S II. — FINANCES, AGRICULTURE, COMMERCE, INDUSTRIE
Les sources de revenus Uries. — Réorganisation des différents services è Paris, apcès Toccupation de la capitale; haut personnel de Tadministration financière; administralion des pays d*outre-Seine. — Réforme dans Tadministration du domaine. — Administration des monnaies de 4435 à i444. — La taille : tableau des sommes votées par les États ou imposées d'office. — Rétablissement des aides; aides supplémentaires; Téquivalent aux aides. — Insuffisance des ressources; nombreux emprunta «oauactés; pénurie du trésor.— Réformes apportées dans l'administration financière ; ordonnance de Saumur. — État de Tagriculture et du commerce : mesures prises en faveur du commerce et de l'industrie.
Non moins urgente que la réforme de Tarmée, la réforme des finances appelait l'attention de Charles VU : on peut dire que la seconde était comme le corollaire de la première.
Les différentes sources de revenus étaient taries pour la plupart. Le domaine était tombé en non- valeur; les dépenses qui devaient être acquittées sur ses produits n*étaient plus soldées : beaucoup de gages d'officiers restaient impayés, et les châteaux et édifices royaux tombaient en ruine *.
Les monnaies , malgré les expédients auxquels on «avait eu
1. « Ne se payent comme nuls fiefs et aumosnes et gages d'officiers, et aussi ne sont faites aucunes ou que très peu réparations en nos chasteaux, manoirs et edîQces. »' Lettres du 25 septemlve 1M3. Ordonnances, t. XIII, p. 372. Cf. lettres des 10 février et 12 août 1441. Idem, ibid., p. 415 et 444.— Les fiefs étaient les rentes que le Roi donnait à prendre sur son trésor, à charge de foi, hommage et service; les aumônes, les fondations pieuses attachées à ces mêmes lenures royales.
'lH4 HÎSTOIRE DE CHARLES VII.
recours, n'alimentaient le trésor que d'une manière très précaire; le plus souvent, le produit du seigneuriage était employé à acquitter les gages des officiers des monnaies.
.La taille proprement dite (désignée souvent d'une manière inexacte sous le nom d'aide)^ perçue sur les personnes en raison de leurs biens et de leur fortune, était devenue la principale ressource. Affectée exclusivement au paiement des gens de guerre, elle était, par sa nature même, un impôt essentiellement transitoire , destiné à faire face à des dépenses extraordinailres. Chaque année, les États généraux en déterminaient le montant; son produit s'élevait à des sommes considérables. Mais la déplorable situation des provinces, la misère générale du royaume rendaient les recouvrements fort difficiles, et, par la continuité même de cet impôt, la source s'en trouvait tarie.
Les aides, ou impôt indirect, perçues sur les denrées et marchandises et sur le sel (sous le nom de gabelle), avaient été supprimées par Charles YII dès le début de sa régence , et nous avons vu que toutes les tentatives faîtes , à plusieurs reprises, pour les rétablir avaient échoué \
En présence d'une pareille situation , on comprend les difficultés qui entravaient l'exercice du pouvoir royal. Nous allons voir quels efforts il fit pour les surmonter.
La première mesure que prit Charles VII , au lendemain du traité d'Arras, fut le rétablissement des aides. C'est dans leur produit qu'il espérait trouver les ressources dont il avait un si pressant besoin. Lors de la réunion des États généraux de Languedoil tenue à Poitiers au mois de février 1435, il avait fait exposer les motifs impérieux qui l'engageaient à réclamer le rétablissement des aides. Les États avaient, on l'a vu, accédé à sa requête , et voté le retour à ce mode d'impôt pour ime dui^ée de quatre* années seulement; mais on a vu aussi que l'opposition des États provinciaux avait empêché la mise à exécution de cette mesure*.
i. Voir ci-dessus, t. H, p. 580, 587-88, 597-98. 2. Voir t. Il , p. 600.
l'administration de 1435 a 1444. 465
Lors de la nouvelle réunion des mêmes États, tenue en janvier 1436, le gouvernement revint à la charge. Dans cette assemblée, plus nombreuse que la précédente, les États donnèrent leur assentiment au rétablissement définitif des aides. Une ordonnance fut aussitôt rendue (28 janvier) pour régler le mode de perception; nous en donnerons plus loin l'analyse.
Le retour de la capitale à Tobéissance du Roi fut une occasion de réorganiser tous les services publics. Le connétable avait, à titre provisoire, maintenu la Chambre des comptes en fonctions *. Par lettres du 15 mai 1436, le Roi ordonna de fermer et sceller la Chambre des comptes , la Chambre du trésor et la Chambre des monnaies , en même temps que les Chambres du Parlement*. Ces Chambres furent rouvertes, comme le Parlement, à la date du 6 novembre 1436 ^ et les divers services financiers furent reconstitués. La Chambre des comptes avait, on Ta vu , pour premier président Guillaume de Champeaux , évêque de Laon ; mais ce prélat continuait à résider en Languedoc, où, comme général conseiller sur le fait des finances, il avait la haute direction des affaires. Son administration ayant donné lieu à de très vives plaintes, le Roi, en décembre 1441 , lui enleva ses pouvoirs et le révoqua. Alain de Coëtivy, évêque d'Avignon , succéda à Guillaume de Champeaux ; il y avait en outre un président laïque, qui était Simon Charles. Trois « généraux conseillers sur le fait et gouvernement des finances, tant en Languedoil comme en Languedoc , » continuèrent à diriger l'administration financière : c'étaient Régnier de Bouligny, Jean de la Barre et Jean Chastenier, Ils furent successivement remplacés. En avril 1441, Jean Taumier est au nombre des généraux des finances *. En 1444, les généraux des finances en exercice sont Jean de Bar, seigneur de Baugy, Jean d'Étampes et Jean le Picart'. Tanguy du Chastel et Thibaud de Lucé,
i. Archives, P 2298, p. 977, cl 2531, f. 145.