‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 31 sur 118 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

avait dépéri entre les mains du principal, Nicolas de Bas te. Le rétablissement de Tordre fit songer à relever les bonnes études à Chartres , et la grande réputation de pédagogie des Jésuites fit jeter les yeux sur eux pour accomplir cette mission. Par délibération du 20 mai 1 605 , les échevins chargèrent le procureur du Roi et le doyen du Chapitre d'inviter l'Evèque à s'intéresser à l'établissement de ces religieux. Le prélat prit si chaudement l'affaire à cœur, que , dès le 28 juin , il fit parvenir à la Chambre des lettres du Roi, portant l'autorisation désirée l. Des pourparlers furent aussitôt entamés avec le Père provincial par M. de La Pacaudièrc, échevin, au nom de la ville * ; mais il résulta du relevé approximatif des dépenses , que l'installation des PP. coûterait environ 9,000 livres, et la misère des temps ne permettait guères de réunir une pareille somme (13 septembre) 8. Abandonnée, pendant toute l'année 1 606 , au grand détriment des classes du collège , l'affaire se renoua, au commencement de 1607, dans des conditions qui paraissaient meilleures. Les Jésuites consentaient à sfe contenter de 3,000 livres, à prendre, jusqu'à concurrence de 2,000 livres, sur le bureau des Pauvres, et le surplus, sur les libéralités des particuliers et les revenus de la prébende préceptorale. Le chancelier deBellièvre, quoique favorable à la congrégation, ne voulut pas approuver un traité qui entamait le patrimoine des pauvres. On lit en vain appel, au mois de mars , à la générosité des citoyens pour combler le déficit ; cette tentative échoua, et, de guerre lasse, il fut interdit, à la requête du procureur du Roi , de parler davantage des religieux *. Pendant ces négociations, l'exercice du collège avait cessé si complètement , qu'on en était réduit à envoyer les

1 lieg. des Echevins. — L'assemblée, du clergé donna , le «i juillet , son adhésion au projet de substituer les pères Jésuites aux récents du collège. (Papiers du Chapitre; Areb. départ.)

* lieg. des Echevins; Séance du 30 août.

3 Ib.

" lb.; 20 mars.

enfants étudier dans les petites villes voisines. La Chambre jugea, enfin, qu'il n'était plus possible de surseoir à la réorganisation des classes , et elle envoya à Paris , au mois de juin , quelques membres du Chapitre avec mission de faire choix d'un certain nombre de régents instruits; les gages de ces professeurs , évalués à 4 ou 500 livres par an , devaient être empruntés en partie sur la caisse du bureau des Pauvres, jusqu'à ce que Taffluence des élèves procurât des bénéfices à la maison * . Grâce au zèle que déployèrent les délégués , les études purent être reprises au mois d'octobre, malgré les clameurs des maîtres d'école , qui ne voulaient pas conduire leurs écoliers aux cours et dont on dut vaincre la résistance par la menace du procureur du Roi \

Mme la duchesse de Nemours et de Chartres étant morte au mois de mai 1607 , la ville fit célébrer un service à sa mémoire dans la cathédrale \ Le duché fut attribué sans contestation à son fils Henri de Savoie , duc de Nemours.

En janvier 1 608 , malgré le froid extrêmement rigoureux qui régnait , le Roi fit faire à Chartres la montre de la compagnie des gendarmes Dauphin, dont M. de Souvré était lieutenant et M. d'Oinvillc maréchal-des-logis \ Les frais de séjour de cette compagnie restèrent à la charge des habitants, qui furent encore taxés, au mois de février, à la somme de 6,000 livres, pour leur part dans une taille exigée des villes de la généralité d'Orléans V Une autre dépense imprévue

1 Reg. des Echevins; 12 et 26 juin.

* lb.; Séance du 3 octobre.

* Services faits à la cathédrale, aux frais de la ville , les jeudi 31 mai et vendredi 1er iuin. (lb.) — Les entrailles de cette princesse avaient été mises en terre, le vendredi 18 mai, dans le chœur de l'église des Augustins de Paris. (Journal de Lestoile, vol. 2, p. 425.)

4 Reg. des Echevins; 4 et 9 janvier. — Plusieurs personnes furent trouvées mortes de froid par les champs mesme, entre Chartres €t Orléans. (Journal de Ustoile, vol. 2, p. 446.)

* Reg. des Echevins; 26 février. — Un arrêt du Conseil, du 21 janvier 1610, réduisit cette somme à 5,000 livres , sur fa représentation faite par les habitants de

greva, au mois de septembre, les finances municipales. La Reine avait dû venir en pèlerinage à Notre-Dame le 25 mars; son voyage , remis au 7 septembre , pour la fête de la Nativité , et annoncé par le Roi aux échevins le 1 8 août * , fut reculé jusqu'à la fin d'octobre. Comme Marie de Médicis n'avait pas encore été reçue en reine, la Chambre jugea convenable cette fois de dépasser en magnificence les plus belles fêtes données jusqu'alors aux souverains, à leur première entrée à Chartres. On fit construire des portiques et des théâtres ornés d'armoiries , de portraits , d'emblèmes et de devises * ; un sculpteur et un peintre habiles ' disposèrent une statue de femme qui jetait par les mamelles du lait et du vin; on acheta des fruitiers en argent pour contenir les confitures d'honneur4; les notables divisés en bannières, les compagnies de la milice, les vidamicrs, les Bazochiens et les enfants du collège, tous habillés de neuf, devaient faire parade dans l'escorte de la Princesse ; des harangues avaient été composées et apprises tout exprès pour la circonstance '• Ces pré-

leur pauvreté , de la ruine du pays et de la richesse du clergé. (Pancarte municipale, vol. 2, p. 81.)

1 Reg. des Echevins; 24 août. — L'évéque Philippe Hurault fit son entrée officielle le 28 août , pour être en mesure de figurer à la réception de la Reine dans la place d'honneur que lui assignait sa dignité.

* 2 septembre. — Le peintre Qucstcl se chargea de cette décoration, moyennant G00 livres tournois. (Reg. des Echevins.)

3 Le peintre s'appelait Nicolas Pauvert et le sculpteur Barthélémy Phelippeau; la sculpture coûta 20 livres tournois et la peinture et la dorure 36 livres. (IbJ

4 22 septembre. — On avait eu d'abord l'intention d'acheter tin vase et son bassin, mais, de l'avis de l'Evéquc et de M. de Montescot, on se décida pour des fruitiers, comme étant de meilleur goût. M. de Gyvès, écheviri, fut chargé de l'acquisition.

8 Les dispositions prises pour l'entrée de la Reine méritent d'être conservées dans leur entier :

10 octobre. — Les enfants du collège seront habillés de neuf pour rentrée de la Reine.

13 octobre. — La Reine entrera par la porte Saint-Michel, et non par la porte Drouaise.

\i octobre. — Le jeune Florent de Ganneau, écolier de la première classe, sera chargé de débiter la harangue.

15 octobre. — M. de Limours, bailli, a promis T>0 armes complètes pour la milice. — On retient le sieur Drouart, joueur de hautbois, pour jouer et avertir les joueurs des environs et faire des répétitions ensemble.

puratifs furent inutiles; lu visite royale u'eut pas lieu. Le Roi m informa la ville, le 27 octobre, alors qu'on avait déjà l'ait pour 2,835 livres do dépenses en achats et main-d'œuvre '. La Heine passa par le Coudray à la fin de mars 1609, mais on se borna à tenir les chemins en état et à nettoyer les abords du village V Cette année fut, d'ailleurs, si l'on peut s'exprimer ainsi, une année do nettoyage et d'apurement. Pendant les mois de mars et de mai, les échevins firent curer les rues et les fossés % et, au mois de septembre,

18 octobre. — Ordonnance générale : f " M. Guichard, échevin, sera envoyai la Cour avec leilrcs [mur MM. de Chàleauueux , de Louiénie et l'helipneaux; il reconnaîtra les chemins en allant et eu donnera ai is aux maréchaux-iles-lnius .

"i" M. Esnault, écheviu, aura charge de marédial-des-logis de la Reine depuis Ëlainues jusqu'à Chartres;

3" hi llmlliilll gmnl, Mp- l'Evéque al MM. dcThéré, Du val , Ctiichard el Martin, échevins. iront au-devant de Sa Majcsiê jusqu'à Ouarvillc;

.1" L'infanterie de la ville, au nombre de huit compagnies, se rendra, sous les ordres du colonel et du servent -major, devant le Cord;

"i" On dressera à l'entrée de la ville un thé.Ure recouvert de tapis de Turijuie , duquel on montera, au moyen de trois marches île quatre ponces chacune, sur un second théâtre où sera placée la chaire de la Heine surmontée il un dais à queue traînante. Cette partie de la décoration sera conliée aux soins de MM. de Gyvés, Masson et Martin, assistés de 10 sergents. — Les rues par lesquelles passera le cortège seront tendues. — il y aura un portique à la porte Saint-Michel et un autre â l'Elape-au-Viu; une couronne sera suspendue aux Qu a Ire-Coi us. — Ij fontaine ci-dessus ordonnée ( ta femme jetant du lait et du vin par les mamelles) sera placée devant l'hôtel-dc-ville , et ou bouchera ia |«tile rue de fa l'oissnuiierie aliu de dissimuler l'artifice de la dite fontaine; |mtir ce l'aire <>u enlèvera le |Kile:iu et le mai des bazoehiens. — Us enfmls d'honneur sortiront de la cour de la Tour-le-Rui pour (aire la révérence à la Reine. — Us cornels-à-bouquins et hautbois seront mis dans la chambre de MM. les Elus. — Il y aura un troisième porliqiii' rue des Changes et des armoiries dans le cloître. — Trois ou quatre trompettes, placés sur le ravelin de la porte Saint-Miche! , sonneront à IVnlrvc de la Reine; f\i hissera du canon sur ledit ravelin pour les salves d'honneur. — Sur le théâtre de la Reine se trouveront tous les corps el communautés qui doivent faire harangue, savoir -. M. de Chartres et tout son clergé; MM. du l'résidial, accompagnés de six avocats et de six procureurs des plus anciens; M.M, de la Chambre de ville avec le Président des consuls, les quatre consuls en .-barge et sept bourgeois; MM. de l'Election, — A la descente du théâtre, le dais sous lequel marchera Sa Majesté sera jmrt>' par les quatre plus anciens échevins. — On offrira à la Reine des conduire* dans deux fruitiers fournis par le sieur Laliavc, orfèvre de l'aris. et on présentera le vin il honneur aux princes et seigneurs de la suite. , Heg. des Ethevint.)

1 i novembre. — On vendra les préparatifs, honnis les peintures; ou paiera 30 livres à Jean Godier, pour Ti aimes de taffetas incarnai employé à doubler la couronne des (Jualre-Coins , et iH livres à Nicolas Arnoul et l'ierrr l'hit, armuriers pour six don/.; s de hausse-cols destinés aux piqiuers. (Ib.)

' Ib ; Séance du 83 mars |0M

1 :ll mars. Orilrr île déguiser le- mil lires . «avoir ■ |K>ur le; quartier- île-

M. Mauclcrc, ancien receveur- général du bureau des Pauvres, rendit le compte des recettes et dépenses effectuées pendant la peste, du 1er mai 1597 au 30 avril 1599. Le fléau avait coûté 3,601 livres tournois '.

Une épouvantable nouvelle parvint à Chartres dans la journée du 15 mai 1610; Henri IV avait été assassiné, le 14, par Ravaillac. On se mit aussitôt en mesure do maintenir la ville sous l'obéissance du roi Louis XIII et de Marie do Médicis, sa mère. On partagea la garde des portes entre les magistrats les plus notables : celle des Épars échut au lieutenant-général Chouayne ; celle Châtclet , à M. Guérin , lieutenant particulier; celle Drouaise, à M. Robert, conseiller au bailliage; celle Guillaume, à M. Charles Cheron, sieur de Saint- Gheron, conseiller-notaire et secrétaire du Roi ; celle Morard, à M. Brizard, président en l'Élection, et celle Saint-Michel, à M. le prévôt Robert. En attendant que M. de La Frette, gouverneur, alors absent, pût venir donner ses ordres, on établit des corps-de-garde, on arma les murailles et on prescrivit aux habitants de préparer des poinçons devant leurs portes ; on agit, en un mot, comme si Ton se fût trouvé en présence de l'ennemi \ Le 17, les officiers et les membres du corps de ville prêtèrent serment entre les mains de M. de La Frette 8; le 19 , on reçut des lettres do la Reine-

Epars et ChAtelct , dans la Fosse-aux-Bretons ; pour le quartier Saint-Michel , dans 1*' fosse du ravelin de la porte; pour le quartier Morard , près de la maison de Ghahin, panheminier; pour le quartier Guillaume, près de la maison du Lion-d'Or; pour le quartier Drouaise, es trois premières raves juxte. Saint-Julien.

11) mai. --Ordre de lever le lançoir de la Courtille pour nettoyer les fossés et éviter la perte totale du poi.sson à rause de la houe et du peu d'eau. (Heg. des Ecitev.)

1 Ib ; Séanee du 15 septembre. — L'année \tiiY.) ne fut pas exemple de maladies contagieuses; si Ton en enut Lestoile (vol. 2, p. 52ÎM, il mourut à Chartres , au mois d'août , sept à huit cents enfants de la petite-vérole.

2 lin/, drs Kcherins; Séance du 15 mai. — l'n arrêt du Conseil du IX février If) 10 avait autorisé la ville à appliquer chaque année aux travaux de défense une somme de 2.IH.H) livres, à prendre sur la recette de l'impôt établi en 11504. (Voir suprà , ii. ;>(>!), noie \™ . i — l^crs réparations à taire aux murailles étaient alors estimée* à .l!),t)7N livres, (l'unvurte municipale, vol. i, p. ÎJ5.)

* Prirent part à cette prestation de serment, MM. Chouayne, lieutenant-général, Michel Grenet, lieutenant criminel et capitaine du quartier des Epars, Etienne Gué-

régente, ordonnant de garder l'édit de pacification et de faire participer les réformés aux exercices et corvées de la milice bourgeoise; le 22, MM. Chouayne, lieutenant-général , et de Gyvès et Masson , échevins , députés par la Compagnie , furent admis à prononcer le serment solennel de fidélité entre les mains du Chancelier \ Le cœur de Henri IV, légué par testament aux Jésuites de La Flèche, arriva à Chartres le 31 au soir f; il fut reçu par le clergé, les échevins, le gouverneur et la noblesse du pays, et déposé dans l'église des Capucins, où il passa la nuit. Le lendemain, après les prières , le cortège reprit sa marche par la route de Nogentle-Rotrou. On célébra, selon les intentions du jeune Roi, un service à Notre-Dame , pour le repos de l'âme du monarque défunt, le dimanche 20 juin et les lundi, mardi et mercredi suivants ; la décoration du chœur , la chapelle ardente , les belles armoiries et l'oraison funèbre furent très-admirées \

Quoique la régente , rassurée sur la tranquillité du royaume, eût fait cesser les gardes dès le 15 juin, M. de La Frette ne crut pas devoir quitter son gouvernement dans ces circonstances; il s'établit dans la maison canoniale de la rue des Lices, que la ville louait, pour cet usage, de M. Girardot, chanoine et archidiacre de Dreux *, et resta à Char-

rin, lieutenant particulier et capitaine du quartier Châtelet, Guy Robert, prévôt royal et capitaine du quartier Saint-Michel , Jean Fresnot , avocat du Roi , Jean Grenet, procureur du Roi ; Louis Chicoineau, archidiacre de Dunois, et Gilbert Lorin, chanoine de Notre-Dame, échevins ecclésiastiques; Jean de Gyvès, Guillaume Masson , Paul Duval , Jean Edelin , Laurent Martin , Jacques Fresnot et Jean Troillard , échevins laïcs; Jacques Le Fachu, contrôleur des deniers communs; Charles Chcron, sieur de Saint-Cheron , conseiller-notaire et secrétaire du Roi et capitaine du quartier Guillaume, François Brizard, président en l'élection et capitaine du quartier Morard, Jean Robert, conseiller au bailliage et capitaine du quartier Drouaise. (Pancarte municipale, vol. 2, p. 91.)

1 Heg. des Echevins.

* lb.; Séance du 1er juin.

8 20 iuin. — Chœur tendu de velours noir; quatre écussons portant les armoiries royales de chaque côté; deux écussons sur le maître-autel attachés à deux cierges; chapelle ardente , au milieu du chœur , garnie de dix douzaines de cierges et tendue de velours noir décoré de dix écussons. (lb.)

4 lb.; 30 juiu. — D avait été question d'acheter une maison pour le Gouverneur,

très pendant presque tout le reste de l'année. Mais, au mois d'avril 161 i , comme il revenait d'un voyage dans ses terres, il trouva les portes fermées par ordre de Marie de Médicis. H avait été entraîné , ainsi que le comte de Cheverny , gouverneur de la province, dans la disgrâce du duc de Sully *. Cependant il parvint à se justifier et rentra en charge le 1 8 juin , pour faire reprendre les gardes pendant la tenue de rassemblée protestante de Saumur, qui ne laissait pas que d'inquiéter un peu le Gouvernement \ Le service de la milice cessa au mois d'août 8 ; le Roi vint en pèlerinage le 1 1 septembre , et le reste de Tannée se passa assez paisiblement pour les bourgeois. Au mois de mars 1612 , un démêlé assez grave s'éleva entre les échevins et M. de La Frette, au sujet de la possession des clefs de la ville. Le gouverneur voulait en être seul chargé pendant le temps de sa présence à Chartres ; messieurs de la Chambre prétendaient qu'ils avaient le droit d'en conserver une partie. C'était un contrôle dont la ville était jalouse , car elle ne se souciait pas d'être, par le fait de son gouverneur, à la merci du premier ambitieux venu. Le procès porté devant le Conseil durait encore au mois de novembre 1614; la ville exeipait principalement de ce qui se passait à cet égard à Mois et à Orléans et d'un certificat par lequel M. de Cheverny, rentré en faveur, attestait qu'il s'était toujours contenté de moitié des clefs lorsqu'il était venu à Chartres en qualité de gouverneur de la province. Enfin, le 13 août 1615, une transaction fut réglée entre les parties par la médiation du maréchal de Souvré; on convint que; lorsque M. de La Frette serait à Chartres, la conqKignie lui présenterait toutes les clefs et le prierait de se contenter de la moitié, ce qu'il accep-

rt la Chambre avait décidé celte acquisition, d'accord avec le clergé, dans la séance du l juin; jnai< il ne paraît \m< qui; ce projet ait été réalisé. [Papiers du Chapitre; Arrli. départ.)

1 Lettres ilr la Hf'^nilt* , du 2î> mars. lUvy. dvs Echevins.) 1 Lettre ilr la lîéiiente du 1 S juin et Séance du 17 juillet. (\h.) * Lettre île la fîi'p'ntr du 1 S août. (Ih.j

terait. MM. Arnault et Haligre, conseillers au Grand-Conseil , ne furent pas étrangers à cet accord, qui sauvegardait l'intérêt de la ville tout en satisfaisant la susceptibilité du gouverneur \

La peste reparut dans la pays chartrain et le Perche pendant les années 1612 et 1613. Vendôme, Bellesme, Saint- Eliph , Bretoncelle et La Loupe , eurent beaucoup à souffrir ; mais les mesures prises par les échevins de Chartres sauvèrent la ville de cette cruelle épidémie \ La salubrité de l'air y décida même, au mois de juin 1613, la tenue du chapitre provincial des Cordeliers. Cette réunion donna lieu à de belles cérémonies auxquelles vinrent s'ajouter encore les solennités de la réception que l'on fit à M. François de Gruel , sieur de Gerautrouze , survivancier de son père dans le gouvernement particulier de Chartres ', et les honneurs que l'on rendit au Roi dans une visite qu'il fit à Notre-Dame le 12 août.

Malgré son système de concessions , la Régente ne pouvait parvenir à maintenir la concorde entre les princes. Condé, Nevers , Mayenne , Vendôme , Bouillon et Longueville , quittèrent brusquement Paris, à la fin de janvier 1614, et réunirent des forces en Champagne. M. de La Frette et les échevins furent avertis de cet événement par un message de la Reine, du 13 février \ Sa Majesté invitait fortement les habitants à se conserver dans l'obéissance du Roi, et elle ajoutait qu'elle espérait bientôt ramener les princes, avec lesquels le duc de Ventadour et le sieur de Boissise , conseiller d'État , devaient entrer en négociations. Cette levée de boucliers se termina, en effet, le 15 mai, par la paix de Sainte-Menehould , et les gardes cessèrent à Chartres à la fin du mois, en vertu d'un ordre de la Reine. Une des principales conditions du rap-

1 Heg. des Echevins; 19 mars 1612, 29 septembre, 10 novembre el 9 décembre 16U, 13 août 1615.

f lb.; Séances des 18 septembre 1612 et 10 juin 1613.

3 lb.; 10 juin.

; Lettres de la Régente de ce jour, (lb.)

prochement des princes était la convocation des États-généraux. Des lettres closes, en date du 0 juin, enjoignirent aux gens de Chartres de députer dans les trois ordres des personnes notables pour représenter le bailliage. Les élections se firent au mois d'août, et les suffrages se fixèrent sur l'évoque Hurault de Cheverny, pour le clergé; Charles d'Angennes , marquis de Maintenon , pour la noblesse ; Chouayne, lieutenant-général , et Jacques des Essarts, conseiller au bailliage , pour le Tiers-État * .

Au lieu d'attendre l'ouverture des États, les princes compromirent leur cause par de nouvelles tentatives à main-armée. Cette fois, la Régente eut recours à la force; elle rassembla quelques troupes, fit partir le Roi avec elle le 5 juillet, et, dans une campagne de deux mois, pacifia les provinces de l'Ouest agitées par les rebelles. Louis XIII , qui allait atteindre sa majorité , voulut que son retour à Paris fût célébré par de grandes réjouissances. Le 30 juillet, les échevins reçurent la nouvelle du passage probable de Sa Majesté par la ville ; le Roi et la Reine-mère arrivèrent, en effet, le 12 septembre, et la réception fut digne d'eux , car on brûla 460 livres de poudre à canon et on dépensa, pour les préparatifs et les cadeaux, 5,159 livres tournois1.

1 Heg. des Echevins

2(> juin. — Commission du ttailli, transmettant a la Chambre les lettres closes du Roi et de la Régente.

±) juillet. — Délibération de la Chambre , portant qu'il y a lieu d'élire deux ou trois notables personnages du Tiers-Etat, lesquels se rendront le li août prochain à rassemblée des Etats provinciaux du bailliage pour taire rapport des remontrances, plaintes et doléances résolues.

7 août. — Assemblée générale des paroisses dans laquelle on arrête les remontrances et ou élit MM. Chouayne, Lemaire, Jean Lambert et Laurent Martin pour porter la parole aux Etats provinciaux.

ii août. — Etats provinciaux tenus à la Tour-le-Roi et élection des députés aux Etats généraux.

Une délibération du 1er décembre 1015 fait connaître que, sur la commission de M. le Bailli ou sou lieutenant, commi^aire du Tloi eu cette partie, les vacations do MM. Chouayne et des Essarts, députés du Tiers-Etat, furent fixées à 842 livres 5 sous (> deniers.

* Heg. des Echevins; Séances des 30 juillet, 11, 16 et 17 septembre.

30 septembre. — Donné 25 livres à Jean Lamy, pauvre serger dont le mollet a

La Chambre renouvela, au commencement de 1615 , les anciennes ordonnances de police sur la tenue des cabarets , tripots et jeux de paume et sur la voirie * ; ce réveil administratif signalait l'entrée en fonctions de M. Etienne Simon , sieur de Villiers- le -Comte , qui venait de remplacer M. Chouayne , dans la lieutenance-générale du bailliage * ; il était fait, d'ailleurs, pour donner une bonne idée de la ville au nouveau bailli, le jeune comte de Limours, fils de M. de Cheverny, dont les lettres datées du 2 avril furent enregistrées le 27 au greffe 8.

La Régente avait résolu d'exécuter un projet qui soulevait de profondes antipathies parmi les partisans de la politique de Henri IV : c'était le mariage du Roi avec Anne d'Autriche , infante d'Espagne, et celui de la princesse Elisabeth de France avec le prince des Asturies. Condé et les mécontents en prirent texte pour recommencer leurs menées ; la Cour persista et rassembla des troupes pour conduire le Roi en Guyenne. Le pays chartrain, chemin naturel de l'armée, fut bientôt envahi par des bandes de gendarmes maraudeurs ; ils se livrèrent à de tels désordres dans la banlieue, aux mois de juillet et d'août, que Ton fut obligé d'en écrire à M. des Fourneaux,

été emporté par une arquebuse qui a crevé en allant au-devant de Sa Majesté. — Donné 30 livres à un autre particulier, pour une jambe emportée d'un coup de canon à Feutrée du Roi. (R*g- des Edtevins.)

21 octobre. — Six enseignes de taffetas qui ont servi à rentrée de Leurs Majestés seront déposées en l'armoire neuve de la ville. (Ib.)

10 septembre 1619. — Payé à Marin Salmon-, marchand de soie, la somme de 7 livres , pour sept quarts de taffetas blanc livrés au capitaine Champhol , lors de rentrée du Roi en loU, et employés à faire une écharpe. (Ib.)

1 Ordonnance de police du 14 avril. (Ib )

* Etienne Simon était fils du lieutenant-général Pierre Simon, décédé en 1587, et de Marie de Mineray. Cette dame, qui prolongea sa vie jusqu'au mois de novembre 1623, était petite-fille du lieutenant-général Christophe de Hérouard, fille du lieutenant-général de Mineray, veuve du lieutenant-général Pierre Simon et mère du lieutenant-général Etienne Simon. (Ib.; Séance du 23 novembre 1623.)

3 Ce jeune homme remplaçait son oncle , Louis Hurault , comte de Limours , mort sans postérité. Ce dernier avait lui-même succédé à son frère, le comte de Cheverny, peu de temps après la mort du Chancelier, leur père.

On reconnut à celle occasion que le Bailli n'avait pas séance au Conseil de ville , le Lieutenant-général étant maire perpétuel. (Ib).

maréchal -général -des- logis ' , et de députer à la Reine les échevins Gobineau et Fresnot * ; le départ de la Cour, qui eut lieu le 1 7 août, rendit le repos à la campagne.

Les gardes avaient été reprises dans la ville le 3 août, par ordre du Roi, et les échevins s'étaient entendus, à ce sujet, avec M. de Chantemcsle , gentilhomme de M. de La Frette, dors absent \ Le Gouverneur revint au plus vite pour presser les préparatifs de défense , car on se méfiait beaucoup de la noblesse huguenote des environs ; on remit en vigueur les ordonnances relatives à la police des étrangers voyageurs et au guet des portes ; chaque matin , avant de baisser les pontslevis , on faisait sortir des arquebusiers par les guichets pour fouiller les faubourgs, et, pendant la journée, les gens du poste inspectaient les entrants et sondaient à coups de hallebarde les charrettes de foin et de paille ; on établit des corpsde-garde supplémentaires sur la porte Imbout, la tour des Jacobins et la tour Saint-Père (août) \ Malgré cette surveillance, on eut la certitude que plusieurs individus suspects s'étaient introduits dans les murs le 7 septembre '; ce fut une raison de plus pour activer l'armement des bourgeois, et M. de La Frette fit délivrer à la milice, par M. de Baste, garde-magasin de l'arsenal , 1 ,688 livres de poudre à canon en caque \

Le 3 octobre , un domestique du Gouverneur apporta nouvelle de Tannée du maréchal de Bois-Dauphin et de celle des princes dont il avait épié les mouvements \ Comme

1 Ilélie Fougeu , sieur des Fourneaux , maréchal-général-des-logis des camps et armées du Koi et commissaire ordinaire de ses guerres , tenait à Chartres par son mariage avec la fille de M" Jean Belouis, procureur au bailliage. Il avait été nommé échevin le 28 septembre Kili.

* lieg. des Echevins; 7 juillet et 1er août.

' Lettres du Roi, du 30 juillet. (Ib.)

4 Ib.; 11, 13, 21 août et 12 septembre lf.in.

» Ib.

6 Ib.; 10 septembre.

7 3 octobre. — Donné 30 livres au sieur Lagron, domestique de M. le Gouverneur, qui a été à l'armée de M. le Prince, pour découvrir ce qui s'y fait, et à l'armée de M. le maréchal de Bois-Dauphin , pour porter des lettres à M. des Cures. (Ib.)

la stratégie des généraux semblait avoir adopté pour théâtre les bassins de l'Oise, de la Somme et de la Haute-Seine, le pays chartrain paraissait peu menacé ; cependant un convoi de 6,000 livres de poudre, expédié de Tours, par ordre du Roi , arriva à Chartres le 6 octobre , ce qui fit croire à un danger prochain *. Cette crainte fut dissipée par le rapport que le sergent royal Mathurin Lallemand remit aux échevins le 7, et duquel il résultait que les armées ne tendaient pas à se rapprocher de la Beauce \ Mais, comme toujours dans les temps de guerre civile , la tranquillité fut de courte durée : le 24, des lettres de M. de Verdun, Premier-Président du Parlement de Paris, informèrent le Lieutenant-général que certains malintentionnés avaient conçu le projet de surprendre la ville en s' introduisant de nuit par les herses de la Courtille 9. Cette nouvelle jeta l'alarme dans le Conseil ; on doubla aussitôt les postes, on tendit des chaînes dans la rivière pour renforcer les herses, et, comme il importait de nettoyer les environs, on leva , avec l'autorisation du Roi , trois compagnies de chevaulégers, sous le commandement de MM. de La Frette, de Limours et d'Amilly (26 octobre) \ D'autres lettres du premierprésident, en date du 28 novembre, vinrent heureusement apaiser cette alerte , car elles annoncèrent le double mariage du Roi et de la Princesse sa sœur, événement qui fut solennisé par un Te Deum et par un feu de joie 5. Le Gouverneur et les échevins ne se départirent cependant pas de leur prudence ; ainsi , la loue des domestiques qui se tenait dans le cloître

1 Reg. des Echevins.

* Ib.

3 24 octobre. — Ordonné de payer à Robert Le Cherieux t chevaucheur d'écurie du Roi, la somme de 12 livres, pour sa vacation d'avoir apporté lettres de M. le Premier-Président concernant la surprise de la ville. (Ib.)

3 novembre. — Ordonné de payer à Poulain, serrurier, 72 livres, pour avoir fourni de crosses chaînes destinées à fortifier les herses de la porte Morard sur la rivière , afin d'empêcher les bateaux d'approcher et d'éviter aux sitrprises que l'on a eu advis devoir estre faites par lesdites herses. (Ib.)

W6. — • Ib.

Noire-Dame le jour des Morts, et la foire Saint-André qui avait lieu d'ordinaire dans le cloître et le cimetière de cette paroisse , furent transportées cette année dans le faubourg Saint-Barthélémy (2 et 30 novembre) \

Les mariages étant consommés , les princes n'avaient plus qu'à prendre leurs sûretés contre la nouvelle politique ; la Cour , de son côté , ne demandait pas mieux que de traiter avec eux. Des négociations furent entamées à la fin de décembre , et le Roi expédia aux parties belligérantes Tordre de mettre bas les armes. Mais tous les chefs n'obéirent pas : le duc de Vendôme, qui tenait ses troupes dans le pays chartrain, méditait un coup contre la ville , où il avait des affidés. Le 18 janvier 1616, au soir, quelques gens de la populace, soulevés par le procureur Jacques Vieillard et conduits par deux savetiers nommés Prudhomme et Neveu, voulurent surprendre les corps-de-garde ; la vigilance de la police déjoua cette tentative, et les meneurs furent emprisonnés1. Le lendemain 19, l'échevin Bachelier alla porter au duc des lettres de Sa Majesté, qui lui enjoignaient de faire retirer ses soldats de la banlieue 8; mais le Prince s'excusa sur ce qu'il était peu mattre des individus qui s'avouaient de lui. Il est vrai que la rigueur de la saison autorisait les gendarmes mal payés à séjourner dans un pays où ils pensaient mieux vivre qu'ailleurs. Los troupes royales, elles-mthnes , n'en agissaient pas autrement, la licaucc était pillée en môme temps par les compagnies vendômoisps de MM. d'Allègre, de Saint-Léger, de Saint-Denis, Meillant,de la Perine, de TEstrée, deCœuvres et du vidame de Chartres, et par les compagnies royalistes de MM. de Marillac, de Torigny, de Mesdames, de Maintenon et de Menou, sans compter les maraudeurs de profession (26 janvier)*. Malgré les trêves, cette déplorable situa-

1 fier/, des Kchevins; Si'anrcs des 20 octobre et 2fi novembre.

(ion se prolongea jusqu'à la paix de Loudun dont la Chambre fut informée le 4 mai *. Les bourgeois fatigués accueillirent cette nouvelle avec la plus grande joie, et, pour satisfaire T impatience générale, le Gouverneur et les échevins durent procéder immédiatement au désarmement des murailles et au licenciement des trois compagnies de chevau-légers \

La paix ne plut pas autant aux gens de guerre , et la Cour dut indemniser plusieurs d'entre eux des occasions de fortune que la tranquillité publique leur enlevait. Un sieur Pierre Le Sage , seigneur de Chanteloup , parvint à obtenir de Sa Majesté la charge de sergent-major de Chartres ; la Chambre, peu soucieuse d'entretenir ce nouvel officier, députa, le 11 juillet, M. Bachelier à Paris, pour faire des remontrances à la Chancellerie ; en effet , la charge de sergent-major n'avait jamais existé à Chartres , et les sieurs de Cazault et de La Borde, les seuls qui l'eussent remplie, étaient sergents-majors des troupes de la garnison et non de la ville. Chanteloup produisit ses provisions le 23 septembre , mais on refusa de les enregistrer et les troubles du moment firent passer sur cette résistance \

La paix n'avait pas duré longtemps. M. le marquis d'Alluyes, fils du marquis de Sourdis, vint annoncer au corps de ville, le 2 septembre, l'arrestation du prince de Condé; les lettres que le Roi écrivait à cette occasion aux échevins, mandaient que le prince était retenu dans une salle du Louvre, sans que pour ce on ait dessein de lui faire aucun mauvais traitement \ Les gardes furent reprises aussitôt, puis abandonnées en vertu d'une lettre du Roi du 26 octobre annonçant la paix , et enfin rétablies le 8 décembre à la nouvelle

1 lieg. des Echevins; 15 et 26 avril et 9 mai. — Ordonnances royales des 9 et 23 avril et 4 mai. (Ib.)

* Ib.; 9 mai.

3 lb.

4 Lettre du Roi du l«r septembre. (Ib.)

des hostilités l. Comme les intelligences que les ennemis avaient dans la Beauce faisaient craindre une surprise , la Cour prescrivit l'armement complet des murailles. M. de La Braverie , lieutenant du grand-maître de l'artillerie , amena de l'arsenal de Verneuil, le 4 janvier 1617, trois pièces de gros calibre ; la ville en possédait dix-neuf qui furent montées le 10 ; on fit en même temps la commande, par adjudication, de 2,200 boulets \ Des rassemblements suspects ayant eu lieu au mois d'avril , dans le Perche et près de Dreux , il fallut renvoyer à Verneuil les canons qui lui appartenaient \ Le pied de guerre fut maintenu jusqu'au meurtre du maréchal d'Ancre , époque de l'émancipation de Louis XIII. On reçut, le 15 mai , Tordre de lever les gardes, et le pays put jouir enfin de quelques instants de repos \

Les affaires de la commune avaient été fort délaissées pendant les orages politiques; le calme permit aux échevins de s'en occuper. Ils transigèrent, le 3 avril 1618, avec les religieux Minimes qui voulaient absolument s'introduire dans la ville , et ils leur permirent de s'établir au bout de la rue de la Corroirie \ Les intérêts du commerce fixèrent en même temps l'attention, de la Chambre. Nous avons dit qu'Henri III, lors de son séjour à Chartres au mois de mai 1 588 , avait créé une foire franche de huit jours; ce privilège, longtemps né-

1 lieg. des Echevins.

* lb.; i, 10 et Hi janvier. — L'adjudication de la fourniture dos boulets fut prononcée le 1 1 février , au profit de Jean Chevalier, maître fondeur.

8 4 avril. — Il sera j»ayé à Catherin Leguay 18 livres 5 sous, pour avoir lait deux vovages, par le commandement de la ville, es environs du Perche et de Dreux, afin de découvrir quels sont les gens de guerre qui s'y tiennent, (lb )

Le Koi, par lettres du 1er avril, avait nresc rit de" reconduire à Verneuil les trois pièces amenées par M. de La Braverie, et le sieur de Montgival, commissaire ordinaire de l'artillerie , avait été chargé de cette commission par le grand-maître. Le départ fut retardé par la crainte des gens de çuerre qui rAdaient près de Verneuil. (Ib.)

Le Roi fit connaître , uar lettres du 9 avril , qu'il avait sommé ces gens de guerre de déloger, sous peine dètre traités comme rebelles, (lb.)

% lb. — Lettres du Roi , en date du 10 mai.

5 L'historique du couvent des Minimes est contenu dans le dernier chapitre de ce >olume.

gtigé à cause des troubles, fut confirmé par lettres du Roi du 13 mars 1618, et la publication de la patente eut lieu le 10 avril *. Chartres possédait une autre foire franche, dite de la Saint-Barthélémy; à la demande de M. de Cheverny et sur la sollicitation des échevins de Blois et de Beaugency, on décida , le 1 2 mai , que cette dernière foire serait remise à la Notre-Dame de septembre, pour ne pas nuire aux foires de ces deux villes qui se tenaient au mois d'août \ Pour donner plus d'éclat aux deux grandes foires de mai et de septembre , on ne crut pas pouvoir mieux faire que de forcer les marchands de la ville à y étaler, sous peine d'amende 8.

La tranquillité disparut avec l'année 1618. On sut, au mois de janvier 1619, que les protestants du midi remuaient, et dans la crainte que leurs co-religionnaires de la Beauce ne répondissent à cet appel en se jetant dans Chartres, on prescrivit aux portiers de fermer les portes et guichets à six heures du soir et de lever les ponte-levis chaque nuit \ En même temps, la milice religieuse de la ville s'augmenta de nouveaux membres. Les dames de l'ordre du Mont-Carmel, de la réforme de la mère Thérèse, furent admises provisoirement, "en vertu d'une permission de l'Evêque du 2 janvier. Elles s'établirent d'abord dans une maison de la rue Saint-Pierre, *\>puis, au bout de la rue des Vasseleurs, dans l'ancien hôtel des chevaliers de Malte 5. Les armes temporelles et spirituelles

1 Voir suprà, p. 293, note 1™.

1 Heg. des Echevins. — Voir suprà, p. 295.

3 La première foire de mai se tint en 1618. Le bourreau voulut percevoir le bavage sur les grains et autres marchandises étalées , mais on s'y opposa , attendu que la foire était franche. (Reg. des Eclievins; Séance du 12 mai.)

Les syndics des corporations étaient tenus de désigner les marchands qui devaient ouvrir à la foire. A la Notre-Dame de septembre 1618, fleurèrent les drapiers, merciers, orfèvres, chapeliers et bonnetiers, cordonniers, cordiers, tourneurs, vanniers , savetiers , boulangers , fournisseurs , pareheminiers , tanneurs , euétriers , féronniers , pintiers , chaudronniers , sergers , selliers , bourreliers , œuvres blanches , corroyeurs (Ib.; 27 août et 4 septembre.)

4 Ib.; Séance du 10 janvier.

• Voir , au dernier chapitre de cette histoire , quelques détails sur le couvent des Carmélites.

étaient donc unies pour la défense de la cité contre les huguenots.

On redoubla de précautions au mois de février. La Heinemère , enfermée au château de Blois depuis la mort do maréchal d'Ancre , s'évada dans la nuit du 22 au 23 ; le Bai le manda à la Chambre dès le 24 *. M. de La Frotte, retenu près de Sa Majesté , envoya aussitôt un règlement sévère pour la police et le guet, avec injonction de le mettre à exécution \ La. compagnie du Vidame et la milice bourgeoise reprirent leurs exercices, et les passages, c'est-à-dire les pillages des troupes recommencèrent bientôt à désoler le pays (mars, avril et mai) '. Le Roi s'était avancé vers la Touraine pour suivie de plus près les négociations entamées avec sa mère * ; il dépêcha, le 15 mai, le sieur de L'Êtourville aux éche vins, pour leur recommander la plus grande vigilance, à cause de tains plans de surprise attribués aux rebelles K. Cette fois core on en fut quitte pour la peur; la diplomatie aplanit les difficultés politiques , et Sa Majesté permit aux habitants , le 29 mai, de déposer les armes \

La peste remplaça la guerre dans le pays cbartrain. Les villages de la banlieue furent très-mal traités, mais la ville se soumit à un isolement tellement complet, qu'elle réussit à se garantir du fléau (juillet, août et septembre) \

Le danger n empêcha pas le Roi d'effectuer par la Beauce son retour de Touraine. M. de La Frette, gouverneur, et M.

1 liey. des Echevins; Séance ilu 2f> février.

* lb.; \*r mars.

8 1(5 avril. — Il sera écrit tint a M. de La Frette qu'à M. de Loménie, secrétaire des commandements, et à M. des Cures, conseiller au Conseil- d'Etat et privé et inanVIial-général-de^-li^is des camps et armées du Hoi, pour les prier de faire déloger les gens de guerre qui pillent et ruinent le plat-pays. (Hcg. des Echevins.)

v 21) avril. — Le Roi doit, dit-on, passer ici en se rendant en Touraine; il sera écrit à ce sujet à M. (îuichard . son premier valet de chambre, de présent à Saint-

Cermain-cn-Laye. (lb. )

8 lb.; Séance du Mi mai.

'■ lb., t juin.

: /'*., 28 juillet, 27 août, ï ri 7 septembre

des Fourneaux , maréehal-des-logis de la Cour , firent connaître aux echevins , le 12 septembre , la prochaine arrivée du monarque et de sa jeune épouse ; Louis X11I, de son côté , demanda à sa bonne ville, par lettres du 20, une réception des plus simples \ Ce désir ne put être exaucé, car on avait déjà fait force préparatifs, et lors de l'entrée de Leurs Majestés, qui eut liçu par la porto Châtelet le jeudi 26, elles trouvèrent à leur rencontre les autorités et les corporations en habit de gala, reçurent des cadeaux de confitures et vin clairet, passèrent sous des arcs de triomphe décorés de leurs portraits, et suivirent jusqu'à l'évêché des rues tendues de tapisseries de haute lisse \ Le Roi et la Reine partirent le jeudi 3 octobre 8. La Reine-mère et les princes ayant renoué leurs intrigues au printemps de 1620 , il fallut reprendre le mousquet à Chartres. Les gardes , rétablies le 1" juillet par ordre du Roi et de M. de La Frette, ne cessèrent que le 8 septembre, après l'affaire des Ponts-de-Cé \ Pendant celte nouvelle lutte, le pays chartrain eut beaucoup à souffrir du passage des troupes royales, quoique M. des Fourneaux , ancien ami de la ville, fût chargé des logements depuis Étampes jusqu'en Normandie1. On dut môme lancer les archers de la maréchaussée aux trousses des tratneurs et goujats de l'armée \

I Heg. des Echevins; Séance du 16 septembre.

* La Bibliothèque impériale possède une pièce intitulée : L? royale entrée du Roy et de la Heine en la mile de Chartres: avec les magnificences et cérémonies qui s'y sont observées lejeudy 26 septembre. Paris, J. Chemin. 1619; in-8°. (Catalogue Lb", n<> 1,287, p. 498.)

II parait qu'une grande partie du temps que la Cour passa dans notre ville fut employé en cérémonies religieuses à l'occasion de la paix. Un opuscule in-8° de la Bibliothèque impériale (Catalogue LhM, n° 1,286, j>. 498) porte pour titre : Les magnificences préparées en l'église Notre-Dame Je Chartres, pour les <h' votes actions de grâces du roi et de la reine sa mère , de leur heureuse entrevue et amiable réconciliation.

* Un incendie dévora ce jour-là même une partie de la petite ville de Maiiririion: le Roi qui avait été témoin de ce désastre , à son passage , lit estimer les pertes et chargea le Lieutenant-général du bailliage de distribuer 3,000 livres au sol la livre aux incendiés. (Lettre du 31 octobre. Recueil des lettres des Unis de France, p. 221 .)

4 Heg. des Echevins.

* lb.; 21 juillet. — • Ib.; 7 septembre.

L'évêque Philippe Hurault mourut le 27 mai de celle année, chez le comte de Cheverny, son frère, et le Rm donna le siège de Chartres à Léonor d'Estampes de Valançay , abbé de Bourgueil. Ce prélat était cousin de son prédécesseur, par Marie Hurault, sa bisaïeule; de plus, sa sœur avait époué M. Brulard de Puisieux, fils du chancelier Brulard de Sfllery. Chartres ne faisait donc que changer de protecteur* M. Noël, échevin, fut délégué par sa compagnie, le 1~ décembre, pour aller saluer le nouvel évêque, qui fit son entrée solennelle le mardi 22 '•

Les troubles recommencèrent à la fin de 1620 , et le Roi annonça aux échevins , le 20 décembre , la tentative des huguenots du midi sur Navarreinx , et son intention d'en finir avec eux \ Pour faire de l'argent, le Grand-Conseil imagina de créer de nouveaux offices de magistrature et d'imposer une taxe sur certains établissements d'utilité publique. Les sieurs de La Chesnaye et de Rochebon, valets-dechambre du Roi , proposèrent à Sa Majesté de fonder à Chartres une boucherie royale, dont les étaux auraient été accensés au profit du Trésor. Un trésorier de France , commissaire en cette partie , arriva le 24 mars 1621 , pour exploiter cette idée ; mais la Chambre résista fortement , en objectant que les besoins de la population n'exigeaient pas l'ouverture d'une nouvelle boucherie et que les trois boucheries existantes payaient un cens à l'Êvêque et au duc de Chartres, engagiste du domaine. Toutefois, on ne put empêcher le commissaire de tenter, le 15 juin, une enquête de commodo et incommodo, et l'affaire aurait peut-être tourné contre les désirs de la ville, si la procédure n'eût atteint par ses longueurs l'époque où le Roi réunit à la couronne le duché de Chartres \

1 liey. des Echevins. — Lettre de l'Evequc aux Echevins, du 19 décembre

» Ib.

9 Ib.; Séances des 24 mai el lt> juin 1621.

Cependant la Cour s'avançait vers la Saiutonge pour commencer la campagne. Avant de rejoindre l'armée, M. de La Frette donna des instructions aux échevins sur la police de la place. Le 2 juin, les principaux huguenots chartrains, au nombre de douze, furent désarmés *; le même jour, M. le comte de Limours , bailli , fit transporter à Chartres quinze petites pièces d'artillerie *; on établit, le 26, le service des corps-de-garde , et les compagnies de la milice se partagèrent les quartiers. On disait que les réformés de la Beauce et du Perche avaient établi leur quartier -général à Marchenoir et qu'ils se disposaient à marcher sur Chartres \ La Chambre reçut, le mercredi 30 juin , la nouvelle de la prise de Saint-Jeand' Angély et fit chanter , à Notre-Dame , un Te Deum auquel assista M. de Cheverny, lieutenant-général de la province \ Cet avantage n'empêcha pas les pillages continuels des huguenots ; la ville resta fermée comme en pleine guerre; la loue des moissonneurs dits douterons eut lieu à Nicochet et au cimetière Saint-Barthélémy (27 juillet), et on mit sur pied toutes les forces militaires pour maintenir la tranquillité pendant les fêtes de la Notre-Dame de septembre et les exercices du Jubilé5.

Le siège de Montauban , entrepris par le Roi après la reddition de Saint-Jean-d' Angély , fut très- meurtrier; grand nombre de gens de qualité y périrent, entre autres M. de La Frette, gouverneur particulier de la ville et l'un des lieutenants-généraux de la province. Sa Majesté conféra, par lettres-patentes du 7 septembre 1621, le gouvernement de Chartres à M. Charles de Gruel, sieur de La Frette, frère

1 Ou remarquait parmi eux les sieurs Jacques Fresnot, Jean Brun et Neveu, procureurs; les autres appartenaient à la basse classe. (Heg. des Echevins.)

* Ces pièces, qui pesaient 1,425 livres, furent payées 500 livres tournois. (Ib.j J Ib.; Séance du 2G juin.

* Feu de joie devant l'hôtel-dc-ville , allume* par M. do Cucvcrnv et le Lieutenant-général. (Ib.)

* Ib.; 27 juillet, 31 août, 6 et 21 septembre.

du défunt '. Le gouvernement du pays chartrain fut réuni, par lettres du même jour, à celui de l'Orléanais, du Vendômois et du Blésois, en faveur de François d'Orléans, comte de Saint-Pol; le comte de Cheverny conserva la charge de lieutenant-général au même gouvernement. Le Roi informa leséchevins, par lettres du 10 septembre, de la nomination du comte de Saint-Pol, et, le 24 octobre, ce seigneur leur annonça son arrivée pour le 10 novembre. La Chambre lui dépêcha aussitôt MM. les échevins de Crécy et Taurin, porteurs des compliments de la com[)agnio \

Malgré les troubles, Chartres reçut, à la fin d'octobre, une visite rovale; la Reine -mère vint faire ses dévotions à Notre-Dame le jour de la Toussaint. Cette princesse n'aimait cependant pas la prière au point de lui sacrifier son sommeil , car elle lit faire défense de battre du tambour et de sonner les cloches, à deux lieues à la ronde, depuis six heures du soir jusqu'à dix heures du matin, pendant le temps de son séjour8. M. de Saint-Pol fit son entrée le 12 novembre; il ajouta quelques articles au règlement du guet et prescrivit la fermeture de plusieurs portes \ Mais il se départit de cette sévérité le 8 janvier 1622, sur l'avis du retour du Roi de la campagne du Midi *.

M. Charles de I-a Frette ne jouit pas longtemps de son gouvernement particulier de Chartres. Il mourut au commencement de celte année et lut remplacé , suivant lettres de commission du 21 janvier, par M. le comte de Chevernv.

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tiunut ijmii . \«»l - . |» 177: \nli. «!«' la Main»' »

5 Lettre* «li« M «le S.nnl-ptil «lali'v» d'Orli'an^ le H janvier (K*%y. des Echevins. h

lieutenant-général de la province \ l^t Chambre fit saluer ce seigneur le 17 février \

Il parait que les remuements des huguenots beaucerons avaient rendu les Chartrains suspects à la Cour. M. de Saint- Pol , instruit de ces méfiances, engagea les échevins à se justifier. Le Lieutenant-général, délégué par la Compagnie, se rendit à Paris au mois de mars et plaida si bien la cause de la ville , que le Roi , à son départ pour la guerre , fit assurer la Chambre qu'il n'avait plus aucun doute sur la fidélité des habitants s. On reçut, le 23 avril, des lettres de Louis XIII annonçant la victoire qu'il venait de remporter à Rié en Poitou, sur les rebelles protestants, commandés par Soubise; un Te Deum fut chanté à cette occasion \ On célébra de la même manière la nouvelle de la paix que le monarque accorda aux huguenots devant Montpellier, au mois d'octobre \ Les gardes, maintenues d'abord par M. de Saint-Pol, furent levées le 12 novembre, sur Tordre du Roi \ La réclusion forcée des Chartrains eut au moins, cette année, le bon résultat de garantir la ville de la peste qui sévissait dans les environs (août , septembre et octobre) 7.

Par contrat du 26 août 1623, Louis XIII dégagea le duché de Chartres des mains du duc de Nemours , moyennant le remboursement de la somme de 250,000 écus d'or, stipulée en 1528. Les maisons d'Est et de Savoie avaient possédé ce domaine, comme engagistes, pendant 95 ans. Le Roi, duc

1 Lettres-patentes datées de Blois le 21 janvier. (Reg. des Echevins.)

» Ib.

• Lettre de M. de Saint-Pol en date du 4 avril. (Ib.)

4 Lettres du Roi , datées dWpremont le 17 avril et adressées à M. de Chcvcrny. (Ib j

• Lettres du Roi, datées du camp devant Montpellier le 10 octobre, reçues l<% 5 novembre. (Ib.)

• Ib.; 8, 10 et 11 novembre.

7 La peste régnait à Rouen, Louvicrs et autres villes de Normandie. On défendit toute communication avec les pays infectés , et on prit toutes les mesures sanitaires suggérées par l'expérience. (Ib.; 29 août. 4 octobre.)

do Chartres, visita sa bonne ville le 31 octobre et assista, dans la cathédrale , aux offices de la Toussaint.

Ce chapitre serait incomplet s'il ne contenait quelques remarques sur la part que prirent les Chartrains aux travaux littéraires de la période des derniers Valois et du premier Bourbon. Théologie, jurisprudence, histoire, érudition, poésie, on peut dire qu'ils abordèrent tous les genres avec succès et quelquefois avec supériorité.

Frère Jacques Fourré , religieux jacobin, né à Mainvilliers, d'une famille obscure, vers 1516, devint, par son seul mérite, prédicateur de Charles IX et évèque de Chalon-sur- Saône; il mourut en 1578, laissant une grande réputation d'éloquence. La cause catholique romaine eut un vigoureux champion dans Claude de Sainctes, né à Chartres vers 1528. Religieux augustin, dès l'âge de douze ans, au couvent de Saint-Cheron , ce savant théologien prit le bonnet de docteur en 1555, figura au colloque de Poissy en 1561, fut envoyé au concile de Trente et obtint eu 1575 févèché d'Evreux. Ses écrits, dirigés d'abord contre les Calvinistes, dégénérèrent pendant la Ligue en libelles politiques et lui attirèrent une série de disgrâces qui ne finit qu'avec sa mort, arrivée en prison, à Falaise, au mois d'octobre 1591 \

La rédaction des coutumes avait fourni, au X\T siècle, un nouvel aliment à l'étude du droit ; la coutume de Chartres trouva d'habiles commentateurs dans le barreau et la magistrature du pays. Gilles Tulloue, avocat et bailli de Gai lardon, lit paraître sa glose latine en 1560, et Nicolas Frérot, autre bailli du mfane lieu, publia ses notes en 160i. Ces travaux sur un texte dont l'illustre du Moulin n'avait pas dédaigné de s'occuper, devaient être complétés, en 1630, parle pré-

1 Le Journal «p. 17î»oliON) parle trv> au Ion*.' de Claude do Sainctes. Ce fameux docteur riait lils d'un avocat qui avait uni* très-nombreuse, famille. Après sa profession, il fut mis entre le> main> de M1' .Mathieu Le Pelletier (cousin-germain du père de l'auteur du Journal i, prêtre et pédai^iie au rollé»e de lion court à Paris, qui le dirigea dan> les |eltre> et la théologie.

vôt Cuuart, jurisconsulte estimable, malgré sa prolixité et son luxe de citations.

Les travaux historiques sont représentes par un petit trait.sur l'histoire de la cathédrale de Chartres, du chanoine Etienne Prévost '; un discours sur le régne de Charles IX, de la façon de Joaclnm Desportes (Paris, 1574) *; une histoire des règnes de Henri II, François II, Charles IX et Henri III , piisliche de La Popelhiière , attribuée à Paul-Emile Pigucrre (1581) '; les Recherches manuscrites de Duparc, sous-huissier du Chapitre (1578) *; la Parthénie de Houilliard (1609)', et la petite Histoire latine de Chartres, donnée, en 1624, par le dunois Raoul Rouirais, avocat au Grand-Conseil'.

Chartres dota le grand siècle de l'érudition de deux galcisants distingués : André Desfreux (Frusius) et Nicolas Goulu ; le premier, professeur en Italie et en Sicile, mort à Rome en 1556; le second, professeur royal à l'Université de Paris en 1567.

fvudncùm et érection d

par la tvwir Jehan t'ii.wn libraire prrx le marché du [liât, f j'.ïS. A la lin du

volume mi lil : Noimrlhmrnl imprimé à Varia ce Si* de novembre ifi58.

* Je rite cet ouvrage sur la fui de I). Lirou, car, malgré toutes mes recherches . je- n'ai pu parvenir u en découvrir un seul exemplaire.

» llihliolhéque impériale (La ", n- 17). Ou Irouvc en tête fa M Ntnm rr.V volumineux un son net assez plat, "i^né /'. Emile de Piguerre, charlruin. L'auteur du sonnet pst-il luen l'auteur Au livre? r.'esl ■'■• que pense l'.niiul d.ms son Manuel. vu tous cas le mérite île l'écrivain n'est pas grand , car il n'a lait nue copier presque d'un IhiuI à l'autre l'histoire de La Popeunièrc.

* Bibliolhèi|ue communale et rollertiun Le.je.une. — [Juparc a beaucoup servi au\ historiens charlrains pusiéruurs mii ne l'ont jamais cité.

1 Parthénie ou Histoire de ta 1res auguste et t ret dévot e eghse de Chartres... etc., par M" Sébastian Rouilliard, de Melun, advoeal en Parlement. l'.hei lt<diii Thierry '■I l'ii'ivi' Un'valiiT. libraires >■! imprimeurs \wi. >*» ITniversité de Paris. 100Ï*. — Il est impossible de concevoir un ouvrage plus amiiliiejuinque que celui de rei .iviH-.tt , qui composa en même style nue histiure île Melun el un Itecueil de Causes célèbres.

* Cet opuscule de 83 pages, dédie" au ganle-des- veaux Etienne d'Aligre, est

intitulé. ; iirtim gentisi/ue Cartiutum hisiona PwitXi npuil Joannem Bessin

prape coltegittm remrme. J/. DC XXtIII II est terminé |iar une description en vers latins contenant l'éloge du lieulera nl-çénéral C.houayne . du Garile-dcs- sceaux el de plusieurs autres rharlrains illustres.

Mais ce ne sont pas là toutes les richesses littéraires de notre cité. Les Chartrains de ce temps eurent, avant tout, la fibre poétique, et, sans nous arrêter aux versificateurs par occasion, tels que l'anonyme de 1532 \ Boudin (1544)*, Nicolas Goulet (1558) \ Pierre Sorel (1566) \ Grenet (1568) \ Jacques Prévosteau (1571)% François et Florent Chouayne (1609-161 1)\ Hésard, Laigneau, Mussard (1611)% nous nous empresserons de rendre hommage aux deux grandes illustrations chartraines : Philippe Desportes et Hathurin Régnier.

L'abbé Philippe Desportes fut un poète de transition. Quoique rattaché par ses études, ses fréquentations, son pays même, à la génération des premiers poètes de la pléiade, il leur est supérieur par l'élégance , la pureté et l'harmonie du style. 11 ne parla pas ce jargon composé de tous les patois et de toutes les langues , si cher à ses maîtres ; il écrivit presque français, en vers, et mérita le titre de précurseur de Malherbe. Mais il faut avouer que l'invention et la forme pittoresque de Ronsard lui firent défaut; il ne sut pas se ga~

1 Voir tuprà, p. 171, note 2.

1 Don Liron cite un ouvrage de Claude Boudin , chartrain , sur Y Arrangement des vers, imprimé en 1544, à Poitiers, chez les Marnef. Je n'ai pu me procurer cet ouvrage.

s Don Liron dit que Nicolas Goulet composa , entre autres pièces , une épigramme latine à l'occasion de la rédaction de la Coutume du Grand-Perche.

4 Suivant D. Liron , Pierre Sorel a donné une traduction de quelques passages de riliadc et d'autres poésies imprimées à Paris, chez Gahriel Buon, en 150b. Cet ouvrage n'existe pas dans les bibliothèques de Paris. Sorel était échevin en 1555.

8 Voir suprà, p. 213, note 4.

• L'ouvrage de Prévosteau, in-12 de 10 feuillets, sans pagination (Bibliot. imp.)t est intitulé : Description des appareils , arcs triumphaux , figures et portraiciz dressez en Ihoneur du Roy, au iour de son entrée en la ville de Paris, te sixième tour de mars M. D. LXXl. C'est une ode de style ultra-ronsardiqut . dédiée i Charles Guillard, évèque de Chartres.

7 On a , du lieutenant-général François Chouayne , un sonnet à la louange de Desportes, imprimé en tète des œuvres de ce poète (édition de Rouen, 1011, p. 13) , et de Florent Chouayne, receveur eu l'élection, un sonnet sur la Partftênie de Rouilliard (p. 0 de cet ouvrage).

* Une ode de Hésard et des sonnets de Laigneau et de Mussard sont imprimés au commencement de la Parthènie . p. 7 o\ H.

rai) tir de l'afféterie italienne ; ses Amours empruntent leur grâce, un peu maniérée, aux femmes du Primatice; sa muse chante éternellement l'air des bergers de l'Astrée ; son vers murmure et endort comme l'eau du Lignon Cependant , de tous les élégiaques de son époque , Desportes est le seul qui se lise encore avec plaisir. Diane et Cléonice renferment des strophes d'une délicatesse de pensée charmante , et si les imitations de l' Arioste et des Psaumes sont moins bien réussies , on doit reconnaître que certaines chansons et villanelles des Amours d'Hippolyte et des Bergeries et masquarades, ont un bonheur d'expression qui ferait envie à plus d'un auteur de nos jours \ Desportes mourut, plein de gloire et de richesse , en 1 606 , dans son abbaye de Bonport f .

Neveu , mais non disciple de Desportes , quoiqu'il revendiquât bien haut cette parenté littéraire, Régnier, sans le savoir , porta un coup funeste à l'école de son oncle \ Son originalité, sa franchise d'allure, sa largeur de style, sa

1 Parmi les plus jolies pièces de Desportes il faut citer la chanson : 0 nuit , jalouse nuit, contre moi conjurée, et la villanelle intitulée Rosette, dont le refrain : Nous verrons , volage beraère , qui premier s'en repentira , se répétait encore plus d'un siècle après la mort de l'auteur.

1 Desportes était chanoine de la Sainte-Chapelle , abbé de Thiron , de Bonport , de Josaphat, des Vaux de Cernay et d'Aurillac. Claude Gamier et Colletet rapportent que Charles IX donna à ce poète 800 écus d'or, pour sa petite pièce sur la mort de Rodomont. et Henri III, 10,000 écus d'argent comptant, pour quelques sonnets. Balzac , dans un de ses Entretiens , dit que la poésie acquit à Desportes un loisir de 10,000 écus de rente, mais que l'exemple de ce favori des muses est dangereux, et que ce loisir est un écueil contre lequel les espérances de dix mille poètes se sont brisées. On connaît ces vers de la satire IX de Régnier, dirigés contre Malherbe et ceux de son école :

Je vay le grand chemin que mon oncle m'apprit ,

laissant là ces Docteurs que les Muses instruisent

en des arts tout nouveaux; et s'ils font, comme ils disent .

de ses fautes un livre aussi gros que le sien ,

telles je les croirai quand ils auront du bien ,

et que leur belle muse , à mordre si cuisante ,

leur don'ra, comme à luy, dix mil escus de rente.

Voir ce que j'ai déjà dit de Desportes, p. 283, note 3, de ce volume.

* Régnier ne manque pas une occasion de témoigner son admiration pour Desportes; il le rite, notamment, comme un des maîtres de l'art, dans les satires 111, IV et IX.

verve riche et mordante, firent justice des efforts pénibles, de l'érudition grotesque, de l'enflure et des jeux de mots des poètes en renom. On reconnut en lui un de ces génies qui planent au-dessus des orages littéraires de tous les siècles , un grand poète de la lignée de Clément Marot. Ses devanciers avaient cru s'approprier l'esprit des anciens , en habillant le français à la grecque et à la romaine ; mais , en dépit de leurs prétentions pindariques , ils s'étaient rarement élevés au-dessus du lyrisme dégénéré des imitateurs de Pétrarque. Régnier fit le contraire : sous l'enveloppe gauloise il ressuscita Perse , Horace et Juvénal ' , et rendit à sa patrie cette belle poésie familière , satires et épitres , si négligée en France depuis Marot, et si admirée dans l'antiquité. On regrette que quelques pièces de ce grand écrivain se ressentent de la licence de ses mœurs et du sans-gêne de la langue comique de son temps.

Quoique satirique, Régnier était d'un caractère si doux qu'on l'appelait le Bon, et cette épithètefut accolée pendant plus d'un siècle à son nom \ Meilleur poète que son oncle, il eut cependant une bien moindre part aux faveurs de la fortune; il ne possédait que le petit prieuré de Bouzancourt, près Corbie, dont il avait été pourvu vers 1593, lors de son départ pour l'Italie à la suite du cardinal de Joyeuse, lorsqu'il reçut du roi Henri IV, en 1606, après la mort de Philippe Desportes , une pension de 2,000 livres sur l'abbaye des Vaux-de-Cernay ; et ce ne fut que le 30 juillet 1609,

1 On a souvent contesté à Régnier le mérite de l'invention. Notre poète a (ait comme les grands génies , comme ont fuit après lui Molière et La Fontaine , il a pris sou bien où il Ta trouvé. Personne ne lui fera un crime d'avoir traduit dans ses satires VI et X quelques passages du Mauro et de Caporali , de s'être inspiré d'Ovide dans la satire VII et dans les élégies II et III , et d'avoir glissé quelques imitations d'Ovide et de Properce dans la fameuse satire XIII, son chef-d'œuvre. Il reste, d'ailleurs , dans l'œuvre de Régnier assez d'autres pièces réellement originales pour qu'on puisse l'absoudre de ses heureux plagiats.

1 Régnier a dit dans sa troisième satire :

Et le surnom de bon me va-t-on reprochant , D'autant que je n'ay pas l'esprit d'estre meschant.

qu'il entra en jouissance d'un canonicat à Notre-Dame de Chartres \ Régnier, né à Chartres, en la paroisse de Saint- Saturnin, le 21 décembre 1573, mourut à Rouen le 22 octobre 1613 \

1 Registre des professions de foi des chanoines; Arch. départ.

1 L'acte de baptême de Régnier est ainsi conçu : « Mathurin filz de Jaques Renier » et de Syraonne Desportes sa femme. Les parains honorables personnes M6 Mathu- » rin Troillart, procr. au siège présidial de Chartres et Jehan Poussin marchant. » La maraine madame Marie Edeiine veuve de Philippes Desportes , le XXII6 jour » du moys de décembre. ■

La biographie de Régnier, insérée dans le Mercure de France de février 1623,

S. 252-260, et reproduite avec extension par le P. Nicéron dans le tome XI (p. 390) es Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de la république des Lettres, est assez exacte; elle a été rédigée en partie" d'après les papiers-journaux de Jacques et d'Antoine Régnier, père et frère du poète.

L'auteur, pour justifier Régnier du reproche que lui adressaient ses envieux, d'être le fils d'un tripotier, dit et prouve que Jacques Rentier, père du satirique, échevin en 1597, appartenait à une bonne famille de marchands-bourgeois, et ajoute que ce Jacques Régnier, sans être pour cela un tripotier, avait, il est vrai , fiait bâtir en 1573, pour son plaisir, sur la place des Halles, un tripot ou jeu de paume avec les démolitions de la citadelle de Chartres qui lui avaient été abandonnées par le crédit de son beau- frère l'abbé Desportes. Ce dernier renseignement paraît man-

Îuer d'exactitude , car la citadelle de Chartres ne fut construite qu'après le siège de 591 . On a quelquefois donné le nom de citadelle ou arsenal à la porte Saint-Michel , mais je n'ai trouvé nulle part qu'on ait démoli une portion quelconque de cette porte en 1573 ou antérieurement. Le tripot Régnier a bien plutôt été édifié avec des matériaux provenant des vieux bâtiments des Halles dont l'Evéque était propriétaire pour moitié , qui tombaient alors de vétusté et dont la démolition presque entière eut lieu en 1584. Ce tripot était probablement situé dans le jardin, du coté des murailles de la ville , car une délibération des échevins du 23 février 1 590 , commet un canonnier au service de l'artillerie établie au tripot Régnier. (Voir vol. 1", p. 483.)

Jacques Régnier faisait déjà partie de l'échevinage en 1589. (Délibération des échevins du 20 mars 1589.)

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