au bien du Roi et & la cessation de tous maux, » et qui ait " telle autorité, entreprise et vaillance que par son moyen et conduite ses affaires puissent estrc bien conduites et adressées; » — considérant que son « très cher et amé cousin » Arthur de Bretagne, comte de Kicliemont, par ses « grand sens, industrie, prouesse, prudence et vaillance de sa personne, tant en armes que autrement, » par la procbaineté du lignage et la maicion dont il est issu, par la part glorieuse ([u'il a prise à la journée
1. C« documenl n'csl pas nuuvcau ; il a ^ puUié dans tes Preuves de l'IHiloiTt dt Dourgogm àc D. Plancher <1, IV, p. cxvi); mais il ne porte point de dalc, el l'Mileur l'a place i [ort parmi des pièces de H'tj. Nous l'aTons reoronlr^ aux arrlilieii de la CAIc-d'Ur. B 11B97, en copie du leups, cl à Turin dans un rahier relalif aui négocjatiuns enlami^s sous les auspices du duc de Savoie : Tratalli, pij^e 36, Il est Cément à Tours, U-anscril dan^ les llegialm da délibération» (vot. 111, I. 30-iO \'). EnOn il se trouve encore à Tournai, et M, Vandenbroerk en a Aoiasf le lext« dans ses Extraits aaalyliqtifi dti andens regitlrts dn consaiu, I. Il, p. IftV-W,
i. Rapport rail i Tours, le 8 mars, par Jean Siinlicr, envoya à riiinon près du Hoi et des di^puti^s de la ville qui s'y Iroiivaienl : e Item a dit que yer il vil et fut présent que monseigneur le duc (tic) de Hichcmonl Ait par le Rujr nostre sire ordonné conneslable de France, et fist le serement et la Toï cl homniaii^e au Roy nostre dit seigneur puur cause de ce, et de le scnir contre taules persunnes. RI presunu>îl l'en i la court du lloy que, ou (avec) te plaisir dn Dieu, «croit buuni' \mx en ce rojaiime. » Ari'liives de Tonrs, Ref/aire des iléHbéralions, 111, !■ 1U. — Dans leur rapport ofUciel, les deuï députés (Pieire Soliier et Pierre Bonnart) nconlenl le fait en tenues idootiques (f. 20 ï°).
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1425 PREMIÈRES ANNÉES DE RËaMK. 8S
d'Azittcourt où il a été fait prisonnier, a toutes les qualités requises pour cet emploi; — « voulant, disent les lettres, ces choses lui reconnaître en honneur, bienfaits et autrement comme nous y sentons tenus, et, pour l'entière confiance que avons de lui, lui commettant et baillant le soin et charge de DOS plus hautes affaires qui sont le fait et couduicte de nostre guerre, espérant que par son moyen et cehiy des siens, qui sont grands et puissants, pourront estre faits à nous et à nostre diftte seigneurie tels et si profitables services que ce sera à perpétuelle mémoire, au bien de nous et d'ieelle nostre seigneurie et à la confusion de nos diz ennemis, » — le Roi le nomme connétable de France et chef principal, après lui, de toute sa guerre, avec tous les honneurs, prérogatives, pensions et émoluments appartenant à sa chaiye, et avec les pouvoirs les plus étendus '. »
Deux jours après, le comte de Richemont était reteiui au service du Roi, avec deux mille hommes d'armes et mille hommes de trait ', et une assignation de douaire était faite à sa femme, la duchesse de Guyenne ',
Si Ton examine les noms qui figurent au bas de l'acte du 7 mars, on constate rabseoee de quclques-tuis des plus marquants parmi les conseillers du jeune Roi. Ainsi en ost-ii pour le président Louvet, l'ancien chancelier Robert Le Maçon, le maréchal de la Fayette, le grand maître des arbalétriers Torsay,
1. Archives, X'*, 8601, f. H; Goderroï, IHiMre du eonnatahtu, etc., \i. &). l^s importanles lelbw sont Minlrcsigné<>s par le coinlf de Vnndiiinc, le clianf^icr Gui^ie, l'3rcbevh)ue de Reims (Regnault de Qjarires), l'ardievfque de Sens (Jeun de McIiid), l'ëT^ue d'Angers (Hurdouia de Btiell), le mar/chal de Si'verac, Ohrisluphe d'IlaiToui't, le K^nd maîlve d'Iidlel (Taoguj du Chastcl), le sire de Montejeaa, Adam de Caiuliray, pr^sideni au Parlement , le niari^clial de Savoie (Gaspard de Montmayeur), le pn^sidcnt de Savoie (Jean de Beaururl), l'aiiiind de Bi-ct^nc (le sii-e de Pcnliu^l), (luillanmo d'Aïaiigour, Arnaud de Marie, le sire de Treignac (JeMi de l^mbom), l'ardiidiafre de Reims, le gouverneur d'Urléans (Haeul de (ianoturt).
!. TrHiUme compte d'Ihnum Raguirr, Ms. fr. 20681, |i. .Ma.
3. Assignalion du eomté de Cien-sur-Loiro et des diiteMis , villes et eliâleUenies de Fonlenay-le-Comte, Dun-le-lïirï el Monlargis, en date du 9 mars IMh. Fr, IS.'iSri, f. 16 v°. On remarquera le eonsid^rant suivant ; " <Utendu nie^cmenl que, pour sa Injauli^ garder, il a tout abandonni* ce qne, lanl à causa de liiy que de nosire diclc sieur sa femme, il pourroit avoir autre pari en nostre ruyauinc, mesmement au regarl des diz pays que de présent occujienl les Aj^IoI? nos aneions cnnem)-3, el s'est rfliré de bon vouloir par devers nous, jiuar nous servir de eurps et de puLisanrc allencnntro de nos dix ennemys el à la recouvrance de ce qu'ils occupent de noslrc scigneuiic, «
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l'amiral de Gulant, le grand écuyer Frotidp. Parmi ceux qui semblaient le plus menacés, nous en trouvons deux — le ^and maître d'hôtel diï Ctiastel, et le baîUi Guillaume d'Avaugour — au nombre des signataires. Pour quelques-uns, la cause de l'abstention peut être fortuite; pour d'autres, assurément, elle est intentionnelle. Est-ce un parti d'opposition qui se formet Le connétable va-t-il se trouver en présence d'un groupe hostile qui lui disputera la prééminence f Nous pouvons, gr&ce à une pièce curieuse, publiée pour la première fois par M. Vallet de Viriville ', nous faire une idée des intrigurs qui s'agitaient. Nous allons reproduire cette pièce in extenso. On y verra, à c6té de préoccupations intéressées, le légitime souci d'assurer la sécurité et l'indépendance du Roi; on y trouvera en même temps une nouvelle preuve de la facilité singulière avec laquelle Richeraont ne craignait point de s'engager par les serments les plus sacrés, quitte à faire, après coup, bon marché de ses pro-
Ce sont les choses que uonsbionbur le comte de Ricubmond jure et promet au roy sdb les saints évangiles de dlbu, pak le baptesme qv'il apporta des saints ponts, par sa part de paradis et sur son honneur, en prenant l'office dk la connbstablerie de france, tenir, garder et accomplir entièrement sans aucune fraude ou malenoin, ne sans souffrir far personne ne en manières quelzconques venir
A L'ENCONTRB DBS DICTTES CHOSES OU AUCUNES D'iCELLES, OULTRE ET PARDESSUS LES SEREMENS ORDINAIRES TOUCHANT LE DR OFFICE DE CONNESTABLB.
Premièrement, jure et promet que, pour quelconque cliose qui puisse avenir, ne consentira en manières quelconques, ainçois de tout son pouvoir l'empeschera, que la pereonne du Roy soit nulle part qu'il y ait seigneur plus fort que le Roy, mais sera toujours te Boy le plus fort, à son pouvoir, ou à tout le moins aussi fort,
t. Copie inodcnie dans la Collection de D. Housseau, vol. IX, n° 3851, d'après tes ArchiveE du chapitre d'Angers. — Édité, sauf quelques dla]^^elDents ou iacorreclioDs, el la date raulive du 7 f(<vrler, par H. Vattel de Viriville, Uisl. rie CharUi VII, 1. 1, p, 439.
!. La dale a ici son importance. Or c'est, non le 7 février, mais le 8 mari qat Riehemont sigoait l'acte on qoesUon.
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1425 PREUIËRES ANNÉES DE BËCNE. 87
s'il lui plaiat; et sera le Roy accompagaé, en ce cas, de lellea gens comme il plaira au Roy.
Item, jure et promet que, de tout son povoir, il aidera à l«Qir la personne du Roy en franchise et liberté, en usant de sa seigneurie franchement et pleinement en toutes ctioses, comme il a fait jusqu'à présent.
Item, jure et promet que les serviteurs du Roy, c'est assavoir messire Tanguy du Cliastel, prevost de Paris, le président ' , le siro (le Giac, Guillaume d'Avaugour et Pierre * , aymcra, soustiendra et portera, ne, pour quelconque chose qui soit, ne fera, fera faire ou consentira chose qui soit au dommaige de leurs personnes ne de leurs biens et estatz. El parcillemenl feront serment de vouloir le bien de monseigneur le duc de Bretalgne et le pourchasser à leur povoir comme ils feroient le bien du Roy; et avec ce le bien de mon dit seigneur le conte de Richemoud, ainsi qu'il leur promet.
Item, jure et promet que, pour quelconque paix traictée ou à traicter, ne soufTrera ne ne consentira, pour quelconque cas advenu, l'eloignement des serviteurs du Roy dessus dis d'avecques le Roy, ne le dispoinctement de leurs estais, aincois qui en parleroit empeschera la chose '.
Item, des gens d'armes pour estre entour le Roy el l'accompaigner, s'en rapportera au Roy.
Iiem, le Roy lui baille la conneslablerie en la forme el ce ses prédécesseurs.
En teamoing desquelles choses, le dit monseigneur le con Bicbemond a cy mis son seing manuel et y a fait mettre son le vm° jour de mars, l'an mil quatre cent vint et quatre. ,
Artur.
Tel était le pacte signé par le comte de RichemoDt le If main même du jour où il avait pris l'épée de ronaétabl comptait sur la raison d'Ëtat pour le délier de ses ens ments.
Le Roi s'empressa de faire part à ses bonnes villes de 1 nement qui venait de s'accomplir; nous avons les le