PHILIPPE LE BON LIE PARTIE AVEC LES ANGLAIS
Philippe^, en effet, fils du dit duc, homme assurément plein d'intelligence et habile à conduire et à gouverner les affaires, tant de guerre que de paix, profondément indigné de l'horrible meurtre de son père, auteur bien-aimé de ses jours, appliqua fortement son esprit aux pensées de vengeance. Il lia étroitement partie avec le roi d'Angleterre ^, et bien qu'à la vérité il soit certain qu'il ne fournit jamais aux Anglais contre les Français autant de secours qu'il aurait pu aisément le faire, néanmoins non seulement il défendit vigoureusement contre eux ses frontières, mais encore il infligea aux champs et aux terres de ses ennemis des pertes et des dommages souvent graves. Si bien que, certains capitaines étant venus du côté de la Picardie avec une forte troupe d'Armagnacs pour ravager ses terres, une rencontre assez hasardeuse eut lieu ^. Le début en fut incertain et l'issue en parut douteuse, tantôt l'un, tantôt l'autre des partis en présence faisant mine de céder. A la fin cependant Philippe sortit vainqueur, les ennemis ayant subi de grandes pertes, les uns tués, les autres enfuis ou se disposant à une fuite nécessaire. C'est dans ce combat, dit-on, qu'il fut fait chevalier*, car ce fut la première rencontre à laquelle il prit part en armure de guerre^.
Ainsi, souvent Armagnacs et Bourguignons se combattirent avec des alternatives diverses en divers lieux et localités, et nombreux furent des deux côtés les places, châteaux et villes pillés et ruinés.
3. Il s'agit des combats devant Saint-Riquier et de la bataille de Mons-en-Vimeu (31 août 142 1), longuement contés par Pierre de Fenin, dans ses Mémoires (éd. Dupont, p. 164 et suiv.). Voir R. de Belleval, La journée de Mons-en- Vimeu et le Ponthieu après le traité de Troyes (Paris, 1861, in-12). L'auteur n'utilise guère que les chroniqueurs bourguignons.
4. Ce détail figure, en effet, dans le récit de Pierre de Fenin (éd. de Mlle Dupont, 1837, p. 164).
5. Ce qui précède, depuis Unde, cum duces nonnulli (« Si bien que certains capitaines... »), est inséré dans les Annales Flandriae, livre XVI, comme l'a fait remarquer Quicherat (t. I, p. 39, n. 2).
CAPITULUM XVI
QuALiTER Anglorum rex obsidionibus acquisivit Meldos et Meldinum, et de extinccione ducis Clarencie atque obitu Anglorum Henrici et Karoli VI Francorum regum.
Anglorum vero rex, ut ad nostram, unde paululum digressi sumus, principalem narracionem redeamus, cum jam Parisiorum urbem et alias prenominatas, titulo heredis et administrât oris regni possideret, magna vi'' ad ceteras subigendas et sue subdendas dicioni satagebat civitates atque opida, que delfino, ut premisimus, exheredato parebant. Unde civitatem Meldensem et opidum Meldinum, et nonnulla alia loca, contractis Burgundionum auxiliis, longis et difficilibus obsidionibus ad dedicionem compulit et suo adjecit imperio^.
Alter vero ex suis germanis Thomas, Clarencie dux^, cum magnis Anglorum copiis partes Cenomannie atque Andegavie aggressus, et incaucius se agens'", a magno Francorum et Scotorum agmine exceptus, illic cum sua gente apud Baugiacum extinctus est ^. Cujus clade comperta, dixisse fertur Anglorum rex, frater suus, quod si vivus evasisset, eum mortis affecisset pro sua temeritate supplicio, eo quod eum hoste, contra interdictum suum^" atque imperium, dimicasset, prout olim Manlium Torquatum de proprio filio fecisse, quod contra suum imperium, licet féliciter, cum hoste pugnasset, veteres Romanorum historié referunt.
Non multo autem post, idem Anglorum rex, gravi
a. Manque en P. — h. gerens P. — c. Ce mot dans l'interligne, de la main de l'auteur, en G.