‹ Histoire de choléra-morbus asiatiqueChapitre 34 sur 83 · DES DÉCÈS CHOLÉRIQUES CONSTATÉS A ARLES · texte numérisé non relu

DES DÉCÈS CHOLÉRIQUES CONSTATÉS A ARLES

(Icparlcment des Bouche8-du-IUl(5nc ,

du 15 septembre au 4 décembre 1832.

DÉCÈS

DATES 1

DÉCÈS

DATES

TOTAL

DATES. 1

TOTAI..

[nascitliiis.

fémliiins.

masculins.

féminins.

Sept.

rpporl. 1

IR

so

Ocï.

iVov.

Dec.

RDCAPITULATIOH DES DECES,

» militaire. . . i5

MASCCLIN. FÉMININ.

TOTAL

DU CHOLÉRA-MORBUS. 209 L'influence de la maladie sur les divers âges est aussi digne d'observation; cette influence a présenté les résultats suivans :

De 10 ans et au dessous

10 à 20 ans

20 à 30 ans

30 à 40 ans

40 à 50 ans

50 à 60 ans ,

60 à 70 ans

70 et au dessus

Totaux

La population officielle de la commune d'Arles étant de 20,336 ames en l'année i832, la mortalité a été de 12,24 sur 1,000 habitans, etde3i,r2 sur 1,000, pris sur la véritablepopulafion réduite à 8,000 ames par l'émigration.

Le département de Lot-et-Garonne avait été alleint k 3r août; celui d'Ille-et-Vilaine le fut le 5 septembre, et le Morbihan commença le 20 à payer son tribut : c'est celui qui ferme la liste.de ces invasions funestes.

Le choléra avait ainsi pénétré dans cinquante-un départemens , mais avec des caractères divers , avec une intensité variable. Les départemens situés au midi avaient en général beaucoup moins souffert que ceux du nord, et ceux de l'ouest, à quelques exceptions près, moins que ceux de

210 HISTOIRE l'est. Sur quelques points envahis en dernier lieu il montra une grande énergie, bien que les élémens extérieurs fussent peu favorables au développement de son activité. Vannes et Arles ont prouvé que, malgré la meilleure saison, malgré une température égale, douce, et une atmosphère peu chargée d'eau et d'électricité, la puissance de la maladie se suffit à elle-même pour atteindre -à son intensité la plus violente. On a remarqué partout que les variations de la température et les différences météorologiques n'ont eu aucune influence appréciable sur la marche et les ravages du choléra asiatique. Tel est, en effet, le propre des maladies transmissibles par contact immédiat ou médiat, par communication directe ou par infection miasmatique, par la voie pulmonaire ou par la voie cutanée, le propre enfin des maladies qui n'ont pas comme les maux purement épidémique? leur cause primitive ou excitante dans un désordre de l'atmosphère ou dansl'altération des autres ageus delà nature nécessaires à notre organisme.

X Paris et généralement dans les grandes villes où les rues se, confondent , oii les habitans ont des rapports continuels et se mêlent sans cesse eptre eux , il a été fort difficile d'étudier le mode de propagation du choléra. La manifestation de la vérité rencontrait de nombreux obstacles; la connaissance des, faits destinés à servir, de guides

DU CHOLÉRA-MORBUS. 211 aux hommes de conscience et d'irréprochable travail était toujours obscure, incertaine. D'ailleurs la dissimulation , les réticences et même les mensonges ne coûtaient rien à qui invoquait des motifs qu'on regardait à tort comme honorables, et les prétextes ne manquaient pas pour cacher le véritable état des choses. On ne cessait de dire que la doctrine de la contagion du choléra est une doctrine funeste, qu'il ne fallait pas semer l'alarme parmi le peuple, déjà trop enclin à céder à la peurj qu'on faisait acte de mauvais citoyen en propageant une opinion qui pouvait gêner l industrie, comprimer les mouvemens utiles du commerce, tarir les sources fécondes de la pros-^ périté publique, et porter le trouble dans toutes les relations sociales. Ou ajoutait qu'avec celte opinion dangereuse, les malades abandonnés de leurs parens et de leurs amis, resteraient sans secours sur leurs lits de souffrance. La voix puissante de l'intérêt personnel venait ainsi se joindre aux cris poussés par une humanité trompeuse, et de cette manière tout conspirait pour dérober la lumière à ceux qui la cherchaient de bonnefoi.

Un grand nombre de médecins publièrent des déclarations touchant la non-conlagion du mal asiatique. M. Velpeau, l'un des praticiens les plus distingués de la capitale fut de ce nombre; mais peu après il expliqua, dans le recueil des y^rchwes

212 HISTOIRE de la Médecine, comment il avait été amené à signer une déclaration contraire à son opinion : « Afin qu'à ce sujet, dit-il, on ne me reproche K pas d'être en contradiction avec moi-même, je « dois avant tout m'expliquer sur une note insérée «dans les journaux politiques, où les médecins de « l'hospice de la Pitié déclarent formellement que « le choléra n'est pas contagieux. Délibérée en « commun dans le but de rassurer le public, celte « note devait être signée de nous tous. Lorsque « j'avouai n'être pas convaincu de ce qu'elle avan- « çait, il me fut objecté qu'une pareille annonce, « étant toute de circonstance, ne pouvait avoir K aucune valeur scientifique. Je me rendis à cette « observation et mis aussitôt mon nom à côté de « celui de mes collègues.

« Ici, au contraire, je dois dire ce qui s'est passé « sous mes yeux. Or, une foule de faits recueillis « dans ma pratique de la ville me paraissent plai- « der pour la contagion.

« 1° Un homme âgé de 55 ans, qui était resté « quelques heures près de deux de ses amis affec- (liés du choléra, en est atteint lui-même trois «jours après, et succombe en huit heures, rue « Vieille-du-Temple; 2° son fils aîné, âgé de ^3 « ans, qui le soigna jusqu'au dernier moment, « est pris le lendemain à deux heures delà nuit, « et meurt à neuf heures du malin ; 3° la mère.

DU CUOLÊUA-MOKBUS. 213 « 4° puis la fille, 5° puis un autre fils qui arrive «de ses ateliers au secours de celte dernière, « éprouvent les mêmes atteintes. 6° H en est de <c même d'un enfant de dix ans qui vint la voir; M 7° d'un artiste qui demeure à un étage plus « haut, et 8° de sa femme. 9° Une-autre personne « est encore morte dans'la même maison, qui n'a « d'ailleurs rien de plus insalubre que les habi- « tatious voisines. Toutes ces personnes, sans être K riches, vivaient à l'aise et n'avaient l'habitude « d'aucun excès.

« 2° Un épicier de la rue de la Harpe est pris le « malin. Je m'informe et j'apprends qu'une dame « que j'avais vue près d'un marchand de vin grâce vement affecté quatre jours auparavant, était « venue plusieurs fois lui rendre visite. Son beauce frère, qui vint le voirie surlendemain, eut son a tour deux jours plus tard. La mère, qui allait a de l'un à l'autre, succomba le jour même.

a 3° Un mécanicien de la rue des Grès, puis sa « femme, puis une de leurs amies, puis sa mère, « puis un autre jeune homme de la même maison , « qui tous ont des rapports journaliers les uns avec « les autres, m'ont offert les mêmes particularités.

« 4° Je vois, rue des Francs-Bourgeois, un maître « d'escrime qui avait approché deux élèves au « lit. Durant sa maladie un de ses pènsionnai- * res se trouve pris au plus haut degré. Un des

■2li' HISTOIRE « atïlis (ie celui-ci, qui lui avait prodigué des soins « assidus, est atteint au bout de dix jours àTliolel « Gorneille, oi!i je suis appelé aie traiter,

n 5° Le nègre d'une famille américaine, demeu- « rant rue d'Enfer, est le premier attaqué; sa dame, « qui va le voir souvent , est prise quelques jours « après; la demoiselle vient ensuite, puis le jeune « homme, puis la bonne. Enfin, le nègre lui-même V était fréquemment allé avec la domestique près « d'une femme morte du même mal, rue Saint- « Dominique, où je les ai vus.

« 6° J'ai rencontré une pareille succession dans M une autre famille , rue du Jardinet. La dame s'est « d'abord alilée ; quelques jours après, le mari est « atteint; une amie qui les quitte à peine vient en « troisième lieu; une demoiselle de la maison voi- « sine, qui les fréquente sans cesse, puis sa bonne,^ « suivent de près; la portière a son tour et meurt; « la femme de leur frotleur est prise aussi, de « même que la première bonne de la femme infec- « tée, quoique plus légèrement.

« 7" Une domestique me conduit rue de Grèce nelle, près d'une de ses amies qui était agoni- « santé du choléra ; elle en meurt elle-même la « semaine suivante. Son mari, une garde appelée « près d'elle, la portière, deux dames de la maice son dont celle-ci fait les commissions, un fils, ce un beau-frère de la portière sont tous pris dans

DU ClIOLÉRA-MOUBLS. 215 « l'espace de quinze jours , et en réchappent « heureusement à l'exception du dernier.

« 8° Une femme employée au pliage d'un de « nos journaux politiques approche, en quelque « sorte malgré elle, d'un cholérique qui habite la « même maison et qui meurt; effrayée, bientôt « malade elle-même, elle fait prévenir son mari « qui n'arrive qu'au bout de huit jours, mais qui « n'en succombe pas moins comme elle le surlen- « demain.

tt JLnfin , j'ai noté en ville les principales circons- « tances de quatre-vingts et quelques cas, et il « n'en est aucun dont le sujet n'ait eu quelque « rapport, soit direct, soit indirect, avec d'autres « cholériques. »

Au commencement de juillet ïSSa , à l'époque où les services de l'hospice de la Pitié furent rendus à leur destination naturelle, lorsque le nombre des cholériques avait beaucoup diminué , un homme âgé de aS ans fut admis dans la salle Saint-Gabriel n° 2, pour y être traité d'un engorgement du testicule gauche. Cet homme, plein de force et bien constitué, fut atteint d'un choléra violent au bout de quelques jours. Un individu entré l'avant- veille pour une otalgie ancienne, couché au n° 20, et offrant tous les caractères d'une constitution robuste, fut également saisi du raai asiatique et mourut dans l'espace de sept

216 HISTOIRE lieuies. Un malade âgé de 5i ans, couché dans la salle au n° aS depuis près de quinze jours, eut aussi le choléra le surlendemain à un degré très intense. Immédiatement au n" aS, la même chose eut lieu sur un sujet âgé de plus de 60 ans, qui était entré à l'hôpital pour un gonflement chronique de toute la main. Peu à peu les n"' 4, 5 , 7,9, 16, 17, 18, 24, 27, 3o, 34, 36 et 37, éprouvèrent également divers symptômes de la maladie, mais à un degré assez faible pour ne pas donner beaucoup d'inquiétude, les uns n'ayant eu que quelques vomissenieus avec coliques et crampes, le plus grand nombre s'étant trouvé pris de diarrhée blanche ou cholérique, sans apparence de froid ni de crampes, et quelques autres n'ayant eu que des nausées, un peu de dévoieiuent et un léger refroidissement de tout le corps, avec altération des traits. Une pareille disposition, fort singulière de quelque manière qu'on l'envisage, a persisté de telle sorte que près de la moitié des blessés qui étaient dans la salle Saint- Gabriel ont éprouvé des accidens de ce genre, et la salle des femmes permit de faire à la même époque des observalions semblables.

Une malade couchée au ri" 12 salle Saint -Jean, pour un gonflement des seins à la suite des couches, eut les premières atteintes du choléra quelques jours après son entrée, et succomba après

DU CHOLÊKA-MOUBUS. 217 avoir donné quelques espérances de guérison. Dans celte salle furent prises , une femme couchée au n° 8, qui avait mal aux yeux depuis long-temps; celle du n° 4, affectée d'ulcère à la jambe; puis successivement les n" ii , i6, 2, 19, et les malades couchés aux n°' i3 et 22, qui ont fini par succomber; enfin, le plus grand nombre de celles qui étaient dans la salle au mois de juillet, ainsi que plusieurs q^ui s'y firent admettre dans le courant d'août et de septembre. Au commencement .de l'invasion du choléra à Paris, trois individus seulement avaient été atteints dans la salle Saint- Gabriel ; c'est à partir du moment où le n° 2 s'est trouvé pris aux premiers jours de juillet, que la maladie se promena en quelque sorte sur tous les lits, y saisit les sujets les plus récemment entrés, et successivement aussi un certain nombre de ceux qui s'y trouvaient déjà depuis long-temps. Lorsque le choléra ne faisait presque plus de victimes dans la ville, plusieurs blessés en furent encore atteints jusqu'à la fin de septembre, après leur admission dans cette salle. La salle Saint-Jean avait été plus malheureuse dans les mois d'avril et de mai : une douzaine de femmes malades qui l'occupaient furent successivement attaquées par le fléau; depuis près d'un mois cependant il n'y en avait plus, et ce n'est qu'à dater du moment où le n° 12 fut saisi du choléra, qu'on vit celte maladie sauter

218 IllSTOIUE

d'un lit à l'autre, et les envahir tous dans l'espace

de six semaines (i).

Dans les départemens, comme à Paris, on a fréquemment observé des faits qui témoignent de la transmission du choléra d'individu à individu , des exemples qui prouvent que cette maladie a une propriété plus ou moins communicative. Partout la mort a choisi de préférence ses victimes dans le sein des mêmes familles, parmi ceux qui avaient des rapports avec des cholériques. M. Arsène Gendron , médecin en chef de l'hospice de Vendôme, a consigné dans la Gazette Médicale de Paris (2) le résultat de ses observations sur ce point. Les faits qu'il cite et dont il a été témoin sont décisifs touchant le mode de propagation du choléra. Après l'exposition de ces faits concluans, M. Gendron ajoute : « Nous pensons que l'asser- « lion admise dans beaucoup d'ouvrages sur le « choléra -morbus, que celte maladie ne se com- « munique point aux médecins qui approchent «les malades, ni aux garde-malades qui leur « donnent des soins, est trop générale et fausse « dans plusieurs circonstances. Cette opinion , «admise prématurément par le plus grand nombre ce des praticiens de Paris, rencontrera beaucoup

(1) Gazelle Médicale de Paris , du 20 décembre 1832.

(2) Fo?|. les n- du 9' août et du 2t) fiovembrc 1832.

DU CHOLÈRA-MORBUS. 219 « d'opposition chez les médecins de province. «Nous pouvons du moins affirmer que plusieuis « de nos confrères de Tours et des environs ont « vu, dans bien des cas, le clioléra-morbus se « développer de préférence chez des individus « qui approchaient les malades et qui leur douce naient des soins. Comment expliquer celle dite vergence d'opinions? N'en déplaise à nos con- « frères de Paris, ne pourrait-il pas se faire que le « choléra ayant envahi la capilale d'une manière «< instantanée, et s'étant répandu en peu de jours «sur une grande masse de personnes, ait empê- « ché de noter beaucoup de faits importans qui « ont dû passer inaperçus au milieu de la confu- « sion des premières semaines et des nombreuses « occupations des médecins parisiens. Dans nos « provinces, au contraire, les faits de choléra se «succédant en petit nombre, les uns après les « autres, ont pu être facilement notés et entraîner « par là un assez grand nombre de praticiens à « admettre la contagion de cette maladie. On m'ob- « jeclera que les médecins et les élèves des hôpi- « taux de Paris n'ont point éprouvé le choléra.

« Ce qui s'est passé dans quelques autres hôpi- « taux où plusieurs médecins, pharmaciens, reli- " gieuses et employés sont morts successivement, «prouve qu'il y a eu contagion sur quelques « points; mais les médecins et élèves des hôpitaux,

220 HISTOIRE « habitués depuis long-temps aux émanations des « miasmes qui s'exhalenL de nombreuses salles de «malades, paraissent par cela même moins susce ceplibles de contracter la contagion »

JNous pourrions ici multiplier les exemples de transmission du choléra, car il s'en est présenté en foule dans tous les départemens envahis, et nous n'aurions que l'embarras du choix au milieu d'une abondance extrême. Nous ne serions pas en peine aussi de citer à l'appui de cette doctrine les autorités les plus nombreuses et les plus imposantes ; mais cela aurait l'inconvénient de soulever avant le temps convenable la discussion d'une importante question scientifique qui a exercé tant d'esprits et à laquelle nous avons consacré la dernière partie de notre ouvrage.

La proportion des morts avait rarement dépassé la moitié des malades; communément on perdait le tiers ou un peu plus; toutefois les départemens dans lesquels il y avait eu le moins d'accidens cholériques avaient vu proportionnellement plus de cas meurtriers.

Jusqu'au i^'' janvier i832, les sommes réparties par legouvernement s'élevaient à 1,277,850 f. 46 c, sauf quelques autres dépenses non régularisées à celte époque; elles avaient été distribuées entre tous les départemens atteints, non pas d'après l'intensité delà maladie, mais suivant les

DU CHOLfiRA-MORBUS. 221 besoins des lieux et l'état des ressources de chaque pays. Ainsi Paris n'avait guère obtenu plus de 24,000 francs (1), tandis que Seine-el-Oise, l'Aisne, l'Oise, la Marne, Seine-et-Marne, le Pas-de- Calais, la Somme, l'Yonne, la Seine-Inférieure avaient absorbé les plus fortes allocations (2).

Le gouvernement fut partout secondé dans ses vues philantropiques par le zèle et le dévouement île toutes les administrations inférieures. Rien, en effet, ne fut négligé dans les déparlemens pour amortir les coups de l'impitoyable fléau , pour lui arracher des victimes, pour prêter assistance à tous les malheureux qui en étaient atteints ou menacés. De même qu'à Paris , le clergé s'empressa de fournir son concours utile, et, d'après les ordres des évêques diocésains, il y eut de toutes parts des prières publiques pour implorer les miséricordes du ciel. M. de Cheverus, archevêque de Bordeaux, publia une lettre pastorale relativement aux bruits absurdes qui circulaient au milieu du peuple de cette grande ville, car on allait jusqu'à dire que les remèdes étaient empoisonnés. « Apportez-nous ces breuvages , «s'écriait

(1) Bien entendu que l'on ne comprend pas dans ceUe somme les allocations municipales et les dons des particuliers.

(2) Rapport fait à la chambre des députes par M. Virey, député de la Haute-Marne , sur les dépenses occasionnées par le choléra.

le digne prélat, « nous les partagerons avec vous. (( Ayez confiance dans l'aclministration, ajoutait-il, « elle la mérite, et elle a montré elle-même dans « cette circonstance que votre archevêque et son « clergé avaient sa confiance et son respect. » Les autorités civiles et militaires de Bordeaux firent en corps une visite à M. de Cheverus pour le remercier de son empressement à s'associer à leurs soins. On lisait sur la porte principale de l'archevêché l'inscription de Maison de Secours , avec la lanterne rouge, que les préventions populaires indiquaient naguère comme le plus sinistre augure.

Que de belles actions avaient paru au grand jour, et combien d'autres sont restées couvertes du voile du mystère! Au milieu de cet élan général de bienfaisance on vit briller les sœurs hospitalières et d'autres rehgieuses, animées comme elles du feu sacré des vertus chrétiennes. Qui dira tout ce qu'il y avait de noble et de consolateur dans le dévouement de ces pieuses héroïnes qui, soitdansles hôpitaux, soità domicile, assiégeaient sans cesse le lit des malades, ne quittaient l'un que pour aller à l'autre , et portaient avec elles des remèdes, du linge, des aumônes, des secours de toute espèce, toujours avec cette grâce ineffable, ce naturel touchant et cette figure affectueuse qui doublent le prix du bienfait? Qui dira tout ce

DU'CHOLÈRA-MOUBUS. 223 qu'a guéri de maux, tout ce qu'a dissipé de préventions injustes le ravissant spectacle de cette cliarité angélique qui voit un frère dans chaque malheureux, qui le sert sans apprêt, sans affectation et sans bruit? Malheur, trois fois malheur à qui resterait froid devant des choses si dignes d'une admiration éternelle! Ah! sans doute la nature humaine ne montre pas toujours son beau côté, quelquefois elle nous paraît laide à faire peur; mais avouons qu'elle nous présente aussi des compensations consolantes; reconnaissons qu'il est des araes généreuses qui savent noblement la réhabiliter.

Le choléra a frappé dans des proportions diverses les cinquante- un départemens qui ont été atteints. Après Paris,, ceux qui ont le plus souffert sont les départemens de Seine-et-Marne, de là' Marne, delà Meuse, delà Haute-Marne, del'Aisne, de l'Yonne, de Seine-et-Oise , de l'Oise, du Pas-de- Calais, de la Somme, de la Moselle, du Finistère, de l'Aube et du Nord. '

Le département de Seine-et-Marne est celui qui a présenté le plus grand nombre de malades et le plus grand nombre de morts. Le lapport avec L population a été pour les premiers de 65 sur r,ooo> et pour les seconds, de 2 / ,34.

Les départemens de la Drôme, de Saône-et- Lone, du Rhône, de l'Allier et de l'Isère, n'ont

224 HISTOIRE eu queqnelques cas et quelques décès; cependant nous avons dû les mentionner pour arriver à une rigoureuse précision.

Des autres départemens atteints, ceux qui ont le moins souffert des ravages de la maladie sont ceux du Cher, des Deux-Sèvres, de la Mayenne, d'Ille-et-Vilaine, de la Haute-Saône, de l'Orne, de la Gironde, de Lot-et-Garonne, de la Manche, de l'Indre, du Calvados et de la Nièvre. Ces douze départemens présentent une population de quatre millions cinq centcinquantemillecinq cent vingtquatre habitans , et n'ont eu que 4>75i malades et 2,391 décès, ou soit un malade sur 967 habitans, et un mort sur r,9o3.

Ainsi que nousl'avons déjàdit, cinquante-deux départemens, y compris celui de la Seine, furent envahis du i5 mars au 3i décembre i832. Us présentent une population de 22,127,022 individus, presque les trois quarts de la France. 230,875 ont été atteints du mal indien , 97,245 ont succombé; ce qui donne sur 1,000 habitans 10,43 malades, et 4,29 morts. Les décès ont été aux malades : : i : 2,37.

Le tableau qui suit fera mieux connaître encore dans quelles proportions chacun de ces départemens a été ravagé, et quel rang il doit occuper sur l'échelle de la mortalité en France :

TABLEAU NUMÉRIQUE des cas et des décès cholériques constatés dans les dêpartcmens de la France^ du iâmarsauSl décembre 1832.

DKPAJVTESIENS.

POPUL&TIOX.

DATB

de

Page 1