‹ Histoire de Chartres (volume 3)Chapitre 15 sur 109 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

MO

vais garçons pratiquant batturcs et pillcrics 1 ; de nouveaux nivellements furent opérés au mois de mai 1507 dans les rues des Lices, des Changes, aux Juifs, Châtelet et des Carncaux ou Sainte-Môme

L'évoque René d'Illiers étant mort le 8 avril 1507 *, le Roi écrivit le 21 à Messieurs de la ville pour les engager à postuler près du Chapitre en faveur de Mlre Erard de la Marck , évoque de Liège, qu'il affectionnait particulièrement \ A la fin de mai, M. de Gannay, premier président du Parlement, le cardinal de Luxembourg, l'évèque du Mans, son neveu, M. de Montbazon, capitaino des Suisses, M. Raoul Hurault, seigneur de Chevemy , général des finances , et plusieurs autres personnages de marque furent dépêchés à Chartres dans le but de solliciter cette élection. Le bailli Jean Berziau, le lieutenant-général nommé aussi Jean Berziau , qui avait succédé en 1505 à M. de Marnac, les officiers du Roi et les échevins firent à cette illustre compagnie les honneurs de la ville ;

1 ttry. des Echevins; Séance du 22 octobre.

* CVst vers cette époque que l'on commença à donner le nom de Sainte-Mémc à la rue des Carncaux. Les registres des échevins font mention a la date du 8 janvier 1507 du seigneur de Sainte-Méme, personnage assez marquant pour qu'on lui offrît le vin de la ville; doit-on à ce seigneur la fondalion de la chapelle Saiute-Métnc et, par voie de conséquence , le changement de nom imposé à la rue des Carncaux ? c'est ce que je n'ai pu découvrir. Le seigneur de Saintc-Mémc, gentilhomme de la chambre du Hoi , vaillant capitaine , compagnon de Bayard, lit les guerres d'Italie de 1521 à 1521 à la tète d'une compagnie de 50 hommes d'armes. (Mémoires de Martin du lidlay. coll. Michaud, vol. 5, p. 137, 182 et 185. — Mémoires de Flcuranges , ih., p. 03.)

3 Le corps de René d'Illiers, placé dans une litière portée par des chevaux caparaçonnés de noir, et accompagné professionnellement par le Chapitre, les religieux de Saint-Cheron et de Saint-Jean-cn- Vallée , les Jacobins , les Cordeliers et les frères de l'hôpital Saint-Julien , fut conduit à Saint-Cheron et inhumé dans le chœur de l'église du couvent. (Hcg. des Echevins; 8 avril 1507.)

* Ce Prélat était le frère de Robert H de la Mark, seigneur de Sédan, et l'oncle de Robert de la Mark , seigneur de Fleuranges , qui devint maréchal de France et laissa de curieux mémoires sous le nom du jeune Adventureux.

Souchct (p. 248) donne la copie d'une lettre du Roi, adressée au Chapitre relativement à la mort de René d'Illiers, et datée de Villane en Piémont, le H atril. Je pense que celte date n'est pas exacte et que cette lettre fut écrite le 2/. de même que celle envoyée aux échevins. Il paraît, en effet, ditticile que Louis XII ait pu connaître le 12 avril, au fond du Piémont, un décès arrivé le 7 à Chartres. Li lettre du Roi, datée du 21 avril, ne parvint aux échevins que le 17 mai.

entre autres divertissements, on leur procura, le 5 juin, au l>eau milieu de la procession du Saint-Sacrement , le plaisir d'une représentation du mystère du sacrifice d'Abraham , par feintes et personnages \ Le Chapitre , docile aux inspirations d'un monarque qui venait de donner 2,000 livres pour la restauration do la cathédrale, fit choix de son protégé au scrutin secret, et le nouvel élu prit possession le 27 juin , au son des grosses orgues et du Te Deum \ Erard de la Marck ne résida pas; on lui donna pour coadjuteur Jacques Ricoul, abbé de Saint-Cheron , éveque de Termes in partions ; puis il s'en alla, par-delà les monts, conseiller Louis XII sur ses affaires d'Italie.

La guerre se poursuivait toujours dans ces contrées, et, quoique les armes royales eussent recouvré Gènes (29 avril 1507), les préparatifs du roi des Romains Maximilien et du

1 La ville paya les acteurs et les décors. On dépensa 2 livres 1 7 sons G deniers tournois pour neuf gratis escriteaux devant servir audit mystère , pour barbes , diadèmes , cinq paires d'ailes d'anges en plumes de paon , pomme de bois doré avec une croix au-dessus et ceintures durées de. peaullre , etc. (Heg. des Echevins; Séance du 5 juin.) La confrérie de la Passion cherchait depuis quelque temps à s' impa Ironiser à Chartres. Elle avait présente une requête au corps de ville, le 18 février 1506, dans le but d'obtenir l'autorisation de jouer ses mystères et moralités et un subside pour subvenir aux frais des écliafauds et des décors. On avait accédé A ccUe demande.

» Le Chapitre se fit prier assez longtemps avant de nommer Erard de la Marck. Les registres capitulaires font connaître que des lettres pressantes du Roi furent présentées aux chanoines, le 17 mai, par M. Cottereau, seigneur de Mainlcnou, trésorier de France ; que, le 11), les otliciers dit Roi et plusieurs bourgeois conduits par M* Michel Masson, avocat de la ville, vinrent faire valoir, en séance capilulaire, le grand crédit du candidat et le bien que son élection pourrait procurer au Chapitre et aux Chartrains; mie, le 29, d'après de nouvelles lettres du Roi, pareille exhortation fut adressée a la compagnie par le lieutenant-général Jean llêrziaii , Michel Miehon, lieutenant particulier, Regnault de Cyvès, prévôt, Michel de Champrond, avocat du Roi , Guillaume Bouffineau , procureur du Roi , Guillaume Lemnine , receveur du Domaine, Nicolas Daniel, Etienne Delacroix, Guillaume Courtin, Pierre Sachet, licenciés es-lois, Philippe Bichot, Pierre Ledoys, Antoine Plumé, Jean llaligre et autres bourgeois; qu'une nouvelle démarche fut l'aile le 7 juin par le cardinal de Luxembourg, l'évêque du Mans, le premier président de Gannay qui avait un fils chanoine, Robert Thibousl, conseiller au Parlement, Antoine dcCuguar, Arlus Codifier , seigneur de Roissy , lesquels présentèrent au Chapitre île nouvelles lettres de S. M. et du cardinal d'Âmboise pour activer l'élection désiré»'. Suiichet dit qu Erard de la Mark ne vint pas à Chartres; c'est une erreur que rectifie le procèsverbal de l'assemblée des Echevius du 27 juin 11)07. (Voir V Histoire manuscrite (h- Souchet, vol. t, p. 151 et m.)

pape Jules II forçaient la France à des armements qui jetaient P inquiétude jusqu'au sein de notre paisible cité. La ville eut, d'abord , des difficultés avec le Chapitre au sujet du lieu où le guet devait se faire et du paiement du salaire des guetteurs ; depuis la suppression de la guette de Chartres, les veilleurs de jour et de nuit, postés au haut du clocher septentrional, avaient été payés par le Chapitre, mais, après Pincendie de ce clocher, les chanoines déclinèrent la charge du guet transporté dans le clocher de Péglise Saint-Michel (24 juillet 1507). La question passait pour importante, car le peuple tenait beaucoup à ses guetteurs; toutefois, comme Pennemi n'était pas aux portes , on remit à un autre temps la solution définitive du litige. Au mois d'août 1507, les échevins furent obligés de défendre les privilèges de la ville contre les élus, qui , sous prétexte du service du Roi , voulaient lever sur les habitants et diriger vers Lyon un certain nombre de chevaux et charrettes \ Mais ces petites tracasseries ne détournaient pas l'administration des affaires réellement sérieuses, et il s'en présentait une, à cette époque, qui était bien faite pour absorber l'attention générale : il s'agissait de rédiger par écrit les vieilles coutumes du pays chartrahi .

La pensée d'écrire et de promulguer toutes les coutumes du royaume n'était pas nouvelle; manifestée par l'ordonnance de Charles VII de 1453, renouvelée par les Etats de 1484, il était réservé à Louis XII d'en poursuivre la réalisation. Les 'Etats particuliers du bailliage de Chartres, réunis par ordre du Roi aux mois de juin et de septembre 1507 , s'occupèrent d'une rédaction préparatoire contenant dans le même contexte les coutumes du Percho-Gouët et celles de Chartres \

» Iteg. des Echevins; Séance du 4 août.

* Un grand mouvement devait alors régner à Chartres, car, indépendamment des réunions des Etais oui amenaient dans nos murs tous les personnages importants du bailliage, il se tint à la fin de juillet, au couvent des Cordeliers, un chapitre provincial auquel assistèrent 500 religieux. (Ib.; Séance du 22 juillet, jour de la Madeleine, 150X.)

La révision de ce premier travail fut confiée à M" Thibault Baillet , président , et Jean Le Lièvre , conseiller au Parlement; mais ces magistrats, qui avaient également mission d'arrêter les coutumes de l'Anjou et du Maine , ne purent terminer leur tâche qu'au bout d'une année. Le 19 octobre 1508 eut lieu , dans la chambre épiscopale , la dernière lecture , puis la publication du code chartrain , par les commissaires royaux, en présence des ecclésiastiques, nobles et bourgeois composant les Etats du bailliage K On pourrait s'étonner, en

1 L'assemblée du 19 octobre 1508 était composée des personnages dont les noms suivent : 1° Clergé: L'évéque de Chartres, par M«* Wastin des Feugerais et Mathurin Plumé, ses vicaires; le Chapitre, par 11" Esprit de Harville, sous-doyen, Michel Mauterne, chancelier, et Jean Pigeart, chanoine; frère Antoine de Hargueville, abbé de Coulombs; frère André de Médavy dit Dayy, abbé de Josaphat; frère Jean Jacquin, abbé de SainUJean-en-Vallée ; frère Guillaume de la Voue, abbé de Bonneval; labbé de Saint-Père, par Philippe Le Maignen, son procureur; l'abbé de Saint- Cheron , par Jean Le Mesle , son procureur ; l'abbé de Thiron , par Guillaume Renouard, Macé Remonnct et Pierre Lapoustoire, ses procureurs; le couvent de Saint-Pére, par frères Damian Gouin et Mathurin Godefroy, religieux; le couvent de Sa int-Jean-en- Vallée , par Mire Jean de Montaudouin , religieux procureur; le couvent de Josaphat , par frère Jean Fourré, religieux procureur; le chapitre de Saint-André, par Pierre Arondeau , son procureur; le chapitre de Dreux, par Jean de Saint-Aubin, prêtre-chanoine et procureur; Mir« Pierre de Dampierre, curé de Saint-Aubin;

2° Noblesse. : Nobles hommes , Mire» Raouland de Prullay , chevalier , seigneur de Crissay; Louis d'Illiers , écuyer, seigneur de Villeneuve ; Jean de Saint-Berthevin , écuyer, seigneur de Montelhart; Jean Raillard, écuyer, seigneur de Manille; Nicolas d'Auferville, écuyer, seigneur de Mézières, bailli de Dreux; Gilles Mauterne, écuyer, seigneur de Rumn ; Nabourg de Commargon , écuyer , seigneur de Méréglise ; Jean de Crouy, écuyer, seigneur de Saint-Piat; Pierre d'Allonville, écuyer, seigneur de Perruchay; Pierre de Favièrcs, écuyer, seigneur de Mondon ville; Louis de Vemous, écuyer, seigneur des Yys; Macé de Fiez, écuyer, seigneur de la Ronce, Jean de Gauville, écuyer, seigneur de Javercy ; Jean et Guyon de Saint-Benoist , seigneurs de la châtellenie de Prémont; Jean d'Allonville, seigneur dudit lieu; Rogerin de Rameray, écuyer, seigneur de la Brosse; Antoine Colloneau , seigneur de Sord; Bertaut le Bègue, écuyer, capitaine d'Alluyes; Guillaume le Bérou, écuyer, seigneur de Meignevillc; Guillaume le Picart, écuyer, seigneur d'Orfin; Jean d'Kscarbot, écuyer, seigneur de Cernasses; tous les sus-nommés en personnes; la duchesse d'Alencon, dame de la châtellenie de Gallardon; Miro Antoine de Luxembourg, chevalier, comte de Roussv, à cause de la baronnie d'Alluyes assise au Perche-Gouct et . de la châtellenie de P"ierre-Coupe assise en Chartrain; Mire Jean de Gruthuse, gouverneur de Picardie, seigneur des châtellenies de Montmirail, Authon, La Basoche- Gouet; Mir* Louis de Graville, amiral de France, comme tuteur et bail des enfants mineurs de Jacques de Vendôme , en son vivant vidame de Chartres et seifjneur de Meslay; Mir* Louis de Brezé, chevalier, grand-sénéchal de Normandie, à cause des châteUenies de Nogent-le-Roi , Anet , Bréval et Montchauvct ; M* Jean Coltereau , trésorier de France, seigneur de la châtellenie de Mainlenon; 0e Hélène de Beauvau. veuve de Mire Charles d'Estoutcville, chevalier, seigneur de Villcbon et la Gâtinc; Mirc Florentin Girard , chevalier , seigneur des châtellenies de Brou , Frazé et Dangeau au Perche-Gouet et de la seigneurie de la Motte , Mire Charles d'Illiers, seigneur

lisant ces coutumes, de la place qu'y tient le droit féodal, si l'on ne se rappelait que le pays chartrain, déjà possédé féodalement par de puissants seigneurs et tenu en arrière-fiefs par la noblesse de second ordre, s'était couvert au XIIIe siècle d'une multitude de petits offices féodaux, tels que mairies, sergenteries, prévôtés, tombés entre les mains de praticiens; l'application du droit féodal sous toutes ses formes était donc très-fréquente , et les gens de loi , composant la majeure partie des membres de l'assemblée des Etats, n'avaient eu garde d'oublier les traditions et usages qui consacraient les droits et les devoirs de leurs fiefs. Il est remarquable que les coutumes qui se rapprochent le plus de celles de Chartres par leur couleur féodale sont précisément celles des pays qui , à une autre époque, avaient fait usage du type chartrain dans leurs monde la Moutonnière et de Glatigny; frère Louis de Crevcn, abM de Vendôme, pour la châtellenie de Lislc ; Mir« Berlin de Silly , chevalier, seigneur de la châtellenie d'Auneau ; D*ll« Louise de Vieux-Pont , veuve de Perceval de Dilly, dame de la châtellenie de Courvitlc; Mirc Jacques de Daillou, seigneur de la châtellenie d'Illiers; Hugues de Broyé, éeuyer, seigneur de Ver; ces denuers par procureurs;

3° Tiers- Etat: Honorables hommes et sages Mc Jean Berziau , lieutenant-général du bailliage; M" Michel Michon, lieutenant particulier; Etienne de Cliamprond , avocat du Roi; Guillaume Bonllincau, procureur du Roi; Regnault de Gyvès, prévôt en garde pour le Roi & Chartres; Jean Haligrc et François Boulluicau , procureurs aux négoces, Pierre Ledoys, procureur aux causes, Mathurin Plumé, Michel Chantault, Guillaume Courtin, Philippe Bichot, Guillaume Haligrc, Martin Pineau, ces neuf derniers échevins; M*» Etienne Delacroix, Pierre Beaucouché, Jean Grcnct, Guillaume Lambert , Nicolas Daniel , Michel Chantault , Pierre le Chenevix , Thomas Deschamps , Antoine Lebcau , Jean Boilcau , Jean Nicole , Pierre Sachet , François Arroust, Jean Lesucur, Jacques Fleurv, Claude Gontier, Philippe Ysambert, Esprit Pasteau, ces dix-huit derniers licencies ès-lois, avocaLs et praticiens au bailliage; Michel Latroyne, lierre I>ednys, Robert Saillart, Plùlippc Lemaignen, JcanLcmcslc, Raoullin Rossignol , Jean Duseux, Jean le Petit, Michel Qnetin , Jean Martin , Etienne du Boille, Pierre Mestivicr, Jacques Pigou, Michel Hésart, Jean Lambert, Pierre Lapoustoire. Pierre Poperon, Gilles Cochin, Michel Flatrus, Pierre Arondcaii, Jein Curard, Jean Goussard, Pierre Rougeoreille , ces vingt-trois derniers procureurs au bailliage; Anseaulme de la Cherve, prévôt de Bonncval; Guillaume Lecourt, procureur du Roi audit siège; Jean Hardy, procureur de la juridiction temporelle de l'abbaye dudit lieu ; Michel Cartenay, tabellion de ladite abbaye; Pierre Ledoys, maire des quatre mairies royales de Bévillc-le-Comtc , Fresnay, le Coudray et Sours; Guillemin Lhommc, Uculenant de Béville; Philippe Janvier, greffier des quatre mairies; Jean fle Clerc , commis à la juridiction de la lYévôté des haute et basse Sologne , au bailliage de Chartres; Simon Leroy, lieutenant du comté de Dreux pour le sire d'Albret; Thomas Rolrou, procureur dudit lieu; Pierre Gravelle, receveur dudil comté , Antoine Mussart , procureur des maire et échevins du comté de Dreux. {Nouveau Coulumier général, par Bourdot de Richcbourg, tome 3, p. 727.)

naies : par exemple, le Grand-Perche, Chàleauneuf, Blois, le Duuois, Romorantin , Saint-Àignan, Selles-sur-Cher.

Le collège îles Echo vins avait pris en 1506 une mesure très-utile pour la prompte expédition des affaires communes. Just]ue-là chacune des branches de l'administration , de même que chaque affaire d'intérêt général délibérée en assemblée, était remise aux soins de commissaires spéciaux; il en résultait que la chose publique restait en souffrance lorsqu'elle tombait entre les mains de commissaires négligents. On pensa, non sans raison, qu'il fallait réserver les commissions pour les cas extraordinaires , et on décida que deux échevins, portant le nom de procureurs aux négoces, seraient délégués chaque mois pour le gouvernement de la ville et la signature des mandements \ On recueillit les fruits de cette nouvelle organisation ; plusieurs affaires qui intéressaient le menu peuple, et notamment celles relatives à la foire de la Saint-Barthélemy et au marché du bétail à pié rond et fourché, furent terminées en 1508 au grand avantage des habitants; il fut reconnu que les commis du domaine ne pouvaient exiger de chaque marchand étalant à la foire qu'un denier, au lieu de douze qu'ils demandaient % et la ville obtint la concession du marché à son profit, moyennant le fermage modique de 650 livres tournois payables chaque année au trésor \ 11 faut aussi reporter à l'heureuse initiative des échevins de service

1 fleg. des Echevins ; Séance du 3 août 150G. — Le nombre des échevins n'était pas encore parfaitement déterminé au commencement de ce siècle; il y en avait douze en 1 I/O et en 1504; neuf échevins seulement figurèrent à la séance de publication des Coutumes. En 1520, le lieutenant-général Séguier p*-usa qu'il fallait revenir à l'exécution de la charte communale de Ir.Kî (vol. i*r, p. 150), c'est-à-dire aux usages d'Orléans; eu conséquence, en vertu d'un<; délibération du !J0 septembre, un écbevin alla se faire rendre compte, à Orléans, des coutumes adoptées dans les élections et en prit copie ainsi que des privilèges, pour être statué après examen . Le lieu des séances n'était pas non plus toujours le même; ou se réunissait tantôt à la maison de ville , tantôt à la tour du palais , quelquefois à la librairie du Chapitre ou dans la grande salle de l'évéché.

5 Jb.; Séance du 7 novembre 1508.

* lb.; Séance du 15 décembre 1508. — Ce marché se tcuail le* mardis et samedis

une ordonnance de police du 19 février 1510 concernant les mauvais garçons qui rodent de nuit armés de bâtons et crochètent les huys et fenêtres, faisant défense aux hôteliers et taverniers de recevoir les gens de pied, vagabonds et suspects plus de quatre heures le jour et une heure la nuit sans en avertir les officiers du Roi , et prescrivant aux bourgeois de ne jamais sortir sans lanterne et luminaire après neuf heures du soir \

Une lettre du Roi, du 31 janvier 1509, apprit aux Chartrains le traité d'alliance conclu avec l'Empereur, à Cambrai , le 10 décembre précédent; il y eut à cette occasion une procession de tous les corps d'états et des feux de joie dans les carrefours \ Ce traité fut suivi de près par la victoire d'Agnadel que Louis XII gagna le 14 mai sur les Vénitiens; la nouvelle en fut donnée en chaire par le gardien du couvent des frères Mineurs de Caen , au milieu d'une procession que les habitants avaient faite de Notre-Dame aux Cordelicrs pour demander à Dieu la santé du Roi et de la Reine et la paix du royaume s. Le rôle que la France jouait alors en Italie lui avait attiré l'animadversion du pape Jules II, le plus belliqueux des successeurs de saint Pierre ; mais avant d'engager les hostilités avec le Souverain-Pontife , Louis XII voulut rassurer sa conscience sur les conséquences d'une pareille guerre au point de vue spirituel, et il exposa ses griefs contre Rome* dans une assemblée d'évêques et d'ecclésiastiques notables convoqués à Tours le 14 septembre 1510. Ce concile gallican, dont firent partie les chanoines Jean Desfossés, théologal, et Michel Mauterne, chancelier, députés

1 Reg. des Echevins. — Cette ordonnance défendit aussi aux marchands de poisson d'eau douce de vendre ailleurs qu'en la poissonnerie et de porter le poisson en leurs boutiques, tonneaux ou réservoirs de la rivière, avant raidi sonné, et aux revendeurs d'acheter pour revendre avant dix heures du matin.

» Ib.; Séances des 7 et 10 février 1509.

* Ib. — A cette procession on donna aux sergents 36 bâtons tournés et à poignées , pour maintenir l'ordre.

par l'église de Chartres 1 , fut d'avis que le Roi pouvait sans scrupule guerroyer le Saint-Père. Les succès des armes françaises n'empêchèrent pas Chartres, la ville catholique, de faire des vœux pour le rétablissement de la bonne harmonie entre Louis XII et le père commun des fidèles , et nous voyons que, le 20 juillet 1511 , une procession générale où fut porté M. saint Piat, se rendit à l'église Saint-Maurice, dans le but d'obtenir du ciel les biens de la terre et ceux de la paix *.

L'avènement de François I", qui succéda à Louis XII le Ier janvier 1515, ne laissa d'autre souvenir dans le pays chartrain que la confirmation des divers privilèges de la ville. Toutefois, selon l'usage ordinaire, on prit des mesures de précaution pour conserver Chartres dans l'obéissance du nouveau souverain ; ces mesures étaient nécessitées , d'ailleurs , par la licence des gens de guerre qui traversaient continuellement la Beauce pour se rendre sur les marches d'Italie , et par l'affluence des pèlerins que le jubilé du carême 1515 attirait à Notre-Dame \ Le 11 novembre 1518, le Roi fit son entrée à Chartres avec Madame Louise de Savoie, sa mère; François revenait de visiter les côtes de Bretagne. Ces illustres hôtes furent reçus avec grande révérence par les échevins et M* Jacques Àcarie, seigneur de Noisement, nouvellement appelé aux fonctions de Bailli *; on offrit au monarque

1 Souchet, vol. 2, p. 171.

* Reg. des Echevins.

* 76.; Séance du 6 mars 1515. — Le lieutenant-général ayant remontré qu'il était grand temps d'obvier aux homicides, excès et violences qui se perpétraient journellement, on prescrivit à M. Fleury, vice-bailli ou lieutenant du capitaine de Chartres, de faire faire le guet, les samedi et dimanche suivants et la nuit du samedi au dimanche, par les quarteniers et dixainiers, de faire établir des chaînes aux portes , barrières et lices en bois et de faire tendre pendant la nuit celles des rues et carrefours, afin de contenir le peuple; on décida que la porte Saint-Jean serait fermée la nuit, et que des bâtons embourés seraient donnés aux sergents pour faire entrer, le dimanche, les pèlerins en l'église Notre-Dame par la porte royale.

* Ce personnage était secrétaire-trésorier des offrandes du Roi et maître ordinaire de l'hôtel; Louis XII lui avait accordé des lettres de noblesse le 31 mai 1509, en n-compense de ses services à la Journée de Saint-Aubin , et dans les guerres d'Italie. (Reg. des Echevins. octobre 1573; Délibération relative à Claude Acarie, petit-fils

26 poinçons de vin et 500 minots d'avoine, mais il exigea de plus un petit subside de 500 écus. Ce cadeau n'était que Pavant-coureur d'une subvention de 2,500 livres demandée à la ville , par lettres du 1 5 août 1 520 , pour contribuer aux dépenses du camp du Drap-d'or y au rachat de Tournay et aux réparations des fortifications de Térouanne et d'Aire \

Ce don et ce prêt, plus ou moins volontaires, facilitèrent une négociation à laquelle le corps de ville tenait beaucoup. Le domaine royal possédait, depuis Louis XI, dans l'intérieur des murs de Chartres, derrière Saint-André et à droite des arches de Léthinière, un jardin et une masure connus sous le nom du Château \ Les échevins pensèrent qu'il serait avantageux d'établir en cet endroit un abattoir ou massacre; car l'ordonnance du mois d'octobre 1416 qui prescrivait aux bouchers d'abattre hors des murs ne s'exécutait plus 8 , et le sang des bêtes tuées dans l'intérieur des maisons allait porter infection par les rues. Mc Barthélémy Séguier, qui occupait depuis peu la lieutenance générale du bailliage, s'employa pour cette affaire près de M. Legendre, trésorier des finances, et des lettres-patentes datées de Blois au mois do décembre 1520, accensèrent le Château à la ville moyennant une redevance annuelle de 16 livres tournois \ Cette mesure bonne en elle-même

de Jacques, auquel on contestait les privilèges de la noblesse. — Titres appartenant à la D"1* Acarie, veuve Courtin; Recueil de l Aisne, vol. 4# p. 91).) Les Acarie, dont une branche demeura longtemps à Chartres, portaient d'azur au chevron d'or accompagné de 3 étoiles de même. Leur seigneurie de Noiscmcnt était située dans la paroisse de Membrolles en Dunois , aujourd'hui département de Loir-et-Cher.

1 Iieg. des Echevins; Séance du 29 octobre 1520. — Le Roi adressa aux échevins, lo 8 octobre, des lettres très-pressantes sur cette affaire. (lb.; Séance du

27 novembre. )

« Voir volume lor, p. 31G, note 3.

9 lb., p. 513 et 514.

* lîcg. des Echevins; Séance du 31 octobre 1520. — Pancarte municipale , vol. 1er, p. (Kî; attache de la chambre des Comptes du 5 mars 1521.

Le 8 janvier 1521 , pendant que le lieutenant-général Ségui<>r allumait devant la tour du itoi un grand feu, en réjouissance de la naissance de Monsieur, second lils de Sa Majesté , un incendie éclata au couvent îles Jacobins , et les autorités escortées de la foule s'empressèrent de quitter les fagots de la fôte pour aller éteindre le feu des religieux, (lb.)

arrivait un peu lard. La peste régnait aux environs de Chartres; elle y pénétra avec les premières chaleurs de Tannée 1521. On eut beau faire curer les rues où croupissaient les immondices et interdire les promenades par la ville des bêtes porchines de M. saint Antoine; on eut beau chercher à concentrer le fléau dans la paroisse Saint-André et évacuer les malades dans un hôpital établi à la hâte sur la solle du quai, près du cimetière Halle, où les cadavres étaient enterrés, la mortalité ne cessa que vers Noël *. La maladie sévit avec une telle fureur aux mois d'août et de septembre, qu'en réponse à une lettre du gouverneur de Tournay qui se plaignait de ne pas recevoir l'argent destiné à son châtel , on le pria de prendre patience parce que tout le monde mourait à Chartres, que le receveur des deniers communs était trépassé et que les échevins et presque tous les habitants avaient gagné les champs \

La disette suivit la peste; le pain fut très-cher en 1522 et les blés gelèrent en 1523 \ D'un autre côté, la descente des Impériaux sur les côtes de Picardie, au mois de juillet 1522, et les maraudages des aventuriers rentrés d'Italie après la malheureuse campagne de Lautrec et de Lescun , inspirèrent des craintes sérieuses aux Chartrains. On résolut de mettre la ville en état de défense ; une ordonnance du 2 janvier 1 523 prescrivit aux habitants do se fournir de bâtons de guerre sous peine de 10 livres d'amende, divisa le guet entre les quarteniers , décida que les murailles seraient armées de pièces d'artillerie, que l'on ferait provision de boulets de

1 Reg. de» Echevins; Séances des 13 juillet et 7 septembre 1521.

» 76. ; Séances des 2 juillet, 4 août et 30 septembre 1521. — Jean Bouvart, serpent royal au bailliage, qui a laissé un journal des événements remanniables arrivés à Chartres de son temps, nous apprend qu'il se maria le 10 septembre 1521 à Dammaric parce que la peste régnait dans la ville; il estime à 12,000 le nombre des personnes de Chartres qui moururent de cette maladie. (Journal de Jean Bouvart, manuscrit communiqué par feu M. Marchand père.)

1 Au mois de juillet 1522, le blé valait ION sous tournois le setier; au mois de novembre 1523, on ne trouvait à acheter que du pain d'orge et d'avoine. (Ib.)

plomb, que les portes Saint-Michel, Morard et Chàtelet seraient fermées et leurs ponts-levis dressés. Le lieutenantrgénéral Séguier qui présida à ces préparatifs , trouva encore moyen de faire payer au Roi, par les paroisses du bailliage, la solde de 50 hommes de pied \ Le passage par Chartres, au mois de juin 1523, du cardinal de Bourbon , du duc d'Alençon, de son frère le comte de Saintr-Pol, du maréchal de Lescun et du sire de Brezé , ne rendit pas la confiance , car ces grands seigneurs étaient côtoyés par une foule de soldats qui vivaient à discrétion sur le pauvre peuple \ Le 9 septembre, la ville faillit être envahie par la compagnie de gens de pied du sieur de Mouy, commandée par le capitaine la Grippière; on faisait, ce jour-là même, une montre des francsarchers, pionniers et chevaux de l'artillerie de l'élection ; déjà les fourriers des nouveaux venus marquaient les logements à leur convenance dans les faubourgs, lorsque les échevins, craignant une collision entre ces troupes , obtinrent du sieur de la Grippière qu'il se contentât de faire rafraîchir son monde aux frais de la ville à Pauberge de PÉcu-de-France, faubourg des Epars, et qu'il passât outre 3.

Quelques jours après , on reçut des lettres missives de M™ Louise, mère du Roi, régente, datées de Blois le 1 7 septembre, dénonçant les complot, machination et conspiration du connétable de Bourbon , et priant les bons bourgeois de Chartres de rester fidèles comme par le passé *. Cette nouvelle fit redoubler d'autant plus de vigilance et d'activité que l'on disait que les Anglais avaient passé la Somme. On renouvela les or-

• Beg. des Echevins; Séances des 1«\ 2 janvier et 10 février 1523. — On décida que le clergé ferait le guet , sans déroger à ses privilèges , et on reconnut , par opposition, que les éviers ou porteurs d'eau en seraient exempts, attendu que, d après les privilèges du métier , la charge de fournir de Peau en cas d'incendie les dispensait des tailles, impôts, guet et autrt* subsides établis sur le commun des habitants.

' 76.; Séance du 6 juin 1523.

» Ib.

donnances de police sur le vagabondage ; les habitants furent invités à se pourvoir d'armures complètes, et les communautés durent apporter à la chambre de ville leurs états de finances , pour être taxées , suivant leurs moyens , à la fourniture d'une ou de deux pièces d'artillerie. On s'occupa aussi de nettoyer les abords des murailles et de pratiquer un chemin de ronde de 1 5 pieds de large pour le guet de pied et de cheval (octobre et décembre)1. Une troupe de 6,500 lanskenets, sous les ordres du duc de Suffolk et de M. de la Motte-au-Grouin, qui prit étape par Chartres , acheva d'inspirer aux bourgeois des sentiments belliqueux \ On en fut encore cette fois quitte pour la peur; les Anglais firent une campagne inutile, grâce aux manœuvres habiles du sire de la Trémoille.

Le 27 décembre 1523, le Roi étant àBlois, nomma bailli de Chartres M* Gilles Acarie, sur la résignation de Jacques Acarie, son père \ Ce magistrat, qui prêta serment entre les mains du chancelier le 31 décembre et devant le Parlement de Paris le 10 janvier suivant, signala les débuts de son administration par des mesures de police d'une grande sévérité. L'ordonnance du 13 juin 1524, que nous donnons tout entière \ est un curieux spécimen du code pénal chartrain au

1 Registres des Echevins; Séances des 23 septembre, 28 octobre, 1er et 7 décembre 1523.

* lb.; Séance du 5 janvier 1524. — William de la Pôle , connu sous le nom de Suffolk Rose-Blanche, dernier rejeton de la branche d'York, prit le titre de Duc après la mort de Edmond de la Pôle, comte de Suffolk, son frère, décapité en 1513 par ordre de Henri VIII; William se réfugia en France et périt à la journée de Pavie. Il ne faut pas le confondre avec Charles Brandon , favori de Henri VIII , créé duc de Suffolk en 1513. Le vicomte de la Motte-au-Grouin , gentilhomme de la chambre du Roi, se distingua dans les guerres d'Italie. (Voir les histoires d'Angleterre et les Mémoires de Martin du BeUay, coll. Michaud, p. 149, 197 et 231 )

* Jacques Acarie conserva les gages de son office Jusqu'à sa mort, qui arriva le 8 septembre 1548. (Reg. des Echevins. — Registre des décès de la paroisse de Sainl-MaHin-le-Yiandur; Arch. de la Mairie.)

* Voir Appendice n° 4, fin de ce volume. — L'année 1524 fut désastreuse; ou paya au mois d'avril les ouvriers terrassiers 2 sous 6 deniers par jour , au lieu de 2 sous , à cause de la cherté des vivres , et on fit au mois de juin une procession générale avec la sainte Châsse, pour demander à Dieu un plus beau temps. (Délibérations des 6 avril et 21 juin 1524.)

XVIe siècle. Mais Tordre rétabli au dedans ne régnait pas au dehors. Les brigandages des gens de guerre n'avaient plus de bornes ; ils agissaient dans le Cbartraiu comme en terre ennemie , commettant larcins , vols , pillages et autres maléfices. Dans le courant de janvier 1525 une bande s'abattait sur Pontgouin , tandis qu'une autre assaillait Nogcnt-le- Phayc, Gasville, Coltainville, Soulaires, Berchères-la-Maingot, Umpcau, Champseru, Béville-le-€omte , Saint-Légerdes-Àubées , Francourvillc et autres paroisses. Les paysans exaspérés demandèrent à grands cris assistance au bailli; « ce n'était pas assez, disaient-ils, des tailles et de la stérilité de la terre; les gens d'armes logés en nos maisons achèvent notre ruine; ils nous battent , violent nos femmes et nos fdles, volent nos joyaux et nippes et nous obligent à aller chercher à Chartres pain, vin, gibier et viande, pour eux vivre à discrétion1. » Ces plaintes furent entendues; le bailli lit lever, au mois de mars, une troupe de 100 hommes, forts et aguerris, dont 30 à cheval, soldés par le clergé et le commun, destinés à se transporter partout où le bien public l'exigerait. On s'eu servit immédiatement pour aller surveiller une bande de 1 5 à 1,600 soldats qui s'étaient établis au pont Tranchefètu, à Oiré, Léville, Sandarvillc et autres lieux voisins, sans vouloir en sortir et sans que l'on sût d'où ils venaient s.

Ces mesures venaient à peine d'être prises que la nouvelle de la funeste bataille de Pavio(24 février 1525) parvint à Chartres. M. de Brezé en informa le bailli et les échevins, le 8 mars, en les invitant à se pourvoir de vivres et de munitions pour résister à toute tentative contre la ville. On se hâta de suivre ce conseil : la porte Saint-Jean fut condamnée et les autres portes demeurèrent fermées à deux clefs pendant la nuit ; un guet de huit hommes posté à chaque corps de garde

1 Reg. des Echevins; Séances des 4 et 17 janvier 1525. ! Ib.; Séance du G mars 1525.

répondit de la police des voyageurs l; le 23 mars, tous les corps do métiers et confréries se taxèrent volontairement pour la fourniture des pièces d'artillerie * ; on remarqua, en particulier, la pièce qui fut donnée par M. Ghantault, au nom de la communauté de MM. les gens et officiers du Roi , procureurs et praticiens en cour laïque s. Pour compléter la défense , une visite des murailles fut faite au mois d'avril par MM. d'Escorpain et de Boishinoult, gentilshommes expérimentés , mandés expressément à cet effet par les échevins \

Un événement d'intérêt local détourna un instant les esprits de ces préoccupations. Depuis longtemps l'évèehé de Chartres était privé de pasteur, car Erard de la Marck, quoique comblé des faveurs du Roi , avait quitté la France pour suivre la fortune de Charles-Quint. Au bout de quelque temps il se résigna à permuter avec M* Louis Guillard , évèque de Tournay, grand partisan de François I". Cet arrangement reçut la sanction du Pape et de la Régente, et les bulles furent expédiées le 4 des kalendcs d'avril 1 525 (lettres de Mme Louise, du 30 avril et du 15 mai 1525) \ L'entrée du nouveau prélat eu lieu le dimanche 2 juillet; on tendit les rues depuis la porte Saint-Michel jusqu'à la porte royale de Notre-Dame ; M* Renaud de Latroyne, avocat des habitants, accompagné

1 Registres des Echevins; Séance du 8 mars 1525.

• ft. — Les communautés des boulangers , pelletiers , foulons , harbiers et chirurgiens , texicre en draps , peigneurs et cardeurs , tonneliers , cordiers , merciers , chaussetiers , menuisiers, orfèvres, serruriers, potiers detain, charpentiers et charrons, chaudronniers, cordonniers, armuriers et fourbisseurs, tondeurs, texiers en toile, tanneurs, corroyeurs, chapeliers, couturiers, se taxèrent chacun pour une pièce; la corporation des maréchaux offrit de l'argent pour une pièce; celle des maçons promit de fournir une pièce de 150 livres, pourvu qu'on lui donnât un fondeur; les procureurs de la confrérie de Saint-Denis donnèrent une pièce de 150 livres. On ajourna , pour ouir leurs offres , les confréries de la Passion et de la Conception , les procureurs de la confrérie des praticiens en cour d'église et les gagers de toutes les paroisses. ( Délibérations des 23 mars et 1" avril 1525.)

» lb.; Séance du H avril 1525.

* lb.; Séance du l*r avril 1525.

8 Louis Guillard fut le premier évèque de Chartres nommé directement par le Roi en vertu du concordat de 1515.

du corps des échevins el de 40 bourgeois à cheval, alla complimenter Pévôque à Saint-Martin-au-Val , où des présents de vin lui furent faits , ainsi qu'aux personnages de sa suite '. Louis Guillard signala son zèle pour la foi catholique en poursuivant avec une grande rigueur les partisans de la doctrine toute nouvelle de Luther \

Cependant les gens de guerre rôdaient toujours aux environs de Chartres (14 décembre 1525). Le 23 janvier 1526, M. Morhier de Villiers manda aux échevins qu'une bande d'hommes de pied faisait tous les maux du monde dans le quartier de Nogent-le-Roi ; les officiers de Chàteauneuf en écrivirent autant le 30 janvier et sollicitèrent aide et confort. La ville s'adressa en ce péril à MM. d'Eguilly et de Dangeau , gentilshommes du voisinage , qui tinrent les champs avec les communes de Nogent-le-Roi , Epernon , Montfort-PAmaury , tandis que, sur la requête de l'Elu de Chartres, M. le bailli Acarie se transportait à Pontgouin avec des forces imposantes (24 mars). On parvint à refouler les aventuriers du côté de Mortagne, non sans qu'ils eussent pillé Senonches et tué un grand nombre de pauvres gens; les officiers et habitants de Mortagne et de Longny se mirent alors à leur poursuite, avec le secours de 30 hacquebutiers chartrains commandés par Me Esprit Pasteau, échevin et receveur des deniers communs \

1 Reg. des Echevins; Séance du 28 juin 1525. — Journal de Jean Bouvart.

* Les poursuites pour crime d'hérésie, un peu abandonnées depuis les Albigeois du midi et les Vaudois d'Arras , venaient d'être reprises avec vigueur contre les irréligieux et libres penseurs, précurseurs de la réforme en France. On avait brûlé à Saint-Germain-en-Laye , en 1522, un homme de Ch&teaudun qui avait profané les hosties consacrées; on brûla à Chartres, en 1523, un autre fou nommé Floquet qui avait renversé la statue de la vierge placée sur l'autel de Notre-Darae-la-Blanche , dans la nef de la cathédrale. Louis Guillard fit incarcérer, en 1526, Clément Marot qui s'était malencontreusement arrêté à Chartres et dont les joyeuses chansons sentaient le fagot. Le poète a raconté sa mésaventure dans sa satire de Y Enfer. Plusieurs personnages de Blois furent inquiétés pour leur foi, en 1527, par la justice épiscopale. (Journal de Louise de Savoie; coll. Michaud, p. 92. — Souchet, Hist. de Chartres.) La Bibliothèque communale possède un Uonitoire de Louis Guillard contre les hérétiques, imprimé en 1547.

* Reg. des Echevins; Séances des 14 décembre 1525 , 23 , 30 et 31 janvier,

ltii

La peste reparut pendant l'été de 1526 et sévit principalement dans le quartier de la porte Chàtelet, malgré les précautions hygiéniques que Ton prit contre elle Une autre calamité vint frapper la ville au mois de mars 1527, ce fut la demande, par le Roi, pour une année, de la moitié des aides concédés à la bourse commune tant par lui que par ses prédécesseurs; on motivait cette exigence sur la nécessité de pourvoir à la défense du royaume que les ennemis menacent invader, assaillir, butiner et destruire *. La violation du traité de Madrid semblait , en effet , devoir amener une cruelle guerre et autorisait des mesures de prévoyance; elles se bornèrent pour Chartres à un inventaire complet des pièces d'artillerie braquées sur les portes Drouaise, Imbout, des * Fpars et Saint-Michel (4 juin 1 527) et à l'envoi de 1 ,500 livres tournois sur 2,000 réclamés par le Trésor royal (19 juin) \

L'année suivante, le domaine de Chartres fut séparé de la Couronne et érigé en duché par François 1er en faveur de Madame Renée de France, fdle de Louis XII, à l'occasion de son mariage avec Hercule d'Est, duc de Ferrare.

Il s'était produit, depuis quarante ans, dans la philosophie, les lettres et les arts, un mouvement auquel Chartres n'était pas resté étranger. La scholastique des successeurs de Fulbert avait cessé , il est vrai , de faire entendre son langage bizarre et ses subtilités métaphysiques aux écoliers de Notre- Dame * ; mais la jeunesse qui aspirait aux honneurs ecclésiastiques ou aux fonctions de magistrature, allait recueillir dans les universités de Paris, d'Orléans et de Bourges des notions mieux coordonnées sur le droit romain , une connaissance

1 Reg. des Echevins; Séance du 28 août 1526.

« lb.; Séance du 21 mai 1527. — La lettre du Roi est du 31 mars.

» lb. — Nouvelle lettre du Roi du 25 avril 1527.

* L'école de Chartres avait encore de la réputation à la fin du XÏV* siècle; en 1364 l'évêquc de Marseille donna la direction des classes de grammaire et de logique de sa cité épiscopale à Me X. de Curamonlario , bachelier ès-arts du diocèse de Chartres. (Antiquité de l'église de Marseille, vol. 2, p. 502.)

Page 1