‹ Histoire de choléra-morbus asiatiqueChapitre 70 sur 83 · PHÉNOMÈNES DIVERS · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES DIVERS

Le degré d'aptitude à contracter le choléra diffère à l'infini selon les constitutions, les âges, les sexes, le régime , les mœurs, les occurrences éventuelles de la vie, qui accroissent ou diminuent, par des effets permanens, prolongés ou fortuits, la puissance de cette maladie redoutable.

Par ces différences physiologiques , il arrive que le nombre des personnes prédisposées à recevoir les coups du choléra est exigu , comparé à la masse de la population; en sorte qu'une quantité considérable d'individus peut être préservée, quoique soumise à l'influence directe du principe morbiûque.

(1) Parmi les personnes atteintes du choléra , mais qui ont heureusement échappé à la mort, on cite la maréchale Clausel, épouse du gouverneur-général.

DU CHOLÉUA-MOllBUS. 439 Le choléra, comme la pesle, la fièvre jaune, là variole, la rougeole, l'hydrophobie elles autres contagions aiguës, n'atlàque en général qu'une seule fois la même personne : s'il y a des exceptions à cette règle, elles sont rares. L'immunité des personnes déjà atteintes semble résulter d'une altération du système absorbant, altération produite par ces maladies.

Par la même cause il arrive qu'il y a pour les femmes et les enfans plus de chances d'échapper au choléra que pour les hommes, et que parmi ces derniers les robustes sont plus exposés que les faibles, parce que plus un individu a de force, plus la faculté d'absorption renfermée dans son organisme devient active, puissante , et par conséquent dangereuse, soit que cette absorption dont les lois sont mystérieuses , s'exerce par la voie pulmonaire, soit qu'elle s'exerce par la voie cutanée; aussi dans tous les pays ravagés par le choléra des Indes orientales, la mortalité a été plus considérable chez les hommes que chez les femmes : d'ailleurs ces dernières sont ordinairement moins en contact avec la substance morbifîque, à cause de leurs habitudes sédentaires. Dans l'Orient où les femmes ont une existence intérieure, oii même beaucoup d'entre elles vivent séquestrées , le nombre de celles qui succombèrent au choléra ne s'éleva guère qu'au quart de celui des hom-

**0 HISTOIIIE mes(i). En Europe la proporlion devait élre diffe'lenle , et elle l'est en effet. Le sexe féminin, plus rudement frappé, fournit à la mort beaucoup plus de viclimes qu'en Asie; quelquefois les deux sexes sont atteints dans des proportions égales; sur un même nombre de malades, très rarement les femmes comptent parmi elles plus de décès que les hommes.

Chose extraordinaire! étonnante exception! A Francfort -sur -l'Oder, il y a eu sur 33 morts 24 enfans au dessous de i4 ans; sur i,o43 décès de cholériques constatés à Daiitzick, la moitié l'a été sur des enfans du même âge; à Arles, Bouchesdu-Rhône, le nombre des viclimes âgées de moins de dix ans s'est élevé à 189 sur Sog, dans la seconde invasion. Partout ailleurs la mortalité chez les enfans de tout âge a suivi les proportions ordinaires.

En Pologne les juifs qui, par habitude hérédilaire, se mettent en révolte ouverte contre les principes de propreté et d'hygiène, ont été la matière première du choléra; mais en Prusse > où ils sont également très nombreux, et notamment à Berlin, à Kœnisberg, à Posen, ils ont presque tous évité la maladie , quoique vivant au milieu d'un foyer d'infection. A Cracovie la contagion

(1) Moreau de Jonnès, ouv. cité.

DU CUOlJîUA-MOUBUS. 441 avait compléleraent cessé chez eux, tandis qu'elle durait encore chez les chrétiens.

Les classes pauvres donnent la majeure partie des morts, surtout dans une première invasion ; mais à Vienne, en Autriche, les classes riches ont été proporlionnellement plus maltraitées que dans d'autres villes. On a remarqué dans les Indes que les riches résistent moins à une seconde ou troisième invasion.

Le choléra se déclare le plus souvent pendant la nuit ou dans la matinée; il est toujours plus meurtrier au commencement de l'invasion, et les guérisons se multiplient avec le cours des semaines. La maladie atteint ordinairement son apogée la troisième semaine, ensuite elle décline; quelquefois, tout en déclinant, elle dure jusqu'à la i5% i6% 17^ et même 18® semaine, comme à Dantzick.

Les contrées marécageuses et le voisinage des rivières fournissent en général un assez grand nombre de malades ( Hongrie , Odessa , Saint- Pétersbourg, Berlin, Lemberg, Àrles ). Les parties les moins salubres de la Hollande , et notamment Fiessingue, ont fait exception à cette règle.

On a remarqué à Berlin que les phthisiques n'étaient point frappés et que les avorlemens étaient fréquens pendant le règne de la contagion. Nous ne savons pas si cette observation a été faite ailleurs.

Page 1