‹ Histoire de Christophe Colomb: suivie de sa correspondance, dChapitre 39 sur 39 · AVIS DES EDITEURS · texte numérisé non relu

AVIS DES EDITEURS

Parmi les écrits nouvellement publiés par M. le comte Lanjuinais, nous avons remarqué sa Notice concernant Christophe Colomb. Possesseurs d'un manuscrit qui réfute les opinions énoncées dans cette notice^ nous pensons que le public nous saura gré de 1 avoir livré à l'impression , attendu l'importance d'une matière qui tient de si près à l'événement le plus remarquable de l'histoire moderne.

OBSERVATIONS CRITIQUES

SUE UÉÇRIT IIÇTITULÉ

CHRISTOPHE COLOMk

-i oùT écrivain, qui entreprend de traiter une question importante agitée parmi les gens de lettres^ doit éviter avec soin de s'ériger en juge avant d avoir mûrement examiné et pesé avec la plus cigoureuse impartialité les motife allégués par chacune des parties* Ce principe, dicté par la justice, nous paraît avoir été méconnu par l'auteur de la Notice concernant ChristopJie Colomb. M. le comte Lanjuinais y a pris part à la controverse relative à la patrie de ce grand homme, et a accordé au château de Cuccaro, dans le Montferrat, la gloire de lui avoir donné le jour, sans jeter un seul regard sur les nombreux argumens qui ont revendiqué cet$e gloire à la ville de Gênes. Une telle manière de juger a d'autant plus droit de nous étonner dans le noble pair, qu'elle npus paraît moins conforme aux habitudes d'im homme de

(8) lettres et aux ipaiiôcDes-^'tui esprit {îb^iral» ^ la vérité nous savons que l'auteur italien dont l'opinion a guidé ceHedeM. Lai^tHnais, exprime, dans son ouvrage % au çhap. xni, un vœu, dont Tacoomplissement s^^ait certainement tpè^^mtilie à sa cause. Il voudrait « qu'on ne fît pas attention {nonsidia reud) aux historiens &vorables à l'c^inion des Génoif;]» et a qi^elous^les àwM" mens {imonumenti fti///) contraires à la pféleptioa du MontferratySoieiit Mgardés ccàsa^ supposés ou altérésD {Si ienganoin amio M si^ posti o /dt&^atCj.Vbjs comment ne pis faptremîr dans un pareil vqen, llnqui^tade éat plaîdear alarmé pour lalsdbksse dé sa caHise et orai§nant un arrêt contraire? Nous n'ignorons pifr non plus qu^ ce même écrivain^ en parlant du majorât fondé par Coiomb , manifeste son âvesaion pour cette sorte d'institutions , et ies cara€tfoi9e (page 83 de l'ouvrage xààé) a des InstÙaHons monstrueuses nées de l'orgued gotbùjuà»\Mé&' truosa istituzione naia dal gatico orgogko} 3 mais quel que soit le mérite qu'imè aversion aussi pvo-

' DeUapatria di Cristoforo Colombo disseriazione (Dissertatîoii sur la patrie de Ckrîstophe Colomb) y Pirtnze, pneH9 Molinî landî e C. , iSpf » iurt^.

aomcéemt àk ii4 acquérir aux y^ux de bkn de»

^6119^ nous eroyons cprïl a été apprécié bien au* deifiuftde sa valeur, lorsqu'on a cru ne pouvoir le paiyer qu'en abandonnant le plus rlkistre dés navigateurs aux prétentions du Montferrat.

La diasertatîcm ^sn feteur de Cu^oaro^ cidesM» dté , d^nt l'auteur est M. le comte Gaieaai Naptone, de^urin, et qoi fM publiée dfabord en f 8o5, a été râmprimé^ en 1808 k Blotvnee^ par le» sedfts du comte Damîani de ihiieceft, qui j a ajouté beaucoup d'observations et de notes, dmit {dumeurs ont pour objet de réfMtfisr quelqties erreinfs ^diappéeei k Tauteur. L^^bbéFrâmçois Ckae^llAeti écrivit dans le même s«ttS utie sâ^e et diJ^sétiations épistolaires ', qui parM à ftome en 1809. ^*** ^® fugément du pùbiio fot Contraire' à cjûtA de M. Fabbé Cancellieri. Les prétentions élevées par le Montferrat furent examinées avec la plus grande imp^utiatité et ^Kmdaminiées pai* trois écrivains,

étrangers aux deux pays, et d'un mérite très-

' JDissertazioni epistoUm biblio^Kilifiahe 4i fr^nossco CanceUieri sopra Cri^ioforo Co/ai«6o ( Dissertations ipi^plaires bibliographiques sur Christophe Colqm})), in^amft^ per FrançescQ BourUe , net %^o^ , ii>-8°.

( ïo) distingué;' savoir : parS* fjB. le cardinal Zurla, dan^ son éau3elleat ouVrage sur les voyageiurs •vénitiens ^ ; par le chevalier Boasi , Milanais j dans ses note^ sur la vie de Colomb^ ; et par Vauteut d'un article intéressant inséré dans le n® 54 jde la Revue d^dimbourg {Edimburgh Reçie^) , ca- *hier de.déd^iibre iftiô, page 49^^- Croirait-Km «que M. le comte Lanjuinais passe sous siknce lesauteurs qu'on vient de dter ?Ooir^-oii que, s'étant occupé de la question concernant là , patrie de Colomb, il n'sét pas même essayé, de 'Combattre les écrivains génois. qui ont refuté le comte Napione? Oh a de la peine à se persuader que les principaux, au moins panoi- ces derniers y ne, soient pas parv^msà'Sa cimnaissance : Nous voulons parler des trois académiciens génois, dont la dissertation (Ragionamenfo) ^ a

' Zurla (P. Ab. D. Placido di Marco Polo e degliaUri -viaggiatori Feneziani più illustriy de Marco Polo et des autres- voyageurs vénitiens plus illustres) ; Fenezia, presio Gio. Giacomo Furchs y due voLm-l^^f 1818.

* Fita di Cristoforo Colombo scritta e corredata di nuove osservazioni dal cavalière Luigi Bossi (Vie de Christophe Colomb , écrite et enrichie de nouvelles observations par le chevalier Louis Bossi); Milano^ presso Fincenzo /^ermno, 1818, in-8^

^ Ragionamentonel qualesi conferrna t opinion générale

élé citée avec éloge par MM. Zurla et BoBsi , et par La Revue d'Edimbourg; et du père Spotomo, auteur d'un livre intitulé de V Origine et de la Patrie de Colomb % auquel le comte Napione a attaché une si grande importance qu'il s'est ^oroé de le réfuter par une seconde dissertation imprimée dans le volume xxvii des Mémaires de l'académie royale de Turin. Nous le répétions aicore une fois : le silence absolu de M. Lanjuinais sur tous ces ouvrages est vraiment iaoonceval>le. Ce biographe ne peut même pas nous objecter <pie l'écrit dont nous nous occupons, ainsi que les études biographiques qui le précèdent , ne sont qu'une réimpression d'oinrrages pubUés antérieurement; car nous savons que cette nouvelle édition a été fedte l'année demi«« sous des yeux, et l'éditeur a prissoindenous aver-

intorno all^patria di Cristqforo Colombo ( Discours par lequel on confirme Topinion générale sur la patrie de Christophe Colomb); presentato aW accademia dette scienze^ lettére ed arti di Genova, neW adunanza del i6 dicembre 1^11 y.dç^i accademici Serra , Carrega e Piaggio, in-4®.

' Délia origine e délia patria di Crisioforo Colombo (De rorigitfe et de la patrie de Christophe Colomb) ; di don Giambattisfa Spotomo BarnabiUt; Genova^ presso Frugone^

tk que Fauteur Ta soigneufiiemeitt carue et oom* dj^ gée» et quHl y a £ût ifes addilionâ iflipoftactcs*

Mbis eesaosB d'examiner ce que AL le ccsdïb liS»i}umais auraùdû/aire. ypydns cequ^ilâisrk 4an$ sa uotioe^ etdaftsipidks^erreiBrsîlAst tonditi^ Nouscro joDs poumîr les diTtseren deiutieapèoea^ %&vovtierretirs défiais tleneurs de prixmlp^

Nous nejQous arrêterons d'dbaixlq[ii'uB mstent sur les paroks sutrantes ^qu'oAUtidaus k >BQte a^fiosée au bas 4e la pranioce page, Aq|ie T^u»teur croit applipable au noot Co^ofTifat^i^r ijsvitah Uens retraBchent lesyoydies fioles, 4M|^en iiflé* nuent la proiumeiaftîom » H 6u£^ d'jifirdîc ^:|iie idée, même s»perficîette , de ila iangue ilaftennei pour sa'vou* que la tepmmaâsMi éawÊuACfJond^ n'est pas du ncnnbredex^es qd^ estperaii9^«i c^tains^oas, soit de retraniAier Suit 4^ailtéH^^ nous pouvons ajouter que, même dans les dîflfércpis dialectes de rialiejanuâs on neretWâftdbeles nomspropresenécrivant* Jjebîojp:apbesçtronjpc . aussi lorsqu'il affîrme (pagç vSo)<que Chrîstgpbe Colomb momnt en i5o5. Sa mort tfarrfva tpt l'année suivante 1 5o6, et a^ucup écrivais, p?^ mêoie le comte Napione^ j>'a jamais^evédadoij^ sur ce point. La phrase suivante { page 8i) —

f erdiiland ( fib de Christophe Colomb) ignore le Meu précis de la imssance de son père; niais il aMùne ip£ii était tftme femille noble^ -^ fétiftvnie à elle seule deux erreurs très^rarres. St SL le ooiàte Lanjuinaô^ arait ironlu se donner kl peine de Ure l'hisitoire àe Ferdinand < il aurait trouvé au chapitre v, que Christophe Colomb étnt génois de nation; il aurait tu au chapitre n, que le héros était coâxpatriote de Monseigneur Oiustiniani, évéqne de KeUbiio, célèbre auteur d'un psautier polyglotte imprimé à Gênés en j5i6^ ainsi que des annales de la république de Oénes, et né dans cette tille Fan 1470. Il aurait hi dans le chapitré xi , que Barthâeint Colomb > frère de l'illustre nardgateur, déclare être natif de (Sénés, mais originaire de TéPta Rossa, village situé à àfxOL heues de cette ville du côté" de Test : Jànua euipatria est, norhen cui Bar^ tholomeus Columbus de Termrubra : il y aurait lu aussi ( chapitre idem ) que k grand navigateur lui-fnême signait son nom Columbus de T&Tc^ubra ^ ncni pâRs Columbus de Cucùaro.

' Historié del sign, D. FerHando Colombo , tradotte dot sign, Affbnso UHoa (fiisfoires de D. Fernando Colombo, traduit par M. Alplienae VWoa) y FèHnia , t685 , in- 1 a*:

Quant à la condition de la- iamille, Ferdinand a été si éloigné de penser qu'elle fut noble; que dans les deux premiers chapitres de son Wstoîre il avoue franchement que ses ancêtres avaient été réduits à une grande indigence ( t;^/ittft? a grande nécessita ) qu^ls étaient « pauvres coinme les parens des apôtres, habitans des mers et des côtes ( dimari e di rivière ) et peu connus » {^per- > sone rnen conosciute ). Cet historien pousse la naïveté jusqu'à citer la réponse que son père avait coutume de donner a ceux qui lui reprochaient l'obscurité de son origine. — Même le roi David, disait ce grand homme, avait été gardien de brebis (^ Anche David re fît gùardianp di pécore). Les déclarations de Ferdinand ^ so^t celles cpncemant la patrie de son père , soit celles relatives à la condition de ses ancêtres, çoiît tellement claires et positive^' que M. îïapione^s'est trouvé dans la dure nécessité dans sa seconde dissertation de rejeter cette même histoire de don Ferdinand , qu'il avait louép. dans la première comme portant l'empreinte de la sincérité ( opéra che porta impresso il carattere, delV ingenuità) (chapitre i, page lo). Or nous demandons, en grâce à M. Lanjuinais

( i5) dé nous dire auquel des deux, du-fils du héros ou de l'avocat de Cuccaro, nous devons ajouter plussde foi dans la question qui nous occupe.

On cessera' toutefois de s'étonner de ce que l'auteur des études biographiques n'ait pas lu l'histoire de don Ferdinand, lorsqu'on ^verra qu'il a même dédaigné d'honorer d'un coup d'œil les annales d'Italie. — « Au xv"»® siècle ( c'est ainsi qu'il s'exprime à la page 83 ) les marquis de Montferrat étaient souYa:*ains de la ligurie, puisque le Montferrat avait ^té originairement une dépendance de la Ligurie , et s'y trouvait encore uni à l'époque de la naissance de Colomb. » — Pour réfuter de telles absurdités nous n'aurons pas besoin de recourir aux historiens de Gênes : nous indiquerons aui)iographe les iAnnales de MiuraXorij nous l'inviterons à faire dès recherches dans tous les auieurs de l'histoire d'ItaUe qu'il voudra bien choisir parmi ceux auxqiièls il accorde sa confiance ; et puisqu'il paraît estimer de préférence ^ainsi que nous lé verrons tout à l'heure, les écrivains piémo||tais, nous lui citevons les RévQlutioiu.dUtalie de M. l'abbé Deniria; enfin. nous prendrons la liberté d'appelé pour quelque sin^:ants . son attention

( 16) sur un ouvrage qm ne sam*ait lui être sii^icct^ la Chronique de Monferrat écrile ipxt M. le chevalier Bem^nuto di S. Giorgio ^ conteai^ pcHrain àe Ck^omb, nmmtfe et conaràUer des Biarquis de Montferrat, et précisémeitt sur Té^ dition de cette chronique &ite en 178a à finiprimeiie royale de Turin, in*4^9par un autre savant piémontaîs, feu M. le baron Vemazuiy il trouvera dans ce livre^ à la pagie 298^ que le marquis (Théodore ) de Montferrat entra dans Gènes à I^de de la £lc^on Gibeline en 1409, et qu'il n'en conserva le gouvernement que pendant deux années. Vanno 1 409 la parte Gibeilina di Genova...^ introdusse in essa ciuà il memO' ra$o marckese ( Teodoro ) oon le genti d'arme e Janierie sue:e il marchese rimase signore di Gc'nova e ottewêe â dominio annidue. — Hors ces deux années, nous défi<ms AL le comte Lanjuinais de trouver dans toute l'histoire d'Italie que les Génois aient été une seule fois assujettis à la domination des marquis de Montferrat. Et nous ' remarquerpas ici en passant que l'historien du Montferrat est généralement accusé de trop de complaisance et de flatterie pour ses princes, reproche que ne lui a pas épargné son docte

(17) éditeur et com^Sitriote(vqyez préface, page 19); et que nous croyons même applicable au passage cité; puisque le marquis de Monferrat ne fut pas élu seigneur^ mais seulement capUaine de Gènes; en effet, nous trouvons à la page aSg de l'ouvrage de Benvenuto, une lettre du marquis Théodore qui commence par ces mots :

— Marchio Montisjèrrati ^ Januœ capitaneus— « Marquis de Montferrat capUaine de Gènes. »

Si donc la dépendance deGrènes des marquis de Montferrat a cessé en i4i i 9 et si Colomb est né en i447> oi^i d'apijès M. Napione, en i437»

coipment le biographe ose-t-il affirmer qu'à l'époque de la naissance du héros le Montferrat était uni à la ligurie ?

Après avoir passé en revue quelques-unes des erreurs de fait qui foiumillent dans la notice dont nous rendons compte, nous allons Êdre connaître les principales erreurs de principe que nous y avons également remarquées.

M. le comte Lanjuinais ne manque pas d'énur mérer les écrivains favorables à la prétention de Cuccaro, et sansÊûre la moindre attention à ceux qui soutiennent la cause de Gènes ; il croit avoir par-là suffii^mment démontré que

( -8) le béros appartenait à la Êunille des Cokmibo du Bf<Mitferrat. Les écrivaiiis par lui dtés sont au nombre de huit; Smdi , Ucrreni , Mabhaib , Délia Chiesa^ éréques de Sahices, Lopex, Alg^iisi^ Denina et Douesmundi. Nous sommes loin d'admettre que tous ces auteurs aient été de l'avis que leur attribue le noble pair ( sans doute parce qu'il n'a pas plus jugé nécessaire de lire ceuxyd que leurs adversaires ); nous croy<»» même que ph^eurs d'entre eux ont ^[urnné Fopinion contraire , et nous espérons le prouver tout à l'heure. Mais en supposant même qu'il fût vrai que boit hisUHÎens c»it appuyé la prétention des partisans de €nccaro, si on^com-^ pare le nombre des témoignages respectîfe, ne conviendra-t-on pas que c'est une erreur de jugement trè»gfave que de dou^r la préfiératice à hiut écnvains sur une série de dmx cGtis £ëh vorablea à Gènes et rapportés dans l'ouvrage du P. Spotoroo? et si après avoir négligé de com* parer lenombre des témoignages^ M* Laiipiînais n'avait pas aussi fermé les yeux sur leur poids ^ il aurait vu sans doute qu'un Douesmundi et un Mahbatla ne peuvent pas r&dscmnablèDqient être mis de niveau avec des hommes tels qa'Oviedo^

( »9) Bai^ro^ , Banbo , Guicciardini , Ammirato , le Tasse, Chiabrera, Màriana , Leibnitz , Voltaire , Raynal, Muratori, Tassôni, Robertson, Charles^ roi, I^év6t, Malte -Brun et une fotile d'autî« écrivains distingués.

Dahfe Timpossibilité de combattre ses adversaires, soit par le nombre, soit par le poids de ses citations, le biographe auïait au moins dû essayet* de les attaquer eïï invoquant le témoignage de quelque écrivain contemporain de Colomb et favorable à la prétention du Montferrat. Il ne Fa pas feit et ne pouvait pas le foire pm^iiUl n'en existe pas un seul; il n'en existe tnéme pas un seul qui ait écrit avant le fameux procès intenté et perdu par les Colombo de Cuccaro pour faire valoir leurs droits en qualité dé prétendus collatéraux au majorât institué par Christophe Colomb; procès dont le commencement ne remonte qu'à l'année ï583, c'est-à-dire à soixante et dik^pt ans après la mort du grand homme. Or nous savons que les critiques sages et éelairéâ sont en général très<iélicats sur ce point et, que, lôrsqu'en examinant un fait ils le trouvent dénué d'attestations de la part des auteurs Contemporains et de ceux qui ont écrit à

(ao) xme époque très-rapprochée, ils n'admettent pas fidlement les prétentions élevées par Tintéret ou par la vanité. Et à cet ^;ard Fauteur de la notice ne pouvait ou ne. devait pas ignorer que les Génois ont pour eux dans cette contestation ( si toutefois on peut dire qu'il en existe encore sur im événement porté aujourd'hui au plus haut degré de certitude morale) le témoignage non équivoque du frère et du fils du héros , de l'anonyme qui fut son compagnon de voyage, de Pierre Martire d'Anghiera et d'Alexandre Geraldini, ses amis ef qui occupaient des places à la cour d'Espagne; de tous les historiens génois de cette époque. et notamment du doge Baptiste Campofregoso et de l'évêque Giustiniani, personnages aussi recommandables par leur vertu que par leur science, incapables de tr^ihir ou tl'altérer la vérité, et qui, ayant habité Génës tandis que le grand Colomb vivait encore, ne pouvaient ignorer ni sa patrie^ ni sa conditioUé Qui osera repousser le témoignage unanime de tant d'historiens célèbres et conten^rains, pour leur préférer celui d'un Sordi, d'un Alghisi, qui n'ont vécu qu'un siècle plus tard? Faudra-t-il oublier toutes les règles de la saine critique,

(ai ) favdra-t-il renoncer au bon sens pour accueillir une opinioh nouvelle quand itiême elle serait soutenue par huit écrivains?

Mais nous avons dit et nous iie balançons pas à le répéter, que lès huit auteurs cités avec tant d*assurance dans la notice, ne peuvent réellement pas être tous rangés au nombre des défenseurs de Cuccaro. Herrera' liousdit au chapitre vil, livre i de la décade i de son histoire ', que Fopinion qui indique Gênes comme le lieu de naissance de Colomb est confirmée Jiàrraiitprité de toUS ceux qui ont écrit bu parlé de lui,^^ar la déclaration du héros lui-même... DowlChristOK^aî Colombo.,., nacido enlà ciudad de GenOi^Uj en lo cuaL,.. se conforman todos cuarUos^ d'el escri^en y hablan^ y el mismo lo confiesa. Quant à Torigine de la famille, Herrera veut attendre avant de prononcer l'arrêt du conseil des Indes « devant lequel ( ce sbiit ses paroles) on plaide actuellement » quai sea la mas cierta descendencia en el consejo supremo de

* Historia gênerai de los hechos de los CastUlanos en las Islùsy Tierra firme delmar Oceano (histoire générale des hauts faits des Castillans dans les Isles et dans la f^rre Ferme de l'Océan); en Madrid en la Imprerita Real 1601 in-fol.

(aa) las Indias adonde se lUigfi^ se deterti^^rai. Cet historien n'affirme donc riei^, quajut k ForigiA/ç de Colomb , en faveur de Cuccaro, aiosi que M, Napione lui-même a été obligé d'en /convenir au cliiapitre vu de sa dissertat;ion; çt quant au lieu de naissance il soutient que Cplomb est né à Gènes.

Jean -Pierre Sordi était un jurisconsulta de Crescentino , petite ville du Mont£çp*at , qui , ayant été consulté par les Colombo, seigneurs de Cuccaroy lors du procès qu'ils soutenaient en Espagne, écrivit pour eux un' mémoire. I^es assertions d'un avocat qui écrit pom* ^^ cliens ne forment pas une preuve historique. D'^|lç]iiH Sordi dans sa consultation ne dit pas uu mot de l'agnation des seigneur^ de Cuccaro avec le grand Colomb ; M. Napione lui-même nous Vaffixvae dans le chapitre ix de sa diss^itation, page 77.

Denina ^t plutôt favorable aux Génois qu'aux féodataires de Cuccaro ; puisque dans un ei^drpjit de ses Révolutions d'Italie (liv. xvin, ch^p^ v? de l'édition de Turin 1770, in-4®) il avoue que Colomb est Génois; et dans un autre (liv. xv) il dit qu^on ne manque pas de raisons pour le croire natif de Montferrat. On peut à peu près

(a3) en dire autant de Téréque de Saluce, Délia Ghiesa. Ce prélat, ea faisant mentkm dan» sa CoronaJRealediSav^oja des Documens deSavone, publiés par Salineario , et entièrement contraires à la prétention de Guccaro, n'en conteste pas raytbeuticîté; et lorsqu'il émet sa propre opinion analogue à cette prétention , il se borne 4 fairçi wfi^e des expressions — * on dit ,--»nDus cTQypi^- ^NoustigttosTQPS pqwquoî iebiogtapbe a .çaoais de lire cet wvragô ; il y courait vu, en parwu^^t le paragraphe intitulé d$dy quelle jQonûwço <Mj peut do^joier au* rfeite de Makbaila, et peuA-étre se serait-il garde de.<itw Ip témoignage de ce derioier éorivaio. Que fat causé du Moutferrat est bien.pauvre si > pour la sonter nir , il faut avoir reccmrsà de pareils^déf^s^irs ! Quant À Alfoi^se: Lopea , auteur du iVlp&- UmiQ d'Esp^ne , il n^ peut non plus entrer en ligpe d^ compte. Cet historien ^qrîiàait pendant le procès . soumis au copseil d^ Indies^ et, n'osant d^pkire à tuwnedes parties ^plaidantes, il se flatta peut-être de >eo&ciUer les deux opinions eu disant que Colomb était natif de l-^ftat 4eG4n»s^t priginaire du Montferrat, Nous^oppo^rons, d'ailleurs à cettefaible autorité cellfe ^

fiemi y Catala, auteur iûi-méme d'un Nobiliario espagnol, d'une époque postérieure à celle du procès, et qui conséquemment n'avait aucun personnage à ménager, cet écrivain, loin d'aoquiescer à l'opinion de Lopeàc, affirme que la famille de J'illustre navijgateur était originaire de Gènes.

Les huit auteurs dont M* Lanjuinais a invoqué le témoignage ^ se réduisent donc à trois ; à Malabaila,au P.Algliisi*et au P. Donésmundi. Ce que nous avons déjà dit du premier et du créait dont il jouissait , même parmi ses com* patriotes, nous parait bien suffisant pour rejeter son autorité. Lliistoire du second n'a jamais été publiée, et nous ne connaissons le passage de cette histoire relatif à Colomb , que par le peu que nous en dit M. le ccwate Napionequi, au surplus, se plaint de ce que ce même Algfai^ garde un profond silence sur l'argument le plus pmssant {il pià siringenie ar^omento)' pour pixmver 4a descendance de Colomb des féodafâires de Cuccarô.

H ne reste donc plus qu'un champion pour la défense de Cuccaro, et ce cham{5io4i est le moine Donesmundi : c'est cet écrivait! Maii-

(a5) touàn , auteur d'une histoire ecclésiastique de son. pays aussi peu estimée ' que peu connue, et qui composait son ouvrage à Tépoque où le .Montferrat appartenait aux ducs de Mantoue.

L'importance que M. le comte Lanjuinais parait attacher au témoignage de cet historien , en disant : « Donesmundi surtout^ dans son Historia ecclesictstica diMantovay>j ferait croire d'abord que ce dernier et, l'on peut ajouter, unique défendeur se présentera au moins dans la }ice armé d'une quantité de pièces et d'argumens suffisante à détruire la masse des titres et des témoignages contraireSi £h bien , on s'abuserait encore. Toute l'ârudîtion, tout le raisonnement dte Donesmundi consistent dans ces mots : Cm-, tqfbw Colombo nato nel Castelèo di Cuccaro ( benehè molti inganhati lo voglidno Genoif^esé) te Christophe Coloimb est né dans le château <k£luûcaro (quoique.beaucoup de giens trompés prétendent qu'il fat. Génois ). » Quelle impu-

* On peut lire le jugement que porte sur cet ouvrage le célèbre Tiraboschi, t. vu, liv. m, chap. i, § 21, de la seconde édition de iifodène. Le savant Bettinelli, danè son énumération des historiens de Mantoue, ne fait seulement pas mention de ce Donesmundi, t. xv«, page 291, de l'édition de Venise 1800.

(«6) dence! Ce serait donc le grand ncnnbre, les historiens les plus an<^ens, les plus respectables qui se savaient trompés! Un écrivain isolé, obs* cur, moderne; un écrivain qui ne produit pas la lacioindre preuve à l'appui de son assertion , un Donesmundi enfin dirait seul la vérité 1

AfaiSy poursuit l'auteur de la notice (p. 83)^ les textes cités pour Gènes p(»*tent que Chris* tophe Colomb était Ligurien , expression équivoque et qui n'exclut pas le Montferrat; Donesmundi au contraire dit positivement qu'il naquit àCuccaro. Nous ferons c^server à M. le comte Lanjuiuais que les vingt* trois auteurs contemporains de Colomb, dont on trovve l'énumération dans le chapitre n du livre i^ de l'ouvrage du père Spotorno^^ppellent ce grand homme, Colombo Gênais *. Qull en est de même de la plupart des écriviains post^deiirs: et qu'en outre, le naot Ugurien (Aifz lesauteiffs itaUens et latins du xv^ siècle et des siûvans^ équivaut toujours précisément au mot génois.

' Voyez le Ragionamento présepté à raoadémk dç Gêne&, page 67 et suiv., et l'ouvrage du P. Spot<»*nQy Délia origine e délia patria di Cristqforo Colomba, ci-djessu^ cité chap. n, pag. lO.

Les académiciens Génois et le P,5jpQtx)rno ront démontré par un grand nombre d'exemples.

La grande machine des prétentions de Cuccaro tourne tout entière sur ce piveau. Comme il est hors de doute que le père de rinunortel navigateur s'appelait Dominique Colombo^ et comme pendant le ^v"* siècle il y avait un individu portant ce prénom dan$ la famille Colombo y des copropriétaires du château de Cuccaro, cm a vpulu prétendre qu^ ce seigneur fat \^ père de Christophe. Mais pour qu'une pw^Ue ii^ductiçn i\^X fondée en raison, il faudridt commencer par.jM*ouver , a^npi que Fa c4;>sarvé 1^ savant Tiraboschi y que dans le grand noTnbre des ^pailles Colombo éparses à cette époque dans lltalie supérieure , il n'existait pa^ nn 9iutre individu qui eût le prénom de JDomi-r niq^e< Il est dpnc inutile de produire tant de titres relatife k la famille Colombo de Mojqitferrat i^t à ses fiefs. On ne nie pas que Lamia Colopnho ^ seigneur de Quccayo au xyTjsièpjle, n'ait été le père de plusieurs enfans , dont un se nommait Dominique; mais il est prouvé que ce Dominique n'a pas pu être le père du célèbre Amiral. En effet, Christophe 9 qu^ l'on

(â8) présente comme le fils aîné d'un seigneur copropriétaire de deux fiefs , d'un personnage tellement important , que sa tutelle avidt été confiée à son propre souverain, {F. le Ragwhamentù ci-dessus cité, page 74.) Christophe, disons-nous, ne se trouve pas nommé une seule fois' dans les documens de Cuccaro. Par qui fut-il dépouillé de ses fiefs? Comment passèrentils dans une autre branche? Comment put -il ne pas eh^ &ire la moindre mention dans ses divers téstamens ? Pourquoi , au lieu d'envoyer à Gênes deux copies des privilèges qui lui avaient été accordés par les rois catholiques ' né les adressa-t-il pas au contraire à ses nobles parens, seigneurs de Cuccaro ? Pourquoi son fils Ferdinand, qui entreprit exprès un voyage afin de se procurer des renseignemens précis sur Pori-* gine de son père , se rendit-il à Gênes, et com-» ment n'eutil pas la pensée d'aller plutôt faire des recherches dans le pays où étaient situés lès châteaux et les fiefs de ses iHustres-ancêttrès?

" Le corps, de ville de Géues vient de faire iTOprimçr et publier le manuscrit de ces privilèges, qui se trouvait dans ses archives. (Gênes, chez Pohtîienier, imprimeur-libraire, i8a3, 1 vol.in-4*^) * '

Dhg+tized by VjOOQIC

Mais les écrivains, génois ont poussé encore plus loin leurs raisonnemens. Ils ont prouvé jusqu'à l'évidence la non-identité de la personne de Dominique Colombo , seigneur de Cuccaro et de Conzano y avec celle de Dominique Colombo , père du célèbre Amiral. Ils ont démontré par le testament d'un des Colombo du Montferrat ^ et par l'aveu de D. Balthasar Colombo lui-même, que le premier était déjà décédé l'an j4^ {v. le Bagionamento j cité page 18); et ils ont établi de la manière la plus lumineuse l'existence du second en i474 {ibid.j p. idem)^ ainsi que l'existence non -seulement en cette année, mais même en 1489, de Dominique Colombo, citoyen de Gênes {ibid.^ p. 48 et gS). Le héros était donc fils de ce dernier et petitfils de Jean Colombo de Quinto > petit pays situé à deux lieues à l'est de Gênes et à côté du village de Terrarossa , dont nous avons déjà fait mention. Au reste , il ne Êiut pas s'étonner si en deux pays différens il existait deux Dominiques Colombo à la fois. Ces répétitions de prénoms dans tes mêmes noms de famille sont très-communes en Italie , et dans l'espèce il serait facile d'en trouver quatre simultanément.

(3o) Nous croyons inutile de combattre l'assertion gratuite de M. le comte Lanjuinais sur la pré* tendue admission de D. Balthasar Colombo en qualité de parent ou agnat de Christophe, prononcée par le conseil des Indes. Si cette décision avait existé , certes les défenseurs dé Cuccaro n'auraient pas hésité à la publier. Quant à nous, nous avons bien connaissance d'un arrêt émané du conseil des Indes, le 1 1 août 1 589, sur la demande de ce même Balthasar qui , alléguant sa qualité d'agnat de Christophe, réclamait des alimens sur la portion du revenu du majorât affectée par le testateur au soulagement de ses parens les plus pauvres ; et nous savons que cette demande fut rejetée. Nous connaissons cet arrêt, non pas d'après un bruit populaire, non pas d'après un écrivain partial , mais par la relation du procès que le procureur royal près le conseil des Indes soumit à Philippe II. Le célèbre jurisconsulte Solerjano Peresira, qui vivait à l'époque du procès et qui écrivit quelques années plus tard deuit ouvrages, dont un en latin , intitulé De jure Indiarïtm , et l'autre en langue espagnole , portant le titre de PoUtica Indiana , ne dit pas un mot des prétentions

(3i ) de D. Balthasar, et affirme au contraire que Colomb était Ligurien , c'est-à-dire « Génois. » Hic natione Ligur^ swe Genuensis {De jure Indiarum^ lib. I, cap. v). Tous les autres auteurs espagnols qui ont écrit postérieurement au procès, et qui sans doute n'en ignoraient pas l'issue , tous depuis Mariana jusqu'à D. Jean-Baptiste Muîîoz, historiographe de Charles III , et auteur d'une Historia del nuevo Mundo , condamnent l'opinion que M. le comte Lanjuinais a entrepris de soutenir. Concluons donc que quiconque aime la vérité , quiconque ne veut pas se laisser séduire par de vains sophismes, doit ajouter foi au grand Colomb lui-même, à son frère, à son fils , à ses amis , à ses contemporains , aux écrivains les plus respectables de tous les pays et de toutes les époques, et s'empressera de répéter les deux vers de l'anonyme auteur du poème intitulé Christophe Colomb y ou V Amérique découverte '.

« Il naquit dans les murs de la superbe Gènes, « Dont la gloire égala les plus beaux jours d'Athènes.

' Christophe Colomb ou V Amérique découverte; a vol. in-8% Paris, 1773.

Page 1