DES TROUBLES DE LA FRONDE
Les premiers jours de 1624 furent signales par la révolution ministérielle qui, en décidant la disgrâce du chancelier Brulard de Sillery et de Brulard de Puisieux, beau-frère de l'évéque Léonor d'Estampes, éleva à la dignité de garde-dessceaux, puis à celle de chancelier, le chartrain Etienne Haligre ou d'Aligre, conseiller au Grand-Conseil. Ce magistrat, connu dans son pays sous le nom de M. de Chonvillier, était fort estimé à Chartres, berceau de sa famille. La Chambre le lit complimenter, le 9 janvier, par MM. deCrécy et Nicole, échevins et, le 10 février suivant, toute la compagnie assista, dans l'église Sainte-Foy, aux funérailles de Mme Haligre de Chonvillier, sa mère, veuve du greffier Raoul Haligre \ Ces marques de déférence plurent au Chancelier qui chercha à être agréable à la ville dans l'inutile tentative qu'elle fit au mois d'octobre pour rétablir la navigation de la rivière \
1 Beg. des Echevins. — * lb.
5 lb.; Séances des 14 et 19 octobre et 12 novembre. — Le Conseil royal avait donne" commission , le 2 octobre , aux sieurs Mercier et Decaux , architectes manieurs, de visiter l'Eure de Chartres à Nogent-lc-Roi et de dresser un procès-verbal de IVlat des lieux.
La Chambre fut saisie à la même époque de l'examen d'une autre affaire industrielle et commerciale; c'était l'exploitation des tourbières des vallées de l'Eure, d'Auneau, de Gallardon, de Conie, etc., proposée par le sieur Charles de Land>erville, avocat en Parlement. Il ne fut pas donné suite à cette requête, parce que le demandeur voulait exploiter aux conditions accordées par le Roi pour les minières et dessèchements de marais et que l'on n'avait reçu à cet égard aucun commandement de Sa Majesté flieg. des Echevins; Séance du 7 juillet U>2i )
Cette année 1024 et celle qui la suivit furent marquées par de grandes calamités, comme la peste, la dyssenterie et la disette mais, malgré les inquiétudes causées par ces fléaux, quelques autres affaires furent menées à bonne fin en 1625.
vieil hôtel du Vidame où les compagnons arbalétriers faisaient de toute ancienneté leurs exercices, avait été réuni, de l'agrément des échevins, aux jardins du j»alais épiscopal \ Des lettres- patentes du Roi, en date du mois d'avril 1623,
ayant ratifié cet abandon, on chercha un emplacement convenable pour y transférer la compagnie dépossédée. La ville choisit une petite maison avec un jardin , hors la porte Chàtelet, sur le chemin de Mainvilliers, et elle l'acheta, le 28 janvier 162o, de M. Claude Davignon, grenetier au grenier à sel s. Au mois d'avril suivant, une ordonnance prescrivit aux vidamiers le tir de l'arquebuse à mèche, et confirma les privilèges du Roi de l'Oiseau K. A la même époque, la Chambre s'occupa , suivant les intentions du cardinal de
Richelieu , de la révision des statuts des corporations ouvriè-
1 Le 17 février 1024, temps fort variable par vent et neige, comme tout le long du jour ne fist que neiger, et les neiges devinrent si grandes que iamès homme m femme, tant viel fut . ne les vist si grandes; et mesme à cause du temps, on trouvait des hommes et des femmes morts qui venoient au marché. — Le 7 octolire 1<>24, les arbres comme poiriers, pruniers et autres estaient teJlement floris qu'on pensait estre au printemps; ce qui nous présageait Us malheurs qui dévoient nous arriver en l'année 1625, sçavoir la peste, la dyssenterie et les vignes qui n'apportèrent rien, avec les blés qui estaient bien maigre*. ( Heg. de l'état civil de Saint-Barthelemy ; Arch. de la Mairie.)
* Cette réunion avait eu lieu par voie de cession du Vidame à l'Evôquc , en vertu d'une transaction passée devant Cochin , tabellion en la juridiction temporelle de la Chambre épiscopafe de Chartres, le 31 mai 1011). Le prélat se plaignait des jeux faits pendant les offices et prétendait que les flèches des archers arrivaient souvent jusque dans sa grand'sallc. Il avait offert , en échange de l'hôtel du Vidame , un terrain joignant Saint-Père et les Cordeliers , mais il paraît que cette offre ne fut pas acceptée.
* Acte passé devant M" Yves Cornu, notaire roval a Chartres. Cette maison coûta 030 livres. (Heg. des Echev.; Séances du 17 déc" 1024 et des 8 et 29 avril 102Ô.)
4 La Chambre décida, le 2X janvier 1C>53, que le Roi de l'Oiseau serait exempt des droits d'entrée de 12 poinçons de vin, du cru du pays, et qu'il toucherait chaque année, le 15 mai, la somme de 200 livres à la caisse de l'adjudicataire des fermes de la ville; il fut reconnu, eu même temps, que la compagnie du Vidame avait droit à la somme annuelle de 13 livres pour l'entretien des huttes, a la charge de marcher pour le service public à toute réquisition.
res. Nous avons fait connaître, dans notre premier volume, les modifications introduites dans l'organisation des principaui métiers. On eut ensuite à examiner la requête des Dames de Sainte-Élisabeth ou Franciscaines, qui demandaient avec instance à s'établir dans une maison du haut de la rue Muret. On s'y opposa, sur le rapport de M. le conseiller Le Noir, ce quartier n'étant déjà que trop peuplé de gens de main-morte; et, comme les demanderesses avaient du crédit, on dépêcha en Cour, au mois de septembre , les échevins Gueau et Haligre, pour obtenir la ratification de cette délibération \
Les habitants de Chartres, même ecclésiastiques, n'étaient pas ultramontains. Ils suivaient en cela la bannière de leur évêque Léonor d'Estampes , rédacteur de la déclaration gallicane donnée par l'assemblée du clergé le 13 novembre 1625. Aussi , la Chambre s' efforçait-elle de résister aux entreprises que se permettaient de temps à autre certaines communautés religieuses, d'origine prétendue jésuitique. Elle ne réussissait pas toujours. Le 12 mai 1626, MM. Le Houic, archidiacre de Vendôme, etThoret, chanoine, avertirent la Compagnie que des religieuses Ursulines venaient d'acheter, pour y fonder un établissement, l'hôtel de M. de Montescot, sieur de Baronville , rue de la Fromagerie ; ils ajoutèrent que le Chapitre était contraire à ce dessein, parce qu'il reconnaissait que Chartres contenait déjà un très-grand nombre de couvents. De leur côté, les paroissiens de Saint-Michel protestaient contre cette fondation main-mortable dans leur paroisse déjà si pauvre et si petite. Le corps municipal n'eut garde d'être d'un autre avis; de concert avec l'Évêque, il s'opposa à la prétention des Ursulines, et son appel était déjà porté au Conseil, lorsque le Roi , qui passa par Chartres le 8 septembre , lui intima l'ordre de recevoir dans la ville ces nouvelles religieuses \
1 Reg. des Echevtns.
* lb.; Séances des 12 et 19 mai, 8 el 28 septembre 1626. (Voir, sur le couvrnl des Ursulines, le dernier chapitre de cette histoire.!
Gaston, frère du Koi, qui épousa à Nantes, le 5 août 1626, la riche héritière de Montpensier, avait reçu de Louis XIII, quelques jours auparavant, en échange du duché d'Anjou, le comté de Blois et les duchés d'Orléans et de Chartres. Cet événement ne manquait pas d'intérêt pour le pays chartrain, qui se trouvait encore une fois séparé de la couronne; cependant, il fut peu remarqué dans la Beauce , dont les forces vitales luttaient cette année contre la famine f, la peste *, les voleurs s et une cruelle épizootie \ Le nouveau duc lui-même ne parait pas avoir été très-pressé de prendre possession des villes de son apanage, car ses lettres ne furent publiées et enregistrées, à Chartres, que le 28 juin 1627. L'accomplissement de cette formalité, quoique tardif, donna lieu à des réjouissances publiques, et le Lieutenant-général, accompagné du doyen de Notre-Dame et des échevins Gueau, Haligre, de La Poustoire, Boileau et Beurier, alla présenter à Son Altesse Royale les compliments des Chartrains \
La peste, que l'on était parvenu à maintenir hors des murs depuis deux ans, éclata dans la ville au mois de septembre 1 627 *.
1 21 avril. Grande cherté du blé. — 4 mai. Désordres dans les marchés; accapareurs. On envoie prévenir le Chancelier que si l'enlèvement des blés continue, il n'v en aura plus à la Pentecôte. (Iteg. des Echevins.)
'22 décembre. Décidé nue les échevins, pour porter remède a la cherté du pain, achèteront 100 nmids de nié à constitution ou intérêt. (Ib.)
* 24 juillet. Poste à Auneau, Prunay-sous-Ablis et lieux circonvoisins. — 5 septmbre. Peste à Rouen , Orléans et dans la haute Beauce. (Ib.)
s 22 décembre. Rôdeurs de nuit, vols et pillages; ordonnances de police à ce sujet. (Ib.)
4 26 janvier 1627. Epizootie régnant depuis quelque temps sur les moulons. — Avril. Achats d'avoine en Normandie, tous les chevaux de la Beauce mourant de faim. (Ib.)
8 Lettre de Gaston, datée de Paris le 1er juin 162", invitant le corps de ville à assister à la publication qui sera faite, en l'audience du siège de Chartres, de ses lettres-patentes d'apanage. (Ib.) — Séances des w27 et w29 juin. Réjouissances, tir de pièces d'artillerie et feux de joie à cette occasion. (Ib. )
On avait célébré, le 17, un service solennel pour le repos de l'Ame de madame la duchesse d'Orléans, femme de Gaston, morte en couches au bout de dix mois de mariage. (Ib.)
« La peste sévissait, dés le mois de juillet, dans les villages situés entre Dreux et Chartres, particulièrement à Manille et au Péage, (Ib . i.\ juillet , 1?> août.) -