‹ Histoire de Charles VIIChapitre 151 sur 307 · ENTREVUE DE JEANNE ET DE CHARLES VII I · texte numérisé non relu

ENTREVUE DE JEANNE ET DE CHARLES VII I

on a coutume de le faire quelquefois dans les situations désespérées, d'accorder audience à Jeanne la Pucelle et, parmi les choses qu'il entendrait de sa bouche, d'examiner et de s'informer avec soin s'il en était qui dussent être repoussées comme d'humaines rêveries, ou, au contraire, humblement accueillies et prises en considération comme ayant le sens de quelque avertissement ou ordre envoyé par Dieu.

Les conseils et les instances de ces seigneurs vinrent à bout de la résistance du roi, qui, poussé aussi par le sentiment que la situation présente était désespérée, décida d'acquiescer à leur demande et se fit amener Jeanne la Pucelle. Venant donc en la présence du roi, elle eut avec lui, seule et sans témoins, un entretien de plus de deux heures ^. Après avoir écouté ce qu'elle avait à lui dire, il lui posa des questions et l'interrogea sur beaucoup de choses touchant ce qu'elle lui remontrait. Ses réponses et les propos qu'elle lui tint, les signes et les marques qu'elle lui dévoila des choses les plus secrètes en preuve de sa mission et de son envoi par Dieu l'induisirent à attacher quelque créance à ses paroles. Le roi dit, en effet, à ce que l'on rapporte (et nous nous rappelons l'avoir entendu de la bouche du susdit comte de Dunois, qui était de ses intimes^), qu'elle lui avait révélé, en preuve de ses dires, des choses si secrètes et cachées qu'aucun mortel, sauf lui-même, n'aurait pu en avoir connaissance, sinon par révélation divine®/

l'absence de toute révélation de la part de Jeanne d'Arc, qui répéta obstinément à ses juges qu'on ne lui tirerait jamais son secret de la bouche, on a pensé généralement que la Pucelle avait libéré le roi d'un doute que le souvenir de la vie peu exemplaire de sa mère, Isabeau de Bavière, avait fait naître dans son esprit touchant la légitimité de sa naissance. M. A. Thomas a produit un texte, une lettre de rémission de 1458 (n. st.), prouvant qu'à cette époque on croyait, en effet, jusque dans les provinces les plus lointaines, que « quant le roy nasquit il n'apporta point enseigne de roy et n'avoit pas la fleur de Hz comme vray roy ». On sait que, dans la tradition épique, la croix (transformée sans doute en fleur de lis au royaume de France) était le signe distinctif de toute lignée royale. Voir A. Thomas, Le « signe royal » et le secret de Jeanne d'Arc, dans la Revue historique, t. CIII (1910), p. 278-282.

134 QUOMODO PUELLA EXERCITUI PRAEFUERIT

Assensum itaque admonitis per eam prestans, contractis"* undique copiis, sue milicie eam, tanquam divinitus ductricem sui exercitus datam, virili veste corpore et capite per omnia amictam, armis equisque munitam, cum aliis sue milicie ducibus ad expugnandos hostes, qui longa jam et plurium mensium obsidione dictam Aurelianensem urbem premebant, destinavit ^ ^. Que profecto non uti de illius etatis puellula^ seu muliercula potuisset estimari ; sed more virorum forcium atque in armis exercitatorum adequitabat armata, vexillo proprio, tanquam militari signo, précédente, in quo jmiagines gloriose virginis Dei genitricis et aliquarum ex dictis sanctis virginibus erant depicte ^.

CAPITULUM XI

QuOMODO SUB DUCATU JOHANNE PUELLE CASTRA An- GLORUM CIRCA AURELIANIS FUERUNT EXPUGNATA ET CESI FUGATIQUE INDE AnGLICI ^.

Hostes igitur qui in castris stabant, que velud munitissimas arces ad numerum usque sex aut septem circum urbem struxerant, aggredi statuit urbisque habitatores, longo jam veluti'' carcere asservatos et famé ac inedia confectos, incommodo obsidionis absolvere^ ac liberare. Parentes itaque suis jussionibus milites, veluti si divinitus sibi facte forent, et ipsa cum eis simul ducis et strennui militis exercens officium, arcem illam fortissimam in altero

a. Manque en P. — h. destinabat P. — c. puella P. — d. velut P. — e. solvere P.

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