TOME II
plus approfondie de lu littérature grecque et latine et les rudiments de la philologie. En mtone temps, quelques artistes chartrains, dociles aux inspirations italiennes, s'efforçaient d'allier les fantaisies du style ogival tertiaire au dessin correct et gracieux de la Renaissance. Il convient de citer, parmi les personnages de cette époque qui illustrèrent notre ville à divers titres , Mathieu d'Àrras, homme de grant honnesteté et se avoir, le familier de Philippe de Commines et le précepteur de son petit-fils '; Mathieu de Chartres , de l'illustre famille de ce nom, docteur en théologie, gardien du couvent des Cordeliers, estimé le plus lettré du royaume s; Josse Clictou , dit le Maillet des hérétiques, théologal de Chartres, auteur de nombreux écrits de polémique religieuse 3 ; Laurent des Moulins, poète de l'école de Martial d'Auvergne*; l'illustre architecte Jean de Beauce ; Jean Bourdon , Pierre Courtier et Denis de Montaudouin , menuisiers et sculpteurs sur bois : Robert et Nicolas Pinaigrier, peintres-verriers, émules de Jean Cousin ; François Marchand , maître imagier d'Orléans , qui travailla pour les religieux de Saint-Père ; Philippe de Chartres, qui laissa des traces de son ciseau dans l'église de Brou, près Bourg en Bresse.
Mais ce qui surtout assure à Chartres une mention distinguée dans les annales de la renaissance des lettres et des arts ? c'est la part active que prit un de ses enfants à la propagation de l'imprimerie. Dès l'année 1482, douze ans seulement après l'introduction de la découverte de Guttemberg en France , Pierre Plume, savant chanoine de Notre-Dame 5, lit imprimer
1 Mémoires de Commines; Epilogue de Jean SIeidan, du 20 ma» 1548, p. 84t>.
1 Journal de Jean Bouvart.
8 Dibl. chartraine de D. Liron.
4 On a de taurent des Moulins un poème intitulé Calholicon des mal advisès ou Cymetière des malheureux, Paris, 1513; Lyon, 15112 et 153 i, in-8°, et une Epitaphe de la reine Anne de Bretagne, épouse de hmis XII, Paris, sans date, in-8".
• Il tftait d'une famille dVdievins et de magistrats. (Voir Appendice n° 5, fin de ce volume.)
à ses frais, dans sa maison du cloître , par le typographe Jean Dupré, un missel à l'usage du diocèse *. Cette œuvre ayant été heureusement achevée le 31 juillet, comme nous l'apprend une note de l'imprimeur, un bréviaire fut immédiatement entrepris par les soins du même chanoine et terminé le 17 juillet 1483 \ Là semblent s'être arrêtés les premiers essais de la typographie à Chartres; toutefois, si l'on n'imprima plus de quelque temps dans notre ville , on ne cessa pas d'imprimer pour elle. En 1 490 , nous voyons M* Jean
1 Ce magnifique missel in-folio contient 205 feuillets de parchemin; il se compose du calendrier et des offices de Tannée , à commencer par relui du premier dimanche de TA vent. La première page est ornée d'arabesques sur les marges et de majuscules d'or, d'azur ou de pourpre; au milieu des préfaces en rhant noté, entre le folio 90 et le folio 91 , se trouvent deux grandes miniatures dont Tune représente le Christ «n croix et l'autre le Père éternel assis sur un trône à dais gothique. A la fin du canon de la messe, on lit ce qui suit: Ad individue Trinitatis sacrosancte, Dei genitricis et virginis Marie , omniumque sanctorum et sanc tarant f/loriam et honorera, presens Missale, quod pluribus devotissimis suffragiis benemunitum, secundum usum Carnotensem peroptime correctum , in famosissima urbe Carnoti . domo canoniali sita in claustra, sumptibusque venerabilis et discreti viri magistri Pétri Plume, ejusdem insignis ecclesie canonici, per magistrum Johannem du Pré, arte impressoria féliciter insculptum est, die ultima mensis julii anni Domini millestmi quadrtcentesimi actuagesimi secundi. Vos igitnr in ipso oraturi missasque Deo decantaturi, vestrarum orationum omnium pre fatum canonicum omnesque qui huic operi operam dfderunt, participes faciafis, beneficii cujus suarum quarumeumque participes vos faciat ille qui est Deus sublimis et gloriosus vivent et regnans in secula seculorum. Amen. Au bas du feuillet 205 on lit : Explicit Missale secundum usum ecclesie Carrtotensis.
f Ce bréviaire , charmant in-douze en parchemin , est orné de lettres majuscules rehaussées dV et de couleur rouge ou bleu. 11 contient le calendrier, le psautier, le commun des ajxMres , martyrs et confesseurs , les mémoires des Saints , le service de Tannée à partir du premier dimanche de TA veut et le propre des Saints. A la page 81, v°, de la première pagination, à la lin du psautier, on lit : Consummatum absolutumque est hoc psalterium Carnoti , anno domini m° cccc" octuagesimo tercio , quarta décima die mensis apritis, in domo venerabilis canonici magistri Pétri Plume. Orate pro eo. Auf°2l, r°, de la seconde pagination, fin des mémoires des saint* , se trouvent ces mob: April vigesima die complet u m est hoc commune. Orate pro Pelro Plume. Knfin , la phrase suivante est imprimée au bas du dernier feuillet du volume, f° 230, r\ de la troisième pagination : Istud breviarium ad usum insignis ecclesie Carnotensis , optime brevatum et correctum, fecit accuratissime imprimi providus vir m agi si er Pelrus Plume , predicte ecclesie canonicus meritissimus ; anno ab incarnatione domini m0 ccvcu octogesimo tercio, die XVII julii consummatum est.
Le missel et le bréviaire dont je viens de parler appartiennent à la bibliothèque Mazarine, n°» 3iG et 3G1 du catalogue; ils ont déjà été décrits sommairement par M. Ozeray (Hisl. de la cité des Carnutes, vol. 2, p. 111 el 112), d'après les indications de M. Hérisson. La bibliothèque de la ville de Chartres possède un très*kel exemplaire du missel de Pierre Plume.
Remy* pénitencier de Notre-Dame , faire imprimer à par Guillaume Maynial un manuel pour l'administration des sacrements, à l'usage du diocèse; le 13 mars 1508 (1509) parut à Paris la première édition des Coutumes de Chartres , imprimée pour Mc Regnault Latroyne , licencié es -lois, gresfier du bailliage, et pour Raolet Jouan, libraire, demeurant en la rue Muret, à V enseigne de la Montagne du Thabor, près l'église de Saint-Jacques \ Ces tendances philosophiques , artistiques et littéraires faisaient bien augurer d'une ville qui devait donner à la France du XVI* siècle, Philippe Desportes et Mathurin Régnier.
I Je possède un fragment de mandement intitulé : Le pardon donné et octroyé m Révérend père en Dieu Monseigneur l'évesque de Chartres aux bienffàictews 'des quinze vingts aveugles de Pans , nui a été imprimé pendant que la reine Anne dt Bretagne, épouse des rois Charles VIII et Louis XII , occupait le trône (du 16 décembre 1491 au 9 janvier 1514). On voit, en tête de ce fragment, dont les caractères sont en belle gothique, une estampe représentant saint boys, à gauche de cette estampe un écusson de France, et à droite un autre écusson mi-partie de France et de Bretagne.
II existe aussi aux archives du département d'Eure-et-Loir deux fragments de mandements assez anciens, imprimés en gothique. Le premier (de 1524 à 1534) est relatif aux indulgences accordées à l'hôpital des Six-vingts aveugles de la ville de Chartres. Le second , qui est daté (1547), rappelle les pardons accordés aux bienfaiteurs de l'hôpital du Saint-£sprit-en-Saxie à Rome, et annonce qu'on pourra gagner ces indulgences dans l'église Notre-Dame de Chartres.
Il y a lieu de croire que le premier imprimeur résidant à poste 6xe à Chartres fut Me Philippe Hotot, dont la fabrique d'encre était établie en 1550 dans une tourelle voisine de l'église Saint-Michel (Reg. des Echevins; juillet 1550) et qui donna ffttft même année Tes Constitutions synodales de Louis Guillard , et, en 1553, une édition des Coutumes de Chàleauneuf-en-Tliimerais. Philippe Hotot avait succédé comme libraire à Nicolas Flatru , rue du Grand-Cerf.