écus, contribution excessive pour elle
Elbing, bâtie sur un bras de la Yistule, fondée par les chevaliers teutons, et annexée aussi à la Pologne , ne profita pas de la faute des Dantzickois ; elle balança trop à donner passage aux troupes suédoises ; elle en fut plus sévèrement punie que Dantzick. Charles y entra le 4$ décembre à la tête de 4,000 hommes, la baïonnette au bout du fusil. Les habitants, épouvantés, se jetèrent à genoux dans les rues et demandèrent miséricorde. Il les fit tous désarmer, logea ses soldats chez les bourgeois ; ensuite, ayant mandé le magistrat, il exigea le jour même une contribution de
260.000 écus. Il y avait dans la ville 200 pièces de canon et 400 milliers de poudre , qu’il saisit; une bataille gagnée ne lui eût pas valu de si grands avantages. Tous ces succès étaient les avant-coureurs du détrônement du roi Auguste.
A peine le cardinal avait juré à son roi de ne rien entreprendre contre lui , qu’il s’était rendu à l’assemblée de Varsovie, toujours sous
le prétexte de la paix. Il arriva ne parlant que de concorde et d’obéissance, mais accompagné de soldats levés dans ses terres. Enfin il leva le masque et déclara , au nom de l’assemblée, « Auguste, électeur de Saxe, inhabile à porter la couronne de Pologne. *
On y prononça d’une commune voix que le trône était vacant. La volonté du roi de Suède, tt par conséquent celle de cette diète, était de donner au prince Jacques Sobiesky le trône du roi Jean, son père. Jacques Sobiesky était alors à Breslau, en Silésie, attendant avec impatience la couronne qu’avait portée son père. Il était un jour à la chasse à quelques lieues de Breslau, avec le prince Constantin, l'un de ses frères; trente cavaliers saxons, envoyés secrètement par le roi Auguste, sortent tout à coup d’un bois voisin, entourent les deux princes et les enlèvent sans résistance. On avait préparé des chevaux de relais , sur lesquels ils furent sur-le-champ conduits à Leipsick, où on les enferma étroitement. Ce coup dérangea les mesures de Charles, du cardinal et de l’assemblée de Varsovie.
La fortune, qui se joue des têtes couronnées, mit presque dans lè même temps le roi Auguste sur le point d’être pris lui-même ; il était à table, à trois lieues de Cracovie, se reposant sur une garde avancée et postée à quelque distance, lorsque le général Rendschild parut
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subitement après avoir enlevé cette garde. Le roi de Pologne n’eut que le temps de monter à cheval, lui onzième. Le général Renschild le poursuivit pendant quatre jours, prêt à le saisir à tout moment. Le roi fuit jusqu’à Sanclomir; le général suédois l’y suivit encore, et ce ne fut que par un bonheur singulier que ce prince échappa.
Pendant tout ce temps , le parti du roi Auguste traitait celui du cardinal et en était traité réciproquement de traître à la patrie. L’armée de la couronne était partagée entre les deux factions. Auguste, forcé enfin d’accepter le secours moscovite, se repentit de n’y avoir pas eu recours assez tôt : il courait tantôt en Saxs, où ses ressources étaient épuisées, tantôt il retournait en Pologne, où l’on n’osait le servir. D’un autre côté, le roi de Suède, victorieux et tranquille, régnait en effet en Pologne.
Le comte Piper, qui avait dans l’esprit autant de politique que son maître avait de grandeur dans le sien, proposa alors à Charles XII de prendre pour lui-même la couronne de Pologne : il lui représentait combien l’exécution en était facile avec une armée victorieuse et un parti puissant dans le cœur d’un royaume qui lui était déjà soumis; il le tentait par le titre de défenseur de la religion évangélique, nom qui flattait l’ambition de Charles : il était aisé, disait-il, de faire en Pologne ce
que Gustave wasa avait fait en Suède, d’y établir le luthéranisme et de rompre les chaînes du peuple, esclave de la noblesse et du clergé. Charles fat tenté un moment ; mais la gloire était son idole, il lui sacrifia son intérêt et le plaisir qu’il eût eu d’enlever la Pologne au pape. Il dit au comte Piper qu’il était plus flatté de donner que de gagner des royaumes; il ajouta en souriant : « Vous étiez fait pour être le ministre d’un prince italien. »
Charles était encore auprès de Thorn, dans cette partie de la Prusse royale qui appartient à la Pologne; il portait de là sa vue sur ce qui se passait à Varsovie, et tenait en respect les puissances voisines. Le prince Alexandre, frère des deux Sohiesky enlevés en Silésie, vint lui demander vengeance. Charles la lui promit, d’autant plus qu’il la croyait aisée et qu’il se vengeait lui-même ; mais, impatient de donner un roi à la Pologne, il proposa au prince Alexandre de monter sur le trône, dont la fortune s’opiniâtrait à écarter son frère. Il ne s’attendait pas à un refus. Le prince Alexandre lui déclara que rien ne pourrait jamais l’engager à profiter du malheur de son aîné. Le toi de Suède, le comte Piper, tous ses amis, et surtout le jeune palatin de Posnanie, Stanislas Leczinsky, le pressèrent d’accepter la couronne : il fut inébranlable. Les princes voisins apprirent avec étonnement ce refus inouï, et ne savaient lequel admirer. davanta»
ge, ou un roi de Suède qui, à l’âge de vingtdeux ans, donnait la couronne de Pologne, ou ïe prince Alexandre qui la refusait.