LIVRE SECOND
torze frégates et quarante vaisseaux de transport amenaient au roi un renfort de six mille hommes, avec du canon et des munitions pour achever le siège deTliorn. 11 fallait que ce secours remontât la Vistule. A l’embouchure de ce neuve est Dantzick, ville riche et libre, qui jouit en Pologne, avec Thorn et Elbing, des mêmes privilèges que les villes impériales ^ ont dans rAllemagne. Sa liberté a été attaquée tour à tour par les Danois, la Suède et quelques princes allemands; et elle ne l’a conservée que par la jalousie qu’ont ces puissances les unes des autres. Le comte de Steinbeck, un des généraux suédois, assembla le magistrat ^ de la part du roi, demanda le passage pour les troupes, et quelques munitions. Le magistrat, par une imprudence ordinaire à ceux qui traitent avec plus fort qu’eux, n’osa ni le refuser ni lui accorder nettement ses demandes. Le général Steinbeck se fit donner de force plus qu’il n’avait demandé : on exigea même de la ville une contribution de cent mille écus, par laquelle elle paya son refus imprudent. Enfin les troupes de renfort, le canon et les munitions étant arrivés devant Thorn, on commença le siège le 22 septembre.
Robel, gouverneur de la place, la défendit un mois avec cinq mille hommes de garnison. Au bout de ce temps il fut forcé de se rendre à discrétion. La garnison fut faite prisonnière de guerre, et envoyée en Suède. Robel fut présenté désarmé au roi. Ce prince, qui ne perdait jamais une occasion d honorer le mérite dans ses ennemis, lui donna une épée de sa main, lui fit un présent considérable en argent, et le renvoya sur sa parole. Mais la ville, petite et pauvre, fut condamnée à payer quarante mille écus; contribution excessive pour elle.
Elbing bâtie sur un bras de la Vistule, fondée par les
1. On appelait ainsi dans l’empire d’Allemagne des villes qui avaient leur administration particulière , leurs magistrats, leurs lois, et qui étaient représentées à la diète germanique.
2. Le magistrat, c’est-à-dire les magistrats, comme l’on dit la régence pour le conseil de régence^ et même le ca-
non, le soldat, etc., pour « les canons, les soldats. >
3. Le refuser. L’on dit habituellement refuser quelque chose à quelqu’un,
4. Elbing, sur l’Elblach , qui communique avec le Nogath par le canal de KrafTulh , à 53 kil. S.-E. de Dantzig ; c’est maintenant une ville riche et com-
HISTOIRE DE EHAHLES XII
chevaliers Teutons, et annexée aussi à la Pologne, ne profita pas de la faute des Dantzickois; elle balança trop à donner passage aux troupes suédoises. Elle en fut plus sévèrement punie que Dantzick. Charles y entra^ le 13 de décembre, à la tete de quatre mille hommes, la baïonnette au bout du fusil. Les habitants épouvantés se jetèrent à genoux dans les rues, et lui demandèrent miséricorde. Il les fit tous désarmer, logea ses soldats chez les bourgeois; ensuite, ayant mandé le magistrat, il exigea le jour même une contribution de deux cent soixante mille écus; il y avait dans la ville deux cents pièces de canon et quatre cents milliers de poudre quTl saisit. Une bataille gagnée ne lui eût pas valu de si grands avantages. Tous ces succès étaient les avant-coureurs du détrônement du roi Auguste.
A peine le cardinal avait juré à son roi de ne rien entreprendre contre lui, quTl s’était rendu à l’assemblée de Varsovie, toujours sous prétexte de la paix. Il arriva, ne parlant que de concorde et d’obéissance, mais accompagné de soldats levés dans ses terres. Enfin, il leva le masque, le 14 février 1704, et déclara, au nom de l’assemblée, Auguste ^électeur de Saxe, inhabile à poider la couronne de Pologne.On y prononça d’une commune voixque le trône était vacant. La volonté du roi de Suède, et par conséquent celle de cette diète, était de donner au prince Jacques Sobieski' le trône du roi Jean son père. Jacques Sobieski ^ était alors à Hreslau ^ en Silésie, attendant avec impatience la couronne qu’avait portée son père. 11 était un jour à la chasse, à quelques lieues de Breslau, avec le prince Constantin, l’un de ses frères; trente cavaliers saxons, envoyés secrètement par le roi Auguste, sortent tout à coup d’un bois voisin, entourent les deux princes, et les enlèvent
mcrçante de la Prusse proprement dite.
2ô,0b0 hab.