‹ Histoire de Chevaliers romains considerée dans ses rapports avec les différentes constitutions de Rome depuis le temps des rois jusqu ́au temps des GrecquesChapitre 1 sur 45 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

VUistoire des Chevaliers Romains ne s'adresse pas seulement à la curiosité des érudits; c'est l'histoire religieuse, militaire, politique, économique et judiciaire de l'ancienne Rome, envisagée d'un point de vue particulier qui permet d'en saisir les grandes lignes et d'en tracer le plan. Pour la faire, nous avons profité de tous les ouvrages spéciaux écrits sur ce sujet depuis quarante ans, soit en France, soit en Allemagne. Mais des contradictions nombreuses entre les plus savants auteurs de notre temps, nous ont obligé de recourir a l'autorité directe des anciens qui ont l'avantage de s'accorder entre eux.

L'histoire romaine, étudiée dans les écrivains originaux, justifie presque complètement le système de Niebuhr. C'est à ce système que se rattache l'ensemble de nos vues. Nous en avons retranché une théorie fausse : celle où l'on suppose la diversité d'origine des trois grandes familles des Bhamnes, des Tities et des Lacères, dont se composa la première population de Rome ; celle où l'on imagine la combinaison des Romains, des Sabins et des Étrusques qui seraient venus se fondre successivement en une nation dans le vaste sein de la cité. Pour nous, les Romains n'ont été ni un ramas d'aventuriers, ni un mélange accidentel d'éléments hétérogènes. Ils ont été, dès le premier siècle de leur histoire, une race noble et pure,

vin HISTOIRE

vouée au culte saint île Vcsta l . Rome a été fondée par un peuple unique et déjà civilisé ». Elle était, sous les rois, une ville grecque-pélasgiquc 3 , comme celle de Corlonc ou de Corytlie, véritable patrie des Tarquins 4 , comme celle de Tarquinies, qui porta leur nom, comme celle de Cœre, où l'on a retrouvé leur tombeau. Rome eut, sous les rois et aux premiers temps de la République, son art original \ ses monuments, dont la Cloaca Maxima et les murs retrouvés près de la jiorte Viminale attestent même aujourd'hui la grandeur. La Tyrrhénie, où l'on se servait, comme à Rome, du vieil alphabet pélasgique-achéen 6 , n'était encore tout à fait distincte ni de la Campanie ni du Laliura 7 , et Rome, comme les autres cités

• Co culte est le principe de l'organisation si régulière et si précise des trois tribus, des trente curie*, du Sénat et du corp* des chevaliers, que nous avons d\5crite au livre 1, ch. 1 et 2. Une pareille constitution suppose l'existence de rituels déjà anciens. — * Cicéron, De Republiea, II, 10. « Jam inten ieralis lltteris alque doctrinit. » — * Le nom de Grecs, Graii ou Grxci, s'appliquait également aux Pélafgns de la ville tyrrhénienne de Cortone et à ceux de l'Epirc et des environs de Dodonc. Il rappelle une civilisation antérieure à celle de la Hcllade. Les Graii sont la souche commune des Hellènes et des Latins. Le nom de Tarquinius Prisais est lu traduction latine de celui do Tip/wv rfiloç. Lrs Pélasges ou Graii s'appellent aussi, en Italie, Prisci, Casci, Achscî, Argiii et Arcades. Voir la Théogonie d'Hésiode, vers 1012 et suiv., éd. Gûttling, Goth^, I8i3. Laurent Lydus, De Uensibus, I, A. Iléraelide de Pont, dans Plutarque, Vie de Camille, XXII. Ennius, liv. XI des Annales, da is YAnlhol. de Burmann, éd. Meycr. « Contendunt Gratcos, Graio: mémo- » rare soient sos. » Caton, dansDenys, I, cli. 11 et 13, sur l'origine grccqao de» Aborigène», ancêtres des Latins. Comp. Niebuhr, fte éd.. t'«» partie, p. 60, note 102 — * Enéide, X. vers 719. « rentrai nntiquis Corythi de finibus » Acron Grains hotno. » Sur la ville grecque pérasgique do Cortone, voir Hérodote, I, 51, et Denys, I, 29. Comp. plus loin la note de la page 3G. Hérodote (V, 92-94). racontaut l'exil des Baccliiades, ne dit rien du prétendu Démarate, père de Tarquin, quoiqu'il connaisse Caire et Cortone. — s Voir, dans la Rrvue des Denx-Uondes, du 15 mars 1805, un article de M- Dcilé, intitulé: Un préjugé sur l'art romain. « Rome, dit M. Boulé, devait avoir l'aspect d'une ville étrusque, avant d'avoir été brûlée par les Gaulois. >• Pline (XXXV, 3-fi) p*rle d'anciennes peintures qui remontaient aux premiers siècles de Rome. — <i Sur l'antiquité do l'alphabet tyrrhénien ou pélasgiquo-achécn, voir Yllitloire romaine de M. Mommscn, trad. par M. Alexandre, t. IV, additions et variantes au liv. I. p. xxv-xxix; et 1. 1, p. 181-183, 283-201; t. II, p. 311-313. On se servait de ce vieil alphabet grec, a Rome, sous Servius Tullius (Dcisya, IV, 20 j. Entre autres différences qui le distinguaient de l'alphabet employé plus tard par les Latins, l'R y avait encore la forme P. Voir Tacite, Annales, liv. XI, ch. 14. — i Dcii) s, I, 29. Citon, dans Servius, au liv. XI, vers 567 de Y Enéide. Titc-Livc, 1, 2, et V, 33. Comp. Niebuhr, 4e éd., 1" partie, p. 46-48.

DES CHEVALIERS ROMAINS ix

lyprhéniennes, envoyait ses vaisseaux jusqu'en Afrique, aux côtes du pays soumis aux Carthaginois K

Comment cette Rome, d'origine pélasgiquc aussi bien qu'Athènes, Rome qui semblait appelée à l'épanouissement éclatant, mais éphémère, des cités lyrrhéniennes ou helléniques, devint-elle, dans le monde, le symbole de la stabilité politique et de la force conquérante ? Comment les descendants des patriciens élevés au milieu des élégances de la molle et somptueuse T\ rrhénie 9 , donnèrent-ils tant d'exemples de sobriété et de mépris pour les richesses ? Enfin, pourquoi Rome, si brillante sous les rois, devint-elle si austère au temps de la République?

C'est que le triomphe politique de la plèbe (366-244 av. J.-C.) changea ses mœurs et ses destinées. Les plébéiens, ce peuple de petits propriétaires de la campagne, l'emportèrent sur l'aristocratie urbaine du patriciat. Une simplicité 3 rustique, une maie et rude énergie prévalurent de plus en plus dans la ville, sans y effacer complètement les goûts du luxe et de l'urbanité 4 . Rome se détourna de la mer pour conquérir la terre, parce que la terre est la passion du paysan. La loi Agraire fut le dernier mol de celte plèbe belliqueuse où le moindre légionnaire espérait, pour prix de son courage, l'abolition de ses dettes ou un champ de sepljugères dans une colonie 5 .

Le long duel du patriciat et de la plèbe, considéré comme une lutte de la population urbaine contre la population rurale, de Rome- Ville contre Rome-Campagne «, voilà l'idée simple cl féconde que nous avons empruntée à Niebuhr.

• Polybe, III, n. — î Ute-LI vc, IX , 36. - * Pline , Uitt. mmtti, XVIII, 3. Catoo, De re rustica, promnium. — * La belle cassette de toilette appelée ciste pieoronicntUy est de celte époque. Mommsen, Uistoire romaine, trad. par M. Alexandre, t. II, p. 277 et 322. - i Pline. Uist. mnndi, XVIII, 4. - « Une distinction semblable a'est produite, depuis 1833, en Suisse, entre Bale-ville et Balc«caiupagae.

x HISTOIRE

Malgré l'origine allemande de cette idée, les lecteurs français peuvent être assurés qu'ils ne trouveront dans ce volume rien de ce qu'on est- convenu d'appeler nébuleux. On aime, en Allemagne comme en France, à se rendre compte de ce que Ton dit et de ce que l'on sait, et le goût de la clarté, pour être un don heureux de l'esprit français, n'en est pas moins commun à tous ceux qui raisonnent. D'ailleurs c'est par la statistique, par la géographie, par la critique des textes, par l'analyse des lois civiles et des formules du droit politique, par l'étude du poids et de la valeur des monnaies romaines, et des évaluations du cens, enfin par toute l'économie politique des Romains, que nous avons été ramené aux vues du grand critique d'Outre-Rhin.

Pour ne pas mettre â une trop rude épreuve la patience de ceux qui préfèrent des résultats précis à des démonstrations complètes, nous a^yons résumé dans une introduction de moins décent pages, en supprimant tout l'appareil des preuves, ce qui est démontré dans ce premier volume de l'Histoire des Chevaliers Romains, et une partie de ce qui sera démontré dans le second. Cette introduction donnera une idée nette du système que nous soumettonsau jugement éclairé des critiques.

Les deux tableaux placés avant l'introduction et qui représentent, le premier, la constitution romaine avant les guerres puniques, le second, cette constitution modifiée après Tan 240 av. J -C, permettront d'embrasser d'un coup-d'œil, tous les chiffres du cens, toute l'organisation des classes et des sous-classes de la société romaine, enGn tout ce qui a rapport aux droits et aux devoirs politiques de chacune d'elles.

Les principaux textes grecs et latins qui nous ont servi à reconstruire par la pensée cette machine puissante de la constitution de Rome, sont publiés au bas des tableaux.

Dans la carte qui les précède, il ne faut pas chercher un plan complet de Rome à une époque déterminée. C'est une simple

DES CHEVALIERS ROMAINS xi esquisse topographique où nous n'avons guère marqué que les points dont il est question dans notre Histoire des Chevaliers Romains. C'est ainsi que nous n'avons indiqué que deux des portes de la Rome carrée de Romulus, quoique, d'après Pline S il y en eût trois ou quatre. Quelques éléments de cette esquisse sont empruntés aux cartes publiées par M. Ampère dans son Histoire romaine à Home, ou à celle qui est à la fin du premier volume du Manuel de Becker. Nous avons cherché à distinguer cl à délimiter avec précision trois Romes: i 9 la Rome carrée du Palatin {oppidum Palatium), dont on attribue la fondation à Romulus; 2° la Rome des sept collines, ou Septimontium 1 que Varron appelle la ville antique. Elle ne comprenait ni le Capitole, ni l'Aventin, ni le Quirinal, n i le Viminal : nous y enfermons, d'après l'autorité des auteurs latins, les différents sommets du Palatin, de l'Esquilin et du Cœlius, avec la ville basse ou faubourg de Subure; 3° enfin la Rome de Servius Tullius et des Tarquins, qui était à peu près double de la cité du Septimontium. Les principaux textes grecs et latins, qui se rapportent à ces trois Romes ou aux deux sommets du Capitole, sont publiés à pnrt et à côté de la carte.

Nous nous servons de l'ère chrétienne, parce que l'ère de Rome a pour point de départ un fait attribué à un personnage imaginaire. Romulus ou Romus n'a pas plus de titres 2 à figurer dans l'histoire réelle que Pélasgos, Hellen, Halos, Francus fils d'Hector, ou Deutsch père de Mann s . Dans le courant de cet ouvrage nous nous servons pourtant des expressions, temps de Romulus, règne de Romulus, parce que, pour analyser la pensée des anciens, op est obligé d'employer leur langage.

• Pline, tlisl. mirndi, liv. III, ch. IX. « Urbem Ires portas habentem » Romulus retiquit aut (ut plurimas tradentibus. credamus) quatuor. » — » Voir, dairs la Revue germanique, du 31 octobre 1801, un article do M. Alf. Maury. — 1 Tacite, Germanie, ch. II.

xii HISTOIRE

Les discussions sur les textes controversés, et les notes trop longues pour tenir au bas des pages, ont été rejetées à la fin du volume- Elles forment un complément de preuves nécessaires à ceux qui voudront contrôler les assertions contenues dans l'introduction ou dans le corps de l'ouvrage.

Parmi les livresque nous avons lus, nous devons placer en première ligne une partie de ceux de M. Mommsen. Nous attaquons franchement plusieurs théories fausses de réminent historien, après avoir puisé, autant que nous l'avons pu, dans les trésors de son érudition.

Ne pouvant reconnaître exactement ce que nous devons à chacun des auteurs que nous avons consultés, puisque une bonne partie de leurs idées se sont fondues avec les nôtres dans un ensemble qui les coordonne, nous citerons ici les titres des ouvrages modernes dont nous nous sommes le plus servi :

Ouvrages allemands et latins :

Becker \Handbuch der Rômiscken AtterlhUmer. Leipet Marquardt, 1 zig, 1843-1856.

Bœckh, Metrologische Untersuchungen Hber Qcwichtc,

Miin: fusse nnd Maasse des Alterthum.

Berlin, 1838.

Bœckh, De Libra. Voir ïlndex leciionnm de l'Uni-

versité de Frédéric-Guillaume, pour le semestre d'iùver 1833-1834.

Huschke, Die Verfassuug des Konigs Senius Tullius

als Grundlage :u einer Rôm. Yerfassungsgeschichte entwickelt. Heidelberg, 1838.

Ihne, Ueber die Ritter, in deii Forsckungen auf dm

Gebiete der Romischen. VerfassmgsgeschiehU S. 1(7 uiulff. Fraukfurt am Maiu, 1847.

Kappes,

Lange, Madwjg,

Marquardt,

Mommsen,

Muhlert.

Niebuhr, Nîemeyer,

Peter.

Rein,

DES CHEVALIERS ROMAINS xm

ErlâuUmngtn zùr Gesckichte der R&mUcken Hitler Miter den Kônigen. Beilage zum Programme des grossherroglichen Lyceums.

Freiburg, 1855.

R&mische AlterthUmer. Berlin, 185M864.

De toco Ciceronis in libro IV de Republica ad ordinis equestrte institut» spectan4$ ditputatio in Opuse. Acad. III, t. I, p. 72.

HaunifP, 1834.

Historié eguitnm Romanorum libri IV. Berolini, 1840. — Cf. Peter, Bpochen. S. 247.

Histoire romaine, trad. par M. Alexandre, t.

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