LA TRÊVE AVEC L'ANGLETERRE
Guichard de Chissé et de Jacques Aude, secrétaire du Roi, partit aussitôt pour le Mans ; elle avait mission de dire aux plénipotentiaires anglais que le Roi était très joyeux de leur venue et du désir qu'ils manifestaient de travailler activement à la paix, car il était animé des mêmes intentions et disposé à y parvenir . par « tous moyens honnêtes et raisonnables. » Aux trois ambassadeurs que nous venons de nommer se joignit un envoyé du duc d'Orléans, Hue de .Saint-Mars, gouverneur-de Blois. Le duc le chargeait de dire à Suffolk qu'en raison de l'absence des gens du duc de Bourgogne et du chancelier, il lui semblait convenable de ne tenir la conférence qu'après Pâques ; que la ville de Vendôme lui paraissait un lieu favorable pour la réunion projetée, et qu'il s'y trouverait avec les représentants du Roi. Les ambassadeurs de Charles VII avaient ordre de conclure une trêve partielle,, s'étendant aux pays voisins du lieu de la conférence, et de publier immédiatement cette trêve*.
Les instructions royales furent ponctuellement suivies. Dès le 8 avril était signée au Mans une trêve pour les pays environnant Vendôme , Blois, Tours et le Mans, laquelle devait se prolonger jusqu'au quinzième jour après la fin des conférences qui allaient s'ouvrir à Vendôme. Cette trêve fut, dès le lendemain 9 avril, ratifiée par Charles VII *.
Ce premier acte accompli , les plénipotentiaires anglais partirent, en compagnie du duc d'Orléans et du comte de Dunois. Mais, arrivés à Vendôme, au lieu de s'arrêter dans cette ville, ils poursuivirent leur route jusqu'à Blois; là, ils s'embarquèrent sur la Loire, et descendirent ce fleuve jusqu'à Tours, où ils arrivèrent le 16 avril. Le Roi était alors souffrant : il relevait d'une maladie assez grave, qui avait inquiété son entourage et fut l'occasion de. poursuites judiciaires'. Voulant
1. Instructions en date du 31 mars 1444, données par Charles VII au sire de Gaucourt à Guichart de Ghissë et à Jacques Aude. Original, Ms. fr. 4054, f. 14; texte publié par M. Stevenson, Letiers and papers^ etc., t. 1, p. 67 et suiv.
2. Lettres des ambassadeurs anglais (en minute et en copie), dans Ms. fr. 4054, f. 21 vo et 23 ; lettres de Charles VII du 9 avril 1444 (en copie du temps), dans le même ms., f. 19.
3. On lit dans les instructions du 31 mars : «c Pour ce que le Roy est encore un peu foible de sa personne, à l'occasion de certain accident de maladie qu'il a nagaires eu ÇL c, p. 72). » — Nous avons vu plus haut (p. 56-57) qu*en 1438» à la suite d'une maladie survenue h
suivre de près les négociations , Charles VII avait décidé que la conférence se tiendrait à Tours.
Le 17 avril, au château de Montils-les-Tours, les ambassadeurs anglai.s furent admis à Faudience royale. Ils furent reçus avec cette affabilité et cette bonne grâce qui donnaient au Roi un si grand prestige ; od les présenta ensuite à la Reine et à la Dauphine *. Le comte de Suffolk était porteur d'une lettre de son maître , en date du 22 février, qui portait cette suscription : « A très hault et excellent prince nostre très cher oi^le de France. » C'était la première fois que, dans des documents émanés du gouvernement de Henri VI, le mot d'adversaire était supprimé. Le roi d'Angleterre et de France déclarait avoir été informé, par les rapports qu'à diverses reprises ses envoyés en France lui avaient présentés, de la grande et bonne affection que son oncle de France avait, tant au bien de la paix générale qu'à sa propre personne, en même temps que du désir qu'il éprouvait de mettre un terme aux divisions entre les deux royaumes et de parvenir à un appointement final ; il lui envoyait dans ce but le comte de Suffolk, grand maître de son hôtel, et d'autres de ses gens, le priant d'ajouter foi à ce qu'ils lui diraient de sa part et de leur faire connaître ses intentions '.
L'arrivée des ambassadeurs fut à la Coui* le signal de fêtes et de divertissements qui, à cette époque, étaient l'accompagnement ordinaire des congrès diplomatiques. Il y avait à
Charles VII, des poursuites furent dirigées conli'e Jean de Bar, apothicaire, et que celui-ci fut acquitté et maintenu dans ses fonctions. Celte nouvelle maladie donna lien à un second procès et à une mise à la retraite. C*est ce qui résulte de deux mentions, extraites du sixième compte de Jean de Xainçoins, receveur général, que nous fournit le précieux manuscrit 685 du Cabinet des titres : « A Noël le Boulanger, 50 1. sur le fait du procès par luy fait sur Taccident nagueres avenu en la personne du Roy (f. 64). » — « Jehan de Bar, nagueres apothicaire du Roy, pour son voyage de Tours à Paris en la Cour de justice ester à droit sur aucunes choses qu'on luy a mis sus avoir esté par luy faites en la personne du Roy durant sa maladie à Tours, ^0 1. 1. (f. 82 v«). n — Si Ton considère que Jean de Bar était valet de chambre de Charles VII depuis liâO, le fait de son retrait d'emploi ne laisse pas que d'être signiGcatif.
1. Relation latine de l'ambassade, communiquée par M. Stevenson à M. Vallet de Viriville, et citée par celui-ci dans son Histoire de Charles VII , t. Il, p. 451. — On lit, à la vérité, dans une lettre de Louis XI, écrite sous le règne de ce prince, et non en li44, comme le suppose M. Stevenson (t. 1, p. 77) : m J'ay veu venir le conte de Suffort, anglois, devers le Roy en ceste hostel. Mai% jamais, ne parla à luy jusques ad ce que tout fust appoincté. »