MALHEURS DE MARGUERITE D ANJOU
ceiir du bonheur humain ; cette reine Marguerite et Henri, son époux, comparables en cela à tant d'illustres personnages qui se sont vus en d'innombrables occasions en proie au malheur et à l'adversité, en fournirent un éclatant exemple. Unie à un si grand et si puissant prince, si glorieusement portée au faîte des honneurs royaux, aux applaudissements de tout un peuple, mère d'un fils en qui reposait tout l'espoir de la dynastie ^ elle se vit, peu d'années après, chassée misérablement du pays et jetée en exil en même temps que son époux. Puis, lorsqu'ils se furent consumés longtemps sur la terre étrangère et que son mari eut subi les affres d'un long emprisonnement, un nouveau sourire dérisoire de la Fortune leur rendit le trône un instant ; mais, peu après et presque en même temps, son mari et son fils déjà adolescent, alors qu'ils se croyaient solidement enracinés, sont de nouveau précipités dans une profonde misère. Elle voit son fils, à la tête d'une grande armée, vaincu en bataille rangée et tué avec ses partisans, son mari jeté de nouveau en prison et une fois encore de roi devenu prisonnier, enfin étranglé quelques jours plus tard 2. Elle-même se voit tomber aux mains du vainqueur et traîne, au bon plaisir de celui-ci, une vie lamentable ^.
Pareilles calamités, tant de fois survenues dans tous les pays de la terre, les annales et les histoires du temps passé les racontent, les poètes les chantent. Sachez donc, lecteurs, que le sage a dit vrai quand il a écrit : « Nul n'a jamais eu les dieux si favorables qu'il ait pu se promettre un lendemain. C'est dans un tourbillon que Dieu conduit nos destinées*. » Sachez aussi, mortels, que ce n'est pas au faîte des honneurs