HAMBOURG
Cette ville de commerce avait des relations trop multipliées avec les ports de la Baltique infectés du choléra pour ne pas en être atteinte ellemême; il s'y manifesta au mois d'octobre i83i ,
(1) Du choîéra-morbus en Russie , en Prusse el -en Autriche , par Aa^ste Gérardin et Paul Gaimard , membres de l'académie royale de médecine de Paris.
(2) Gazette d'étal de Prusse du 19 février 1832.
(3) Journal des iravoMX de l'académie de l'industrie, n° vu.
malades.
G lie ri S.
Mon s .
mais il n'y exerça pas un grand ravage ; on va le
voir par ie lableau suivant:
Srmaîiifs. Noml
1«, du 8 au 15 octobre
2™% du 15 au 21 id
3m%du22au28 id
4™", du 28 au 4 novembre
S"", du 5 au 11 id
6"'% du 12 au 18 id
Total
Depuis lors la maladie a toujours été en diminuant, et au mois de décembre i83i elle avait entièrement cessé.
MONARCHIE AUtRICHIENNÈ.
Un double cordon sanitaire ne put soustraire la Gallicie à l'invasion du choléra, qui exerçait ses ravages dans les provinces limitrophes russes et polonaises : le 6 mai i83i la ville de Brody fut infectée, et dans peu de jours le fléau y causa une mortalité effrayante; au bout d'un mois on compta 4,639 malades et 1,767 morts, ce qui, sur une population de 24,000 arties, donne igS malades et 73 morts pour 1,000 habilans.
Lemberg, la capitale de la Gallicie, subit le même sort le mai ; trois jours après, le choléra éclata soudainement au faubourg dit de Cracovie dans la maison d'une blanchisseuse : la fille de
LU CnOLÉRA-MORBUS. 79 celle femme avait apporté la veille au soir du linge sale provenant d'une maison infectée, et elle avait laissé ce paquet dans la chambre; à trois heures la mère, qui n'avait pas touché lelinge , fut attaquée; la fille n'éprouva aucune indisposition.
Dans le couvent des carmélites, le sous-prieur, homme robuste de soixante ans, alla confesser un cholérique; comme il avait l'ouïe dure, il était dans l'habitude d'approcher son oreille très près de la bouche de ses pénitens, ce qu'il fit aussi dans ce cas, ne croyant pas à la contagion ; revenu au couvent , il visita sans changer d'habit le piieur, homme maladif, avec lequel il s'entretint plu* sieurs heures : vers minuit le prieur tomba malade et mourut en huit heures ; le sous-prieur fut attaqué avant midi et sticcomba le troisième jour ; un novice et un frère qui avaient soigné et frotté les deux malades furent atteints deux jours après , et le dernier seul fut sauvé. Le reste delà communauté se séquestra avec le plus grand soin , et le couvent ne fit pas d'autre perle (i).
Le choléra-morbus régna à Lemberg jusqu'à la fin du mois d'août i83i. Le nombre des malades y a été de 5,oi3, et celui des morts de 2,621 ; ce qui, sur une population de 45, 000 ames, donne la triste proportion de i malade sur 9 habitans
(1) Le choléra à Lemberg, observé cl décrit par le docteur Morilz Rohrer.
80 niSTOlllE
ou de m sur i,ooo,et de i mort sur i3 ou de
74 sur 1,000.
Pendant que les deux principales villes de la Gallicie étaient ainsi ravagées par celte cruelle maladie, les diverses parties de la province en recevaient successivement le germe, qui s'y développait avec d'autant plus de violence qu'il y trouvait des populations nécessiteuses et agglomérées. On fait dans ce pays un effroyable abus d'eau-de-vie j hommes, femmes, jeunes filles, tons en boivent immodérément; les Juifs surtout, qui sont très nombreux, donnent sur ce point l'exemple de l'intempérance.
Plusieurs districts, villes et villages, se préservèrent du choléra au moyen d'un isolement complet. A Lemberg, au foyer même de la contagion la plus intense, la princesse Lobkow^itz se séquestra dans son hôtel avec toute sa famille et vuie suite nombreuse; elle y fit mettre à exécution les lois que l'on oppose dans nos lazarets aux envahissemens de la peste, et la maladie de l'Inde ne put franchir les murs de cet asile , et la mort le respecta, elle qui ne respectait rien de ce qui se trouvait sur sa route, elle qui remplissait de victimes livides tous les alentours désolés.
Le choléra avait entièrement cessé dans la Gallicie au milieu du mois de février i832. Celte vasté province a une population de 4,45 1,17^
DU CHOLÉRA-MORBUS. 81 aines : suivant les rapports officiels publiés dans l'Observateur Àutrichien le nombre des localités infectées s'est élevé à 3,6o8 sur 6,4i5 , et il y a eu 260,083 individus atteints, parmi lesquels 97,789 sont morts; ces deux chiffres présentent la proportion de 58; 43 malades et 2 1,96 morts sur 1,000 babitans.
Le choléra s'introduisit aussi dans la Hongrie, la Bulgarie, la Valachie et la Moldavie. Il se manifesta à Jassy le i4 juillet i83i: un jeune homme de 14 ans, garçon dans la boutique d'un confiseur nommé Stamatopoulo , en fut immédiatement frappé, mais il guérit; la maladie prit ensuite un grand développement.
La Hongrie reçut le mal asiatique par des bateaux chargés de sel qui partirent de Szalnok avec un équipage de cent quatre-vingts hommes et descendirent la Theiss : ces hommes s'arrêtèrent sur divers points de la roule, et y communiquèrent le choléra sans en être eux-^mêmes attaqués. Arrivés à Roff le a8 juin , ils en éprouvèrent les atteintes et soixanle-dix d'entre eux moururent : les mai^ sons riveraines ne tardèrent pas à recevoir la contagion et à la propager dans les villages environnans.
Un commerce considérable, des relations actives et nombreuses, existent entre Roff, Szalnok et Pest; aussi, malgré les cordons de Iroupes, un cocher parti de Szalnok et arrivé le i4 juillet à
82 niSTOIUE Pest y apporta la maladie, qui se répandit avéc beaucoup de rapidité. Les mesures prises par l'administration pour arrêter les progrès du fléau soulevèrent les étudians, qui se livrèrent à divers actes de violence et rétablirent les communications entre Pest et Bude (i). La première de ces villes, bâtie dans une plaine sablonneuse et sèche, eut plus de malades que la seconde. A Bude le plus o^rand nombre des victimes se montra le long du Danube, et non sur la hauteur. Les voituriers et les employés aux inhumations succombèrent presque tous , et l'on fut obligé de les remplacer par des malfaiteurs; cependant sur deux cents médecins ou chirurgiens exerçant à Bude ou à Pest, un seul succomba.
En Hongrie le gouvernement voulant imposer d'office un médicament de son choix, avaitnommé une commission dont les membres décidèrent que le spécifique pour le choléra était \q magisleriwn bismulhi. Tous les pharmaciens reeurent l'ordre de prodiguer ce médicament à tous ceux qui en demanderaient, et on leur prescrivit la manière d'en faire usage. La Hongrie, un moment rassurée,
(0 Pesl, oui est la viile. la plus peuplée de la Hongrie, est situe sur la riVc gauche du Danube ; Bude est sur la nye droj e du même fleuve, et ces deux villes communiquent entre e) es dar un pont volant : la première a 75,000 hab.tans, et la seou de en a 40,000.
DU CUOLÈUA-MOIUJUS.
on fit une provision immense, et le peuple s'en servit sans modération comme sans discernemenl; mais voyant bientôt l'inefficacité de ce remède il fit entendre des murmures et prit une altitude menaçante: l'emploi du bismuth fut alors aboli par ordonnance (i).
La contagion parcourut presque tous les comitafs de la Hongrie, mais surtout elle sévit dans les parties marécageuses : il est cependant quelques villes éloignées de ces localités insalubres, telles que Czongrad et Debrein , où elle a régné avec -violence.
Dans plusieurs lieUx des bruits absurdes d'empoisonnement furent accueillis avec d'autant plus d'avidité que l'ignorance du peuple était plus profonde. Les paysans, sous l'influence de cette idée extravagante, se mirent en révolte ouverte, saccagèrent les châteaux des nobles, se portèrent à tous les excès et commirent des meurtres d'une atrocité effroyable; ils étendirent leur vengeance jusque sur les officiers chargés de veiller à l'observation des quarantaines. Les rnutins ayant trouvé dans les maisons qu'ils avaient pillées une grande quantité de chlorure de chaux s'imaginèrent que c'était avec celle matière qu'on empoisonnait les eaux : plusieuis fois ilis forcèrent des
'Vj Rdalion des épidémie^ ùu choJéra-morhv.s obsorircs ai Hongrie, etc. , par le docteur Sophianopoulo (Pari^ , 1832).
84 HISTOIRE médecins à avaler du chlorure, refusant de croire à toute autre preuve d'innocence. Ce ne fut qu'en envoyant des corps de troupes dans les districts révoltés qu'on* parvint à mettre un terme à ces actes d'anarchie et de fureur.
Le choléra avait à peu près cessé en Hongrie dans les premiers jours de mars iSSa, après y avoir atteint 537,199 personnes, et en avoir enlevé 237,066 : c'est le pays de l'Europe qui a le plus souffert; une sécheresse extraordinaire y avait causé «ne disette affreuse et universelle; cette disette existait encore en i83i, à l'époque oii le choléra éclata; la misère publique était extrême.
Le mal dévastateur, après avoir frappé la Hongrie, menaçait la basse Autriche et la capitale de l'empire; le gouvernement résolut de s'opposera l'irruption, et pour atteindre ce but un cordon de troupes fut établi sur les frontières hongroises ;: en outre on fit paraître :
1° Un rescrit de l'empereur sur l'établissement et la police des cordons sanitaires , et sur les peines à infliger en cas d'infraction aux réglemens;
a" Des instructions sur la police et le personnel des établissemens de quarantaine;
3° Des instructions aux autorités locales sur la conduite qu'elles devaient tenir dans le cas où la maladie éclaterait, et sur les mesures que devaient prendre alors les commissaires civils;
DU CHOLÈRA-MORBUS. 85
4° Des conseils sur le régime à suivre pour se préserver des atteintes du fléau ;
5° La division de la ville en sections soumises à l'inspection des commissaires de santé et des médecins désignés à cet effet;
6° Enfin des instructions adressées à ces commissaires sur le rapport qu'ils devaient adresser journellement à l'autorité supérieure touchant l'état sanitaire de la section confiée à leurs soins, le nombre des malades et des morts, etc. (i).
Toutes ces mesures avaient été mises en pratique dans le courant du mois d'août.
Un boucher parti de Roab arriva à Vieselbourg le 5 du même mois, et il paraît que cet homme, quoique bien portant, infecta l'hôte chez lequel il vint loger : celui-ci succomba avec toute sa famille. De Vieselbourg la contagion gagna le comitatde Presbourg, où elle parvint le 6 août.
Vienne, quoique entourée d'un double cordon, fut envahie le i6 du même mois.. Il y eut alors deux cas isolés qui furent déclarés par les autorités ne point avoir le caractère du choléra indien. Il s'en présenta de nouveau le i**^ septembre et successivement quelques autres; le i4 septembre il fut impossible de méconnaître et de cacher l'existence de la maladie dans Vienne. Du i4 au l'j quarante -une personnes furent brusquement
ii) Rapport d' Auguste Gérardin et Paul Gaimard.
86 HISTOIRE frappées, et sur ce nombre dix-sept succombèrent; le lendemain, 1 5 septembre, cent trente-neuf personnes furent atteintes du choléra , et soixantequatre moururent dans l'espace de vingt-quatre heures : dès-lors l'existence de la maladie fut officiellement reconnue. Déjà elle avait frappé toutes les classe's : des conseillers, des médecins et des nobles avaient succombé dès les premiers jours; on comptait 764 malades el 3o3 morts. Bientôt le nombre des malades diminua, et celui des morts présenta quelques oscillations.
Dans le cours de trois mois, c'êsl-à-dire du i5 septembre au i5 décembre, Vienne et ses faubourgs onl eu 4,040 malades et 1,936 morts. La maladie continua faiblement jusqu'au i5 février. i832 ; à cette époque elle ne laissait aucune trace de' son existence. Le nombre total des cas s'élevait à 4,229, et celui des décès à 1,976 (i).
La contagion, long-temps bornée à la ville de Vienne, ne s'est étendue aux faubourgs que plusieurs semaines après. Celui de Léopoldstatd a été le plus maltraité : on a remarqué que les apparlemens situés au nord onl eu plus de malades que ceux qui étaient situés au midi ; les classes riches ont plus souffert proportionnellement que dans d'autres villes; les militaires n'ont pas eu beau-
DU CUOLÉRA-MOllBUS. 87 coup de malades, mais les employés des hôpitaux n'ont pas été épargnés (i).
On isola d'abord toutes les maisons où le choléra se manifestait; mais le 27 septembre (u) on supprima ces entraves d'après l'avis de la majeure partie des médecins viennois : les communications devinrent libres entre les divers quartiers de la ville et entre la ville et la banlieue; les cordons sanitaires, reconnus inutiles, furent levés, et l'empereur laissa à chaque province le soin de sa conservation.
De Vienne le choléra, s'avançant toujours vers l'occident, a gagné Brunn et Lin Iz , a franchi la frontière de la Bohême ; étant parvenu sur les bords de la Moldau , il a envahi Prague le a8 novembre 1 83 J, et y a sévi jusque vers le milieu de février iBSa : à cette époque le nombre des malades s'élevait dans cette capitale à 2,964, et celui des morts à i,3oo environ , sur une population de 80,000 ames.
Le nombre des personnes attaquées du choléra en Bohème a été fixé comme il suit, d'après les rapports officiels :
(1) Ainsi dans l'hôpital du faubourg Kossau neuf ont été alités en peu de jours : le prêtre, l'inspecteur, un infirmier, trois manœuvres , le portier, sa femme cl sa fille.
(2) ObscrvaAmr Autrichien du même jour.
Noms lies Cci'clei.
Nomb, /les malados.
MorlJ.
1 uo
Tticplirt'w . . .
Total
Total général . . .
sur une population de 3,208,222 habitans .
Dans l'étendue de l'empire autrichien le nombre total des malades s'éleva à 846,566, et celui des morts à 344j36o.
Au milieu de cette calamité publique l'empereur ne cessa de donner à ses sujets des marques de sollicitude paternelle : il fit d'honorables efforts pour secourir les malades, pour consoler les malheureux, pour alléger la misère des pauvres. Honneur aux puissans du monde qui savent compatir aux souffrances humaines! gloire éternelle aux princes qui font asseoir avec eux sur le trône l'image des vertus et de la bienfaisance!