CHAPITRE XVII
Comment les Français firent lever le siège de compiègne,
PUIS CELUI DE LaGNY
Donc, après le long siège de Compiègne, auquel assista quelque temps en personne Philippe, illustre duc de Bourgogne, avec les troupes anglaises, les capitaines français, ayant ramassé un peu partout leurs soldats, résolurent d'attaquer les assiégeants. D'un élan vigoureux ils tombèrent courageusement, en nombreuses formations, dans le camp
ad narracionis, passés, depuis, à la -fin du chapitre précédent. L'auteur a modifié en écrivant dans la marge Incipit c[apituluin], avec un signe de renvoi correspondant à un autre signe placé au-dessus de igitur.
I. Une partie de ce qui précède a été intercalé dans les Annales Flandriae de Meyer, livre XVI (Qiiicherat).
l68 LATINIACI OBSIDIUM SOLVITUR (lO AUG. I432)
matorum agminibus Burgimdionum, Anglorumque castra strennue invaderent, cesis ex eis plurimis fugatisque ceteris castrisque exutis, opidum diutina jam obsidione fatigatum et lassum in suam restituerunt libertatem^. Hac autem ignominia jacturaque suscepta, cum urbs regia Parisius vicinia'^ Latiniaci, opidi supra Matemam^' flumen siti, multis afficeretur maleficiis^, ex morte Johanne dicte '^ Puelle, que tantum eos exterruerat, Anglici, viribus utcumque animisque receptis, decreverunt urbem infestacione dicti opidi liberare. Contra quod castra methantes, ipsum valida obsidione cinxerunt. Eratque presens in eadem Bethfordie dux, qui regens seu vicerex Francie pro Anglorum partibus dicebatur.
Sategerunt'' autem Anglici variis modis ac machinamentis ut ipsum opidum vi armisque expugnarent, saxis, petrariis et tormentis menibus, turribus propugnaculisque dejectis ac dirutis. Sed hec omnia in irritum eisdem cesserunt. Quanquam enim opidum menibus et vallo satis tenuiter et exiliter munitum foret, erant tamen intus fortissimorum ex Francis et Scotis virorum valida presidia, qui, cum rerum bellicarum et tutandarum arcium ac defendendarum periti essent, contra Anglorum aggressuras et molimina vigilantissime remédia opponebant-^. Unde factum est ut Anglici, licet illic cum valido exercitu diu satis castra tenuissent, ipsum tamen opidum expugnare minime potuerunt. Porro cum obsessis nuUa de foris victualium et rerum necessariarum solacia provenirent, dira tandem famé ex temporis diutumitate constricti sunt.
Quod non nescientes Franci, gravissimam jacturam reputantes, si opidum ipsum, quod ad venandam capien-
a. Ce mot dans la marge, de la main de l'auteur, en G ; Parisiensis
LEVÉE DU SIÈGE DE LAGNY (lO AOÛT I432) 169
des Bourguignons et des Anglais, en tuèrent un bon nombre, mirent les autres en fuite, balayèrent le camp et restituèrent à son ancienne liberté la place, fatiguée d'un siège déjà long^. Cet affront et cet accident subis, comme la ville royale de Paris souffrait de beaucoup de méfaits par suite du voisinage de Lagny, place située sur la rivière de Marne, les Anglais qui, depuis la mort de Jeanne la Pucelle, dont ils avaient été si effrayés, avaient recouvré force et courage, résolurent de délivrer la capitale de la crainte que cette place lui occasionnait. Dressant leur camp contre elle, ils l'assiégèrent fortement de tous côtés, en présence du duc de Bedford, régent ou vice-roi de France au nom des Anglais.
Ceux-ci usèrent de divers moyens et engins pour venir à bout de la ville par la force des armes. A coups de pierres, de perrières et de bombardes, ils en entamèrent et renversèrent les murs, les tours et autres défenses, mais le tout en vain. Car, bien qu'elle fût assez petitement et chichement défendue de murs et de fossés, il y avait à l'intérieur une solide garnison d'hommes d'une grande vaillance. Français et Écossais, qui, très experts au fait de, la guerre et en l'art de protéger et de défendre les places fortes, savaient opposer avec beaucoup de vigilance les remèdes convenables aux attaques et aux entreprises des Anglais. D'où il advint que ceux-ci, après avoir campé assez longtemps devant la ville avec une forte armée, ne purent cependant réussir à s'en emparer. Enfin, comme les assiégés ne pouvaient recevoir aucun secours du dehors en fait de vivres et d'objets nécessaires, une dure famine les étreignit.
Les Français ne l'ignoraient pas ; ils pensaient que ce serait un très grave malheur s'ils permettaient que cette place, d'où
ex vicinia P. — b. Maternam corrigé en Matronam P. — c. molestiis répété deux fois en P. — d. dicte lohanne P. — e. Leçon de P ; satagerunt G. — /. apponebant P.