‹ Histoire de Charles XII, roi de SuedeChapitre 3 sur 12 · ST. PB CHAR LIS XII, V. I · texte numérisé non relu

ST. PB CHAR LIS XII, V. I

subitement après avoir enlevé cette garde. Le roi de Pologne n'eut que le temps de monter à cheval, lui onzième. Le général Renschild le poursuivit pendant quatre jours, prêt à le saisir à tout moment. Le roi fuit jusqu'à Sandomir; le général suédois l'y suivit encore, et ce ne fut que par un bonheur singulier que ce prince échappa.

Pendant tout ce temps , le parti du roi Auguste traitait celui du cardinal et en était traité réciproquement de traître à la patrie. L'armée de la couronne était partagée entre les deux factions. Auguste, forcé enfin d'accepter le secours moscovite, se repentit de n'y avoir pas eu recours assez tôt : il courait tantôt en Saxu, où ses ressources étaient épuisées, tantôt il retournait en Pologne, où l'on n'osait le servir. D'un autre côté, le roi de Suède, victorieux et tranquille, régnait en effet en Pologne.

Le comte Piper, qui avait dans l'esprit autant de politique que son maître avait de grandeur dans le sien, proposa alors à Charles XII de prendre pour lui-même la couronne de Poiogne : il lui représentait combien l'exécution en était facile avec une armée victorieuse et un parti puissant dans le cœur d'un royaume qui lui était, déjà soumis; il le tentait par le titre de défenseur de la religion évangéùque, nom qui flattait l'ambition de Charles : il était aisé, disait-il, de faire en Pologne ce

que Gustave wasa avait fait en Suède, d'y établir le luthéranisme et de rompre les chaînes du peuple, esclave de la noblesse et du clergé. Charles fut tenté un moment ; mais la gloire tait son idole, il lui sacrifia son intérêt et le plaisir qu'il eût eu d'enlever la Pologne au pape. Il dit au comte Piper qu'il était plus flatté de donner que de gagner des royaumes; il ajouta en souriant : « Vous étiez fait pour être le ministre d'un prince italien. »

Charles était encore auprès de Thorn, dans cette partie de la Prusse royale qui appartient à la Pologne; il portait de là sa vue sur ce qui se passait à Varsovie, et tenait en respect les puissances voisines. Le prince Alexandre, frère des deux Sobiesky enlevés en Silésie, vint lu? demander vengeance. Charles la lui promit, d'autant plus qu'il la croyait aisée et qu'il se vengeait lui-même ; mais, impatient de donner un roi à la Pologne, il proposa au prince Alexandre de monter sur le trône, dont la fortune s'opiniâtrait à écarter son frère. Il ne s'attendait pas à un refus. Le prince Alexandre lui déclara que rien ne pourrait jamais l'engager à profiter du malheur de son aîné. Le xoi de Suéde, le comte Piper, tous ses amis, et surtout le jeune palatin de Posnanie, Stanislas Leczinsky, le pressèrent d'accepter la couronne : il fut inébranlable. Les princes voisins apprirent avec étonnement ce refuf inouï, et ne savaient lequel admirer davanta

ge, ou un roi de Suède qui, à l'âge de vingtdeux ans, donnait la couronne de Pologne, ou le prince Alexandre qui la refusait.

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