‹ Histoire de Charles XII, roi de SudeChapitre 70 sur 285 · Provisionnellement. Voir la n. 3 de la page · texte numérisé non relu

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3. La comtesse Marie-Aurore de Kœnigsmark était d’une famille illustre de Suède ; Christophe de Koenigsmark, né en Allemagne, se distingua au service de la Suède pendant la guerre de Trente ans, et mourut en 1062 ; son frère, Othon-Guillaume, général et ambassadeur de Charles XI, entra au service de Venise, et prit Athènes ; une bombe, lancée par ses soldats, fit sauter une partie du Parthénon, dont les Turcs avaient fait une poudrière. Le fils aîné de Christophe, le général Conrad-Chris-

tophe, marié à Christine Wrangel, fille de l’illustre maréchal, fut le père de Charles-Jean, de Philippe, d’ Aurore et de Wilhelmine. Charles-Jean eut une vie pleine d’aventures extraordinaires, et mourut en Morée, à vingt-six ans (1688). Philippe, colonel suédois, à la cour de Hanovre, est surtout connu par son intrigue avec Sophie-Dorothée, épouse du prince électoral George, et par sa mort mystérieuse ; il disparut tout à coup en 1694, assailli, dit-on, par des sbires, qui le poignardèrent dans le palais même, ou qui, suivant Saint-Simon, le jetèrent tout vivant dans un four brûlant. Aurore de Koenigsmark, née probablement à Stade, en 1673, devint la maîtresse

IIISTOIUK DE CHARLES XII

quelle il était alors attache. C’est elle dont le frère est connu par sa mort malheureuse, et dont le fils a commandé les armées en France avec tant de succès et de gloire. Cette femme, célèbre dans le monde par son esprit et sa beauté, était plus capable qu’aucun ministre de faire réussir une négociation. De plus, comme elle avait du l)ien ^ dans les Ctats de Charles XII, et qu’elle avait été longtemps üi sa cour, elle avait un prétexte plausible d’allei‘ trouver ce prince. Elle vint donc au camp des Suédois en Lithuanie, et s’adressa d’abord au comte Piper, qui lui |)romit trop légèrement une audience de son maîlrc. La comtesse, parmi les perfections qui la rendaient une des plus aimables personnes de l’E]urope, avait le talent singulier de parler les langues de plusieurs pays qu’elle n’avait jamais vus, avec autant de délicatesse que si elle y était née elle s’amusait môme quelquefois à faire des vers français, qu’on eût pris pour être d’une personne née à Versailles Elle en composa pour Charles XII, que l’histoire ne doit point omettre. Elle introduisait les dieux de la Fable, qui tous louaient les différentes vertus de Charles. La pièce finissait ainsi :

Enfin cliacun des dieux, discourant h sa gloire,

Le plaçait par avance au temple de mémoire :

Mais Vénus ni Bacclius n’en dirent pas un mot.

Tant d’esprit et d’agréments étaient perdus auprès d’un homme tel que le roi de Suède. Il refusa constamment de

d’Auguste, électeur de Saxe ; elle fut la mère de l’illustre Maurice de Saxe; elle était célèbre par sa beauté, son esprit, sou caractère bienveillant; devint abbesse de Quedliinbourg , se consacra à l’éducation de son fils, et mourut en 1728. Le roi de Prusse fit ouvrir son tombeau en 1843 ; le corps était bien conservé.

1. La comtesse de Kœnigsmark avait alors perdu l’immense fortune amassée } ar son grand-père; elle était allée plusieurs fois à Stockholm, mais elle n’avait pas assurément fait de longs séjours à la cour de Charles Xil.

2. Kl le mérite tous les éloges que lui donne Voltaire ; car elle était l’une des pci'sonnes les plus aimables de son temps ; on dit qu’elle avait composé une

comédie en vers français, qui fut représentée à Stockholm, devant la cour ; mais il paraît que' ses vers, conservés à la bibliothèque de Quedliinbourg (églogues, impromptus, épigramrnes, etc.), sont tous assez médiocres, tandis que sa correspondance est pleine de charme.

3. Versailles , on le sait , fut , sous Louis XIV et sous Louis XV, la résidence de la cour, et comme le centre de la haute société française et de l’urbanité. La cour de Louis XIV , dit M. Villemain, et tout ce qui venait s’y réunir, attiré par l’éclat du prince, offrait au plus haut degré ce charme et cette puissance de l’esprit, qui marquaient en même temps le soudain progrès des lettres.

UVU1-: SECOND.

la voir. Elle prit le parti de se trouver sur son chemin dans les fréquenlcs promenades qu’il faisait à cheval. fectivement elle le rencontra un jour dans un sentier fort étroit; elle descendit de carrosse dès qu’elle l’aperçut: le roi la salua sans lui dire un seul mot, tourna la bride de son cheval, et s’en retourna dans l’instant ; de sorte que la comtesse de Koenigsmark ne remporta de son voyage que la satisfaction de pouvoir croire que le roi de Suède ne redoutait qu’elle E

Il fallut alors que le roi de Pologne se jetât dans les bras du sénat. Il lui lit deux propositions par ^ le palatin de Marienbourg l’une, qu’on lui laissât la disposition de l’armée de la république, à laquelle il paierait de ses propres deniers deux quartiers d’avance ; l’autre, qu’on lui permît de faire revenir en Pologne douze mille Saxons. Le cardinal-primat fit une réponse aussi dure qu’était le refus du roi de Suède. 11 dit au palatin de Marienbourg, au nom de l'assemblée, « qu’on avait résolu d’envoyer à Charles XII une ambassade, et qu’il ne lui conseillait pas de faire venir les Saxons. »

Le roi, dans cette extrémité, voulut au moins conserver les apparences de l'autorité royale. Un de ses chambellans ^ alla de sa part trouver Charles, pour savoir de lui où et comment Sa Majesté suédoise voudrait recevoir l’ambassade du roi son maître et de la république. On avait oublié malheureusement de demander un passe-port aux Suédois pour ce chambellan. Le roi de Suède le fit mettre en prison au lieu de lui donner audience, en disant qu’il comptait recevoir une ambassade de la république, et rien du roi Auguste. Cette violation du droit des gens n’était permise que par la loi du plus fort

1. Voltaire, en historien épris de son héros, et embarrassé de condamner une inconvenance , qui ne lui avait point échappé, s’en tire agréablement par une espèce de madrigal ; Charles XII se conduisit, en cette circonstance, comme un homme mal élevé ; la comtesse se contenta de dire qu’elle était bien malheureuse d’être la seule personne au monde, à laquelle ce grand prince eût tourné le dos.

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