‹ Histoire de Chartres (volume 2)Chapitre 14 sur 123 · TOME II. H · texte numérisé non relu

TOME II. H

plus approfondie de la littérature grecque et latine et les rudiments de la philologie. En même temps, quelques artistes chartrains, dociles aux inspirations italiennes, s'efforçaient d'allier les fantaisies du style ogival tertiaire au dessin correct et gracieux de la Renaissance. 11 convient de citer, parmi les personnages de cette époque qui illustrèrent notre ville à divers titres, Mathieu d'Arras, homme de grant honnestetc et scavoir, le familier de Philippe de Cornalines et le précepteur de son petit-fils 1 ; Mathieu de Chartres, de l'illustre famille de ce nom, docteur en théologie, gardien du couvent des Cordeliers, estimé le plus lettre du royaume *; Josse Clictou, dit le Maillet des hérétiques, théologal de Chartres, auteur de nombreux écrits de polémique religieuse7; Laurent des Moulins, poète de l'école de Martial d'Auvergne1; l'illustre architecte Jean de Beauce ; Jean Bourdon , Pierre Courtier et Denis de Montaudouin , menuisiers et sculpteurs sur bois : Robert et Nicolas Pinaigrier, peintres-verriers, émules de Jean Cousin ; François Marchand, maître imagier d'Orléans, qui travailla pour les religieux de Saint-Père; Philippe de Chartres, qui laissa des traces de son ciseau dans l'église de Brou, près Bourg en Bresse.

Mais ce qui surtout assure à Chartres une mention distinguée dans les annales de la renaissance des lettres et des arts , c'est la part active que prit un de ses enfants à la propagation de l'imprimerie. Dès l'année H82, douze ans seulement après l'introduction de la découverte de Guttembcrg en France , Pierre Plume, savant chanoine de Notre-Dame *, fit imprimer

1 Mémoires de Commines; Lpilopue de Jean Sleidan, du 20 mai 1518. |» HM> 1 Journal de Jeun Bouvart.

* Dibl. chartraine de t>. Liron.

* On a de Laurent dos Moulins un poème intitulé CiUhulieon des mal advisès ou Cymeliére des malheureux . Paris, 15111; Lyon, 1512 et 15111, in-8\ et une Epitaplie de la reine Anne de Bretagne, épousé de buns Ml, Pans, sans date, in-S".

* Il était d'une famille dnlieviiis et de magistrats (Voir Appendice n° 5, lîn tic ce volume.)

à ses frais, dans sa maison du cloître , par le typographe Jean Dupré, un missel à l'usage du diocèse \ Cette œuvre ayant été heureusement achevée le 31 juillet, comme nous rapprend une note de l'imprimeur, un bréviaire fut immédiatement entrepris par les soins du même chanoine et terminé le 17 juillet 1483 \ \Ài semblent s'être arrêtés les premiers essais de la typographie à Chartres; toutefois, si l'on n'imprima plus de quelque temps dans notre ville, on ne cessa pas d'imprimer pour elle. Kn 1490, nous voyons M* Jean

1 Ce magnifique missel in-folio contient 205 feuillets do parchemin; il >e compte du calendrier et des otliees de l'année , à commencer par celui du premier dimanche de l'Avrnt. La première page est ornée d'arabesques sur les marges et do majuscules d'or, d'azur ou de pourpre; au milieu des préii* es en chant noté, entre le folio î Ml et le folio 1)1 , se trouvent deux grandes miniatures dont l'une représente le Christ en croix et l'autre le l'ère éternel assis «.nr un Ir.'me à dais gothique. A la tin du canon de la messe, on lit ce qui suit: Ad induultie Trtuitatin sarrosanrte , f)ei grnitririx et virginis Marte , onmiumque snnrtorum et sanrtnrum gloriam ri honorent, presens Mtssale, qttod plnnhus deiotissimis su ([raqua bene. munitum, serundum u.sum Carnotensem peroplime enrrertum , in pnnusisstma tirlu' Carnnti . domn canoniaii *ita in rlnustro, sutnptibusque venrrabilis et disrreti viri mngislri Pétri Hume, ejusdem insiguis ecrlesie canumri , per magistrtim Jnhnnnem du Pre , arte impressoria [rliciter insrutptinit est, dir uUnna menais juin anni Ihmini millesuni qnadrirentesimi nctungrstmi sentndi. Vax igitur in ipso omturi mtssaaque Dm derantatuii, vestrarum oratiumim omnium prrfntum rnmmimm omnesqup qui finir operi oprram drderunt , partir ipea [urintis. benefirii ru/us *narum qunrumrumque participas vos [mat ille qui est Unis xubltniis et gluriosus mena et régnons in sreuln seculorum. Amni. Au has du feuillet l'H."» on lit : A'.rpiirit Missale serundum usum errb^ie Curuutcnsix.

* Ce bréviaire, charmant in-douze en parchemin , est orné de lettres majuscules rehaussée* d'or et de couleur rouge ou hleii. Il ( -initient le calendrier , le psautier, le commun des ;i],ôti es, martyrs et confesseurs, les mémoires des Saints, le service de l'année à partir du premier dimanche de l'Aveut et le propre des Saints. A la page Ml, v", de la première pagination, a la lin du psautier, on lit: Cunsummatnin absolulumqite est h»c psullrnum Curnot i . aima dumini m° rcrr" urtuagesimn lercut, quurta derima die iwiists apniis, in ilwuo reneruhilis runnniri magistri Pétri Plume. Orale pr<> eo. Au I" i'i , r, de la seconde pagination , Un des mémoires des sainte., se trouvent ces mots: April ngesima di>- ronipletum est hoc rummuue. Orate pro Petro Plume. Kiiliu , la phrase suivante est imprimée au bas du dentier feuillet du volume, f" i'Uu r\ de la troisième pagination: hlud brevianum ad umm insignis exrb'sie t jirnott nsis . ojitimr brniitum et erratum, [cil arctiratissime iniprimi providna vir magister Pelriis Plume , predirte ecrlesie. canonicua vierttissimus; anno ab incarnat urne, dumini mn erre" orlogestmo terrtu, df \ VU juin consitmmntum rit.

Le missel et le hréviaire dont je viens de parler appartiennent à la bibliothèque Mazariio\ n"* 'A\i\ et ,'{i;i du catalane; ils ont déjà été démis sommairement par M Ozeray (flist. de la nie des Omiutes . vol. *2 , p. III .1 \\'2\ . d après les indications de M. Hérisson, l a hihliotliéi|iie de la ville do Chartres possède un trèsbel exemplaire du missel de herre Plume.

Remy», pénitencier de Notre-Dame , faire imprimer à Paris par Guillaume Maynial un manuel pour l'administration des sacrements, à l'usage du diocèse; le 13 mars 1508 (1509) parut à Paris la première édition des Coutumes de Chartres , imprimée pour M' Regnault Lalroyne , licencié ès-lois , gresfier du bailliage , et pour Raolet Jouan , libraire , demeurant en la rue Muret, à l'enseigne de la Montagne du Thabor, près l'église de Saint-Jacques \ Ces tendances philosophiques , artistiques et littéraires faisaient bien augurer d'une ville qui devait donner à la France du XVIe siècle , Philippe Desportes et Mathurin Régnier.

I Je possède un fragment de mandement inUtuié : Le pardon donné et octroyé par Révérend père en Dieu Monseigneur l'évesque de Chartres aux bienffairteurs des quinze vingts aveugles de Paru . qui a été imprimé pendant que la reine Anne de Bretagne, épouse des rois Charles VII! et Louis XII , occupait le trône (du 16 décembre 1491 au 0 janvier 1514). On voit, eu tôle de ce fragment, dont les caractères sont en belle gothique, une estampe représentant saint Loys, h gauehc de cette estampe un écusson de France, et à droite un autre écussou mi-partie de France et de Bretagne.

II existe aussi aux archives du département d 'Èure-et-Loir deux fragments de mandements assez anciens, imprimés en gothique. Le premier (de 4524 a 1534) est relatif aux indulgences accordées à l'hôpital des Six-vingts aveugles de la ville de Chartres. Le second, qui est daté (1547), rappelle les pardons accordés aux bienfaiteurs de l'hôpital du Samt-Esprit-en-Saxie à Rome, et annonce qu'on pourra gagner ces indulgences dans l'église Notre-Dame de Chartres.

Il y a lieu de croire que le premier imprimeur résidant à poste fixe à Chartres fut M* Philippe Hotot , dont la fabrique d'encre était établie en 1 550 dans une tourelle voisine de l'église Saint-Michel (neg. des Echcvins; juillet 1550) et qui donna cette môme année les Cotistitutions synodales de Louis Guillard , et, en 1553, une édition des Coutumes de Chàtcauneuf-en-Thimcrais. Philippe Hotot avait succédé comme libraire à Nicolas Flatru , rue du Grand-Cerf.

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