‹ Histoire de Chartres (volume 4)Chapitre 4 sur 118 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

eurent permission de ne pas se rendre aux matines et parent môme s'absenter, pendant la durée du fléau , sans perdre leurs distributions \ Comme un malheur en amène un autre 7 le Chapitre , alors que le mal sévissait avec le plus de force y nouait des relations avec un seigneur dont il dut se reprocher plus tard d'avoir cultivé l'amitié. Pierre de Craon , sire de la Fer té-Bernard , fonda, le samedi 1er août 1388, à l'autel du crucifix , dans l'église de Notre-Dame , pour son salut et celui de Jeanne de Chatillon , sa femme , une messe à notes , à dire quotidiennement à l'heure de prime, et il affecta à cette fondation une rente perpétuelle de 30 livres tournois sur sa prévôté de la Ferté-Bernard \ Nonobstant les brigandages et la peste , le corps de ville donna cette année une impulsion inaccoutumée aux travaux de l'édilité ; on continua les réparations des fortifications et on pava les rues des Béguines, de la Monnoie, du Petit-Cygne ou de PÉpervier, de Saint-Père, de la Porte-Cendreuse , de la Poulaillerie et de la Petite-Rivière 8. Et cependant des charges nouvelles et imprévues venaient s'ajouter chaque jour au passif municipal ; au mois d'août , mois de misère comme on a vu , le Roi prescrivit aux habitants de Chartres de diriger sur Chàlons un certain nombre de charriots destinés à l'armée d'Allemagne ; le Chapitre obtint le 10 août des lettresrroyaux qui l'exemptaient de participer à cet impôt dont le poids retomba, par conséquent, tout entier sur les bourgeois. Pierre de la Cour, l'un des procu-

reurs élus au gouvernement de Chartres, reçut mission de conduire à l'armée les charriots demandés \

1 Reg. capitui; Séances du dimanche après la Saint-Benoît et du dimanche après la Saint-Pierre-aux-Liens 1388.

* Acte devant Coichet, tabellion juré, en date du samedi 1er août 1388. — Reg. tapit.; Séance du lundi après la Saint-Pierre-aux-Liens 1388.

8 Compte de 1388.

4 A Pierre de la Court , l'un des procureurs esleuz au gouvernement de la dicte ville de Chartres , pour la despense davoir esté de par la dicte ville à Paris et de Paris à Chaalons en Champaigne par devers le Roy messire pour le faict de certain nombre de cherioz lesqueu le Roy messire avait mandez lui estre envoies de

Les plus redoutables bandes de pillards se tenaient près de Dreux. La ville , après avoir fait justice des Gallois de Voves et d'IUiers, par les mains du Bègue de Vilaines , prit la résolution d'en finir avec les gens d'armes du Drouais. Le compte municipal de 1389 donne des renseignements curieux sur cette expédition qui eut lieu au mois d'avril. Le sire de Beaussart , délégué par les Chartrains , invita les sires François de la Vove , Gilles et Yon Cholet , Jean de Maintenon et Simon de l'Estandart, à se trouver le 21, avec leurs gens, dans la ville de Dreux pour convenir d'un plan d'attaque. Le Roi avait donné son assentiment à ce rassemblement de troupes; chacun des capitaines reçut en partant deux copies vidimées des lettres-royaux afin de s'en autoriser auprès des compagnies et d'essayer des moyens de persuasion avant de passer aux mesures coërcitives. Les principaux chefs de la petite armée chartraine étaient le vidame de Chartres, les sires de Feuillet , de Beaussart , de Courville , de Longny , Hue du Boulay, Gilles et Yon Cholet, Jean de Maintenon, d'IUiers, Simon de PEstandart , Hue d'Oin ville , Philippe de Chartres, capitaine de la ville, Oudart de Cloyes et François de la Yove, chevaliers , Robert de Mondoucet et Olivier le Servon, écuyers. A ces capitaines , appelés commissaires du Roi , se joignirent Jean Sequart , lieutenant du capitaine de Chartres , et Simon la Grappe, trésorier des guerres, avec huit arbalétriers. Il y eut môme des bourgeois et des procureurs qui endossèrent le harnais en cette occasion et figurèrent avec honneur à côté des gentilshommes * . Les Chartrains ne revinrent qu'après avoir conduit à bien leur entreprise.

la ville et bailliage de Chartres pour l'armée d'Alemaigne . par mandement du XXÎL d'aoust milCCC UllCK et huict, XX livres X sous. (Compte municipal de 1388.) L'armée d'Allemagne était destinée à porter la guerre dans le duché de Gueldre.

1 À Jehan de Douay, pour une despence faicte en son ostel par Symon la Grappe, lieutenant de monsieur le Cappitaine, Jehan Sequart et autres qui avoient esté à la poursuite des gens d'armes avec plusieurs autres des bourgeois de la ville, les procureurs d'icelle et aultres, après ce qu'on fut retourné de ta dicte voursuite, LV sous. (Compte de 1389.)

Quelques mutations avaient eu lieu depuis peu de temps dans le personnel des hauts fonctionnaires de Chartres. Guillaume de Chastaing, avocat, ancien échevin, fut nommé bailli vers la fin de 1387, et le siège épiscopal, vacant par la mort de Jean Fabri, échut en janvier 1389 à Jean de Montaigu , chanoine archidiacre de Blois , frère du grand-maître de l'hôtel du Roi. La séance du nouveau bailli ne fut pas de longue durée , car la liste de ces magistrats nous donne, pour 1389 , le nom de Guillaume Mauvinet. Quant au nouveau prélat , il vint rarement à Chartres ; les fonctions de conseiller qu'il remplissait ne s'alliaient pas avec la résidence; de 1395 à 1 406 , époque où il fut transféré à l'archevêché de Sens, on trouve sa signature au bas d'un grand nombre d'ordonnances et de lettres-royaux rédigées en la chambre des comptes , aux requêtes du palais et au grand-conseil1. A cette époque, la fortune des uns avait souvent pour contraste l'abaissement des autres; on vit, en juin 1389, Pex-bailli Jacques d'Ableiges accepter l'emploi subalterne de maire du Chapitre et prêter serment en cette qualité entre les mains de Jean Acarie r son ancien lieutenant*.

Au mois de juin 1389 , la Reine alla faire une neuvaine au prieuré de Chuisnes; le Roi, venu pour lui rendre visite, s'arrêta à Chartres le jour de la Saint-Jean. Un autre voyage des souverains eut lieu le 13 décembre 1390; le Roi et la Reine se rendirent encore en pèlerinage à Notre-Dame le 10 octobre 1391. Nous n'avons aucun détail sur ces visites royales dont les comptes municipaux font mention. Grâce aux démonstrations vigoureuses de la noblesse et de la bourgeoisie , le pays et la ville jouirent pendant ces trois années d'un repos qui permit à Pédilité chartraine de poursuivre les travaux d'em^ bellissement entrepris en 1388 ; on pava la rue du Forboyau,

1 Ordonn. des Rois de France, vol. VIII, p. 27, 296, 310, 332, 465, 469, 626. • Reg. capitul.; Séance du mercredi après la Saint-Martin d'été 1389.

une partie de la Porte-Drouaise , la rue de Loëns et les bassescours des portes Guillaume et Morard.

L'année 1392 fut plus riche en événements. Dans la nuit du 13 au 14 juin , Pierre de Craon , ce grand seigneur breton si affectionné au Chapitre de Notre-Dame , s'étant embusqué au coin de la rue Culture-Sainte-Catherine à Paris, se jeta avec ses gens sur le connétable de Clisson qui revenait de l'hôtel Saint-Pol et le cribla de blessures ; puis , croyant l'avoir tué , il monta précipitamment à cheval et se dirigea sur Chartres, bride abattue. Arrivé le lendemain vers les huit heures du matin, but un coup et se renouvela de chevaux chez un chanoine qui avait été son clerc et prit ensuite la route du Maine. Vers le soir, le prévôt de Paris et autres officiers de justice qui avaient dépisté le fugitif, parvinrent jusqu'à Chartres , où ils apprirent que Craon était parti depuis douze heures; ils cessèrent leur poursuite et retournèrent à Paris. Le sire le Barrois des Barres , dépêché par le Roi avec soixante chevaux , arriva de son côté dans la journée du 1 5 et regagna de même Paris sur la nouvelle du passage de Craon. L'instruction commencée par la prévôté compromit le pauvre chanoine où messire de Craon étoit descendu et rafreschi ; il fut accusé, pris et mis en la prison de Vévêque; on lui ôta tout le sien et ses bénéfices et fut condamné en chartre perpétuelle au pain et à Veau , ni excusation qu'il montrât ou dît ne valut rien , si avoit-il renommée en la cité de Chartres d'être un vaillant prud'homme \ Cette affaire causa une grande rumeur à Chartres ; dans la crainte de voir tomber sur la Beauce une armée bretonne commandée par Craon, on fit le guet pendant quinze jours et plus sur les portes. Le Borgne de Mondoucet , Jean le Flamenc et Jacques Lambert , principaux chefs de la bourgeoisie militante , obtinrent du Roi la permission de faire entrer en ville une garde de gens d'armes,

1 Chroniques de Froissart, vol. 3, p. 149 et suiv.

afin que Ton pût résister, le cas échéant , aux tentatives des partisans du meurtrier qui , disait-on , s'assemblaient près du Mans \ La panique cessa à l'arrivée de l'amiral Jean de Vienne , auquel le Roi avait donné mission de prendre de force le château de la Ferté-Bernard , principal manoir de Craon , habité alors par Jeanne de Chàtillon, sa femme. L'amiral repassa par Chartres le 28 juin , au retour de cette expédition , et les élus au gouvernement lui présentèrent 7 poz et pinte de vin*. Les biens de Pierre de Craon furent confisqués ; le duc d'Orléans , frère du Roi , hérita pour sa part de plusieurs domaines, entre autres de celui de la Forte-Maison , près Chartres3.

Cependant le sire de Craon avait trouvé un refuge à la cour du duc de Bretagne , et Charles VI , exaspéré de la connivence de ce Prince avec le coupable , se disposait à marcher contre lui à la tête d'une puissante armée. Le 16 juillet, le Roi , accompagné des ducs d'Orléans et de Bourbon , s'en vint tout ébattant à Anveau (Auneau), une bonne ville et un trèsbeau chatel, lequel pour lors etoit et se rendoit au seigneur de la Rivière, voire héritage de par sa femme. Et furent là trois jours et se rafreschirent. Au quatrième jour le Roi et ces seigneurs se départirent, et ce jour chevauchèrent et vinrent à Chartres, dont le frère de Montagu etoit évoque. Le roi fut logé au palais de Vévèque, et le duc d'Orléans et le duc de Bourbon. Le second jour après quils furent là venus, vint le duc deBerry et le comte de la Marche en sa compagnie. Encore etoit à venir le duc de Bourgogne ; mais il s'ordonnoit

1 Le Borgne de Mondoucet , Jehan le Flamenc et Jaque t Lambert et plusieurs autres sollicitent et obtiennent congiè du Hoy davoir des gens d'armes en la ville de Chartres pour reffuser l'antrêe de la dicte ville aux gens d'armes qui estoieni au Mans et pour résister aux maulx qui en pourraient ensuir. (Compte municipal de 1392.)

• Ib.

* Le titre de donation est aux Archives impériales , section Domaniale , département de la Sarthe. Voir aussi le carton 205, série Q, département d'Eure-et-Loir.

ss

pour mettre au chemin et vint le quatrième jour (il arriva le 25, d'après le compte municipal); dont le Roi eut grand' joie. Gens d'armes venoient de toutes parts. Quand le Roi eut séjourné en la cité de Chartres environ sept jours, il s'en dé~ partit et prit le chemin du Mans \ On connait le triste résultat de cette chevauchée ; le Roi , saisi de frayeur à la vue d'un homme en haillons qui, sortant d'un fourré de la forêt du Mans, se précipita sur la bride de son cheval en criant trahison , tomba dans un accès de folie furieuse. Le 15 août, repassa par Chartres le duc de Bavière , frère de la Reine ; le 20 , arriva le sire Bureau de la Rivière , congédié par les oncles du Roi, qui le détestaient; enfin le malheureux monarque vint s'agenouiller , le 24 , dans le sanctuaire de Notre-Dame, au milieu des pleurs des habitants \

La disgrâce complète du sire de la Rivière , cet habile et vertueux conseiller de Charles V, suivit de près la maladie du Roi. 11 se réfugia dans son château d'Àuneau qui était une très-belle forteresse ; on lui conseillait de fuir plus avant dans le pays, mais il refusa en disant : Ici et autre part suis-je en la volonté de Dieu , je me sens pur et net. Le sire le Barrois des Barres, un moult doux et gentil chevalier, fut chargé par les ducs de Berry et de Bourgogne d'aller arrêter la Rivière à Auneau ; il remplit cette commission avec douleur et courtoisie. Peu de temps après, on conduisit le prisonnier en la tour du Louvre où était déjà renfermé son ami , le sire le Bègue de Vilaines, un très-grand chevalier, et vaillant homme en armes du pays dé Beauce. La Rivière demeura six mois en prison ; quant au Bègue de Vilaines , il parvint à se faire élargir et s'empressa de gagner la Castille , où il possédait de grands biens du chef de sa femme 3. Le 20 octobre , ce seigneur traversa Chartres , ville qui n'avait pas oublié ses an-

1 Chroniques de Froissart, vol. 3, p. 156.

• Compte municipal de 1392.

* Chroniques de Froissart, vol. 3, p. 169 et 170.

ciens services , et , chose digne de louanges y quoiqu'il fût en disgrâce , les échevins ne craignirent pas d'aller à sa rencontre et de lui présenter cinqpoz de vin nouvel *.

Les documents locaux que nous possédons sur les dernières années du siècle ne présentent pas un très-grand intérêt. La faction des princes donna, en 1393, le bailliage de Chartres à Pierre Trousseau , chevalier , sire de Chasteaux , chambellan du Roi. En 1394 et 1395 des travaux de pavage occupèrent l'échevinage ; on remit à neuf les abords de la place des Halles et le pont Ledine (d'Inde)1. En juin 1395, passèrent par Chartres les ambassadeurs du roi de Hongrie , envoyés pour solliciter les secours des princes chrétiens contre les armées de Bajazet; le corps de ville leur offrit dix pots de vin3. On sait qu'une croisade fut aussitôt décidée et que la noblesse française alla périr dans les champs de Nicopolis le 28 septembre 1396. L'un des vaincus de cette journée, l'illustre Enguerrand de Coucy , pensa , au moment de mourir dans les fers , à la noble église de Chartres , et lui laissa par testament une somme de 600 florins*.

Le retour de la peste signala la première année du XVe siècle. L'épidémie fit de grands ravages dans la ville aux mois de juin , juillet et août , et les chanoines non stagiaires eurent , comme à l'ordinaire , la permission de s'absenter sans perdre leurs distributions8. D'un autre côté, les gens d'armes, auxi-

1 Compte municipal de 1393.

* Ib. 1391 et 1395. — Quelques historiens locaux parlent d'un concile qui aurait eu lieu à Chartres en 1394 et dans lequel on aurait décidé que l'église de France se retirerait de l'obédience de Benoit XIII (Pierre de Luna), pape d'Avignon, et reconnaîtrait Boniface IX, pape de Rome. C'est une erreur manifeste. Clément VII, mort en septembre 1394, fut remplacé immédiatement, il est vrai, par Pierre de Luna; mais quoique cette nomination précipitée déplût au Roi , au clergé du royaume et à l'Université , auxquels la circonstance semblait opportune pour terminer le schisme d'Occident , la soustraction à l'obédience du pape d Avignon ne fut prononcée que par le concile gallican tenu à Paris au mois de juillet 1398 , et cette soustraction ne reporta nullement les préférences de la France vers le pape de Rome.

* Compte municipal de 1395.

* Voir volume 1er, p. 228, note lre.

1 Reg. capit.; Séance du mardi après la Saint-Pierre-aux-Liens 1400.

liaires obligés du fléau, recommencèrent de plus belle à dévaster le plat pays. Au mois de juin 1401 , le Roi donna commission à messire Guillaume de Tignonville , prévôt de Paris , de faire le procès à ces bandits qui désolaient les bailliages de Senlis, M eaux, Melun, Chartres, etc. \ L'exécution de cet ordre eut peut-être un résultat momentané, mais, à coup sûr, incomplet , car les oncles et le frère du Roi, profitant de sa démence pour se disputer le gouvernement , couvraient de leur protection ces bandes vagabondes toujours prêtes à soutenir la querelle de quiconque voulait bien les payer. Les haines furieuses qui devaient diviser la France entre le parti de Bourgogne et celui d'Orléans ou d' Armagnac commençaient à s'allumer. Le duc d'Orléans, jeune présomptueux, détesté du peuple pour ses exactions , profitait de son ascendant sur le Roi son frère pour accroître sa puissance territoriale ; en 1 400 , il obtint de Charles VI le comté de Dreux et fut mis en possession de ce nouveau domaine par le bailli de Chartres, au mois de juillet 1401 \ La haute fortune de son oncle le duc de Bourgogne lui portait ombrage ; mais il ne pouvait lutter contre ce Prince, qui joignait à une seigneurie presque royale , l'expérience du commandement et l'art de plaire à la multitude. La mort du duc de Bourgogne, arrivée le 27 avril 1404, ne fit qu'envenimer cet antagonisme; Jean-sans-Peur, nouveau chef du parti bourguignon , avait encore plus d'ambition que son père et une aversion tout aussi prononcée pour son cousin d'Orléans. Aidé par les gens du conseil royal , il profita , en 1 405 , d'un moment de lucidité de Charles VI pour substituer son action à celle du duc d'Orléans dans le maniement des affaires publiques. Ce dernier, lié d'intérêt avec la Reine , conçut le projet d'appeler à son aide les compagnies franches du Gàtinais et de la Beauce ,

1 Ordonnances des Rois de France, vol. VIII , p. 443. • lb., ?ol. Vffl, p. US.

d'enlever le Dauphin et de se retirer à Chartres \ Le duc de Bourgogne arriva assez à temps pour lui arracher sa proie.

Ces mouvements révolutionnaires n'étaient pas faits pour donner de la sécurité au pays. Les chartrains, prévoyant Porage de loin , n'avaient rien épargné depuis quelques années pour se créer un asile assuré derrière leurs murailles. Dès le mois d'avril 1402, le Roi, informé par Mire Henri de Marie, président au Parlement, qu'une somme de 40,000 francs au moins serait nécessaire pour réparer les fortifications , consentit à appliquer pour trois ans à cet objet le dixième des mesures de vin vendues dans la ville et dans la banlieue, et la perception de cet impôt fut confiée à Me Jean de Laubespine, licencié ès-lois \ Cette ressource ne suffisant pas à cause de la stérilité des vignobles pendant ces temps de troubles, les habitants obtinrent de Charles VI la continuation du subside pour trois ans encore et l'adjonction au principal du bénéfice de la vente du grenier à sel, à partir du mois de janvier 1 407 \ Le Chapitre ne négligea pas non plus les précautions qui étaient de sa compétence ; la police du cloître , troublée par des gens sans aveu , fut assurée à l'aide des résolutions adoptées dans la séance du dimanche iYOculi 1407. Mais les changements fréquents de baillis , magistrats nommés et destitués au gré de la faction régnante , ne permettaient guère d'espérer le maintien du bon ordre. Au sire de Chasteaux avait succédé, en 1399, Guillaume de Tignonville qui devint bientôt après prévôt de Paris ; l'année suivante la fonction de bailli fut dévolue à Robert Lemaître , écuyer d'écurie du Roi , et elle passa en 1401 entre les mains de Guillaume sire de Douxménil, écuyer et échanson du Roi. Les lieutenants généraux du bailliage , eux-mêmes , subissaient dans une sphère

1 Chroniques de Monstrelet, édit. Buchon, p. 36. — Juvénal des Ursins. Mit. Michaud, p. 432.

* Pancarte municipale, vol. 2. d. 2: Arch. de la Mairie

3 lb., p. 3, v°.

moins élevée les influences politiques; ainsi, en dix ans, Jean Acarie, Nicolas Sureau et Jean Langlois occupèrent tour à tour cet office.

Les choses étaient en cet état à Chartres, lorsqu'à la fin de 1 407 un événement affreux déchaîna sur la France toutes les horreurs de la guerre civile. Le duc d'Orléans fut assassiné à Paris le 23 novembre, et Phomme qui avait soudoyé les assassins était le duc de Bourgogne. Une année de luttes, de passions déchaînées, de récriminations abominables se passa avant que Charles VI pût amener le meurtrier et les fils de la victime à un semblant de réconciliation. Enfin au commencement de 1409 fut prise une journée à Chartres (le 1er mercredi de février *), pour trouver la paix et accord entre les seigneurs et pacification des différens , sous ombre desquels plusieurs grands maux se faisoient \ L'arrivée du Roi fut annoncée pour le mois de février, mais il y eut quelque retard dans le voyage ; toutefois dès le jeudi d'après la Purification le Chapitre mit ses maisons canoniales du cloître à la disposition des fourriers des logis du Roi, de la Reine, du Dauphin duc d'Aquitaine, du roi de Sicile, des ducs de Berry et de Bourbon , du comte de Vendôme et du sire de la Rocheguyon ; une maison fut aussi réservée au duc de Bourgogne. Le samedi 2 mars , ce dernier prince , accompagné du duc Guillaume de Hainaut et des comtes de Penthièvre, de Saint-Pol et de Vaudemont, vint coucher à Gallardon ; le mercredi 6 , le duc de Hainaut alla atout 400 bassinets , devers le Roi qui pour lors estoit en la dite ville de Chartres. Le samedi suivant , 9 du mois , le duc quitta Gallardon escorté par 600 hommes d'armes ; il en congédia la majeure partie près de Chartres et ne garda, selon les conventions, que cent gentilshommes avec lesquels il entra dans la ville environ

1 Chroniques de Monstrekt, p. 143.

1 Juvénal des Ursins , p. 449.

deux heures devant midi, chevauchant vers l'église jusqu'au cloître des chanoines auquel il se logea \ II y avoit à Chartres foison de gens de Paris , c'est à scavoir l'un des Présidents de la Cour de Parlement , les avocats et procureur du Roy, le prévost des marchands, les échevins , plusieurs bourgeois et autres personnes d' estât \ La cérémonie se fit incontinent dans l'église Notre-Dame, en laquelle église, pour ic elles besognes accomplir, fut fait et charpenté un hault plancher <Pais, et là estoit le Roi assis emprès le crucifix, et entour lui estoient assistants la Reine, le Dauphin et sa femme fille au duc de Bourgogne , les rois de Sicile , de Navarre , les ducs de Berry, de Bourgogne, le cardinal de Bar, le marquis du Pont, son frère , Jean de Montaigu , ancien évèque de Chartres , promu depuis 1 406 à l'archevêché de Sens , et Martin Gouges, nouveau prélat chartrain, partisan des enfants d'Orléans. La paix fut jurée, entre les mains de Charles VI, sur le livre des Evangiles tenu par le cardinal de Bar, et le Roi stipula, par un des articles du traité, le mariage du comte de Vertus, l'un des fils du duc d'Orléans trépassé, avec une des filles du duc de Bourgogne. Ce faict, le dit duc sans boire ny manger en la ville, monta à cheval et s'en partit; et avoit un très bon fol en sa compagnée qu'on disait estre fol-sage 9 lequel tantost alla achepter une paix d'église et la fit fourrer et disoit que c estoit une paix fourrée. Et ainsi advint depuis \ Le Roi, la Reine, le Dauphin et la plupart des princes demeurèrent à Chartres jusqu'à la mi-carême ; le conseil y tint plusieurs assemblées , dans l'une desquelles on régla sur de nouvelles bases la juridiction de la chambre des comptes \

1 Chroniques de Monstrelet, p. 144.

* Juvénal des Ursins, p. 441).

> Ib., p. 450.

4 Ordonn. des Rois de France, vol. IX , p. 421 et 425.

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