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Influence du choléra sur les lieux isolés. .
En même temps que les émigrations commencèrent, la maladie se répandit dans les campagnes environnantes. D'abord elle se déclara sur des fugitifs, ensuite sur des habilans des lieux qu'ils avaient visités. Les quartiers situés à l'est de la ville furent les premiers atteints , quoique les vents aient presque toujours régné dans la partie de l'est ou du sud-est pendant les dix premiers jours de juillet; mais après celte époque la maladie se manifesta dans toutes les directions, selon qu'elles furent plus ou moins parcourues parles émigrans. Plusieurs observations ont été faites à ce sujet par des hommes sans opinion arrêtée sur le mode de propagation du choléra : il en résulte que la maladie s'est peu ou point montrée dans les villages et hameaux où les fuyards n'ont fait que passer; que dans ceux où ils ont fixé leur séjour, elle s'est déclarée avec sa marche ordinaire et ses caractères constitutifs, et que ceux qui n'ont point reçu d'émigrés n'ont constaté aucun cas. On rapporte à ce sujet un fait digne de remarque, et que nous livrons aux réflexions des non-contagionistes. A peu de distance de Toulon, sur la route de Marseille, existait autrefois un chemin conduisant de cette grande route au torrent qui non loin de là se jette dans la mer; ce chemin a été envahi par
DU CHOLÉRA-MORBUS. 303 de pauvres gens qui y ont élevé de chaque côlé de véritables chaumières, les unes construites en bois, d'autres avec de la terre, et le plus petit nombre en maçonnerie. Ce misérable hameau porte le nom de Nai'arin. Les habitations , basses et peu aérées, sont occupées par des familles presque toujours nombreuses. Le sol n'a point de pente, de sorte que les eaux ménagères croupissent devant chaque porte. Là étaient abritées environ cent personnes qui, du moment que les affaires furent interrompues dans la ville, se séquestrèrent au miheu de leur foyer de boue et d'infection, sans craindre qu'aucun émigrant ne vînt leur demander asile. Là ils semblaient braver les fureurs du fléau, qui traçait autour d'eux un cercle incessamment formé parles rangs épais des victimes. Le Castellet , Olioulles, le Bausset et d'autres villages étaient infectés, qu'aucun cas ne s'était encore manifesté à Navarin ; mais quelques habitaus de ce hameau ayant appris que l'autorité municipale de Toulon délivrait des secours aux indigens, s'y rendirent du 8 au lo juillet, et un décès cholérique fut constaté le 1 1 du même mois. Une série de désastres commença dès ce moment, et la malheureuse population du hameau fut décimée.
Les pnsons militaires, les prisons civiles, celles de la marine et celles du bagne n'ont point été
atleiiiles par la maladie. Deux cas seulement s'y sont manifestés, l'un sur le guichetier des prisons civiles, l'autre sur le geôlier de la prison de la marine; mais il faut remarquer que ces deux hommes n'étaient pas séquestrés.
Le lazaret situé au fond de la rade en face de Toulon , entre la petite ville de la Seyne et l'hôpital Saint-Mandrier, n'a pas eu un seul cas. Cependant la Seyne, à l'ouest de ce lazaret, et l'hôpital Saint- Mandrier à Test, ont compté beaucoup de cas et de décès.
Le vaisseau le Trilon, atteint du choléra, a donné lieu à une remarque qui n'est pas sans importance. Dans le service du bord, il y a des hommes qui ne quittent jamais la cale, ce sont ceux qui distribuent l'eau et le vin; le peu de rapports qu'ils ont avec le reste de l'équipage les a fait surnommer rats de cale; eh bien! ces hommes qui vivent dans un lieu toujours humide, où l'air ne se renouvelle que difficilement, n'ont pas été atteints, tandis que ceux dont le service habituel est à l'entrepont ou sur le tillac, ont eu à supporter toutes les atteintes de la maladie.
Le bagne flottant n° 3, mouillé à la petite rade, renfermait io4 condamnés. Ces hommes étaientf employés chaque jour aux carrières de Lagoubran, quartier situé entre la Seyne et Toulon, et pas un
de ces hommes n'a été atteint, tandis que tous les autres bagnes ou salles ont eu un grand nombre de malades et proportionnellement un grand nombre de morts.
Population civile.
i,a population civile de Toulon est J^xée à vingthuit miUe quatre cent dix-neuf habitans. Le npnabre dqs cas a été de 2,700 , celu.i des décès de j,!2.09 ; ce qui donne pour mille habitans 96 malades et 4?j5 décès. On a remarqué çjue peu de maisons présentaient un cas isolé, que presque toutes celles qui avaient été atteintes en offraient plusieurs; dans les classes peu aisées , ces observations étaient plus fréquentes, et le chiffre des personnes atteintes allait souvent jusqu'à 10.
Population maritime.
La population maritime s'élevait pendant la durée du choléra à huit mille individus. Le nombre des cas a été de 3r,25 sur mille, et celui des décès de i4j37 surle même nombre.
Peu de marins de la rade ont été atteints par l'épidémie; ceux qui l'ont été avaient eu des communications directes avec la ville.
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Population dçs bagnes.
La population des bagnes était de 2,970 condamnés; il y a eu 622 cas (i) et 175 décès; ce qui établit la proportion de 209,4 cas, et de 58, 9 décès sur mille individus.
La salle qui a fourni le plus grand nombre de décès est celle des éproui>és. Ces condamnés jouissent d'un privilège qu'ils doivent à leur bonne conduite; les travaux les plus faciles leur sont réservés, et notamment ceux qui sont rétribués; leur nourriture est plus abondante et plus saine que celle des autres forçats; ils reçoivent une ration de vin et reposent la nuit sur un matelas : mais c'est de cette salle qu'on tire les servans des hospices et tous les hommes qui doivent être employés à des travaux de confiance et qui réclament plus de liberté.
Population militaire, La population militaire était de 3,38 1 sous-
(1) Par mesure de précaution, et afin de rendre les secours plus efficaces, M. Esménard, commissaire du bagne, avait ordonné qu'aussitôt qu'un condamné serait indisposé, il fût immédiatement conduit à l'hôpital. Cette mesure doit expliquer le grand nombre de cas indiqués et celui plus étonnant encore des guérisuns.
DU CHOLÉRA-MORBUS. 307 officiers et soldats, et de i5g officiers; le chiffi-e des cas a été de 3o pour les officiers, de a54 pour les soldats; et celui des décès , de 27 pour les premiers et 128 pour les seconds. proportion sur les officiers a été de 16,98 décès sur cent, et celle touchant les soldats de 3,78 sur le même nombre.
Agcns de surveillance dans l'arsenal.
Les agens de surveillance étaient au nombre de 1260; le nombre des décès a été de 28, environ 10 sur cent.
Population générale.
La population générale de Toulon, au moment de l'invasion de la maladie était de 43, 1 15 habit. ; mais, par l'effet des émigrations, elle avait été réduite à 22,000 ames, en y comprenant la garnison et la marine. Le chiffre total des décès ayant été de 1,682, la mortalité moyenne a été de 39 sur mille pour la population ordinaire, et de 76,45 sur mille pour la population réduite.
Influence sur les sexes.
Le sexe féminin a été frappé dans des proportions plus grandes que le sexe masculin. Le rapport établi sur la mortalité de la population civile a donné i homme sur 1,22 femmes.
HISTOmE
Imjlùence sur les quar'l^ers.
Le fléau a frappé d^urtffe "^nianièi^e % 'pëti près ùhiforme cliaqiie qltârtiér de îa ville. Les rues habitées par lés classes pàuvfes ont été cependant plus maltraitées que celles qui , largement percées, étaient habitées par des personnes aisées.
Influence de l'atmosphère.
L'atmosphère a été soumise à de fréquentes variations pendant la durée de la maladie^ et l'influence de ces variations a été nulle. Toute sorl« de vents ont soufflé tour à tour. Tantôt un soleil brûlant répandit dans les airs des lorrens de lumière, tantôt l'atmosphère devint humide et se refroidit; des brouillards accoururent amoncelés de l'horizon marhime , et des nuages de vapeur enveloppèrent la ville comme sous un funèbre linceul. Plusieurs fois le ciel s'arma d'éclairs et lança le tonnerre avec un bruit horrible, la pluie tomba en étourdissantes ondées; et puis à tous ces ébranlemens succédait une sérénité ravissante; rien ne troublait le calme d'une atmosphère pure et tiède, et la nature pleine d'harmonie reprenait ses charmes féconds. >Le xhdléra , impassible au
DU CHOLÈRx\-MORBUS. 309 uiilieu de Ions ces changemens de tempéralure et de toutes ces mutations météorologiques, suivit sa marche régulière, c'est-à-dire que pendant sa période ascendante il augmenta toujours de violence, et qu'arrivé au temps 'de sa décroissance, il diminua graduellement le nombre de ses coups. En tout temps, en tout lieu, tel se montre le mal indien; son cours est invariable, ses caractères ne changent jamais , et c'est de lui-même qu'il lire toute son énergie malfaisante. Comme poussé par un destin immuable, il faut qu'il accomplisse son œuvre, et rien de ce que font les hommes, rien même de ce que produit la nature, ne saurait prévaloir contre l'inflexibilité de ses cruelles lois.