‹ Histoire de Charles VIIChapitre 147 sur 307 · MISSION DE JEANNE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

MISSION DE JEANNE LA PUCELLE

ledit chevalier, connaissant la simplicité de cette fille, dont il savait que les parents s'adonnaient à cultiver les champs et à paître les animaux, n'attachait aucune importance à ses propos et jugeait de prime abord qu'on n'en devait pas faire cas. Aussi refusait-il d'accomplir ce qu'elle demandait, tenant ses dires pour propos de bonne femme dénuée d'intelligence et de bon sens.

Comme elle persévérait néanmoins dans ses affirmations, le menaçant, en outre, s'il méprisait les ordres de Dieu, des coups que Dieu ne manquerait pas de lui envoyer ; comme aussi, à ce qu'on peut croire avec vraisemblance, elle lui avait donné quelque signe de sa mission, elle l'amena à consentir et accomplir ce qu'elle réclamait. Aussi, ayant fait préparer pour le départ ses chevaux, ses serviteurs et tout ce que nécessitait sa condition, il la conduisit ^ dudit lieu de sa naissance au roi Charles, à Tours ^.

Là, ayant salué le roi et lui ayant fait savoir pourquoi il était venu et pourquoi il avait emmené avec lui ladite pucelle, le roi, un peu inquiet d'une pareille nouveauté, réfléchissant à la simplicité et rusticité de la pucelle, refusa de l'admettre à s'entretenir avec lui. Il envoya vers elle des gens de son conseil et de sa suite pour s'enquérir et s'informer auprès d'elle le plus prudemment et le plus habilement possible des choses qu'elle voulait lui dire et révéler et des signes qu'elle pouvait montrer de sa mission. Mais à tous pareillement elle fit réponse qu'elle avait, par ordre de Dieu, certaines choses secrètes à révéler au roi et qu'elle ne pouvait les faire connaître qu'à lui seul et à nul autre ; que si le

cent, mais très verbeux, de l'abbé G. Rouette, Itinéraire de Jeanne la Pucelle (Orléans, 1894, 2 vol. in-80).

2. Non pas à Tours, mais à Chinon, où elle arriva peut-être le 23 février 1429 (Boismarmin, dans le Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques, 1892, p. 350-359). Sur la date de l'arrivée à Chinon, voir une intéressante discussion dans l'édition de la Chronique d'A. Morosini par L. Dorez et G. Lefèvre- Pontalis, t. III (1901), p. 44, n. 2.

Thomas Basin, I. 12

13° QUOMODO KAROLUM REGEM JOHANNA ADIERIT

sionis vero'* talia signa ostensuram, si ad colloquium* se rex admiserit, quod de revelacione sibi a Deo facta nullatenus in ancipiti manere possit^'. Sed hiis nichilominus ita ab ea assertis, rex per decursum circiter trium mensium ^ eam audire detrectavif .

Quo defluente spacio, obsessos Aurelianenses ^ dira famés et plurium humanis usibus necessariarum rerum penuria constringebant. Ipsa vero Johanna nunc-^ regium consilium, modo istum, modo illum ex primioribus erga-^' regem assiduis interpellacionibus fatigabat, affirmans persévérante! , se si rex audire vellet et que sibi divinitus mandabantur adimplere, auxilia sibi obsessisque ac toti regno proventura ; sin vero in sua persisteret pertinacia, incommoda et calamitates sibi et obsessis totique regno imminere minime^' addubitaret.

CAPITULUM X

QUALITER REX PUELLAM JOHANNAM AD COLLOQUIUM ADMISIT ET EAM ARMIS ATQUE EQUIS INSTRUXIT

Igitur cum talia perseverans indesinenter ingereret et de liberacione civitatis Aurelianensis obsessisque subveniendo nulla spes, sed pocius apud omnes ferme summa desperacio haberetur, ab illo Johanne, illustri comité Dunensi, quem naturalem fuisse filium ducis Aurelianensis Parisius' perempti supra retulimus, nonnuUisque aliis qui circa regem erant datum régi consilium fuit, que-

a. vero sue P. — b. colloquium suum P. — c. posset P. — d. Leçon de P ; detractavit G. — e. Aurelianensium P. — /. Manque en P. — g. En marge, de la main de l'auteur, dans G. — h. incommoda et calamitates minime P. — i. Parisiis P.

I. Quicherat a relevé l'erreur commise ici par Basin. En réalité.

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