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CHAPITRE XV

Attaque de Pontoise par Charles, roi de France

On prépare donc toutes les machines de guerre pour battre et attaquer la place, qui était à la vérité très forte en murailles, fossés, tours et autres ouvrages, et qui avait pour se protéger de nombreuses machines de guerre et plus de 1,200 soldats anglais. Le roi examine les défenses et cherche de quel côté on pourrait le plus commodément et avec le plus de chances donner l'assaut. De ce côté-là, on construit des tranchées, on dresse l'artillerie, on amène de grandes et puissantes perrières, dont les décharges fréquentes et terribles ébranlent les murailles, rompent les tours et renversent les ouvrages, de façon que, les assiégés se trouvant privés des moyens de se défendre, toute facilité de pénétrer dans la place soit laissée aux assiégeants et aux soldats chargés de donner l'assaut ^. Quand l'artillerie a fait ce qu'il fallait pour ouvrir la brèche, les Français sautent vivement dans le fossé amènent les échelles pour franchir le mur, surtout une tour

I. Tous les chroniqueurs du temps ont insisté comme Thomas Basin sur la puissance de l'artillerie française au siège de Pontoise et plusieurs documents d'archives cités par G. de Beaucourt {Histoire de Charles VII, t. III, 1885, passim) y font également allusion. On sait que c'est principalement grâce aux progrès de cette arme et au soin que prit Charles VII de munir ses troupes de nombreuses bouches à feu que la Normandie et la Guyenne purent être déUvrées de la domination anglaise.

272 DE PONTISARA A FRANCIS EXPUGNATA

turrim finnissimam ^ que jactu petranim in excelsiore parte dinita fuerat, factumque in ea for amen satis magnum.

Tum videre erat ^ Francos viriliter et animose scalas alios ascendere, alios arcubus, balistis et bombardellis, quas colubrinas et serpentinas vocant, letiferos telorum et lapidum jactus in defensores mûri turriumque absque uUa intermissione mittere ; e contra Anglos defensioni insistere, scandentes hostes deicere, in eos lapides, ligna et omne telorum genus immittere, ferventes aquas vel quas invenire possent pinguedines incensas fundere ac spargere, pro vita, pro salute non segniter decertare ac dimicare (certum enim erat eis victis non sperandam esse pro pecunia redempcionem, sed mortem) nec pro gloria uter imperaret seu" victor evaderet, sed uter superstes maneret, imminere certamen.

Atqui profecto jactus ille assiduus creberrimusque colubrinarum ac serpentinarum vires animosque Anglicis fregit atque abstulit. Nam quociens^' sese ad propellendum qui scalas conscendebant obicerent, tam expertes illius artis magistros rex habebat, ut, quemcumque in muro vel turri ad vert ère potuissent, illico sine remedio jactu lapidis necabatur. Ferebatur ab hiis qui rem viderant, quod, cum ad prohibendum ingressum eorum qui ad quamdam validissimam turrim ascendebant, ad foramen qua ingrediendi via patebat, Anglici usque ad numerum .xvi., qui eo quod' illic maxime periculum presens esse cernebant, successive unus post alterum accurrissent, omnes lapidum ictibus fuisse"' percussos dejectosque ; quos et Franci ingredientes illic in uno acervo prostratos jacentesque invenerunt. Vi igitur Francorumque animo-

a. sed P. — b. quoties P. — c. Ces trois mots dans la marge, de la main de l'auteur, en G. — d. Manque en P.

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particulièrement forte ^ dont les boulets ont démoli la partie supérieure, y pratiquant une assez large ouverture.

C'est alors qu'il fallait voir^ les Français, les uns grimper vaillamment aux échelles, les autres, au moyen d'arcs, d'arbalètes et de bombardes nommées coulevrines et serpentines, lancer sans interruption des coups mortels de traits et de pierres sur les défenseurs de la muraille et des tours ; les Anglais, au contraire, organiser la résistance, renverser les ennemis en train d'escalader, les couvrir de pierres, de billots de bois et de toute espèce de projectiles, les arroser d'eau et d'huile bouillante, combattre enfin courageusement pour leur vie et pour leur salut (car, vaincus, ils ne pouvaient évidemment espérer payer rançon ; c'était la mort qui les attendait). Ils ne combattaient pas pour la gloire, à qui sortirait vainqueur de la lutte, mais à qui survivrait à son ennemi.

A la fin, les décharges continuelles des coulevrines et des serpentines brisèrent et annihilèrent la force de résistance des Anglais. Car chaque fois qu'ils se présentaient pour repousser ceux qui grimpaient aux échelles, si habiles étaient les artilleurs du roi que tous les Anglais qu'ils venaient à remarquer sur la muraille ou sur la tour étaient aussitôt abattus sans pitié d'une décharge. Au dire de témoins oculaires, il y eut jusqu'à seize Anglais qui se présentèrent pour interdire l'accès de la grande tour à ceux qui montaient vers la brèche qui devait leur livrer passage, parce qu'ils voyaient bien que là était le plus grand danger ; tandis qu'ils accouraient l'un après l'autre, ils étaient successivement frappés et jetés bas par les boulets, et quand les Français entrèrent par ce passage ils les trouvèrent couchés en tas. Tant et si bien que, la puissance et la valeur françaises ayant tué ou

1. « La tour du Friche, qui est sur le bord de la rivière de l'Oise, du costé devers le pont de Meulant » (Héraut Berri, cité par Quicherat) .

2. Façon de parler toute conventionnelle et littéraire. Il n'en faudrait pas conclure que Basin a été le témoin oculaire du siège de Pontoise. A cette époque, d'ailleurs, il était encore en Italie.. Voir Ch. Samaran, Documents inédits sur la jeunesse de Thomas Basin, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. XCIV (1933), sous presse.

Thomas Basin, I. 21

274 ^E PONTISARA A FRANCIS EXPUGNATA

sitate cesis pulsisque de mûris Anglis, rex ipse et sui milites per murum conscendentes, opidum ipsum ita expugnatum ceperunt.

Quod cum ingressi essent, quoscumque Anglorum invenire potuissent absque miseracione'' necabant. Audivimus nos ipsum Karolum regem referentem^ quod, cum equum sibi a suis, porta opidi reserata seu effracta, adductum conscendisset et in platea opidi unus Anglicus, quem quidam de suis, vibratis ad eum occidendum gladiis, insectabantur, mortem fugere gestiens sese sub ventre equi occuleret et vitam per regis miseracionem habiturum speraref, tanto furore seviciaque a suis fuisse prosecutum, ut equum ipsum cui insidebat rex pêne occiderent ; et licet vitam illius^ miseracione permotus, servari voluisset suisque ut désistèrent cum clamore valido imperaret, nichil tamen nec clamor nec imperium proficere potuit*^ quominus eum gladiorum acies devoraret : tanta furoris rabies et ira animis tune Francorum insederat* ^.

Hanc autem tante acerbitatis iram^ inde aiebant abortam^, quod ille dominus de Talhot, una ex vicibus qua solacia obsessis prestiturus illuc adventarat, quemdam armigerum Francorum, qui, e castris exiens cum lancea adversum hostes, captus ab ipsis fuerat, adductum coram se postea'* et exarmatum securi ipsemet percusserat et immaniter atque crudeliter trucidarat. Et ob eam immanitatem' in eum qui nobilis et strennuus miles fuerat-' sic admissam, contra jus et fas, cum captivus servatus sub fideque receptus fuisset, quotquot seviente gladio de Anglis'' inventi sunt, in feriis' illius trucidati et victimati fuerunt usque ad .DCC. vel .DCCC". Plures tamen in foveis et cellariis, que in opido valde profunda et abdita" sunt,

a. misericordia P. — b. Dans la marge, de la main de l'auteur, en G. — c. ipsius P. — d. potucrunt P. — e. insederant P. — /. La fin de ce mot corrigée par l'auteur, en G. — g. obortam P. — h. adduc-

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chassé les Anglais de la muraille, le roi lui-même et ses gens d'armes purent monter sur le rempart et pénétrer dans la place.

Une fois entrés, ils abattaient sans miséricorde tous les Anglais qu'ils pouvaient découvrir. Nous-même nous avons entendu raconter par le roi Charles ^ qu'au moment où il montait le cheval que ses gens venaient de lui amener lorsque la porte de la ville fut ouverte ou brisée, un Anglais qui se trouvait sur la place et que des gens du roi serraient de près, l'épée haute, pour le tuer, se jeta, dans l'espoir d'éviter la mort, sous le ventre de l'animal. Il espérait que par la miséricorde royale il aurait la vie sauve ; mais on le poursuivit avec tant de fureur et de cruauté que le cheval même que montait le roi faillit être tué. Le roi, ému de pitié, aurait voulu sauver la vie à cet homme : il ordonna à grands cris à ses gens de se retirer ; mais ni ses cris ni ses ordres ne purent empêcher qu'il ne fût passé au fil de l'épée, tant étaient grandes la fureur et la rage des Français ^ !

Cette haine venait, disait-on, de ce que le sire de Talbot, une des fois qu'il était venu au secours des assiégés, avait fait conduire devant lui un soldat français qui, sorti de son camp la lance en main, avait été pris par les ennemis, l'avait fait désarmer, puis l'avait de ses propres mains frappé à coups de hache et massacré avec une indigne barbarie. Pour tirer vengeance de cette cruauté si contraire à toutes les lois divines et humaines et exercée aux dépens d'un noble et courageux soldat, fait prisonnier et reçu comme tel sous la foi jurée, tous les Anglais qui furent trouvés les armes à la main furent en son honneur passés par les armes, au nombre de sept ou huit cents. Plusieurs d'entre eux cependant se cachèrent dans les caves et les celliers qui, à Pontoise, sont très

tum postea P. — i. Dans la marge, de la main de l'auteur, en G. — ;. erat miles P. — k. Anglicis P. — l. ferias P. — m. 700 vel 800 G. — n. Dans la marge, de la main de l'auteur, en G.

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