TOME II
campagne, se ma dans la ville, les armes à la main, menaça de mort les autorités rassemblées à la Commune sous la présidence de Tellier, député à la Convention , et contraignit ce représentant du peuple à signer, comme l'avaient fait ses collègues à Courville, en 1792, un arrêté taxant la livre de pain à trois sous. Tellier, navré de douleur et d'indignation, se brûla la cervelle dans la nuit du même jour, après avoir rapporté l'arrêté qui lui avait été extorqué par la violence \
Le calme commença à renaître sous le Directoire ; cependant, au mois de thermidor an V, la commune de Chartres fut taxée d'incivisme, et Delarue, député aux Cinq-Cents, dans un rapport fait au nom du comité des inspecteurs de la salle, accusa les Chartrains d'avoir fourni des armes et des munitions à 500 brigands, pour opprimer la liberté du Corps législatif. L'administration municipale, requise de s'expliquer par le commissaire du Directoire, repoussa vivement cette accusation dans une déclaration lue à la séance du 19 thermidor *. La vérité était que les enfants de Chartres combattaient pour la République à l'intérieur et à l'extérieur , et que Marceau venait de tomber à Altenkirken, sous une balle autrichienne \
Les discordes politiques engendrent toujours les attentats
1 II n'y avait à Chartres, pour toute force armée, que 7 vétérans et 70 hommes de cavalerie; le reste de la garnison avait été disséminé dans la vallée pour défendre les moulins menacés par les insurgés. Tellier fut protégé le mieux possible par les généraux Romanet et Thuring , l'adjudaut-général Lacroix , les municipaux et les membres du Directoire du département. Voir , dans le Moniteur du 0e jour complémentaire an III (n° 306, p. 1,472) . le rapport du Directoire du département signé Jolly , vice-président , Georges , procurcur-geneYal-svndic , Villette , Lesage , Jouveaux , Lambert, Bachelot, Joliet, Breton, membres, Barré, secrétaire-général.
» Moniteur du 22 thermidor an V, n° 322. p. 1,2*6. — Les députés d'Eure-et- Loir au Conseil des Cinq-Cents étaient MM. Giroust, Godard, Guillard, Laboulaye, Lesage et Maras, et, au Conseil des Anciens, MM. Barreau , Bourgeois, Dussieux, Judcl, Latache et Paillart.
5 Marceau , l'une des gloires les plus pures de la République , fut tué le 3e jour complémentaire an IV, à l'âge de 27 ans. Jourdan, ami et compagnon d'armes de ce jeune héros, prononça son éloge dans la séance du i fructidor an V et demanda une pension pour sa mére. (Moniteur du 8 fructidor, n° 338, p. 1,351.) Sur le rapport «le Porte, le Conseil des Cinq-Cents, dans la séance du 2e jour complémentaire an V, accorda une pension de 2.000 livres à cette dame. (Moniteur du 3e jour complémentaire an V, n» 303, p. 1,101.)
contre les personnes et les biens. Une association Formidable de malfaiteurs s'était formée dans les bois de Boisseaux, de Sainte-Escobille et d'Orgères, mal famés depuis longtemps; divisée eu escouades disciplinées comme des troupes régulières, affiliée cà lous les repris de justice , à tous les mauvais sujets du pays, elle répandait l'effroi dans les campagnes de laBeauce par l'audace , le nombre et la nature de ses crimes. Plusieurs fois ces brigands avaient chauffé des fermiers , assassiné des voyageurs, pillé des voitures publiques, incendié des habitations dans la banlieue de Chartres *. Pendant toute la période orageuse de la Révolution, ils exercèrent impunément leur détestable industrie; mais lorsqu'un gouvernement régulier sortit enfin du chaos révolutionnaire, le cri public parvint jusqu'au Directoire , et des ordres furent donnés pour la destruction de la bande d'Orgères. L'honneur de la réussite, qui exigea autant de courage que d'adresse, revint au citoyen Fougeron , juge-de-paix d'Orgères, et au maréchal-des-logis Vasseur, commandant la brigade de gendarmerie de Janville. Trahis par un des leurs , les scélérats furent presque tous arrêtés dans leurs repaires et conduits dans les prisons de Chartres. L'instruction dura dix-huit mois *, et ce ne fut que le 19 vendémiaire an VIII que le jury d'accusation d'Eure-et- Loir eut connaissance régulière de l'affaire ; les jurés déclarèrent qu'il y avait lieu de poursuivre contre 182 prévenus présents et 133 contumaces. Les débats, ouverts le 27 ventôse s , se terminèrent le 9 thermidor par une série de con-
1 Un des crimes les plus horribles de celte bande, et celui qui inspira le plus de terreur aux habitants de Chartres, fut l'assassinat du citoyen Horcau, ancien magistrat, et de son épouse, demeurant à Lèves, commis, dans la nuit du 17 au 18 floréal an III, par le Beau-Frauroi* et quatre autres scélérats, de complicité avec le jardinier Pelletier et sa famine.
» Sur la requête de M. Poullin de Pleins, alors commissaire du Directoire exécutif près le tribunal de police correctionnelle , le tribunal de Cassation ordonna que l'instruction serait faite par un membre du tribunal civil , de concert avec le directeur du jurv de l'arrondissement de Chartres (jugement du !il floréal an VI). L'instruction fut conduite par M. Paillait , juge au tribunal civil.
1 Les débats furent dirigés par M. Liendon, président du tribunal criminel.
damnations; 23 individus, condamnés à la peine de mort, furent exécutés à Chartres le 12 vendémiaire an IX; le reste alla peupler les bagnes et les prisons.
L'ordre rétabli dans toute la France par la main puissante du Premier-Consul , se maintint à Chartres pendant l'Empire, la Restauration et la Monarchie de juillet. Notre ville, essentiellement amie du repos, ne participa, en aucune façon, aux brusques révolutions qui renversèrent ces gouvernements. Elle accueillit avec les mêmes sentiments de joie et de respect Napoléon et Marie-Louise (mai 1811), le duc et la duchesse d'Angouléme (décembre 1823), le duc et la duchesse d'Orléans (août 1839) \
Nous n'avons l'intention de raconter ici ni les divisions passagères du Conseil muuicipal , ni les querelles d'opinions qui , sous le régime constitutionnel , prirent pour champ de bataille le terrain des élections aux assemblées législatives a. Qu'il nous suffise de dire que les intérêts administratifs du département et de la ville furent presque toujours remis en bonnes mains. On n'a pas oublié les longs exercices et les utiles travaux de M. le baron Delaître, premier préfet d'Eureet-Loir, et de M. le baron de Giresse-Labeyrie , préfet sous
1 Chartres fut aussi traversé le 20 septembre 1808, par Napoléon; en février 1 81 4, par Marie-Louise, le roi de Rome et le roi Joseph; par le duc d'Angouléme, le ±2 juillet 1814; par la duchesse d'Angouléme, le 27 février 1815; par la du- < liesse de Rcrry, en 1827 et 1829, et par la même princesse, le roi et la reine de Naples, au mois d'avril 18:10. Mais ces passages ne furent pas officiels.
s Voici les noms des députés d'Eure-et-Loir sons l'Empire , la Restauration et le gouvernement de Juillet : 1807, Etienne Jumentier, Roquain de Vienne; 1812, Cugnot d'Auhigny, Guillicr de Souancé; mai 1815, baron Oelaitre, Jumentier, baron Desmousscaux , Russon et Pinccloup de Morissure; Delacroix-Frainville et Rifaut, suppléants; août 1815, chevalier Billard, comte de Colbert, Dupont d'Englesqueville, comte Durand de Pisieux; 1816, comte de Conrtarvcl, Jacques Caquet; 1819, Russon, Delacroix-Frainville; 1820, Jacques Caquet , comte de Courlarvel; 1824, Siroonneau , comte Rubonexic de Pinieux , vicomte de Courlarvel , Le Chapelier de Grandiuaison ; 1827, du Temple de Chcvrigny, comte de Pinieux, Russon, Finnin Didot; juin 1830, du Temple de Chcvrigny, Texicr de Courville, Russon, Firmin Didot; octobre 1830, kimhcrt; de 1831 à 1818, Adelphe Chasles; de 1831 à 1837, Raimbert-Sévin; de 1831 à 183G, Firmin Didot; de 1831 à 1831, Texicr de Courville; de 1831 à 1837, Langlois d'Amillv; 1836, Barre; de 1837 à 1848, Raimbault; de 1837 à 1818, baron Desmousscaux de Givré; de 1837 à 1842, de Salvandy; de 1842 à 1848, général Subervic.
la Restauration; le dévouement et le zèle dont fit preuve M. Gabriel Delessert, préfet en 1836, lors de l'incendie de la cathédrale sont encore présents à tous les esprits \ Parmi les dignes magistrats que le choix du monarque et les suffrages de leurs concitoyens placèrent, depuis la Révolution jusqu'en 1 848 , à la tête du corps municipal \ nous citerons M. Billard aîné, le plus populaire et le plus respecté des maires de Chartres , et M. Adelphe Chasles , promoteur d'importantes améliorations locales et créateur de plusieurs établissements charitables \
Le concordat de 1802 n'avait pas rendu à Chartres son siège épiscopal; le concordat de 1817 répara cette omission ; mais l'exécution fut retardée par diverses circonstances, et M** de Latil , premier évèquc nommé , ne prit possession que le 8 novembre 1821. A ce prélat, promu à l'archevêché de Reims le 15 avril 1824, succéda M«r Clausel de Montais s,
1 On peut consulter, pour l'incendie du i juin 1836 , l'ouvrage de M. Lcjeune intitulé Les Sinistres de la Cathédrale de Chartres.
* Préfets d' Eure-et-Loir depuis la création jusqu'en 1818 :
Baron Delaitre, 23 ventôse an VIII ; baron Rouillé d'Orfeuil, 13 janvier 181 i; baron Rolland de Villarceaux, G avril 1815; baron de Roujoux, 17 mai 1815; comte de Rreteuil, 12 juillet 1815; baron de (iiresse-Labeyrie , 27 juin 1823; Langlois d'Amilly , 5 août 1830; vicomte de Rigny, G septembre 1830; Pompéi, 22 juillet 1833; Delessert, 21 septembre 1834; vicomte de Saint-Aignan, 21 octobre 183G; baron de Villeneuve, 2V juillet 1837; baron de Jessaint, G janvier 1813; de Mcntque, 1" décembre 181/ .
8 Voici la liste des maires de Chartres, de 1791 à 1818 :
Chevard, 20 novembre 1701; Jolly-Deshaycs, i décembre 1702; Judcl, 10 frimaire an H; Sémen (provisoire), A brumaire an lll; administration municipale sans maire, du 15 brumaire an IV au 1G floréal an VIU; Cbevard, G fructidor an VIII; Billard aîné, 10 août 1802, Lion, 10 mai 1815; Billard aîné, 31 juillet 1815; Billard Saint-Laumer , 15 septembre 1815; Billard aîné, 18 octobre 1810; Ad. Chasles, 27 août 1830; Durand, 2 février 1818.
* D'autres raconteront avec plus de détails les événements qui se sont passés à Chartres de 1800 à 1818; ils donneront l'histoire des clubs de 1818 et diront avec quel sentiment sympathique les Chartrains, amis de l'ordre, saluèrent l'aurore du second empire. Pour moi l'histoire de notre ville se termine avec le XVIIIe siècle.
* Claude-Hippol) te-Clauscl de Montais , né au château de Cousscrgues , diocèse de Rodez, le 5 avril 1700, fut sacré évéque de Chartres le 22 août 1821 et installé le 22 septembre suivant. Parvenu à une grando vieillesse et atteint de cécité, il résigna, en janvier 1853, ses fonctions épiscopales à M*r Bcgnault, son coadjuteur, et mourut à Chartres le i janvier 1857.
l'un des plus éniinents et des plus vertueux pasteurs dont puisse s'honorer PÉglise de France. Pendant vingt-cinq ans toutes les questions religieuses et sociales , nées des passions du moment, furent traitées par l'ëvèque de Chartres avec l'autorité que donnent la science du philosophe, le talent de l'écrivain et la conviction du ministre de Dieu ; on attendait, on consultait, on discutait son opinion ; ses mandements agissaient avec puissance sur l'esprit public , et ses adversaires , eux-mêmes, rendaient hommage à l'indépendance de son caractère et à la pureté de ses intentions. La mort récente de ce grand évêque a fait éclater plus vivement encore les sentiments de vénération et d'amour dont ses anciens diocésains étaient pénétrés pour sa personne.
Les chartrains des XVIIIe et XIXe siècles sont restés fidèles aux traditions de leurs ancêtres. Ils ont fourni à la France des auteurs dramatiques, des historiens, des jurisconsultes, des philologues; ils ont aussi cultivé avec succès les arts et les sciences naturelles et mathématiques.
L Embarras des Richesses, et surtout l'Ecole des Bourgeois, pièces du chartrain Soulas d'Allainval 1 , écrites en 1725 et 1728, ne seraient pas indignes de Molière. On doit à Dudoycr de Gastel * le Vindicatif (1774), pièce qui se sou-
1 Léonor-Jean-Christine Soulas d'Allainval , né à Chartres au commencement du XVIIIe siècle, mourut à l'Ilôtcl-Dieu de Paris le 2 mai 1753. Sa famille, ainsi qu'il le déclare dans la préface de Y Embarras des richesses (édition de 1 7*1») , était protégée par M. Fleuriau dWrmenonvillc, gouverneur et grand-bailli, ce oui ne l'empècha pas de tomber dans une profonde misère. Il donna au Théâtre-Français, la Fausse Comtesse (1720), l Ecole des Bourgeois (1728) qui eut un succès prodigieux, les lit'jouissanct's publiques ou le Gratis (1729) et le Mari curieux ^1731); aux Italiens, l'Embarras des richesses (1725), Cahin-caha ou le Tour de Carnaval (172K) et l'Hiver (1732), et, à l'Opéra-Cominue , la Fer Marotte (1731).
Contraint par le besoin de se jeter dans la littérature de bas étage, d'Allainval écrivit eu 1732-33 ses Ana ou bigarrures calotines , et, en 1715, VAlmanach astronomique et les Anecdotes de Russie sous Pierre Ier. On lui doit aussi une édition augmentée de la Connaissance de la Mythologie, du P. Hîgord (1743) et une édition des Lettres du cardinal Mazarin (1745).
* Gérard Dudoycr de Gaslel, d'une famille noble du pays charlrain, naquit au petit château de Vauventriers, près Chartres, le 20 avril 1732, et mourut à Paris le IX avril 1798. La passion qu'il éprouva pour M»« Doligny, célèbre actrice du Théâtre-Français, qui devint sa femme, décida de son goût pour la littérature drama-
tint longtemps an répertoire. Guillard 1 se fit uu non» dans le drame lyrique et fut digne d'écrire les poèmes illustrés par la musique de Gluck , de Salieri, de Sacchini et de Lesueur. Nous n'avons pas besoin de rappeler les titres nombreux de Collin d'Harleville * àPestimc de la postérité ; le Vieux Célibataire (1792), suffit à sa gloire. De nos jours, les applaudissements ne manquent pas aux œuvres mélodramatiques de M. Ferdinand Dugué \
Nous citerons, pour leurs travaux historiques, tous spéciaux au pays chartrain , le bénédictin D. Liron *, auteur de la Bibliothèque Chartraine (1719), ouvrage biographique et bibliographique assez complet sur les anciens littérateurs de la
tique. Outre le Vindicatif, drame en cinq actes et en vers libres, Dudoyer donna Lauretle (17(»8), comédie en uu acte et en prose, et Adélaïde, ou l'Antipathie pour l'Amour, comédie en deux actes et en vers , qui eut du succès.
Une notire nécrologique sur Dudoyer, écrite par son ami P.-Fr. Aubin, a été insérée dans le Moniteur du 9 floréal an VI.
1 Nicolas- François Guillard, né à Chartres le 1 G janvier 1752, mort à Paris en
grand succès; (Y Emile, d'Electre (1782), de Chimcnc , de Bardanus. des Horace*. iYŒdipe à Colon e , son chef-d'œuvre, de la Mort d'Adam et d'Elfrida. Il avail |K>ur amis particuliers Favart, Boufllcrs et l'abbé de Voisenon.
5 Jean-François Col lin d'Harleville, naquit à Maintenon le 30 mai 1755, mais il fut élevé à Chartres et il habita autant qu'il le put sa petite maison d'Harleville, commune de Mévoisins. Parmi les nombreuses pièces de ce charmant auteur nous citerons l'Inconstant ( 1 7H<J> , l'Optimiste (178N) , le Vieux Célibataire : (1792) , les Châteaux en Espagne (1XÙ3), Monsieur de Crac dans son petit castel (1803). Collin, qui mourut à Paris le 2i février 18(Ki, était d'un commerce des plus agréables; il aimait jiar dessus tout la campagne, les joies de la famille et les épanchemonts de l'amitié; sa liaison avec Andricux dura autant que sa vie. La maison de Collin à Mévoisins appartient aujourd'hui à Mm*' Le Moine, sa nièce.
On a donné le nom de Collin d'Harleville à la rue de Chartres dans laquelle est située la préfecture.
a M. Ferdinand-Adrien-Joseph Dugué, né à Chartres le 18 février 1810, a débuté en 183i par un roman intitulé la Semaine de Pannes, histoire chartraine. Il a publié ensuite un volume de poésies; puis il a fait représenter, ù l'Odéon, les Pharaons , tragédie en cinq actes et en vers , et France de Simicrs . drame en cinq actes et en vers; au Théâtre-Français, le Béarnais, drame eu cinq actes et en vers, ot Mathurin liégnier, comédie en trois actes cl en vers; à la Porte-Saint-Marlin , Salvator Hosa, drame en cinq actes et en prose; et à l'Ambigu, la Prière des Naufragés et le Juif de Venise, drames en cinq actes et en prose.
M. Dugué occupe un rang distingué parmi les auteurs dramatiques de nos jours.
4 Dom Jean Liron, bénédictin, né à Chartres en 1005 et mort au Mans en 1748, a donné, indépendamment de la Bibliothèque chartraine, un recueil estimé, eu 4 vol. ia-12, intitulé Singularités historiques et littéraires (1 731-1 7i0).
province; les chanoines Estienne , Mareschaux et Brillon f. le dernier surtout qui laissa une quantité considérable de Mémoires, de notes, d'analyses sur des points inconnus ou mal éclaircis de l'histoire civile et ecclésiastique de Chartres; l'avocat Janvier de Flainville, caustique et infatigable écrivain dont les recherches sont consignées dans treize énormes volumes manuscrits appartenant à la bibliothèque communale * ; Doyen % Chevard \ Bouvet \ et M. Ozeray % nos devanciers dans la tache difficile que nous avons entreprise; Hérisson \ auquel la Biographie Michaud est redevable de quelques bons articles sur des chartrains célèbres, et qui ajouta plusieurs appendices à l'histoire de la cité des Oirnutes, de M. Ozeray : Périer de Trémémont 8, auteur d'une histoire généalogique et armoriale chartraine , manuscrite; MM. Lcjeune 9 et Doublet
1 Ces trois chanoines , auxquels il faut joindre leur confrère Le Tunais , écrivaient au commencement du dernier siècle.
* Voir infrà, une note sur Janvier de Flainville.
* Doyen, qui prenait le titre de géographe, est mort en 1700. Son ouvrage, intitulé Histoire de la ville de Chartres, du pays Chartrain et de la Beauce, a paru, en deux vol. in-8», en 1780.
* Chevard est mort le 9 mai 1820. Son ouvrage, intitulé Histoire de Chartres et de l ancien pays Chartrain, a été publié, en deux vol. in-8°, eu l'an X.
8 Bouvet-Jourdan est mort le oO janvier 1820. Son ouvrage est manuscrit; il forme un in-folio de U3 pages et a été écrit en 1801. 11 est intitulé : Itechcnhcs sur la ville de Chartres et du pays Chartrain.
6 M. Ozeray, né à Chartres, mais habitant la Belgique depuis longues années, a publié en 18110 une Histoire générale, civile et religieuse, de la cite des Carnutes et du pays Chartrain vulgairement appelé la Beauce (2 vol. in-8°).
7 Charles-Claude-François Hérisson , juge au tribunal civil de Chartres , né en cette ville le 20 octobre 1702, mort le 27 juillet 1810, avait beaucoup étudié l'histoire chartraine. Les dissertations qu'il a jointes à l'histoire d'Ozeray. quoique renfermant plusieurs erreurs, sont intéressantes; quelques-unes contiennent «les documents jusqu'alors inédits. 11 a fait imprimer un Eloge de llossuel 11811) couronné par P Athénée de Niort, une Kotice historique sur saint Vial (1810), une Notice sur l'Aganon-Vetus, eartulaire du XI* siècle (18110); on lui doit aussi la réimpression de plusieurs pièces rares.
* M. Périer de Trémémont, ancien conseiller-référendaire à la Cour des Comptes, né à Chartres le 13 mars 1700, mort à Fontenay-aux-Roses le 15 février 1850, a laissé à .M. Roux, otlicicr de l'Université, demeurant à Chartres, un volumineux ouvrage manuscrit contenant les généalogies de 1»2 familles chartraine*. J'ignore la valeur scientifique de ce travail dont l'existence vient de m'ètre révélée.
* M. Honoré-Félix-André Lejeune , né à Ronneval le 28 avril 1771, membre correspondant du ministère de l'Instruction publique pour les travaux historiques et
de Boisthibault \ dont les écrits ont remporté plus d'une palme académique ; enfin M. E. Lefèvre auteur de travaux estimables sur la topographie du département 3.
de la Société des Antiquaires de France, a donné en 1833 une Notice historique sur la fondation de la Maladreric ou Léproserie du Grand-Beaulictt et en 1836 un mémoire sur les Sinistres de la Cathédrale de Chartres. Plusieurs écrits de ce modeste savant ont été insérés dans les Mémoires de la Société des Antiquaires. Il a obtenu deux mentions honorables au concours des Antiquités de la France, en 18 il» (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), et il conserve en portefeuille de nombreuses études sur l'église Notre-Dame , la ville et l'abbaye de Bonoeval , le vidamé de Chartres, etc., etc.
Cet antiquaire possède une bibliothèque très-riche en manuscrits et imprimés, relatifs à l'histoire du pays.
1 M. François-Jules Doublet de Boisthibault, né à Chartres le 13 février 1800. membre correspondant du ministère de l'Instruction publique pour les travaux historiques et de la Société des Antiquaires de France, est auteur d'un grand nombre d'ouvrages de littérature, d'économie politique et d'archéologie, dont quelques-uns ont été mentionnés honorablement ou couronnés par l'Institut de France ou les sociétés savantes des départements , et parmi lesquels nous citerons une Notice sur la vie et les écrits de F. Doublet , docteur-régent et professeur de la Faculté de Médecine de Paris (1820), un Essai historique sur la vie et les ouvrages du duc de la Rochefoucauld-Liancourt (1821)), des mémoires sur l'Abolition de la peine de mort (1830), la Mendicité et le Vagabondage (1830), l'Agiotage (1810), l'Administration des secours aux classes nécessiteuses (1843), le Régime cellulaire et les Maisons de corrections (1840), un Mémoire sur le tombeau de saint Calétric (1841), l'Iconographie du pays Chartrain (1845), un Essai historique sur l'abbaye de Thiron (1848), une Monographie de la Crypte de la Cathédrale de Chartres (1840), un Mémoire historiaue sur l ancienne église collégiale et paroissiale de Saint -André de Chartres (18 47).
* M. E. Lefèvre, membre correspondant du ministère de l'Instruction publique pour les travaux historiques, publie depuis plusieurs années V Annuaire du département et sait donner de l'intérêt h cet ouvrage par les notices qu'il y insère sur les institutions et établissements publics, la statistique et la topographie départementales.
3 Mentionnons encore M. Gilbert, aujourd'hui membre de l'Institut (Description historique de l'Eglise cathédrale de Chartres. 1824); M*1" Pie, évèque de Poitiers (Notice historique concernant la sonnerie ancienne et moderne de l'église cathédrale dé Chartres. 1840-1841 ; préparation du texte de la grande Monographie de la Cathédrale publiée par le Gouvernement); M. de Santeul, ancien secrétaire-général de la Prélecture (l/t Trésor de Notre-Dame de Chartres, 1841); M. Renuit,
cendie de HOi et autres sinistres, sur les anciennes mesures d'Eure-et-h>ir, 1843); M. Didron (Iconographie de la Cathédrale de Chartres, 1830); M. Bossard de Mianville père, ancien procureur du Boi (collaboration au Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Chartres. 1840); M. l'abbé Bulteau (Description de la Cathédrale de Chartres, 1850); M. Merlet, archiviste du département (lettres des Rois de France, des Reines, des Princes et hauts personnages, adressées aux Echevins et commune de Chartres, 1855, et de nombreux articles d'érudition sur des documents chartrains, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes et l'Athenenm). Plusieurs d'entre eux sont étrangers à notre ville , mais tous ont travaillé pour elle avec conscience et talent.
S'il m'était permis de devancer le temps, je joindrais à c«s noms ceux de MM. t^ul Durand , archéologue du plus grand mérite et auquel on ne saurait reprocher qu'une excessive modestie , Emile Bcllier de la Chavigncric , qui prépare de sérieux
de Notre-Dame , sur l'in-
L'érudition est représentée par Dussaulx le traducteur de Juvénal ; Bellier-Duchesnay *, l'éditeur de la Bibliothèque des Dames et des soixante-six premiers volumes de la Collection des Mémoires relatifs à VUisloire de France; Gratet-Duplessis *, l'ingénieux bibliophile; M. Charpentier *, philologue et latiniste distingué; E. Greslou \ dont les lettres latines
travaux biographiques et bibliographiques sur le pays chartraio , et Lecocq , déjà connu par quelques essais historiques pleins d'intérêt.
1 Jean Dussaulx , petit-neveu du célèbre Nicole , né à Chartres le 28 décembre 1728, mort a Paris le 16 mars 1790, a écrit un grand nombre d'ouvrages dont les plus estimés sont des Lettres sur la passion du jeu dans les différents siècles (1775) et une Traduction de Juvénal (1 779). Dussaulx, qui fut longtemps au service militaire, consacrait aux lettres tous ses moments de liberté. La Révolution le jeta dans la politique; il fit partie de la Convention, siégea constamment parmi les modérés et lit preuve de courage en plus d'une circonstance.
Cet estimable écrivain avait été admis en 1 770 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; à la création de l'Institut, il fut nommé membre de la classe de Littérature et de Beaux-Arts, section des Langues anciennes.
* Alexandre-Claude Bellier-Duchesnay , dont j'ai déjà eu occasion de parler plus d'une fois, naquit à Chartres en 1739 et mourut dans cette ville cri 1810.
' Pierre-Alexandre Gratet-Duplessis , né à Janvillc le 1G décembre 1792, mort à Paris le 21 mai 1853, appartient à Chartres par la famille à laquelle il s'est allié et par plusieurs de ses publications. Ce modeste énidit donna, entre autres ouvrages, un Essai historique sur les établissements littéraires de la ville de Douai (1842), une Bibliographie parémiologiaue (1 847), la Fleur des Proverbes français (1851) et une Petite Encyclopédie des Proverbes français , sous le pseudonyme de Hilaire-le- Gai (1852). Il fut un des rédacteurs du Bulletin du Bibliophile, fit imprimer ou réimprimer à Paris et à Chartres plusieurs pièces rares et prépara une bonne éditiou des Maximes de La Rochefoucauld. L'édition du Poème des Miracles de JSotre- Uame de Chartres, achevée en 1855, est due à ses soins.
Gratet-Duplessis occupa successivement les emplois de Proviseur du collège d'Angers , d'Inspecteur de l'académie de Caen et de (lecteur des académies de Douai et de Lyon.
* M. Jean-Pierre Charpentier, né à Saint-Prest le 20 juin 1797, traversa tous les grades du professorat universitaire, occupa la chaire de rhétorique à Louis- le-Crand et à Saint-Louis, suppléa pendant dix ans M. Leclerc dans la chaire d'éloquence latine à la Faculté des Lettres et exerça longtemps les fonctions d'Inspecteur de l'Académie de Paris. 11 est aujourd'hui en retraite.
Ce littérateur émérite a donné des Etudes morales et historiques sur la Littérature romaine (1829), un Essai sur l histoire littéraire du Mouen-Aije (1833), un Tableau historique de la IMlératurc française aux XVe et XVIe siècles (1835), Tertullien et Apulée (1839), une Histoire de lu renaissance des Lettres en Europe au XV* siècle (1813), des Etudes sitr les Pères de l'Eglise (1853). II a dirigé la publication des classiques latins de Panckoucke , intitulée Nova scriptorum hitinorum bibliotheca (1833-1838), et il a traduit, dans la Bibliothèque lutine-française du même éditeur, les Bucoliques et les Géorgiques de Virgile et les Traités des Ix)is cl de l'Invention de Ciccron; ce dernier ouvrage en collalwratiou avec K.jGreslou.
8 Charles-Eugène Greslou , né à Chartres le 20 avril 1805 et mort dans la mémo ville le 22 septembre 1839, promettait de devenir un des latinistes les plus distin-
déplorent la fin prématurée; M. Philarètc Chaslcs l'un des plus féconds publicistes de notre époque.
Du barreau chartrain sortirent plusieurs personnages remarquables : Guéau de Reversaux *, les frères de Gennes \ Janvier de Flainvillc * se firent un nom par leur science profonde et leur éloquence. Quoique plus connus comme hommes politiques, Brissot 8 et Pétion * ne laissèrent pas que d'acquérir de la réputation comme jurisconsultes, moralistes et économistes, le premier, par la publication de plusieurs Traités sur les lois criminelles (1780-4781), de considérations sur les sciences,
ués de notre époque. Il a traduit, pour la Bibliothèque latine-française de Paneouckc , les Tragédies de Sénéque . les livres 4 et 5 de Lucain et le Traité" de 17mvention de Cicéron, ce dernier ouvrage en collaboration avec M. Charpentier. Ou lui doit aussi plusieurs articles dans le Journal géuéral de l'Instruction publique.
1 M. Victor-Euphémton-Philarète Chasles est né à Mainvilliers le 8 octobre 1799. On lui doit une série Etudes sur l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, le XVIe siècle en France, le Moyen-Age et l'Antiquité, formant onze volumes; un ouvrage intitulé Caractères et Paysages et une traduction des œuvres de Jean -Paul Kichtcr. M. Chasles, auquel on ue saurait contester une place éminente parmi les critiques littéraires, est professeur de littérature étrangère au collège de France et l'un des conservateurs de la bibliothèque Mazarine.
■ Jacques-Etienne Guéau de Reversaux , né à Chartres en 1 TOC , mort à Paris en 1753, fut un des avocats les plus célèbres du Parlement de Paris. Il a écrit beaucoup de mémoires judiciaires remarquables par la logique et la force des arguments.
* Pierre et Gabriel de Gennes, nés a Chartres au commencement du XVIII* siècle, se firent une gninde réputation à Paris comme avocats consultants. On cite les mémoires que Pierre écrivit jwur La Bourdonnave et pour Dupleix , gouverneur des Indes. Pierre mourut à Paris le 5 juillet 1759; j'ignore la date de la mort de Gabriel.
* Jean-François- Augustin Janvier de Flainvillc, né à Chartres le 5 août 1717, mort dans la même ville le 5 septembre 1 790, exerça très-longtemps avec beaucoup de distinction la profession d'avocat au Présidial de Chartres. On a de lui quelques brochures et pamphlets littéraires et un grand nombre de mémoires judiciaires écrits avec verve et causticité. J'ai dit plus haut qu'il s'était beaucoup occupé de l'histoire chartraine. Janvier de Flainvillc eut à soutenir, en 170>*2, un procès assez scandaleux contre sa mère; son esprit mordant lui fit beaucoup d'ennemis, mais on rendit toujours justice à son mérite , et ses concitoyens le portèrent au premier rang des honneurs municipaux.
* Jean-Pierre Brissot, était né à Chartres le U janvier 1754; son père exerçait le métier de pâtissier. Comme il avait été élevé au hameau de Ouarvillc , il en prit le nom qu'il transforma plus tard en celui de Warville. On sait que , chef du parti modéré de la Convention, il périt sur l'échafaud, le 31 octobre 1793, avec vingtet-un de ses collègues.
6 Jérôme Pétion, avocat au Présidial, était né à Chartres, le 2 janvier 175G, d'une famille honorablement connue dans la robe. Son rôle politique est étranger à cette histoire. On sait que , forcé de fuir la proscription , il périt misérablement , au mois de juillet 1793, dans les environs de Bordeaux.
les arts et la politique en Angleterre (1784), d'un Mémoire sur les noirs de l'Amérique Septentrionale, d'un ouvrage intitulé De la France et des Etats-Unis (1787), et d'un discours sur la rareté du numéraire (1 790) ; le second , par des études sur les lois civiles en France, sur l'infanticide et sur le mariage. Delacroix-Frainville devint l'un des meilleurs avocats consultants du barreau de Paris 1 ; Chauveau-Lagarde 1 illustra sa carrière par la défense de Marie-Antoinette. Nous devons à M. Isambert 9, aujourd'hui conseiller à la Cour de Cassation, un recueil estimé des anciennes lois françaises, et une bonne traduction de Procope.
1 Joseph Delaeroix-Frainville , né à Chartres le 27 janvier 1 749 , mort à Paris le 28 décembre 1831, doit surtout sa grande réputation à ses profondes connaissances en droit coutumier. Il fut bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris.
« Claude-François Chauveau-Lagarde, né à Chartres le 21 janvier 1750 et mort à Paris le 21) février 18 il, se fit un nom célèbre comme défenseur officieux pendant la Révolution. Il défendit, en 1703, le général .M ira n lia , Brissot , Charlotte Corday, l'infortunée reine Marie-Antoinette, et, en 1797, l'abbé Brottier. En 1820 il prononça un plaidoyer remarquable pour Bissettc, Fabien et Volny, hommes de couleur, condamnés injustement à la Martinique.
Chauveau-Lagarde fut nommé conseiller à la Cour de Cassation le 17 mai 1828; c'était la récompense un peu tardive de son dévouement à la famille royale.
* M. François-André Isambert, né à Aunay-sous-Auneau , le 30 novembre 17!r2. d'une famille de la Beauce charlrainc , a longtemps exercé la profession d'avoeatconsultant à Paris; il fait partie de la Cour de Cassation depuis le 27 août 1830. Voici la liste des ouvrages de ce savant jurisconsulte qui est en même temps un érudit distingué : Notice .sur les luis maritimes des Ithodiens (1820), Mémoire sur les procès religieux (182(1) , Mémoires pour les hommes de couleur (1820 à 1830», Ikcueil critique des lois et ordonnances , sous la Instauration (1814 à 1N27), Dissertation sur les lois des liarbarcs, en tète de la traduction Peyré (1825), Dissertation sur la loi salique , servant de préface aux huit premiers Volumes des anciennes lois françaises (1820), Ileeucil général des anciennes lois françaises, de 420 à 1789, seul et en collaboration avec MM. Jourdan, Decrusv et Taillandier (30 vol.; 1820 à 1830), Pandectes françaises, lois de 1789 et 1790* (1830 à 1832.1, Traité de la Voieric (1825), Introduction aux Annales Politiques et Diplomatiques (1820), Mémoires et Consultations dans les procès de MM. de Montlosier, du général Berton, du colonel Caron, des sergents de La Rochelle (Restauration), Appel comme d'abus pour l'abbé Chastes, curé de Notre-Dame de Chartres (1822), Mémoire sur la rivière d'Eure (1822), Cartes de V Atlas de géographie ancienne. publié par fiail (1812 à 1820), La mer de Thibériade, cartes et dissertations (Bulletin de la Société de Géographie, 1854), Anecdota de Procope, texte et traduction française, avec la géographie du VIe siècle et la révision de la numismatique ancienne d'après la découverte de la livre de Juslinien (1850), Histoire de Justinien, avec cartes de son empire et de la Dardanic , tableaux numismatiques et d'économie politique (185G).
M. Isambert publiera sans doute prochainement une traduction de Flavien-Joséphe,
Deux familles chartraines, les Gcndron 1 et les Bouvart*, produisirent au siècle dernier de grands médecins. Les docteurs Doublet " et Mahon * se firent aussi une juste réputation dans les sciences médicales.
qu'il a en portefeuille et que le succès de la traduction de Procope fait vivement désirer.
1 La famille Gendron , qu'une alliance a rattachée de nos jours à la ville de Chartres, était originaire de Voves. Elle produisit dans les siècles passés un grand nombre d'habiles médecins parmi lesquels on remarque l'abbé Gendron , médecin de Catherine de Médicis, et Claude Gcndron-Deshayes , médecin de Monsieur, frère de Louis XIV et du duc d'Orléans, régent, qui mourut a Paris le 3 septembre 1 750.
Une branche de cette famille , établie dans le Maine et la Tourainc , a continué l'illustration de ses pères. M. Pierre-André Gendron, arrière-neveu de Gendron- Deshaycs, membre de l'Académie de Médecine, exerça longtemps avec la plus grande distinction à Vendôme, où il mourut le 17 avril 1811, victime de son dévouement pour les prisonniers malades du typhus. Trois de ses fils, tous trois membres de l'Académie de Médecine, ont hérité de la réputation paternelle. L'aîné, médecin A Vendôme, mort le 13 novembre 1851, a publié des mémoires sur les lièvres tvphoïdes et la dyssenteric; le second, médecin à ChAteau-du-Loir, a écrit un grand" nombre d'ouvrages estimés sur les matières médicales et en dernier lieu sur l'action fébrifuge de l'Alkekenge ou Coquerct des vignes; le troisième, médecin à ChAteau- Rcnaud, s'est surtout fait connaître par des travaux intéressants sur l'emploi du nitrate d'argent dans les affections croupalcs.
* Le membre le plus illustre de cette famille de médecins et de magistrats fut Michel-Philippe, lils de Claude, né a Chartres le 11 janvier 1717, mort A Paris le 18 janvier 1787. Reçu docteur en 1730, il exerça quelques années dans sa ville natale et il y soutint une thèse publique en 1732; puis il s'établit A Paris, où il acquit promptement une grande réputation. Il fut nommé professeur de médecine au collège de France en 1717 et devint médecin de l'hôpital de la Charité et des Enfants-Trouvés; mais, accablé de travail, il se démit de ces places en 1750. On prétend qu'il refusa la charge do premier médecin du Roi qui lui aurait été offerte après la mort de Senac; il n'en fut pas moins estimé de Louis XV, qui l'annoblit en 1768 et lui donna l'année suivante le cordon de Saint-Michel. On a de Douvart un assez grand nombre d'ouvrages de médecine dont les plus importants sont ceux intitulés Consultations contre la légitimité des naissances prétendues tardives (1701), de Uignitatc medicinœ (1717), de Experientiœ et studii necessitatc in medicina (1747).
Son père Claude avait été aussi un très-habile praticien , et un de ses parents , Bouvart (Jacqucs-Eticnne-Robert) , sieur de la Prévallée , exerça longtemps à Chartres , comme médecin de la ville , dans la dernière moitié du siècle dernier. Il est probable que Charles Bouvart, premier médecin de Louis XIII, appartenait A la même famille, quoique né A Montoire, près Vendôme.
8 François Doublet, membre de la Société royale de Médecine, né A Chartres le 30 juillet 1751, mort A Paris le 18 prairial an* IV, s'occupa surtout de la fièvre puerpérale et fit paraître divers mémoires remarquables sur cette maladie.
4 Pierre-Jean Mahon, membre de la Société royale de Médecine, né A Chartres en 1715, mort en cette ville le 26 prairial an VII, exerça pendant longues années avec distinction. Nous avons dit plus haut qu'il soutint une thèse sur les vertus curatives des eaux minérales de Chartres; il composa divers autres ouvrages parmi lesquels on remarque un Avis aux Hiches sur la manière dont ils se doivent conduire dans
Dans les arts, nous citerons le graveur Sergent l, qui, malheureusement, devint homme politique.
Nous ne saurions mieux terminer cette appréciation succincte des titres de nos compatriotes à la reconnaissance de la postérité , qu'en parlant avec l'admiration qu'ils méritent des magnifiques travaux de M. Michel Chaslcs % membre de l'Institut, l'un des plus grands géomètres de notre époque. Ce savant, dont les découvertes remontent à 1 81 2, alors qu'il entrait à l'École Polytechnique, est parvenu à traiter toutes les questions de géométrie pure par une méthode uniforme et générale, fondée sur l'algorithme des signes et la considération des expressions imaginaires. M. Chaslcs a rendu ainsi un immense service à la science : car si , depuis Descartes, l'analyse a pu résoudre certaines questions de géométrie d'une manière gé-
1 Antoine-François Serpent, né à Chartres le 9 octobre 1751 , mort à Nice le 24 juillet 1847, fut incontestablement le graveur le plus habile de l'époque révolutionnaire. Ses ouvrages à Vaqua-tinte et en couleur sont quelquefois médiocres, mais ses eaux-fortes . composées avec infiniment d'esprit , accusent une pointe fine et légère, et ses burins sont corrects et harmonieux. On peut citer de cet artiste le Christ en croix, la Vierge et la Trinité, en collaboration avec Biosse, pour le missel de Chartres; quatre vues de la cathédrale, pour le bréviaire du diocèse 1783); une vue de l'abside de l'église Saint-André; la foire des Barricades sur a place des Epars de Chartres; les vues des châteaux et principales habitations de Paris et environs; une suite de portraits de personnages célèbres (i 787-1 789»; les Tableaux des [{évolutions de Paris depuis HH9; le portrait en pied du général Marceau, en couleur et en noir; les Funérailles de Marceau, aqua-tinte; le Tableau de l'Univers et des connaissances humaines (1802); le portrait d'Emira Marceau, sa femme.
Sergent avait épousé Marie Marceau-Dcsgraviers , sœur du général Marceau , plus connue sous le nom d'Emira. On peut consulter, quant à la vie politique de Sergent, une Notice biographique publiée en 1848 par M. Noël Parfait.
* M. Michel Chaslcs est né à Epcrnon le 15 novembre 1793, mais sa famille a toujours habité Chartres, et nous pouvons à bon droit le réclamer comme chartraio. Indépendamment d'un grand nombre de mémoires insérés dans tous les journaux et recueils de mathématiques, M. Chaslcs a publié en 1837 un Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en (jéomélrie, et en 1852, son Traité de géométrie supérieure, dont il promet une suite. Il a pris part à la rédaction du catalogue de la Bibliothèque communale (18 iO) et il a enrichi de notes très-curieuses plusieurs articles dont l'objet se rattache à ses études favorites. On lui doit aussi une Histoire de l'Arithmétique (1843) dans laquelle il établit, contrairement à l'opinion communo, l'origine pythagoricienne de notre système de numération; nous croyons que les manuscrits de Boêce et de Herbert, de notre bibliothèque, n'ont pas été inutiles à l'auteur pour sa démonstration.
M. Chasles est depuis 1846 professeur de géométrie supérieure à la Faculté des sciences ; il appartient à l'Académie des sciences comme membre titulaire depuis 1851 .
nérale, les méthodes de la géométrie proprement dite n'avaient pas fait un pas depuis les grands travaux des mathématiciens de l'antiquité ; chaque cas particulier d'une même question avait toujours sa formule spéciale; chacun d'eux était toujours soumis à une discussion distincte. Aujourd'hui , grâce aux découvertes de M. Chasles, dont le beau livre de la Géométrie supérieure offre le résumé fidèle , la géométrie pure peut résoudre les problèmes d'une façon tout aussi générale que l'analyse cartésienne. M. Chasles s'est beaucoup occupé de l'histoire des mathématiques , et il a fait preuve dans cette tache difficile d'une grande pénétration d'esprit et d'une érudition profonde.
L'aptitude des Chartrains pour les travaux de l'intelligence ne s'est donc pas encore démentie , et nous espérons que les fforts de la Société Archéologique, nouvellement fondée, tendront à la diriger de plus en plus vers les études sérieuses qui seules procurent des succès durables.