‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 2 sur 118 · TOUS · texte numérisé non relu

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l'immixtion de l'élément populaire dans toutes les affaires d'intérêt général. Les revenus annuels, qui furent désignés plus tard sous le nom de deniers communs et patrimoniaux, n'étant pas encore créés, on pourvoyait aux besoins pressants par des impositions temporaires votées en assemblées générales des manants et habitants, et l'on se gardait bien d'accorder au Roi des secours qui auraient appauvri les citadins sans profit direct pour eux. Dans le but Renforcer la forteresse qui est la tuicion et sauveté de touz les gens et biens de Chartres et des pals dycnviron et ou toutes gens pour eulx et leurs biens peuet avoir refuge , l'assemblée générale accorda, pour un an à partir du 20 janvier 1358, un subside sur toutes manières de personnes de la ville et banlieue, consistant en 3 livres tournois par tonnel de vin , 2 sous par muid de blé et 6 deniers pour livre de toutes autres marchandises et denrées quiconques vendues. En même temps on nomma, pour faire cuillir, lever et exploiter ledit subside et contraindre tous ceulx qui aucune chose en devront, M° Pierre de Chappes, sous-chantre de l'église de Notre-Dame , Me Jean-le-Vigneron , prêtre scelleur de l'Evêque, et les bourgeois Jean Lambert et Gilles Sequart : on choisit pour encaisser les recettes et en passer écriture ainsi que des dépenses, le bourgeois Guillaume de la Veste. Ces choix furent approuvés par une commission du 6 février, émanée des autorités civiles et ecclésiastiques de la ville, désignées dans Tordre suivant : Mossire Guillaume de Meslay, chevalier, vidame et capitaine de Chartres et du pais d'environ; Messire Pierre de lîouville ou Bouviller, chevalier, bailli dudit lieu ; les vicaires de révérend Père en Dieu M*r l'Evêque de Chartres, et le doyen et chapitre de l'église de ladite ville. Ces seigneurs donnèrent pour instruction à Guillaume de la Veste, par la commission dont il s'agit, de recevoir et écrire en son papier les noms des personnes, les monnaies et le jour de la recette, et iceulx deniers bailler et distribuer par lettres et mandement des esleuz, ou de

deux du moins, dont il y aiet Vun de lestât de clergié et Vautre des bourgois, pour mettre et convertir es repparacions et nécessités de ladite ville et non ailleurs; toutefois, comme correctif à l'égoïsme de la mesure, il fut réservé que les élus bourgeois pourraient , sans en référer à ceux du clergé, distraire de la recette jusques à la somme de quatre cenz livres pour plusieurs nécessités et mandemens du Roy. Afin d'exciter le zèle de Guillaume de la % Veste, on lui alloua, à prendre par sa main des deniers de la dicte recepte9 cent livres tournois une fois tant seulement.

Le subside voté, en y comprenant une taille particulière pour la construction du versoir de la porte Imbout (le Vieux- Trou), produisit la somme de 8,620 livres 13 sous 4 deniers, sur laquelle on employa 7,257 livres 1 1 sous à acquitter des dettes anciennes et à faire de nouvelles dépenses dansPintérét de la ville. Il résulte du compte rendu par Guillaume de la Veste et de divers autres documents, que, pendant les années 1357 et 1358, on détruisit une partie des faubourgs, l'église Saint-Saturnin alors cxtra-muros, le couvent des cordeliers dans le Grand-Faubourg, l'hôpital Saint-Julien et Saint-Gatien ', les ostels Jean de Cloie, Jean de Bissay, Béguin et Guillaume Morbier, les murs des étuves et la grange de l'Aumône, la maison de Guillaume Jourdain à Mainvilliers, le chàtel de Lèves, la Forte-Maison et le fortin de Sours , afin que les ennemis ne pussent s'y loger; on solda une bande debrigans *, sous le commandement du capitaine Marquetin de Lucques, pour tenir garnison dans la ville ; on arma les murailles de pièces d'artillerie 8; on continua le creusement des nouveaux fossés, de

1 Voir vol. 1", p. 250, 296 et 350

* A Marquetin de Lucques . sur ce qui pourra lui estre deu pour les gages de LUI paies des origans qui dévoient servir la ville, par un mots, CLXV livres, XII sous, VI deniers. (Compte de 1358; Arch. de la Mairie.) On appelait brigands des gens de pied portant la brigandine, espèce de cotte de mailles.

3 Pour faire manteaux à mine et pour appareiller certains canons et manteaux, XIV livres, IV sous, IX deniers; — à Guillaume Le Fèvre, du cloistre, pour le

fa Gourtille à la porte Imbout ; on entretint des cominnnications fréquentes avec les bourgeois de Paris et d'Orléans f. Les travaux des fortifications furent exécutés d'abord sous la direction du vidame Guillaume de Meslay, capitaine de la ville, puis, à partir du mois d'août 1358, par les soins du sire Jean de l'Estendart, chevalier de grand renom, que les Chartrains avaient demandé et obtenu pour capitaine \ Ce seigneur trouvant la garnison insuffisante pour le service d'une place de guerre telle que Chartres , exigea l'adjonction de cinq compagnies d'hommes d'armes et d'archers commandées par les sieurs Hurlequin du Trait , Guichart de Montigny, Guillaume d'Yenville, Thomas d'AUonnes et Guillaume de Villiers; l'assemblée générale des habitants fut forcée , quoiqu'il en coûtât , d'imposer une nouvelle taille sur les paroisses pour payer la solde de ces troupes, et cette dépense s'éleva, du 19 août au 2 octobre 1358, à la somme de 1,145 écus 8. Plusieurs chevaliers de haute distinction vinrent pendant cette année visiter la ville ; on les hébergea et ils reçurent des présents proportionnés à leur qualité, à la durée de leur séjour et à leurs bons offices; on fit principalement accueil aux sires Reguault de Gouillons,

rest qui li estoit deu des canons que il a livrez à la ville et pour ferrures d'espringalles, artillerie et martinez, XII litres, X sous; — à A/c Jehan-le-Vigneron , procureur de sire Jehan Chauvel , pour XIII milliers d'artillerie que il a vendue à la ville , et laquelle artillerie il doit livrer à Martin de Uspinette , pour la ville, CCI livres, V sous. (Compte de 1358; Arch. de la Mairie.)

1 A un vallet qui apporta lettres à la ville de par le Prévost des marchant , / livre, XII sous; — a Jehan Rivier, messaiger des bourgois d'Orliens, qui opporta lettres à la ville de par lesdiz bourgois , I livre ; — à Henriet-lc-breton , tavernier, pour porter à Paris unes lettres, de parle capitaine de la ville, I livre, V sous; — à Ai. Jehan de Dreux, pour plusieurs mesaiges que il afoiz pour la ville à Paris à Mire Geuffroy-le-Boutellier, IX livres; — à Yvonnet Terciau pour porter unes lettres du capitaine à Ga lardon à M. Aubert de Lauvere, V sous; — à M. l'évesaue de Ruxton (lie us se) pour ses despens dater, demorer et retourner devers M. le duc pour plusieurs besoignes touenans la ville, XXX litres. (Ib.)

* A Estienne Perier , pour la despense que il fist avec M. le Capitaine, quant il furent par devers Mvr le Régent tmpétrer que il fust capitaine de Chartres et du pais aenviron, XIII livres. (Ib.)

8 Regnault Sauger, archidiacre de Vendôme, et Gilles Sequart furent élus ens assemblée générale pour procéder à la paie des gens d'armes. (fi>.)

Maupiu île Marolles, d'Àubigny, Foulques de Laval et Guyle-Baveux '.

Ces préparatifs n'étaient pas inutiles, car un ennemi astucieux et encore puissant avait les yeux sur Chartres. On apprit en 1359, par les révélations d'un religieux jacobin, que Charles-le-Mau\ais machinait on coup de sa façon. Ce jacobin, appelé Irère Jacques de Montcliauvet , raconta que , vers la Chandeleur, se trouvant à Meulan, à la cour de Navarre, le jeune monarque avait demandé en sa présence, à M" Ebles de Sainte-Marie, chanoine de Notre-Dame *, si l'on pourrait trouver trente bourgeois disposés à lui ouvrir les portes, attendu qu'il avilit Chartres fort ù ijré, lui ayant été donné en mariage '. et si, dans le cas où Paris et d'autres villes le nommeraient régent, les Chartrains le reconnaîtraient, lx1 religieux ajouta qu'il avait parlé de cette conversation à Guillaume de Vecie et à l'évèque de Reusse, religieux de sou ordre. Cette dénonciation ne parait avoir eu de suite fâcheuse que pour le pauvre jacobin, qui fut mis en prison.

Charles-le-Mauvais ne comptait pas seulement, pour réduire Chartres, sur les intelligences fort douteuses qu'il pouvait avoir parmi les habitants, il avait surtout confiance dans le succès de ses auxiliaires d'outre-mer, nouvellement débarqués en Normandie. Les bourgeois chartrains se tinrent coi derrière leurs murailles et échappèrent aux surprises des coureurs anglais; mais en a'vanche le plat jmijs eut beaucoup à souffrir, et la mesure des maux fut à son comble vers la fin de l'année, si l'on

1 Compte de 135)4; Arch. de la Mairie.

* Le ehanoiw Ehles de Sainte-Marin fui , en euel, député pur ses. confrères, â Pan-, prés (lu liép'iil , vers la Piiriliejlinu ' VJintuMmr i I D'A) . | ■ i traiter rer-

taines affaires de révise, i Ut;/ ■ti/iit., Séame de la l'uriliiatinn !;iô!t.| Il est probable qu'au reluur, cet eieli.';.ia-lii]i[r passa par Meulan.

" Chartres ne fut pas donné à C I a r! es- le- Mau vais uar mariage; ctt déclarant ce

Citée majeur, par lettrt' du * lévrier KtW, peu de temps avatil son mariage . le mi n lui lit la iii'hvrantv de ses -jens tenantes de Normandie, el y joignit seuln-

mrul les domaines île M;iules, Meul.in, Anet, lire val el Moi il chauve t. (Secousse, Mimoiru sut Gtwto la Mmiotii, Preuves, p. 53. Pièee evlrniie du mémorial C de la chambre des Cumules. fu 113, verso.)

en juge par le cri de douleur échappé aux chanoines et consigné dans le procès-verbal de la séance capitulaire de la Purification 1360. « La persécution dirigée contre l'église de » Chartres, dit le rédacteur de ce procès-verbal, n'est compa- » rable qu'à celle de Jérusalem ; il n'y a plus d'amis, les gens » chargés de notre défense nous faisant plus de mal que les » ennemis ; personne ne sait s'il faut quitter ou habiter la » ville ; tandis que nos maisons sont pillées, l'incendie dévore » nos domaines ruraux ; nos hommes de corps , nos hôtes, » sont tués ou faits prisonniers * ; non seulement nos débiteurs » ne nous payent pas , mais les mandements des tribunaux » ecclésiastiques sont méconnus et les armes de l'Eglise bra- » vées impunément. La justice est partie pour la terre de cap- » tivité avec le roi des Lys ; plus de confiance dans la sauve- » garde royale , et le sauf-conduit des Anglais est en horreur » aux nobles et au peuple ! C'est pourquoi nous , chanoines » de Notre-Dame, réunis en assemblée générale de la Purifica- » tion, arrêtons ce qui suit : 1° Les fruits et émoluments des » prébendes qui, d'ordinaire, appartiennent divisément aux » chanoines prébendiers, sont mis en commun et distribués » entre tous les chanoines, pour que chacun puisse avoir un » morceau de pain à rompre ; 2° chaque chanoine résidant, » en état de combattre, se munira d'armes convenables; » 3° chaque chanoine invalide fournira un remplaçant valide ; » 4° en outre , chaque chanoine aura à son service et entre- » tiendra k ses frais et dépens deux écuyers et un page armés » de manière à pouvoir résister aux coups de l'ennemi ; 5° ces

1 Les bandes ennemies qui rôdaient autour de la ville firent prisonniers , pendant les années 1358 et 4359, un certain nombre de chartrains; les comptes et les capitulâmes citent, en uarticulicr , les bourgeois N.de Bétaincourt , GilotHogot, Jacques Founiigaut, Gilot Viron et Gautier-le-Boulanger, sergent du Cbapitre. La rançon d'un bourgeois consistait ordinairement en un tonnel de vin. Pendant ces années désastreuses les travaux de la campagne furent abandonnés, on n'ensemença qu'une petite partie des lerres de la Neauce, et le blé qui valait, en moyenne, 5 ou 6 sous le setier, se vendit jusqu'à 50 sous à la Purification et 3 livres 4 5' sous à la Saint-Jean 1360; c'est le plus haut prix qu'atteignit le setier de blé pendant tout le XIVe siècle.

» quatre personnes : le chanoine, les deux écuyers et le page, » se présenteront en armes à toute réquisition du Chapitre ; » 6° pour que la fraude ne puisse se faire, il y aura montre des » hommes d'armes du Chapitre mardi prochain et le premier » mardi de chaque mois jusqu'à la Saint-Jean ; 7° les chanoines » pourvus de deux prébendes fourniront le double de gens, » c'est-à-dire quatre écuyers et deux pages. » Nous ne savons si ces belliqueuses mesures, moins à l'adresse des Anglais qu'à celle des hommes d'armes un peu pillards de la garnison, en imposèrent beaucoup aux amis et aux ennemis des chanoines. Le roi d'Angleterre, parti de Chàtillou , près Montrouge, le 12 avril 1360, pour se rendre en ce bon pays de Beauce f, traversa avec son ost toutes nos plaines et s'arrêta à Bonneval, puis à Châteaudun, où le rejoignirent les négociateurs français envoyés par le Dauphin, régent du royaume. Edouard revint avec eux vers Chartres et alla se loger dans le village de Sours, lieu choisi pour les négociations. La conférence, commencée le 1er mai, continua pendant huit jours, sans que le roi d'Angleterre voulût se départir de ses exorbitantes prétentions. On allait reprendre les armes, lorsque la résistance du vainqueur fut adoucie par un événement qu'il regarda comme un avertissement du ciel. Le 6 mai, pendant que les traiteurs francois alloient et prêchoient ledit roi et son conseil, un temps, un effondre et un orage si grand et si horrible descendit du ciel en Vost du roi d'Angleterre, que il sembla bien proprement que le siècle dût finir ; car il chéoit de l'air pierres si grosses que elles tuoient hommes et chevaux et en furent les plus hardis tout ébahis. Adonc regarda le roi d'Angleterre devers Véglise Notre-Dame de Chartres, et se rendit et voua à Notre-Dame dévotement, et promit, si comme il dit et confessa depuis, que il syaccordcroit à la paix \ Lo

1 Chron. de Froissart, M. Duchon, vol. itr, p. 430. * lb., p. 432.

lendemain 7, Edouard se rendit à Chartres, fit ses dévotions à Notre-Dame et vénéra la Sainte Chemise ; le Chapitre reçut avec de grands honneurs le monarque anglais, qui laissa à Péglise des marques de sa générosité \ Le traité auquel le roi Jean dut sa liberté en échange d'une énorme rançon et de l'abandon des plus riches provinces de France, fut signé le 8 mai au petit château de Brétigny, près Sours *. Parmi les plénipotentiaires français se trouvait Jean d'Angerant, doyen du chapitre, qui ne tarda pas à arriver à une haute fortune. Le samedi 9 mai, les commissaires anglais partirent de Chartres pour Paris, où ils reçurent le serment du Régent ; ce prince, après les avoir magnifiquement traités, les renvoya le mardi 1 2. Edouard leva alors le camp de Sours, coucha une nuit à Chartres, et à lendemain vint-il dévotement et ses enfans en l'église Notre-Dame , y ouïrent messe et y firent grandes offrandes et puis s en partirent et montèrent à cheval*. Vost anglais tira vers Harileur.

1 Le vendredi 1er mai, jour de Saint-Philippe et Saint-Jacques, le Chapitre avait lait faire une procession générale, pour la paix, à Saint-Père en-Vallée. Le roi d'Angleterre avant manifesté l'intention de venir , en pèlerinage , vénérer la sainte Chemise, le jeudi d'après la saint Jean-Porte-Latine (7 mai), le Chapitre s'assembla à la hâte et décida que le Conseil de France et le seigueur Chancelier, de présent à Chartres, seraient consultés sur la conduite à tenir en cette circonstance. On permit aux chanoines de satisfaire le roi d'Angleterre et le pèlerinage eut lieu. Le lendemain vendredi , 8 mai , la paix ayant été signée , le Chapitre fit placer la châsse sur l'autel et prescrivit qu'elle fût exposée aux regards de tous les pèlerins. (Souchct, d'après les reg. capit. — Hérisson, Dissertation, n° X, à la suite de VHist. de la cité des Camutes, par Ozeray, vol. 2, p. 375.)

* Citron, de Froissart, vol. 1er, p. 432 et suiv. — Chron. de Saint-Denis, ch. 122 et 124. — Rymer, Acta publica, p. 202 et suiv. — Il ne reste plus aucun vestige de l'ancien château de Brétigny, hameau de la commune de Sours.

3 Chron. de Froissart, p. 439.

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