‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 39 sur 118 · DE LA MORT DE LOUIS XIV, A LA RÉVOLUTION DE · texte numérisé non relu

DE LA MORT DE LOUIS XIV, A LA RÉVOLUTION DE

Un édit du mois de juillet 1717 ayant supprimé les maires, lieutenants de maires, échevins et officiers municipaux en titre d'office, et rétabli les baillis, sénéchaux et autres juges dans tous les droits dont ils jouissaient avant l'édit d'août 1692 *, M. le lieutenant-général Nicole du Plessis, déjà maire en titre d'office, rentra, par le seul privilège de sa charge judiciaire, en possession de la mairie perpétuelle. Ce magistrat se fit installer, en cette qualité , au bureau de la Chambre de ville, le 24 janvier 1718*, nonobstant les clameurs et les pétitions de la communauté des marchands , qui voulait un maire électif3. Les échevins furent élus selon les anciens usages, sauf approbation du duc d'Orléans.

La nouvelle administration , devançant les projets du Gouvernement, s'occupa, au mois d'août 1718, de chercher un emplacement convenable pour la construction d'une caserne ; mais elle n'y put parvenir ;, et l'on fut obligé cette

1 Hr*/. des Echevins; Séances des 17 septembre et 1 décembre 1717.

* Messieurs de la compagnie allèrent le saluer après la séance, lui offrirent douze bouteilles de vin et présentèrent six boîtes de confitures à Mme la Licutcnantc-gënéraie, tlb.)

3 Ib.; Séances des 17 juillet 1710 et ?,\ aofil 1717. — Les principaux chefs de l'opposition étaient les marchands Sémen l'aîné , Etienne Senechau , Chabert et Charles Faucheux. Il y avait eu arrêt du Conseil royal en faveur du Lieutenantgénéral, le \H juin 1717, et le Conseil du duc d'Orléans s'était prononcé dans le même sens le ,'ÎO décembre suivant. (Ib.; Séance du 6 décembre 1718.)

4 ieT août iliH. Le Lieutenant -général dresse un procès-verbal constatant qu'il s'est rendu , avec trois échevins délégués , chez les Cordeliers , pour examiner s'il ne

fois encore de loger dans quelques maisons vides le régiment de Saint-Simon, envoyé en garnison au mois de septembre l. Ce fut un triste surcroît de population , car les soldats commirent toutes sortes de désordres dans la ville et de violences sur les habitants ". La guerre contre l'Espagne, dont la publication eut lieu à Chartres le 14 janvier 1719, fit partir le régiment, au contentement général, et procura aux Chartrains le plaisir de chanter un Te Deum, le 9 juillet, pour la prise de Fontarabie , et un autre , le 1 8 septembre , pour la prise de Saint-Sébastien \ Le rétablissement de la santé du Roi (10 août 1721), le sacre de ce monarque (25 octobre 1722), la cessation de la peste en Provence (21 février 1723), fournirent de nouvelles occasions de réjouissances à Chartres * ; mais Thorrible incendie qui détruisit complètement la ville de Chàteaudun le 28 juin 1723, et la grande sécheresse qui désola cette même année toutes les campagnes de la Beauce, tempérèrent bientôt la joie publique \

serait pas possible d'édifier une caserne sur le terrain de l'ancienne citadelle , et que ces religieux les ont très-mal reçus et mis à la porte. (Reg. des Echevins.)

1 13 septembre 1718. Le régiment de Saint-Simon sera logé au Plat-d'Etain et au Grand-Cerf, rue des Epars, au Cygne et dans une maison voisine, rue du Cul- Salé, au Bardé, rue du Cheval-Blanc, à l'hôtel des Carneaux, rue Sainte-Même, à la salle Saint-Cheron , près la porte Guillaume , et dans quelques autres maisons vacantes. On tâchera de loger loO soldats dans la maison de la porte Cendreuse occupée par les sœurs de rUnion-Saint-Chaumont , non autorisées ; ces religieuses se retireront pendant ce temps dans la chapelle Saint-Vincent. (Ib .)

* 21 octobre 1718. Plainte devant le Lieutenant-criminel contre le régiment de Saint-Simon , à raison de l'assassinat des frères Tavanne , vignerons au Bourg-Neuf, commis par deux soldats.

29 octobre 1718. Plainte contre deux soldats du même régiment, qui ont voulu rançonner M. Tronçon, procureur, l'ont battu et lui ont enlevé son manchon.

3 Reg. des Echevins. — Le régiment Royal-Marine était en garnison à Chartres au mois de mai 1721 et occupait les maisons qui avaient déjà servi au régiment de Saint-Simon. (1b.)

4 Le Te Deum pour le sacre n'eut lieu que le 22 novembre. (Ib.)

Le premier bataillon du régiment de Diesbach -Suisse, fort de 600 hommes, était alors en garnison à Chartres.

• 14 juillet 1723. Attendu la sécheresse et les incendies fréquents, et surtout en raison de cette circonstance que l'on a trouvé dans des caves des paquets de pétards et d'artifices , il sera fait chaque nuit une patrouille par douze bourgeois désignés à tour de rôle. (Ib.)

Le cardinal Dubois, nommé premier ministre le 22 août 1722, avait inauguré son ministère par le rétablissement des charges municipales en titre d'office. La Chambre décida, dans sa séance du 26 octobre 1723, qu'elle solliciterait du Roi un arrêt portant réunion de ces charges au corps de ville, moyennant finance, afin d'empêcher des particuliers de les acheter \ On convint, dans une seconde assemblée tenue le 22 novembre , que si la réunion des charges était obtenue , on ferait pourvoir MM. Nicole et Noël des deux offices de maire perpétuel et de maire alternatif, pour en jouir leur vie durant, après quoi la mairie serait élective \ Mais il se manifesta une si vive opposition à ce projet dans l'assemblée générale des paroisses du 2 décembre que l'on n'y donna plus suite \ Les places du corps de ville furent donc adjugées au plus fort enchérisseur, et M. Etienne-Miles Noël, seigneur deChenonville et de Baigneaux, acquéreur des deux offices de maire perpétuel et de maire alternatif, fit enregistrer ses provisions au bureau de la Chambre le 4 janvier 1724 \ Le Conseil municipal se trouva alors composé d'un maire, de trois lieutenants de maire *, de huit échevins 6, de cinq assesseurs 7, d'un procureur 8 et d'un avocat du Roi *, tous institués en titre d'offices. Mais un édit du mois de juillet 1724 supprima cette administration à peine organisée. Cependant on ne fît tout d'abord de nouvelles élections que pour les candidats à la mairie; le duc d'Orléans maintint provisoirement les

1 Heg. des Echevins.

* Ib. — 3 Ib. — * lb.

5 MM. de Millcville, conseiller au Présidial, Davignon, ancien procureur du Hoi en la prévïité, et Bouvart, receveur des tailles. (Ib.; Séance du 30 décembre 1723.)

" MM. Jean Duban, avocat, Louis Morin, avocat. Vaillant, marchand, Sochon, procureur , Dollu , procureur , Pierre Delavollée , notaire . Etienne Sénéehau , marchand, Martin Jourdau, marchand. (Ib )

7 MM. Louis cl Jacques Huchcdé , Cnii.<4autin Petit, Jacques Narré, Claude Sochon. (Ib.)

8 M. Charles Martin, déjà procureur du Hoi en la prévôté, \lb.i

9 M. Miles Brouilhet de la Carrière. (Ib.)

autres officiers municipaux et continua dans les fonctions de maire M. Noël, qui se trouvait au nombre des trois citoyens désignés par les suffrages \ Ce magistrat tint la mairie jusqu'à son décès, qui arriva le 1er septembre 1726 *; après lui, M. Bouvart, lieutenant de maire, reçut la présidence de la Chambre de ville.

Philippe, duc d'Orléans, régent du royaume et apanagiste du duché de Chartres, étant mort d'une attaque d'apoplexie le 2 décembre 1723, MM. Nicole, lieutenant-général, et Duhan , échevin , députés par le Présidial et le Corps de ville , se transportèrent à Paris, le 7 , pour saluer M™ la duchesse et complimenter le nouveau duc d'Orléans , seigneur du pays chartrain \ Ce devoir accompli , leséchevins, pour satisfaire aux ordres du Roi et de l'intendant, songèrent sérieusement à l'affaire des casernes; ils pensèrent que le local le plus convenable pour un établissement de cette espèce était le jeu de paume ou tripot du Maine, rue de Chinchc, et ils l'achetèrent dans ce but au mois de février 1724 \ Messieurs de la Chambre approuvèrent ensuite (5 avril) les statuts proposés par les délégués de la Jeunesse de Chartres, pour l'institution d'une compagnie d'arquebusiers, dite de l'Oiseau-Royal, destinée à remplacer l'ancienne compagnie du Vidame, tombée en discrédit par l'indigence et la condition peu relevée de ses membres \

1 Reg. des Echevins; Séances des 20, 26 et 29 décembre 1724. — Lettre de M. d'Argenson, chancelier du duc d'Orléans, du 17 décembre 1724. (Ib.)

* 2 septembre il 26. La Compagnie va au convoi de M. Noël, maire, qui se fait en l'église Saint-Hilairc.

8 Heg. des Echevins.

4 Ordonnance du Roi, du 25 septembre 1719, concernant les casernes qui doivent être construites dans les vingt généralités du royaume. L'état qui suit cette ordonnance fixe trois casernes à Chartres , une à Auncau , une à Ilhcrs et une à Courville. (Chartres, imprimerie de Claude Peigné, M. DCC XIX.)

28 février H25. La ville offre aux héritiers Brillon 8,400 livres, pour prix du tripot du Maine, sauf ratification par le Conseil royal.

La vente a lieu par acte passé devant Simon et Leredde , notaires à Chartres , le 17 février 172 i. (Heg. des Echevins.)

5 Les statuts, proposés à la Chambre de ville par les sieurs François Juteau, Pierre Bureau , Jacques Huchedé et Pierre Masson , députés de la jeunesse de Char-

On fit de grandes réjouissances, le 27 mai 1725, à l'occasion de la naissance du duc de Chartres , fils du jeune duc

Iras, et adoptés dans la séance du 5 avril, furent envoyés i M. le Garde-des-ocenx et i M. de Maurepas, ministre et secrétaire-d'Etat, a Tenet d'obtenir des lettrespatentes du Roi. On n'attendit pas longtemps, car des lettres, datées de Versailles au mois d'avril, permirent aux exposants de former une nouvelle compagnie, nous le titre de Chevaliers de C Oiseau-Royal, composée d'un capitaine, d'un lieutenant, d'un sous-lieutenant, d'un enseigne, d'un guidon, de deux sergents et de quarante chevaliers, laquelle jouirait des droits» privilèges et avantages octroyés jadis à k compagnie supprimée.

Les statuts, en 29 articles et 16 articles supplémentaires, contiennent, notamment , les dispositions suivantes :

!• La Compagnie de l'Oiseau-Royal est subordonnée au gouverneur de la ville, et, en son absence, aux Maire et échevins;

2° Le capitaine et le lieutenant sont nommés par le Gouverneur, et, en cas de vacance du gouvernement, par les maire et échevins; les cinq autres places d'officiers seront occupées à tour de rôle, pendant trois ans, par les cinq plus anciens chevaliers;

3° Les chevaliers auront au moins dix-huit ans , pratiqueront la religion catholique, apostolique et romaine, et appartiendront aux classes élevées et aisées de la société, comme officiers royaux, barreau, bourgeoisie et commerce; ils prêteront serment de fidélité au Roi;

4° Le droit d'entrée est de 50 livres payables à la bourse commune;

5° Chaque chevalier aura un fusil de quatre pieds et demi à cinq pieds, non rayé ni carabiné, une épée, un habit cris de fer, borde d'un galon d'argent, doublé de rouge et garni de boutons d'argent, des bas rouges, un chapeau bordé d'un galon d'argent;

6° Le premier dimanche de mai il y aura grand'messe à laquelle tous les chevaliers assisteront, sous peine de 3 livres d'amende ; puis, à trois heures et demie de l'après-midi , tir de l'oiseau à l'hôtel des chevaliers , sous même peine par chaque détaillant;

7° De quatre dimanches l'un , il sera tiré un prix d'une valeur de 10 livres au moins;

8° L'oiseau sera placé à une hauteur de 100 pieds et de la grosseur ordinaire. Le Jeu sera commencé par le gouverneur, ou en son absence par le maire. Chaque chevalier ne pourra tirer qu'à balle seule;

9° Celui qui aura abattu l'oiseau jurera qu'il a tiré de beau jeu. Il sera proclamé Roi de l'oiseau et tenu de fournira la compagnie, Tannée suivante, un nouvel oiseau;

10° Celui qui jurera le nom de Dieu, de la Vierge ou des Saints paiera 3 livres à la boîte commune ; celui qui insultera un de ses camarades paiera pour la première fois 20 sous à la boîte et sera chassé en cas de récidive ;

11° 11 y aura un trésorier de la boîte commune et un secrétaire qui tiendra le registre des délibérations de la compagnie ;

12° Lorsque la compagnie montera à cheval le guidon précédera l'enseigne; à pied, l'enseigne précédera le guidon;

13° \je drapeau de ladite compagnie sera composé d'une croix blanche portant en cœur les armes de ladite compagnie avec cette devise: Pro Rege et pro Patria reviresco. La croix cantonnée, au premier de bleu, avec les armes de Sa Majesté; au deuxième de rouge, avec les armes de S. A. R. JbV le duc d'Orléans et de Chartres; au troisième de tanné, avec les armes de Mo* le garde des sceaux, gouverneur de Chartres: et au quatrième de pourpre, avec les armes de la ville. (Pièce imprimée chez Nicolas Besnard , rue des Trois-Maillets, au Soleil-d'Or, 1 731 .)

Ces statuts furent enregistrés au greffe de la Chambre de ville le 29 juillet 1 724 , et les chevaliers furent mis , le môme jour, en possession et jouissance de la maison située hors la porte Chdtelet et faisant face au cours Philippe. (Reg. du Echev.J

d'Orléans \ La joie des Cbartrains se manifesta encore au mois de septembre, lors du mariage du Roi avec la princesse Marie Leczinska, fille de Stanislas, ex-roi de Pologne (15 août)1, et, au mois de septembre 1729, lors de la naissance du Dauphin (4 septembre) \ Il nous reste à mentionner, pour l'histoire municipale de ces années, l'opposition que la ville fit, au mois de novembre 1725, à l'introduction des Frères de la doctrine chrétienne *, et, au mois d'avril 1727 , à l'établissement des Sœurs sabotières de Saint-Maurice '; les échevins avaient coutume de s'opposer et de protester lorsqu'il s'agissait de la fondation ou de l'introduction à Chartres d'une nouvelle communauté religieuse , mais ils finissaient toujours par céder. Un service fut célébré, le 14 août 1726, pour Mme la duchesse d'Orléans, décédée en couches, à l'âge de vingt-deux ans 6. La mort de M. d'Armenonville, ancien garde-des-sceaux et ancien gouverneur de Chartres, donna également lieu, le 9 décembre 1728, à une autre cérémonie funèbre7. Le gouvernement, la capitainerie et le bailliage étaient passés, depuis 1725, à son fils M. le comte de Morville, ancien ministre des affaires étrangères \ Ce seigneur, dont la ville avait eu souvent à se louer , mourut aussi le 3 février 1732 9, et fut remplacé dans ses titres chartrains par M. le marquis d'Armenonville, son fils, qui fit enregistrer ses

1 Reg. des Echevins.

* Ib.

s 12 septembre 1729; Ib. Il fut tiré à cette occasion un superbe feu d'artifice.

4 5 novembre 1725. Lettre du duc d'Orléans, approuvant cette résistance. (Ib.)

5 2 avril 1727; Ib. — Voir, sur les Dames de Saint-Maurice, aujourd'hui Dames de Saint-Paul , le dernier chapitre de cette histoire.

« Ib.

7 Ce service fut célébré à Saint-Martin-le-Viandier.

8 M. de Morville ne vint se faire installer que le 8 octobre 1729; la Chambre de ville alla le complimenter à son entrée , lui présenta les clefe dans un bassin d'arcent , et lui offrit une douzaine de bouteilles de vin et à Mœe la Comtesse six boites de confitures. (Reg. des Echevins.)

9 14 février 1732. La ville fait célébrer à Saint-Martin-le-Viandier un service solennel pour M. le comte de Morville. (Ib.)

provisions de gouverneur au bureau de la Chambre le 24 mai *, afin de remplir son office lors de la prochaine entrée de la Reine.

Sa Majesté vint en pèlerinage à Notre-Dame de Chartres, le 27 mai. On avait fait de grands préparatifs pour la recevoir; on avait réglé avec un soin tout particulier le cortège composé des bourgeois en beaux habits avec cocarde au chapeau, de soixante jeunes gens de famille, en habits uniformes, de la compagnie de l'Oiseau-Royal, des gardes du gouverneur, du corps de ville, de toutes les autorités civiles et judiciaires et de toutes les communautés formant la haie; mais la pluie, qui ne cessa de tomber, troubla un peu la cérémonie. Néanmoins Marie Leczinska trouva, à la porte Drouaise, M. le Gouverneur qui lui présenta les clefs, écouta la harangue que M. Bouvart, lieutenant de maire, lui fit, à genoux, en tôle du corps de ville, et fut conduite à Tévêché sous un dais porté par quatre échevins \ La Reine partit le 29, après avoir laissé à Mgr de Mérinville 7,200 livres pour les pauvres \

Une affaire dix fois reprise et dix fois abandonnée, occupa le Conseil municipal en 1734. Un édit du mois de février 1717 avait prononcé la réunion au domaine de V usage de la rivière depuis Chartres jusqu'au Pont-de-PArche , concédé par Louis XIV à Mmo de Mainlenon \ Il n'y avait donc plus d'espoir de voir reprendre le projet de navigation, lorsque M™0 la princesse de la Koche-sur-Yon , propriétaire de la

1 Ileg. (1rs Echpviiw.

* La Heine «'tait accompagnée de M11'- do (ilormoul, surintondante do sa maison, de la duchesse do Mazarin , sa première danio d'honneur, du marquis do Nangis, son chevalier d'honneur, et du comte de Tcssé , son premier écuyer. (Ib.)

3 Ib.

4 Le I i juin 1725, conformément aux arrêts du Conseil des 1 i et 11) juillet 1722 et 1!» mai 17"Jï, les commissaires généraux députés par le Hoi vendirent, par adjudication, à Jean André des Pommerais, homvoois de Paris, moyennant une rente de ~2\l) livres au Domaine et le >ou pour livre du principal de ladite rente, à titre dVni'ai'emenl et à faculté de rachat perpétuel , les hordaties de la rivière d'Eure depuis Chartres jusqu'à No^eiit-le-floi. (Arch. impér., carton 20i, série Q, section Domaniale.)

terre de Senonches, voulant faciliter l'exploitation de ses forêts, proposa de rendre l'Eure flottable depuis sa source jusqu'à Chartres. La Chambre de ville, saisie de l'examen de ce projet, au mois de novembre 1734, émit un avis des plus favorables qu'elle renouvela le 16 mars 1735. Les procès-verbaux des ingénieurs reconnaissaient que les travaux étaient d'une exécution facile, et les paroisses intéressées donnaient à l'opération une adhésion unanime; mais les seigneurs riverains, et en particulier les hoirs du président d'Aligre pour la terre de la Rivière, le duc de Sully, pour le marquisat de Courville , le sieur Tubœuf , conseiller au Parlement, pour la châtellenie de Ver et Morancez, et la dame Auvray, pour la châtellenie de Gourdez, firent opposition, en se fondant sur ce que le flottage les empêcherait de vendre leurs bois plus rapprochés de Chartres. Ils disaient aussi que la rivière était leur propriété , attendu que , dans la partie comprise entre sa source et la ville , elle ne pouvait porter bateaux de son fonds, sans artifices et ouvrages de mains, suivant le vœu de l'ordonnance des eaux et forêts du mois d'août 1669 \ Il paraît que ces moyens furent admis, car on n'entendit plus parler du flottage, nonobstant les efforts de la Princesse et du corps municipal chartrain \

Ce n'était pas la première fois que l'intérêt général était sacrifié à l'intérêt particulier. En établissant le flottage du Favril à Chartres et la navigation de Chartres au Pont-del' Arche , on aurait procuré des droits importants au trésor , mais on préférait combler le déficit annuel au moyen d'expédients qui n'avaient pas même pour eux le prétexte du bien public. Un édit du mois de novembre 1733 avait encore créé

1 Titres et papiers concernant la navigation de l'Eure; Archives départent. — Séances des 2b novembre 1734 et 16 mars 1735. (Reg. des Echevins.)

* On trouve sur le registre des Echevins, à la date du 1er mars 1734, une mention assez singulière : Passage du prince du Mont-Liban , près Jérusalem , se rendant en Italie avec passeport signé Louis et Chauvelin ; on lui donne 40 livres de gratification et 4 chevaux pour aller à Châteaudun.

des charges municipales en titre d'office. Cette fois, on pensa que la réunion de ces charges à la Chambre de ville serait avantageuse , et , grâce à l'appui du duc d'Orléans, on obtint, le 18 octobre 1735, un arrêt du Conseil qui la prononça moyennant une finance de 90,000 livres \ Pour réaliser cette somme énorme , on contracta un emprunt remboursable par annuités , on doubla les droits sur la boucherie et on constitua des rentes sur Phôtel-de-ville \ Le Conseil du duc d'Orléans rédigea, le 16 décembre, pour l'organisation de Péchevinage et les élections, un règlement dont la Chambre eut connaissance le 1 1 janvier 1 736, et qui renfermait, entre autres , les dispositions suivantes : 1° A l'avenir, le corps de ville sera composé d'un maire, de six échevius, de deux chanoines, députés par le clergé , d'un procureur du Roi et d'un greffier ; 2° le maire sera éligible tous les trois ans et nommé par S. A. R. sur la présentation de trois candidats; 3° chaque année , Monseigneur choisira deux échevius sur une liste de six candidats élus à la pluralité des suffrages ; 4° Monseigneur se réserve la nomination du procureur du Roi, du greffier, du receveur et du contrôleur des deniers communs; 5° toutes les assemblées générales se tiendront à l' hôtel-de-ville ; les élections se feront au mois de janvier, et les oificiers élus et choisis par le duc d'Orléans entreront en charge le 1er février; 6° le maire et le procureur du Roi prêteront serment entre les mains de S. A. R. ou de son chancelier, et les échevins, le greffier, le receveur et le contrôleur (Mitre les mains du maire. Transitoirement, le duc d'Orléans confia pour trois ans les fonctions de maire à M. Jean-Robert Bouvart, qui présidait le corps de ville depuis douze ans, conserva comme échevins MM. Rrochand, Sochon fils et I Jarre, nomma procureur du Roi en l'hotel-de-ville M. Martin, procureur du Roi en Té-

1 Anciennes archives du Palais-Nova], rcç. 1,211; Parties casuelles des offices,

p. oir>.

» Hpq. des Krhnins; Séance du 9 novembre 1735.

lection , et continua le sieur Foisy dans l'office de greffier , le sieur Valmale dans celui de receveur des deniers communs , et le sieur Dubois dans celui de contrôleur. 11 fut convenu que Télection de deux échevins , pour compléter le nombre fixé par le règlement, aurait lieu au mois de janvier 1736 \ L'assemblée générale se tint, en effet, le 22 janvier, et MM. Mathieu de la Malmaison , conseiller au Présidial , et OUivier , avocat , qui avaient réuni le plus grand nombre de voix, furent nommés échevins par le Prince \

Cette administration , semblable à l'ancienne quant au personnel, quoique différente dans son institution, inaugura son entrée en fonctions par la fondation d'une nouvelle caserne pour la cavalerie, celle du Tripot ayant été jugée insuffisante. La ville choisit dans ce but, au mois d'avril 1736, remplacement de plusieurs maisons situées sur le quai de la Tannerie, entre le pont des Minimes et le chevet de l'église Saint-André \ Le 3 juillet suivant, Messieurs de la Chambre reçurent avec les plus grands honneurs M. le marquis d'Armenon ville, gouverneur, qui venait se faire installer au Présidial en qualité de Grand-Bailli. Les métiers, au nombre de 42 , représentés par 234 individus délégués , accompagnèrent . le corps de ville à cette cérémonie \ Le 17 novembre 1738,

1 Beg. des Echevins. — Pièce imprimée chez Nicolas Besnard , Imprimeur du Roi , de la Ville et de la Police , rue des Trois-Maillets , au Soleil-d'Or. 1 742.

* [b.; Séance du 1er février. — Des lettres-patentes, du 24 juillet 1735, enregistrées en Parlement le 31 août suivant, avaient également réglementé le mode d'élection , le nombre et le temps d'exercice des juges-consuls de Chartres. (Ordonn., 6, z, f*> 356; Arch. impér.)

8 Ces maisons , qui appartenaient en majeure partie au sieur Alexandre de Beaulieu , marchand -bourgeois et ancien échevin , furent achetées, le 26 avril 1736, moyennant la somme de 6,500 livres, pour laquelle la ville constitua au vendeur une rente de 325 livres et exempta du logement des gens de guerre Pierre de Beaulicu , son fils, et Louis Oilivier, son gendre.

Les frais d'appropriation à l'usage de caserne, exécutés en 1738, 1739 et 1740, s'élevèrent à 48,961 liv. 5 s. 9 d. (Boîte des Casernes; Arch. de la Mairie. — Reg. des Echevins; Séance du 26 avril 1736.)

4 M. d'Armenon ville fit son entrée, vers six heures du soir, par la porte Châtelet. 11 était vêtu d'un habit écarlate à brandebourgs de dentelles d'or. (lb.J Le Maire le harangua et lui présenta les clefs sur un plat d'argent; il prit gîte à l'évéché et

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