TOME II. I G
les capitaines d'Ormoy, Jacques et Flojac, Olivier Brebion , charpentier, Mathurin Fontenelle, tailleur, Jean Mauguin, maître-canonnier de la porte Drouaise , Guillaume Pichon , pionnier, Jean Pellier, maçon, Simon Floquet, maître-canonnier de la porto Morard, le chevalier Pollois, commandant supérieur des travaux de défense , le capitaine des miueurs et le jacobin Jean Breton \
De toutes les pertes que Ton avait à déplorer, la plus grande, sans contredit, était celle de M. d'Ardelay, colonel des Gascons. M. de Linièrcs , qui appréciait fort les qualités de ce seigneur, avait manifesté à l'assemblée des échevins, le 15 mars, le désir que ses obsèques fussent célébrées avec pompe ; de son côté, le duc d'Anjou manda, le 22 , qu'il voulait que le corps de M. d'Ardelay fût déposé en lieu honorable de l'église Notre-Dame. Les sentiments de MM. de la ville étaient conformes à ceux de ces personnages , mais le Chapitre répugnait à s'y associer, en alléguant la pureté de la mère de Dieu dont la maison n'avait jamais été souillée par un semblable dépôt. Il fallut parlementer avec les chanoines et leur signifier un ordre exprès du Roi pour qu'ils s'exécutassent. Le convoi , dont la ville fit tous les frais, eut cependant lieu le samedi 27 mars : quatre labourins et quatre fifres ouvraient la marche; venaient ensuite quelques compagnies du régiment des Gascons, puis le corps du défunt conduit par son maîtred'hôtel, cinq officiers de sa maison et trois capitaines en grands habits de deuil, enfin le gouverneur, les échevins, Messieurs de la Justice et les oiliciers de la garnison. dépouille mortelle du brave d'Ardelay, renfermée dans un cercueil de plomb, fut mise dans un tombeau de pierres de taille construit au fond du chœur de Notre-Dame , à gauche
1 Le jacobin Jean Breton traversa , déguisé , le camp ennemi et s<- rendit à Pari.^ pour informer le lloi île la position critique des Chartrains. La ville lui lit cadeau de 10 livres tournois en récompense de son dévouement, (Ilrg. des Echevins; Séancedu ±1 avril. — Etat des dépenses faites pendant le siège.)
du maître-autel !. Trois jours après, M. de Chaulx, lieutenant de la compagnie de M. de Linièrcs, mort de ses blessures, fut inhumé dans l'église des Jacobins \
La publication officielle de la paix , faite conformément à Pédit enregistré au Parlement le 27 mars , autorisa les échevins à dépécher au Roi , à la Reine-mère et au cardinal de Lorraine , les sieurs Ignace Olive et Edeline , et le procureur du Roi Claude Trouillard , pour les prier de faire retirer les compagnies de gens de guerre et les remercier de la coopération de M. de Linières \
Tel fut ce siège de 1568 , l'un des épisodes les plus remarquables de notre histoire. Nos ancêtres voulurent que son glorieux souvenir restât à jamais vivacc dans la mémoire des Chartrains; une partie de la rue Saint-André prit le nom de rue de la Brèche ; une inscription commémorative fut gravée sur la muraille reconstruite , au lieu même où les canons huguenots avaient ouvert la grande brèche *; la Vierge eut
1 L'état des dépenses faites pendant le siège donne le détail des frais du convoi de M. d'Ardelay. On y remarque les passages suivants : A 12 hommes qui ont crié les obsèques du sieur d'Ardelay, 2 livres; — à un vitrier qui a repeint la chapelle ardente qui a servi aux obsèquis du sieur d'Ardelay, 15 sols; — pour 10 aulnes de vcloux noir pour faire le poêle, 100 livres; — pour 2 aulnes 1/2 de satin blanc pour faire la croix dudit poêle, 10 livres; — pour 14 écheveaux d'or et d'argent pour faire des écussons audit poêle, l i livres; — pour 2 aulnes de taffetas à quatre Mis baillés au greflicr pour faire deux enseignes, 15 livres; — pour G douzaines de torches , 6 douzaines de bâtons et 37 douzaines de cierges tant pour la chapelle ardente que pour mettre autour de l'église, 98 livres 17 sous; — pour 23 douzaines et demie d armoiries, 23 livres 10 sous; — pour plusieurs quartiers de pierres de taille fournies par le Chapitre pour faire le sépulchre, 30 livres; — pour 250 briques pour paver le tombeau, 15 livres. (Voir aussi les Heg. des Eclievins; Séances des 15 et 25 mars.)
Le tombeau du sieur d'Ardelay fut détruit en 1GC1, et le cercueil fut inhumé dans le petit cimetière Saint-Jérôme.
* Pour 12 hommes qui ont crié les obsèques dudit sieur de Chaulx , 1 livre i sous ; pour 15 douzaines et demie d'armoiries avec le collier de l'ordre et pour atvir imprimé lesdites armes sur le cœur dudict sieur de Cliaulx, 30 livres; — pour avoir défait une chapelle ardente en l'église Saint-Martin et l'avoir fait porter aux Jacobins, 0 livres; — pour les services des messes dites aux Jacobins pour les sieurs d'Ardelay et de Chaulx, 15 livres. {Etat des dépenses faites pendant le siège. — Voir aussi les lie;/, des Echevins ; Séante du 30 mars. )
* Etat des dépenses du siège et Heg. des Echevins.
4 Cette rpitaphe, comme on disait alors, due à M. Grcnct, conseiller au Prési-
une chapelle près de la brèche 1 ; et, chaque année, le 15 mars, une procession générale des habitants se rendit àNotre-Dame-de-la-Brèchc pour remercier le Dieu des victoires. La tourmente de 93 emporta avec elle chapelle et procession , mais le petit sanctuaire est enfin sorti do ses ruines * et le pèlerinage du i 5 mars compte encore aujourd'hui au nombre des fêtes chômées par la piété chartrainc.
On employa les premiers mois qui suivirent le siège à réparer les désastres de la guerre \ Les travaux de maçonnerie
tlial , et gravée par ordre de la aujourd'hui; la voici dans son c
Chambre en date du 24 août 1568, subsiste encore
I POSTERITATI
DVM NOVA REI.LIGIO STVDIA IN CONTRARIA 8C1SSAS CARNVTVM GAIXORVM MENTES AGIT ET BF.IXO OMN1A MISCET,
OBSESSVM CARNVTVM PREM1TVR MAGNA ORSIDIONE , GLORISQUE
ANNO DN1 i568 MACHINA 8VLPHVRE1S OPPVGNAT M(KN1A QV/E NVNC PR1D. CAL. MART. SARTA ET TECTA VIDES ; SALVA INCOLVUISQVE REMANSIT SOLVTVM ORSIDIO. VRRS , DVCE l.INERIO , POPUI.I CVRAQVE EMEUS , ID1BVS. ATQVE MANV l'ARVA NVMEROSVM REPPVL1T AGMEN.
QVAM PRO REGE SVO, PATR1AQVB , ARISQVE , POCISQUE , SIT PVLCHRVM PVGNARE ATQVE HOSTI CEDERE NVNQVA , EXEMPLO HOC DISCANT NATI SERIQVE NEPOTES.
(Voir vol. 1«\ p. 315. — Heg. des Kchevins. — Sablon, Ilist. de l'église de Chartres, p. 170 et suivantes.)
1 I.a première chapelle de Notrc-Damc-de-la -Brèche fut construite en 1G00 par M. Simon Sauquct, chanoine de Saint-André , comme exécuteur testamentaire de M. Simon Berthclot, son oncle, chanoine de la même église, qui avait fait les fonds nécessaires à cette fondation. On avait placé dans l'église Saint- André un bas-relief représentant la défaite des huguenots par l'intercession de la Sainte-Vierge; il fut détruit en 1G03. (Sablon, loco cit. — Chevard, vol. 2, p. 479.)
* La reconstruction de la chapelle de Notrc-Dame-de-la-Brèchc, oui date de l'année 1813, est due aux soins de M. l'abbé Barel, vicaire de la Cathédrale.
3 La caisse municipale avait été rudement atteinte par ces désastres. L'état, trèsintéressant, qui nous a été conservé, des dépenses faites à l'occasion du siège, se monte à la somme de 80,824 livres 5 sous 9 deniers, et se subdivise de la manière suivante :
1° Solde des compagnies Fontaine-la-Guyon , pendant les mois d'octobre, novembre et décembre 1507, janvier et février 1508 13,0951. » s. » d.
2° Avoine aux gens de MM. de Hrissac et d'Eguilly (octobre 1507) 1214 4
3° Munitions aux troupes conduites au camp du Boi par MM. de Chavigny et de Montpezat (octobre 1507) ... 408 3 9
4° Avoine aux arquebusiers à cheval du capitaine Panlmier (novembre 1507) 75 9 0
5° Munitions aux troupes conduites au camp du Boi par M. de Martigues (novembre 1507) 701 13 5
des murailles furent entrepris d'après un toisé exact des brèches ; on combina le service du guet de manière à procurer
(>•> Fournitures aux bandes du comte de Martinango et autres (25 janvicr-5 février 1508), et cadeau à M. de La Trémouille 1,925 7 3
7e Pour divers messages en Cour et ailleurs, accomplis par Ira sieurs Jean de Calderon , Marin Compagnon , échevin , Jean de Baigneaux, de Germainvillc, Jean deChcverny, Claude Trouillard, Jean Robert, Louis Huvé, échevin, Jean Couturier, messager à pied (d'octobre 1507 au 24 février 1508). 056 11 •
8» Fourniture de 587,755 pains, de 12 onces chacun, aux troupes de la garnison . aux ouvriers employés par la ville, aux pauvres gens travaillant aux remparts, aux blessés, à 9 reîtres laits prisonniers (du 20 février au 18 avril 1508). 12,955 18 9 9° Fourniture de 2,21 i poinçons de vin aux mêmes (id.). 17,712 ■ »
10° Fourniture de viande (127 grosses hétes, ISO bétes a laine, 15 bétes porchines) aux soldats et aux blessés (du 8 mars au 7 avril 1508) 2,121 0 »
1 1° Fourniture de lard , de veau et de poisson à la maison de M. d'Ardelav, à un blessé, et au capitaine Bosquet et à ses gens, de garde à la brèche (du U au 20 mars). . . 40 » *
12" Fourniture de 5,5.°>0 minois 10 quarts d'avoine aux compagnies d'arquebusiers à cheval (du 27 février au 2 avril 1508) 4,003 14 3
13° Menues dépenses de nourriture et chauflagc faites par le chevalier Pollois en la maison d« Macé Trossard , échovm , par le capitaine La Neuville en la maison d'Etienne Vallet, par le baron de Cerny, par les gens de M. de Liuières, chez Macé Trossard (du 19 février au 13 mai 1508) .... 1.200 15 8
1 i° Indemnités aux canonniers , menues dépenses du magasin des poudres à canon et boulets sous la direction du capitaine PereU 459 14 11
15° Montage des pièces sur les murailles, réparations aux canons , grosse armurerie 358 11 11
10° Menues dépenses de l'atelier d'artifices ( fonte des balles, boulets, grenades, etc.) 154 » 10
1 7° Cordes à feu , fil d'étoupe , fil à mèches .... 1 83 4 10
18° Fers de pique; cuve, muids, poinçons, tonnes, vaisseaux , baquets , fagots , javelles , bois-merrain , perches de saule, gros bois pour la brèche et les remparts .... 055 » 10
19° Balles de laine pour la brèche 1,252 10 3
20° Toiles pour les sacs de terre et pour faire des tentes ou couvertures audessus des murailles de la ville , afin que l'ennemi ne put découvrir ceux qui besoignoient aux remparts 308 1 1
21» Achat de 780 piques 432 1 0
22° Outils pour les mineurs ; salaires des manœuvres travaillant aux mines de la porte Saint-Michel , des Jacobins, de la porte Saint-Jean , de la porte Drouaisc , de la cave du sieur Macé Cerceau, de Saint-Père, du jardin des marguillicrs près la porte Saint-Jean 92 9 (i
23° Travaux des maçons et charpentiers aux murailles , portes et corps-dc-garde; chandelles, torches; etc.; table
quelques moments de répit aux bourgeois et on permit aux religieux Cordeliers de construire un couvent dans l'intérieur de la ville, pour remplacer celui du Grand-Faubourg, détruit par l'inçcndic \
La Cour, qui croyait peu à la durée de la paix, ne se souciait pas de laisser sans commandant une place de l'importance de Chartres. On apprit dans le courant de mai qu'une commission de gouverneur avait été octroyée par le Roi au sieur d'Entraigues , lieutenant-géuéral de l'Orléanais. La Chambre en éprouva une vive contrariété , car l'établissement d'un officier de cette qualité occasionnait des dépenses que dans sa pénurie
d'autel prise en la chapelle Saint-Thomas appartenant à la
fabrique Saint-Saturnin, qui a été employée à la brèche. 1,207 14 1
21° Autres travaux aux remparts, démolitions de maisons nuisant à la défense , reconstruction du pont aux Malades , pavage, nettoyage de la rivière, des murailles, du faubourg Saint-Maurice, etc., réouverture et réparations de toutes les portes de la ville , réparation de la brèche 4,231 10 10
25° Solde des pionniers 1 .000 4 »
20° Keu et chandelles pour les corps- de-garde . 1,510 12 2
27° Pour divers messages non compris au chapitre 7 cidessus, accomplis pendant les mois d'octobre 1507 et de février et mars 1508 (Jean Milard , René Chasles, Robert Louvet, Jean Lccoutiiricr , Pierre Picard, Simon Couart, Jean Desarncs, Jean Monet, Pierre Grenil , frère Jean Breton , Jean Borel , espion , Charles Rossart, Michel Charrcau , Claude Neveu, Michel Pipereau, Michel Louastre, Michel Lccuycr, Jean Bruneau, Louis Grenil, chargés desdits messages). . 3G2 17 G
28° Récompenses et cadeaux aux capitaines et aux troupes de la garnison 3,200 2 »
20° Médicaments et récompenses aux chirurgiens. . . 070 0 »
30° Fruits secs pour les malades 12 0 0
31» Obsèques de MM. d'Ardelay et de Chaulx. ... 013 15 8
32» Frais du délogemcnt des compagnies de la garnison , après le siège 454 13 »
33° Messages en Cour par MM. Jean de Baigneaux , Ignace Olive et Claude Trouillard (24 février et 20 mars 1508). . 480 18
31° Arrérages de rentes constituées au orolit de plusieurs habitants qui ont fourni des deniers pour les besoins de la ville . 000 • «
35° Aux sergents royaux , pour publications, et à quelques personnages pour présents de vin 002 10 2
30° Fer et plomb pour les boulets et les balles (article omis» -i ,28 i 5 7
37° Dépenses faites par le régiment d'Ardelay au couvent de Saint-Chcron (21-28 février 15(38) 507 10 0
38° Dépense commune du présent compte 1,045 10 »
1 Rcg. de* Echevins; Séauccs des 20 et 21 avril.
actuelle la ville désirait éviter. On se rappela alors (ce qu'on avait tout-à-fait oublié pendant le danger) que, dès Tannée 1566, le Roi avait conûé à sa grand'-tante M010 Renée la superintendance de ses affaires dans le duché de Chartres et la seigneurie de Montargis; on pensa qu'en éveillant la susceptibilité de cette princesse on pourrait avoir raison de M. d'Entraigues. On dépécha donc vers elle le greffier Raoul Haligrc, homme de grand sens, qui comprit et accomplit parfaitement son message. La Duchesse répondit aux échevins, le 6 juin, qu'elle venait de prier le Roi de revenir sur une nomination faite au préjudice de ses droits et qu'ils devaient, eu attendant une solution, surseoir à la publication du pouvoir de M. d'Entraigues ; elle ajouta qu'elle était bien peinée de leurs souffrances, mais qu'ils ne devaient s'en prendre qu'à eux seuls , attendu qu'en suivant ses conseils , il no serait pas plus niésarrivé à Chartres qu'à Montargis qui s'était tenu en pleine prospérité malgré le voisinage et le passage des armées ; elle termina en les engageant fortement « d'avoir l'œil qu'il ne » soyt faict aucun tort ny oppression à ceux de la religion, » selon les editz et ordonnances du Roy \ » La réponse de la Cour à la plainte de M"e Renée ne se fit pas longtemps attendre ; la Reine-mère avait intérêt à ne pas heurter de front, dans un moment de paix douteuse , une princesse dont le mécontentement pouvait armer les nombreux huguenots de ces contrées ; elle lui donna donc satisfaction , sauf à oublier de nouveau ses prérogatives, le cas de guerre échéant. Par lettrespatentes du 8 juin , le Roi , après avoir rappelé que le duché
1 Par la même lettre , M™* Renée se plaignait beaucoup aux échevins de ce qu'ils avaicttt adjugé les gaùfes de Maisons , 1 un de ses maîtres-d'hôtel ( Michel Lccferc , sieur de Maisons, bailli de Chartres), à ung estranger qui ne les a demandez que sur une cause notoirement fausse , et de ce que leur procureur Symon ( Pierre Simon, alors procureur du Roi au bailliage) ne payait pas à la veuve de M° Nicolas Mallot , en son vivant l'un de ses secrétaires et maître des eaux et fortls , la somme de cent écus qu'il lui devait.
On voit par là que Messieurs de Chartres n'avaient pas beaucoup d'égards pour les officiers de M"» Renée, lorsqu'ils croyaicut pouvoir se passer de cette princesse.
de Chartres avait été séparé du gouvernement de POrléanais le i 8 juin i 566 pour complairo à sa bien-aimée tante , exposa que son cousin le Prince-Dauphin avait commandé naguères à Chartres par inadvertance et que M. d'Entraigues n'était pas plus autorisé en droit à y commander aujourd'hui , parce qu'à la Duchesse seule appartenaient les garde et gouvernement de ce duché. Le tout fut assaisonné de force louanges sur la prud'hommie et les sages conseils de Mm* Renée.
Cette petite victoire politique servit peu. La rupture avec les réformés devint , en effet , tellement imminente vers la fin de juin , que les échevins, effrayés de leur isolement, demandèrent au Roi M. d'Eguilly pour gouverneur. Charles IX , la Reine-mère et le duc d'Anjou, en annonçant, par lettres du 3 juillet , l'arrivée prochaine de ce capitaine , firent connaître que la duchesse Renée avait été prévenue pour qu'elle ne pût prétendre cette fois que l'on agissait sans l'avertir. M. d'Eguilly présenta le 8 à la Chambre ses lettres de commission ; on lui en donna acte sur-le-champ et les affaires militaires furent mises à l'ordre du jour. On autorisa le gouverneur à choisir vingt hommes de sa compagnie pour l'aider dans ses rondes de nuit et ses excursions dans la banlieue, puis il fut décidé que ceux de la religion ne pourraient entrer armés en ville ; les hôteliers devaient môme exiger le dépôt entre leurs mains des armes des huguenots voyageurs. Le 24, le duc d'Anjou écrivit à Messieurs les manants pour les engager à recevoir dans les murs le tiers de la compagnie de M. d'Eguilly % mais on pria ce capitaine de se contenter de douze maîtres , et comme le clergé possédait trois fois autant de biens que le reste des habitants, il sembla juste de lui faire supporter les deux tiers de la solde de la garnison (28 juillet).
1 La Chambre se déclara fort heureuse d'avoir un si bon et si expérimenté gouverneur. (Heij. des Echevins; Séance du 8 juillet.)
1 Dans la séance du 28, M. d'Eguilly signifia aux échevins une lettre du Koi coutenant une semblable injonctiou.
Les hostilités recommencèrent dans le courant d'août ; aussi les travaux des fortifications furent- ils poussés avec activité. Tout le monde dut y prendre part, et PÉvôque, les abbés , couvents , chapitre et communautés y envoyèrent chaque jour des hommes de peine ; pour subvenir aux dépenses, on demanda au Roi la permission de lever 10,000 livres tournois sur l'élection , sans distinction do privilégiés (9 septembre) \ Cetto impulsion était à peine donnée qu'un ordre du Roi rappela M. d'Eguilly ; on voulut réclamer, mais, par lettres du 14 septembre , Catherine et Charles IX, tout en témoignant aux échevins leur satisfaction des regrets qu'ils accordaient à ce gouverneur, leur exposèrent qu'ils pouvaient en ce moment se garder eux-mêmes , que les troupes royales ne quittaient pas les environs et qu'on serait toujours eu mesure de les secourir à la première alerte. M. d'Eguilly prit congé le 15 pour aller joindre M. de Lansac à Beaugency \
Tout le faix des combinaisons militaires retomba donc sur les magistrats municipaux qui, pour vouloir trop bien faire, dépassèrent peut-être le but. Des listes de suspects furent dressées ; on défendit aux habitants de loger des réformés, sous peine de confiscation de leurs maisons 8 ; on plaida le clergé sur son concours au travail des fortifications , parce qu'il soutenait son exemption en droit tout en s'exécutant en fait * (octobre, novembre, décembre 1568, janvier 1569). Une convocation très-rigoureuse du ban et de Parrière-ban du bailliage eut lieu à la Tour-le-Roi, le 1" octobre, sous la présidence du lieutenant-général de Mineray \ Ces actes d'autorité n'empêchèrent pas, le 25 novembre 1568, la réunion de la
1 Reg. des Echevins.
« lb.
5 lb.; il octobre. — L'édit de Saint- Maur venait d'interdire, sous peine de mort, l'exercice du culte réformé.
* L'évoque fut ajourné et condamné à l'amende, pour n'avoir pas envoyé aux remparts suivant l'ordonnance, (lb.; 19 janvier 1569.)
• Recueil de Laisnc, vol. 5 , p. 603.
Chambre au clergé pour célébrer par une procession la victoire remportée en Périgord sur les huguenots commandés par le farouche Mouvans, l'un des anciens ennemis de Chartres \ On voulut aussi solenniser le premier anniversaire du siège , et MM. Trossard et Moreau , échevins , furent dépêchés , le 6 février 1569, vers l'Évêque, pour le prier de rendre le pèlerinage du 1 5 mars fèto obligatoire à perpétuité dans la ville et la banlieue de Chartres \
Deux fâcheuses nouvelles parvinrent à la Chambre le 1 4 mars : on apprit d'abord la mort du sieur do Linièrcs , pour l'àme duquel ou fonda un service à Notre-Dame * ; puis une lettre du duc d'Alençon , datée du 10 et confirmée trois jours après par une lettre du Roi , fit connaître l'arrivée prochaine d'un personnaige de callité pour commander à Chartres. Le personnage en question était le sieur de Saint-Phal , chevalier de l'ordre, et quoique M. d'Àlençou prétendît que ce seigneur devait leur être non moins agréable que feu M. de Linières, les échevins, éloignés du théâtre de la guerre, résolurent de se retrancher derrière un refus respectueux ; ils avaient obtenu naguères un succès de ce genre sur le duc d'Anjou, qui, en décembre 1508, s'était efforcé de leur faire accepter uue garnison de 200 hommes de pied sous la charge du sieur duBosq, écuyer ordinaire do M™ Marguerite, sœur du Roi *, et cette circonstance les encourageait dans leur résistance. Ils alléguèrent donc que M. d'Eguilly , quoique absent , ne cessait pas d'être leur gouverneur , et qu'avec ses conseils ils gardaient parfaitement la ville \ Cette excuse prévalut un instant,
1 Litre des messes et obits de Saint-Martin-le-Viandier.
» Ib.; 6 et 10 février 15G9. — 15 mars 1569; ce jour fesle de la victoire laquelle a été gardée de toutes œutres en la ville et faubourgs de Chartres. ( Livre des messes et obits de Saint-Martin-le- Viandier.)
3 Le premier service eut lieu avec une grande pompe le 19 mars ; le poêle et les cierges furent garnis d'armoiries comme on avait fait pour le convoi de M. d'ArdcJay. (lieg. des Echevins et Livre des obits de Saint-Martin-le- Viandier.)
* lleg. des Echevins; 4 décembre 15G8.
« Ib.; I l et 16 mars 1569.
grâce à la victoire de Jarnac où fut tué le prince de Condé (13 mars 1569) et dont le ducd'Alençon informa les habitants le 20 mars *.
Mais le théâtre des événements tendait chaque jour à se rapprocher de Chartres. Des assemblées de huguenots, formées en vingt endroits du Perche et de la Beauce, bravaient les archers du Vice-Bailli ; certains bruits hostiles à la ville forçaient les bourgeois à fourbir leurs armes et à se fournir de farine ; des vivres s'amassaient pour Tannée royale, par ordre du duc d'Anjou * (mars, mai, août) ; ces présages de troubles tinrent parole. Le Roi, qui avait rendu, le 22 juillet, le gouvernement de Chartres à M. d'Eguilly, ordonna le 7 septembre à ce capitaine d'envoyer sa compagnie au camp et d'aller s'enfermer dans la place ; puis , sur l'avis donné les 13 et 28 par Sa Majesté d'un soulèvement probable des huguenots de la Beauce et du Vendômois, la Chambre se hâta de décréter la levée d'une cornetto de cent hacquebutiers , sous le commandement du gouverneur, pour battre le pays et rompre les
1 II y eut à cette occasion un feu de joie, une procession et un Te Deum. (Reg. des Echevins; Séance du 22 mars.)
On trouve dans le Livre de Guillaume Bouvari (manuscrit des archives départementales), à la page 403 , entre la copie d'une lettre insignifiante adressée au chanoine Chicault le 2 avril 15G9 et la transcription d'un amH du Parlement du même jour, l'épitaphc satirique suivante du prince de Condé :
Passant , n'aproche pas ton pied ny ton nazeau
Eour presser ny fleurer l'ombre de ce tombeau, 'air y est tout infect , et ce bien peu de terre avec ung petit corps ung grand venin enserre. L'ambition , l'envye et l'ignorance aussi ont basti ce cercueil et ce corps mis icy. C'est le corps de Loys de Bourbon , à son prince rebelle et ennemy de sa propre province; bouclier et protecteur d'une héreticque loy et des meschants armés contre son prince et Roy , qu'il voulloit ruyner et à son vueil soubzmeltre , luy ravir sa couronne et lui prendre son sceptre , soubz religion feinte; et sv ne l'a pas prins, il est mort toutes fois en l'ayant entreprins. Que bien tost comme luy tous cculx là puissent estre qui de mesme que luy se sont prins à leur raaistre !
* Ou fit provision de 200 muids de blé pour l'armée et on en expédia 100, le 30 septembre, à Orléans par ordre du Roi (Reg. des Echevins; 11 août, 15 et 30 septembre.)
rassemblements ' . La solde de cette troupe et les appointements de M. d'Eguilly, fixés à 200 livres tournois par mois, furent assignés en partie sur une taxe de 19,000 livres à la charge des suspects , en partie sur les contributions imposées au clergé \ Les rigueurs contre les religiounaires augmentèrent avec le danger : le 1 1 octobre, on publia une commission du Parlement de Paris contre les blasphémateurs , les perturbateurs des offices divins et les taverniers tenant boutique ouverte pendant la messe \ M. d'Eguilly avertit les échevins , le 1 1 décembre , du passage de la Loire par les ennemis et de leur marche sur le Chartrain ; on établit aussitôt six corps de garde de dix hommes chacun et on invita les gens de Dreux , Bonneval , Gallardoh et Nogent-le-Roi à prendre des précautions *. Quoique cette nouvelle ne fût pas complètement exacte, on ne cessa pas de veiller, car les remuements des huguenots du pays étaient continuels.
Le 31 janvier 1570, le Roi nomma au gouvernement de l'Orléanais , du pays Charlrain , Maine , Perche et de la Touraine , avec pouvoir de détruire villes et châteaux où besoin serait, le maréchal Artus de Cossé, comte de Secondignyet de Gonnord, frère du maréchal de Brissac. Ce seigneur, dont la mission consistait à fermer aux huguenots le chemin de Paris, fit partir, au mois de mars, pour Chartres la compagnie de M. d'Eguilly; on admit ce renfort dans les murs, sous réserve d'en référer au Roi lorsque les circonstances le permettraient \ Par le fait, les gens de guerre de cette compagnie
1 Ile g. des Echevins.
« Ib.; Séances des 19 et 28 septembre.
» Ib.
* Ib.
* Ib.; Séances des 10 et 18 mars. — Pour éviter toute surprise, onfit défense le 27 mars aux capitaines des portes de laisser entrer les processions, à moins de connaître les noms des paroisses et d'exiger la garantie du curé. Le 15 juin suivant, sur la nouvelle de rapproche de l'ennemi , on décida que les portes seraient fermées, à l'exception de celles Guillaume et des Êpars , et qu'il serait placé à chacune d'elles un corps-de-garde de 16 hommes dont moitié au moius d'arquebusiers, sous peine
ue firent pas un long séjour en ville, car M. d'Etui lly partit pour l'armée avec son monde , dans les premiers jours de juillet ; son gouvernement de Chartres fut confié par intérim , pendant son absence , à M. de Vassé , son gendre
La paix signée à Saint-Germain le 8 août, apporta aux bourgeois un repos dont ils avaient grand besoin. M. d'Eguilly rentra à Chartres le 10 août, et les gardes, doublées d'abord à cause de l'affluence des pèlerins le jour de la Vigile de Notre- Dame *, furent réduites de moitié en septembre , puis supprimées le 30 octobre après la publication de l'édit do pacification \ Il y eut cependant encore, en novembre, dans le pays Chartrain , quelques allées et venues de gens suspects dont le duc d'Anjou demanda nouvelles au gouverneur en l'invitant à veiller. L'année 1570, dont le début avait été si alarmant, se termina par les fêtes auxquelles donna lieu à Chartres le mariage de Charles IX avec l'archiduchesse Elisabeth *.
La ville fut relativement tranquille, au point de vue politique, pendant l'année 1571 , car les seuls événements.de cette nature que l'on puisse citer, se bornèrent à la demande que fit le Roi, le 5 mars, d'un subside de 12,000 livres payable en trois ans, à la réception faite à M. le maréchal de Cossé à la fin du même mois *, et à une revue de troupes au mois de juin. Mais, comme si la discorde eût dû trouver toujours une
de 100 livres d'amende contre tout bourgeois qui ne se présenterait pas en équipage suffisant. (Reg. des Echevins.)
1 Lettre du duc d'Anjou, contresignée Fixes, en date du 6 juillet 1570.
Jean , baron de Vassé , avait épousé Jeanne le Vavasscur, fille de M. d'Eguilly. Ce seigneur était vaillant, mais d'humeur fort soudaine et fort aisée à émouvoir; il avait servi avec une grande distinction en Italie sous les ordres du maréchal de Brissac. (Mém. de Guise, p. 73. — Mèm. de du Yillars, p. 31, 35 et suivantes; collection Michaud.)
* Reg. des EcJievins; Séance du 14 août.
8 Ib. — Tout en supprimant les gardes de nuit, on décida que l'on éclairerait la ville, pendant la nuit, comme à Pans, pour plus de sûreté.
* Ib. — Le mariage royal avait eu lieu le 23 décembre.
* Pour fêter l'entrée de M. de Cossé , on mit en batterie sur les buttes , hors de la porte des Epars . 27 pièces d'artillerie déposées dans l'ancien hôpital Saint-Hilaire , rue Saint-Père. (Ib.)
porte ouverte au sein de notre cité, elle parvint à se glisser dans rassemblée municipale. Nous avons parlé plusieurs fois des secrets dissentiments qui existaient entre la bourgeoisie catholique dont les échevins faisaient partie et la plupart des gens de justice, à commencer par le lieutenant-général ; jusque là, ces dissentiments avaient été provoqués par les échevins jaloux de la suprématie des officiers du Roi ; ces derniers profitèrent do la rentrée des huguenots aux affaires pour prendre leur revanche. Comme prélude, le lieutenant-général et le procureur du Roi ûrent signifier aux échevins défense absolue de se lever de leurs sièges avant eux, pendant le cours des délibérations1; puis, unis à quelques personnages influents, ils obtinrent de Charles IX une réforme complète du corps do ville. D'après la charte d'institution de 1296 et les règlements postérieurs , l'assemblée était composée du lieutenant-général et du procureur du Roi pour les gens de robe , de deux ecclésiastiques pour le clergé, et de dix bourgeois pour les paroisses : cette combinaison semblait concilier les intérêts et les prétentions des trois classes de la société chartrainc, mais elle excluait, en réalité, un grand nombre d'individus, possesseurs d'offices de robe longue dans l'élection, le grenier à sel, la prévôté, et les justices seigneuriales. En vertu d'un arrêt du Conseil du 18 juin 1571, des lettres-patentes, datées du mois de décembre suivant, vérifiées et enregistrées en Parlement le 1" juillet 1572, réduisirent à deux ans, au lieu de cinq, la durée de l'échevinage, fixèrent à huit, au lieu de dix, le nombre des échevins bourgeois, et rendirent éligibles tous les gens de robe longue, sans distinction de privilégiés ; les avocats du Roi et les conseillers au Présidial furent seuls exemptés de cette charge \ Les lettres donnaient pour motifs de ce changement, la pénurie qui se produisait à cha-
1 Rcg.des Echevins; septembre 1571.
* Ib.
que élection dans les rangs de la bourgeoisie lettrée, à cause des exclusions, ce qui forçait les électeurs à nommer aux fonctions d'échevin des marchands illettrés ou des geus mécaniques. Cet incident ne réussit pourtant pas à détruire l'harmonie qui régnait entre les habitants , car la majorité catholique était trop considérable pour s'effrayer de la possibilité de l'élection à l'échevinage de quelques suspects d'hérésie.
Chartres gagna à cette période de paix, dont la durée devait être bien courte, une de ses plus intéressantes et plus vivaces institutions. La collation d'une prébende au régent des écoles publiques, en 1566, n'avait pourvu que très-mesquinement aux besoins d'un collège bien administré; d'ailleurs, les troubles continuels s'étaient opposés au développement de la maison naissante. Le 3 janvier 1572, Jean Pocquet, bourgeois de Chartres, et dame Michelle Haligrc, sa femme, mus par un noble sentiment de patriotisme, firent donation à la ville d'un vaste bâtiment connu sous le nom de Tripot de Chinche, situé au bas des jardins du palais épiscopal, et d'une métairie dite du Deffaix, paroisse de Landelles, sous la condition d'affecter ces immeubles à l'établissement et à l'entretien du collège \ La prise de possession de ces biens eut lieu à la fin d'août, et les échevins firent publier aux prônes des paroisses, le 4 septembre, une ordonnance prescrivant, aux pères et mères, d'envoyer leurs enfants au collège de Pocquet, et aux pédagogues et maîtres d'école, d'y conduire les élèves de leurs classes. Toutefois, l'érection définitive de la maison de Chinche en titre de collège et communauté scholastique n'eut lieu qu'au mois de septembre 1587, en vertu de lettrespatentes de Henri III, enregistrées en Parlement le 16 octobre suivant. Le collège royal de Chartres, chez Pocquet, atteignit promptementun haut degré de prospérité et produisit, jusqu'à
1 Acte passé devant M» René Amelon , notaire royal à Chartres.
la Révolution, des personnages remarquables dans les sciences et les lettres \
1 Les statuts pour la direction du collège royal de Chartres, chez Pocqnet, furent dressés le 14 septembre 1587 dans une assemblée tenue à l'évéché. Voici quelqucsunes des dispositions de ce règlement : 1° L'Evéque aura la direction du collège, conformément au droit commun; il prendra, pour cette administration, l'avis du Chapitre, des principaux oHiciers de justice et des échevins; 2° il y aura trois classes; on lira dans la dernière la grammaire de Donat et le Catou pro Pueris; dans la seconde, les règles de Dcspaulère, les Epîlrcs familières de Cicéron et Térence; dans la première, quelques poètes et historiens , les maisons de Cicéron et les élégances de Laurent Valle; 3° tous les enfants de la ville, des faubourgs et du diocèse, auront droit à renseignement gratuit au collège, sans exaction aucune, soit pour le landi, toiles de fenêtres, chandelles de l'école, soit pour l'entrée des martinets; i° les élèves pensionnaires paieront au Principal soit 30 écus soit 24 de pension, sauf à augmenter ou diminuer, selon le plus ou moins de cherté des vivres; 5° pendant le dîner, un écolier de la première classe lira quelques chapitres des Proverbes de Salomon ou de l'Ecclésiaste; (î° chaque pensionnaire paiera par an pour son coucher 15 livres tournois; 7° les écoliers se coucheront en toute saison à neuf heures du soir et se lèveront à six heures du matin ; 8° il y aura tous les jours , en ta chapelle dédiée à saint Jean-Captisle , une messe basse à sept heures du matin et un salut à six heures du soir , et les dimanches et fêtes , grand'-messc , vêpres et complies; 9° le premier lundi de chaque mois, la messe sera dite pour les âmes des rois de France, des évéques, chanoines et habitants de Chartres trépassés; il y aura, en outre , un obit à l'intention du sieur Pocquet et de sa femme , au lendemain de leur décès; les régens feront publiquement déclamer leurs écoliers et jouer annuellement dialogues ès deux fêtes de saint Nicolas, tant en hyver qu'en esté, pour leur régayer leurs esprits par teJs exeixices, et enhardir de parler eu public; 11° Le Principal jouira, indépendamment de la prébende préccptoralc , des biens donnés par Pocquet , à la charge du service divin et de la fourniture du luminaire , des ornements et des livres; 12° le choix des régents appartiendra au Principal qui leur donnera des gages convenables; les régents seront de bonnes vie et doctrine, hors de soupçon d'hérésie; ils enseigneront aux enfants les lettres humaines, avec les bonnes mœurs et ce qui mut appartenir à Ihonncieié et conversation en la société civile , les retenons plus par libérale pudeur, que par crainte et aucuns sévices; 13° chaque élève donnera 20 sous par an pour les réparations à faire à la maison; 1-1° le collège sera visité chaque année le jour de saint Hemy, ou à tel jour convenable environ ladite féte, par l'Evéqtic ou ses vicaires, les délégués du Chapitre et Messieurs de la justice et île la ville, pour entendre comme l'on s'y sera conporté, et pourvoir nour l'année ensuivante aux affaires qui s'offriront.
Signé en la minute N. de Thou (évéque), C. d'Aubermont, L. Loucher, L. Suircau, L. Charpentier (vicaire-général et chanoines de Notre-Dame), Goullet (procureur du Roi), Zacharie du Ru, Compagnon, Lenoir et de Pardieu (échevins).
Le 20 avril 1G63, M** de Keufvillc de Villeroi unit au collège de Poquet les biens et revenus du prieuré de Saint-Michel aliàs d'Ouerré, ordre de Sainl-Renoit, à la requête de Mire Louis de la Rue, archidiacre de Dreux, principal du collège, sur la résignation de Mir» Jean Edeline , chambrier, titulaire de ce prieuré, et du consentement de l'abbé de Saint-Lomer de Blois, collateur. En conséquence de cette union, l'Evoque décida 1° qu'il serait ajouté deux classes aux études de l'établissement, l'une appelée la cinquième , pour l'instruction des petite enfants , et l'autre la philosophie, pour les plus instruits dans les lettres; 2° que sur les revenus du prieuré, le régent de philosophie recevrait par an 200 livres, celui do rhétorique autant, celui de la seconde 100 livres, le chapelain 125 livres et le portier 50 livres; 3° que le Chapitre aurait le droit à perpétuité de faire suivre le cours de philosophie
Des événements qui allaient replonger la France dans les horreurs de la guerre civile se passaient alors à Paris. Dans les derniers jours de juillet 1 572, Henri, roi de Navarre, promis à M"* Marguerite, soeur du Roi, avait été reçu à Chartres avec de grands honneurs, quoique huguenot. Le 25 août, au moment où l'on croyait la Cour livrée tout entière aux plaisirs du mariage royal, la Chambre reçut, par l'intermédiaire du maréchal de Cossé, une lettre du Roi, en date du 22, annonçant à ce seigneur l'attentat qui venait d'être commis sur la personne de l'amiral de Chàtillon (Coligny), ainsi qu'il s'en retournoit du Louvre disner en son logis; l'amiral avait été blessé à la main droite et au bras gauche , et Charles IX assurait qu'il en ferait justice et si grande punition que ce soit exemple par tout le royaume ; Sa Majesté ajoutait qu'elle désirait que ses sujets comprissent combien elle trouvoit mauvais ce méchant acte et que chacun gardât et observât son edit de pacification.
À cette nouvelle, on enjoignit aux quarteniers de placer à chaque porte douze hommes de garde armés de piques et hallebardes ; on menaça le prieur de Saint-Martin-au-Val de lui envoyer des garnisaires, s'il ne faisait pas cesser immédiatement certaines allées et venues de gens suspects (pic l'on remarquait entre la ville et son prieuré ; puis on mit sur pied dans chaque quartier une escouade de trente arquebusiers prêts à se porter au premier signal partout où l'ordre serait troublé \
Le lendemain 26, arrivèrent des lettres, bien plus intéressantes encore , du Roi et du Maréchal à M. d'Eguilly et aux
au plus intelligent des anciens enfants de chœur et que cet élève recevrait par an 100 livres tournois jusqu'à l'achèvement de ses études.
(Brochure de 15 pages, in-8°, imprimée à Chartres, en 1755, chez Nicolas Besnard, imprimeur du Roi, de la ville et du Chapitre, rue des Trois-Maillets , au Solcil-d'Or , avec cette épigraphe : Fida cornes Musis pielas.)
La Chambre décida, le 18 juillet 1589, que la dame Michelle Haligre, veuve de Jean Pocquet, en considération des donations par eux faites au collège, jouirait dorénavant des immunités , franchises et exemptions de tonte espèce stipulées dans le contrat passé devant Amelon le 3 janvier 1572. (Beg. des Echevins.)
* Ib.; Séance du 25 août.