‹ Histoire de Charles XIIChapitre 9 sur 16 · L8T. BE CHARLES XII « U · texte numérisé non relu

L8T. BE CHARLES XII « U

Le nouveau vizir Baltagi-Méhémet n’ayant pas les mêmes engagements, ne voulait pas flatter à ce point un prince étranger: il changea l’ordre, et ce fut à Andrinople que s’assembla cette grande armée. C’est toujours dans les vastes et fertiles plaines d’Andrinoplé~ qu’est le rendez-vous pour des armées turques, quand ce peuple fait la guerre aux chrétiens ; les troupes venues d’Asie et d’Afrique s’y reposent et s’y rafraîchissent quelques semaines; mais le grand vizir, pour prévenir le czar, ne laissa reposer l’armée que trois jours, et marcha vers le Danube, et de ik vers la Bessarabie.

Les troupes des Turcs ne sont plus aujourd’hui si formidables qu’autrefois lorsqu’elles conquirent tant d’Etats dans l’Asie, dans l’Afrique et dans l’Europe ; alors la force du corps, la valeur et le nombre des Turcs, triomphaient d’ennemis moins robustes qu’eux et plus mal disciplinés ; mais aujourd’hui que les chrétiens entendent mieux l’art de la guerre, ils battent presque toujours les Turcs en bataille rangée, même à forces inégales. Si l’empire ottoman a depuis peu fait quelques conquêtes, ce n’est que sur la république de Venise, estimée plus sage que guerrière, défendue par des étrangers, et mai secourue par les princes chrétiens, toujours divisés entre eux.

Les janissaires et les spahis attaquent en désordre, incapables d’écouter le commande-

ment et de se rallier; leur cavalerie, qui devrait être excellente, attendu la bonté et la légèreté de leurs chevaux, ne saurait soutenir le choc de la cavalerie allemande; l’infanterie ne savait point encore faire un usage avantageux de la baïonnette au bout du fusil ; de plus, les Turcs n’ont pas eu un grand général de terre parmi eux depuis Couprougli, qui conquit l’île de Candie. Un esclave , nourri dans l’oisiveté et dans le silence du sérail, fait vizir par faveur et général malgré lui, conduisait une armée levée à la hâte, sans expérience, sans discipline, contre des troupes moscovites aguerries par douze ans de guerre , et fiéres d’avoir vaincu les Suédois.

Le czar, selon toutes les apparences, devait vaincre Baltagi-Méhémet, mais il fit la même faute avec les Turcs que le roi de Suède avait commise avec lui : il méprisa trop son ennemi. Sur la nouvelle de l’armement des Turcs, il quitta Moscou, et ayant ordonné qu’on changeât le siège de Riga en blocus , il assembla sur les' frontières de Pologne quatre-vingt mille hommes de ses troupes. Avec cette armée, il prit son chemin par la Moldavie et la Valachie, autrefois le pays des Daces, aujourd’hui habité par des chrétiéns grecs tributaires du Grand Seigneur.

La Moldavie était gouvernée alors par le prince Cantemir, Grec d’origine, qui réunis-

— Basait les talents des anciens Grecs , la science des lettres et celle des armes. On le faisait descendre du fameux Timur, connu sous le nom de Tamerlan. Cette origine paraissait plus belle qu’une grecque ; on prouvait cette descendance par le nom de ce conquérant : Timur, dit-on, ressemble à Ternir: le titre de khan, que possédait Timur avant de conquérir l’Asie , se retrouve dans le nom de Cantemir,* ainsi, le prince Cantemir est descendant de Tamerlan. Voilà les fondements de la plupart des généalogies.

De quelque maison que fût Cantemir, il devait toute sa fortune à la Porte-Ottomane. A peine avait-il reçu l’investiture de sa principauté, qu’il trahit l’empereur turc son bienfaiteur, pour le czar, dont il espérait davantage. Il se flattait que le vainqueur de Charles XII triompherait aisément d’un vizir peu estimé, qui n’avait jamais fait la guerre , et qui avait choisi pour son kiaia, c’est-à-dire pour son lieutenant, l’intendant des douanes de Turquie; il comptait que tous ses Grecs se rangeraient de son parti: les patriarches grecs Fencouragèrent à cette défection. Le czar ayant donc fait un traité secrètement avec ce prince, et l’ayant reçu dans son armée, s’avança dans le pays et arriva, au mois de juin 1711, sur le bord septentrional du fleuve Hierase, aujourd’hui le Pruth, prés d’Yassi, capitale de la Molda^K

Dès que le grand vizir eut appris que Pierre Alexiowitz marchait de ce côté, il quitta aussi son camp, et, suivant le cours du Damibe, il alla passer ce fleuve sur un pont de bateaux, près d’un bourg nommé Saccia, au même endroit où Darius fit construire autrefois le pont qui porta son nom. L’armée turque fit tant de diligence qu’elle parut bientôt en présence des Moscovites, la rivière du Pruth entre deux.

Le czar, sûr du prince de Moldavie, ne s’attendait pas que les Moldaves dussent lui manquer; mais souvent le prince et les sujets ont des intérêts très différents. Ceux-ci aimaient la domination turque, qui n’est jamais fatale qu’aux grands, et qui affecte de la douceur pour les peuples tributaires ; ils redoutaient les chrétiens, et surtout les Moscovites, qui les avaient toujours traités avec inhumanité : ils portèrent toutes leurs provisions à l’armée ottomane. Les entrepreneurs qui s’étaient engagés à fournir des vivres aux Moscovites, exécutèrent avec le grand vizir le marché même qu’ils avaient fait avec le czar. Les Yalaques, voisins des Moldaves, montrèrent aux Turcs la même affection, tant l’ancienne idée de la barbarie moscovite avait aliéné tous les esprits.

Le czar, ainsi trompé dans ses espérances peut-être trop légèrement prises, vit tout d’un coup son armée sans vivres et sans fourrages.

Les soldats désertaient par troupes, et bientôt cette armée se trouva réduite à moins de trente mille hommes, près de périr de misère. Le czar éprouvait sur le Pruth, pour s’être livré à Cantemir, ce que Charles XII avait éprouvé à Pultava, pour avoir trop compté sur Mazeppa. Cependant les Turcs passent la rivière, enferment les Russes , et forment devant eux un camp retranché. H est surprenant que le czar ne disputa point le passage de la rivière, ou du moins qu’il ne répara pas cette faute en livrant bataille aux Turcs immédiatement après le passage, au lieu de donner le temps de faire périr son armée de faim et de fatigue. D semble que ce prince fit dans cette campagne tout ce qu’il fallait pour être perdu ; il se trouva sans provisions, ayant la rivière du Pruth derrière lui, cent cinquante mille Turcs devant lui, et quarante mille Tartares qui le harcelaient continuellement à droite et à gauche. Dans cette extrémité, il dit publiquement :• « Me voilà du moins aussi mal que mon frère Charles l’était à Pultava. »

Le comte Poniatowski, infatigable agent du roi de Suède, était dans l’armée du grand vizir avec quelques Polonais et quelques Suédois, qui tous croyaient la perte du czar inévitable.

Dès que Poniatowski vit que les armées seraient infailliblement en présence, il le

manda au roi de Suède, qui partit aussitôt de Bender, suivi de quarante officiers , jouissant par avance du plaisir de combattre l’empereur moscovite. Après beaucoup de pertes et de marches ruineuses, le ezar, poussé vers le Pruth, n’avait pour tout retranchement que des chevaux de frise et des chariots; quelques troupes de janissaires et de spahis vinrent fondre sur son armée si mal retranchée ; mais ils attaquèrent en désordre, et les Moscovites se défendirent avec une vigueur que la présence de leur prince et le désespoir leur donnaient.

Les Turcs furent deux fois repoussés. Le lendemain, M. Poniatowski conseilla au grand vizir d’affamer l’armée moscovite, qui, manquant de tout, serait obligée dans un jour de se rendre à discrétion avec son empereur.

Le czar a depuis avoué plus d’une fois qu’il n’avait jamais rien senti de si cruel dans sa vie que les inquiétudes qui l’agitèrent cette nuit : il roulait dans son esprit tout ce qu’il avait fait depuis tant d’années pour la gloire et le bonheur de sa nation; tant de grands ouvrages , toujours interrompus par des guerres, allaient peut-être périr avec lui avant d’avoir été achevés : il fallait ou être détruits par la faim, ou attaquer près de cent quatrevingt mille hommes avec des troupes languissantes, diminuées de la moitié, une cavalerie presque toute démontée, et des fantassins exténués de faim et de fatigue.

ïi appela le général Czeremetof vers le commencement de la nuit, et lui ordonna, sans balancer et sans prendre conseil, que tout fut prêt à la pointe du jour pour aller attaquer les turcs la baïonnette au bout du fusil.

Il donna de plus ordre exprès qu’on brûlât tous les bagages, et que chaque officier ne réservât qu’un seul chariot, afin que, s’ils étaient vaincus, les ennemis ne pussent du moins profiter du butin qu’ils espéraient.

Après avoir tout réglé avec le général pour la bataille, il se retira dans sa tente accablé de douleur et agité de convulsions, mal dont il était souvent attaqué, et qui redoublait toujours avec violence, quand il avait quelque grande inquiétude. Il défendit que personne osât de la nuit entrer dans sa tente, sous quelque prétexte que ce pût être, ne voulant pas qu’on vînt lui faire des remontrances sur une résolution désespérée, mais nécessaire, encore moins qu’on fût témoin du triste état où il se sentait.

Cependant on brûla, selon son ordre, la plus grande partie de ses bagages. Toute l’armée suivit cet exemple, quoiqu’à regret ; plusieurs enterrèrent ce qu’ils avaient de plug précieux. Les officiers généraux ordonnaient déjà la marche, et tâchaient d’inspirer à l’armée une confiance qu’ils n’avaient pas euxmêmes ; chaque soldat , épuisé de fatigue et

de faim, marchait sans ardeur et sans espérance. Les femmes, dont l’armée était trop remplie, poussaient des cris qui énervaient encore les courages. Tout le monde attendait, le lendemain, la mort ou la servitude. Ce n’est point une exagération, c’est à la lettre ce qu’on a entendu dire à des officiers qui servaient dans cette armée.

Il y avait alors dans le camp moscovite une femme aussi singulière peut-être que le czai même ; elle n’était encore connue que sous le nom de Catherine, Sa mère était une malheureuse paysanne nommée Erb-Magden, du village de Ringen en Estonie, province ou les peuples sont serfs, et qui était en ce temps-là sous la domination de la Suède ; jamais elle ne connut son père. Elle fut baptisée sous le nom de Marthe. Le vicaire de la paroisse l’éleva par charité jusqu’à quatorze ans. A cet âge, elle fut servante à Marienbourg, chez un ministre luthérien de ce pays, nommé Gluck.

En 1702, à l’âge de dix-huit ans, elle épousa un dragon suédois ; le lendemain de ses noces, un parti des troupes de Suède ayant été battu par les Moscovites, ce dragon, qui avait été à l’action, ne reparut plus, sans que sa femme pût savoir s'il avait été fait prisonnier, et sans même que depuis ce temps elle en pût jamais rien apprendre.

Quelques jours après, faite prisonnière elle-

même par le général Bauer, elle servit chez lui, ensuite chez le maréchal Czeremetof. Ce-* lui-ci la donna à Menzikoff, homme qui a connu les plus extrêmes vicissitudes de la fortune, ayant été de garçon pâtissier, général et prince, ensuite dépouillé c\e tout et rélégué en Sibérie, où il est mort dans la misère et dans le désespoir.

Ce fut à un souper chez le prince MenzikoiT que l’empereur la vit et en devint amoureux; il l’épousa secrètement en 1707, non pas séduit par des artifices de femmes , mais parce qu’il lui trouva une fermeté d’âme capable de seconder ses entreprises et même de les continuer après lui. Il avait déjà répudié depuis longtemps sa première femme Ottokefa, fille d’un boyard, accusée de s’opposer aux changements qu’il faisait dans ses Etats. Ce crime était le plus grand aux yeux du czar; il ne voulait dans sa famille que des personnes qui pensassent comme lui; il crut rencontrer dans cette esclave étrangère les qualités d’un souverain, quoiqu’elle n’eût aucune des vertus de son sexe; il dédaigna pour elle les préjugés qui eussent arrêté un homme ordinaire : il la fit couronner impératrice. Le même génie qui la fit femme de Pierre Alexiowitz lui donna l’empire après la mort de son mari. L’Europe a vu avec surprise cette femme, qui ne sut jamais ni lire ni écrire, réparer son éducation et ses faiblesses par son courage,

st remplir avec gloire le trône d'un législateur.

Lorsqu’elle épousa le czar, elle quitta la religion luthérienne, où elle était née , pour la Moscovite ; on la rebaptisa selon l’usage du rite russien, et, au lieu du nom de Marthe, elle prit le nom de Catherine, sous lequel elle a été connue depuis. Cette femme étant donc au camp de Pruth , tint un conseil avec les officiers généraux et le vice-chancelier Schaffirof, pendant que le czar était dans sa tente.

On conclut qu’il fallait demander la paix aux Turcs et engager le czar à faire cette dé* marche. Le vice-chancelier écrivit une lettre au grand vizir au nom de son maître; la çzarine entra avec cette lettre dans la tente du czar, malgré la défense ; et ayant, après bien des prières, des contestations et des larmes, obtenu qu’il la signât, elle rassembla sur-leehamp toutes ses pierreries, tout ce qu’elle avait de plus précieux, tout son argent , elle en emprunta même à des officiers généraux, et, ayant composé de cet amas un présent considérable, elle l’envoya à Osman-Aga, lieutenant du grand vizir, avec la lettre signée par l’empereur moscovite. Méhémet-Baltagi, conservant d’abord la fierté d’un vizir et d’un vainqueur, répondit : « Que le czar m’envoie son premier ministre , et je verrai ce que j’ai à faire. » Le vice-chancelier Schaffirof vim aussitôt, chargé de quelques présents qu’il of-

frit publiquement lui-même au grand vizir, assez considérables pour lui marquer qu’on avait besoin de lui, mais trop peu pour le corrompre.

La première demande du vizir fut que le czar se rendît avec toute son armée à discrétion. Le vice-chancelier répondit que son maître allait l’attaquer dans un quart d’heure , et que les Moscovites périraient jusqu’au dernier plutôt que de subir des conditions si infâmes. Osman ajouta ses remontrances aux paroles de Schafflrof.

Méhémet-Baltagi n’était pas guerrier; il voyait que les janissaires avaient été repoussés la veille ; Osman lui persuada aisément de ne pas mettre aux hasards d’une bataille des avantages certains. Il accorda donc d’abord une suspension d’armes pour six heures, pendant laquelle on conviendrait des conditions du traité.

Pendant qu’on parlementait, il arriva un petit accident qui peut faire connaître que les Turc sont souvent plus jaloux de leur parole que nous ne croyons. Deux gentilshommes italiens, parents de M. Brillo, lieutenant-colonel d’un régiment de grenadiers au service du czar, s’étant écartés pour chercher quelque fourrage, furent pris par des Tartares* qui les emmenèrent à leur camp et offrirent de les vendre à un officier des janissaires. Le Turc, indigné qu’on osât ainsi violer la trêve.

fit arrêter les Tartares et les conduisit lui même devant le grand vizir avec ses deux prisonniers.

Le vizir renvoya ces deux gentilshommes au camp du czar, et fit trancher la tête aux Tartares qui avaient eu le plus de part à leur enlèvement.

Cependant le Khan des Tartares s’opposait à la conclusion d’un traité qui lui ôtait l’espérance du pillage; Poniatowski secondait la khan par les raisons les plus pressantes ; mais Osman l’emporta sur l’impatience tartare et sur les insinuations de Poniatowski.

Le vizir crut faire assez pour le grand Seigneur son maître de conclure une paix avantageuse ; il exigea que les Moscovites rendissent Azoph, qù’ils brûlassent les galères qui étaient dans ce port; qu’ils démolissent le» citadelles importantes bâties sur le Palus-Méotides, et que tout le canon et les munitions de ces forteresses demeurassent au Grand Seigneur ; que le czar retirât ses troupes de la Pologne ; qu’il n’inquiétât plus le petit nombre de Cosaques qui étaient sous la protection des Polonais, ni ceux qui dépendaient de la Turquie, et qu’il payât dorénavant aux Tartares un subside de quarante mille sequins par an, tribut odieux imposé depuis longtemps» mais dont le czar avait affranchi son pays.

Enfin le traité allait être signé sans qu’o» eût fait seulement mention du roi de Suède.

j’out ce que Poniatowski put obtenir du vizir fut qu’on insérât un article paF lequel le Moscovite s’engageait à ne point troubler le retour de Charles XII ; et, ce qui est assez singulier, il fut stipulé dans cet article que le ezar et le roi de Suède feraient la paix s’ils en avaient envie et s’ils pouvaient s’accorder.

A ces conditions, le czar eut la liberté de se retirer avec son armée, son canon, son artillerie, ses drapeaux, son bagage. Les Turcs lui fournirent des vivres, et tout abonda dans son camp deux heures après la signature du traité, qui fut commencé le 21 juillet 1711 , et signé le premier auguste.

Dans le temps que le czar, échappé de ce mauvais pas, se retirait tambour battant et enseignes déployées, arrive le roi de Suède, impatient de combattre et de voir son ennemi entre ses mains ; il avait couru plus de cinquante lieues à cheval depuis Bender jusqu’auprès d’Yassi : il arriva dans le temps que les Russes commençaient à faire paisiblement leur retraite. Il fallait, pour pénétrer au camp des Turcs aller passer le Pruth sur un pont à trois lieues de là. Charles XII, qui ne faisait rien comme les autres hommes, passa la rivière à la nage, au hasard de se noyer, et traversa le camp moscovite, au hasard d’être pris; il parvint à l’armée turque, et descendit à la tente du comte Poniatowski, qui m'a conté et écrit ce fait. Le comte s’avança tris-

lement vers lui, et lui apprit comment il venait de perdre une occasion qu’il ne recouvrerait peut-être jamais.

Le roi, outré de colère, va droit à la tente du grand vizir : il lui reproche avec un visage enflammé le traité qu’il vient de conclure. * J’ai droit, dit le grand vizir d’un air calme, de faire la guerre et la paix. — Mais, reprend le roi, n’avais-tu pas toute l’armée moscovite en ton pouvoir? — Notre loi nous ordonne, repartit gravement le vizir, de donner la paix à nos ennemis quand ils implorent notre miséricorde. — Hé! t’ordonne-t-elle, insiste le roi en colère, de faire un mauvais traité, quand tu peux imposer telles lois que tu veux? Ne dépendaitîl pas de toi d’amener le czar prisonnier à Constantinople? »

Le Turc, poussé à bout, répondit sèchement : « Hé! qui gouvernerait son empire en son absence? il ne faut pas que tous les rois soient hors de chez eux. » Charles répliqua par un sourire d’indignation ; il se jeta sur un sofa, et regardant te vizir d’un air plein de colère et de mépris, il étendit sa jambe vers lui et, embarrassant exprès son éperon dans la robe du Turc, il la lui déchira, se releva sur-lechamp, remonta à cheval, et retourna à Bender le désespoir dans le cœur.

Poniatowski resta encore quelque temps avec le grand vizir pour essayer par des voies plus douces de l’engager à tirer un meilleur parti

du czar; mais l’heure de la prière étant venue le Turc, sans répondre un seul mot, alla se laver et prier Dieu.

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