MASSACRES EN NORMANDIE 20I
SOUS un certain capitaine très scélérat nommé Venables^, s'occupèrent de la plus blâmable façon à rassembler de force en un même lieu le peuple de la campagne et des villages et envoyèrent à dessein douze ou quatorze d'entre eux massacrer cruellement deux ou trois paysans dudit village de Saint- Pierre qu'ils avaient rencontrés.
Le bruit de ce crime horrible se répandit dans tous les villages voisins, et chacun craignit, non sans raison, de subir pareil traitement. Aussi, de toutes les campagnes et de tous les villages circonvoisins, une grande foule de peuple s'assembla, au son des cloches, en un même endroit, dans l'intention de s'emparer, si c'était possible, de ces misérables assassins, de les conduire aux juges royaux et de réclamer contre eux les châtiments mérités. Lorsque ces infâmes bouchers, au nombre de 300 ou 400 cavaliers armés ou environ, comme nous l'avons dit, qui se cachaient soigneusement en embuscade, virent ce qui se passait, ils s'élancèrent aussitôt en rase campagne avec une rage furieuse contre ces pauvres paysans à pied. Et comme ceux-ci, muets de terreur à cette rencontre imprévue et inattendue, n'opposaient d'autre résistance que la fuite, ils les poursuivirent et les mirent en pièces avec une effrayante cruauté, tel un bétail de boucherie. Le village dans le terroir duquel eut lieu cet épouvantable massacre s'appelle Viques ^. Là furent tués plus de 1,300 paysans. Ce carnage remplit de terreur tous les gens du pays et les incita à user de plus de prudence et à venger leurs injures avec moins de témérité et de légèreté.
A la suite de cet horrible massacre, des plaintes parvinrent de tout le pays au duc de Bedford, qui vivait encore en ce
1. Venables est une commune de l'Eure (arr. de Louviers, cant. de Gaillon). Jean Chartier, dans sa Chronique française (éd. Vallet de Viriville, t. I, p. 175-178) et dans sa Chronique latine (éd. Samaran, p. 65), parle des exploits de ce capitaine anglais.
2. Calvados, arr. de Falaise, cant. de Morteaux-Coulibœuf. Sur le massacre de Vicques, voir une pièce d'archives publiée par S. Luce dans son édition de la Chronique du M ont- Saint-Michel, t. II (1883), p. 47.