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Histoire de Corot et de ses uvres

Le hasard m'a conduit vers M. Alfred Robaut, le fervent de Corot, dévoué à la glorification du maître bien aimé, à V heure oh la défaillance de ses forces le condamnait à abandonner le monument, objet de ses efforts pendant quarante ans. Gendre du peintre Constant Dutilleux, qui de bonne heure goûta avec passion le talent d'un confrère méconnu et fut un de ses premiers acheteurs, initié à cette admiration qui tenait du culte, cet homme à l'âme d'apôtre avait fini par consacrer sa vie à sa religion artistique dans laquelle Corot n'avait qu'un rival : Delacroix. Dans l'hommage rendu à ce dernier sous la forme d'un catalogue de son œuvre, il avait eu pour émule mon père, Adolphe Moreau, dont le « Delacroix et son œuvre », paru antérieurement, servit de base à sa magnifique publication documentaire de 1885. Appelé par un singulier retour à devenir, pour son « Corot », son collaborateur de la dernière heure et à substituer ma bonne volonté d sa compétence, j'ai tenu à exécuter fidèlement le plan de V auteur. De même que « L'Œuvre de Delacroix », son aîné, « L'Œuvre de Corot » (1), paru le 22 février 1905, jour du trentième anniversaire de sa mort, est un catalogue complet dont une image accompagne chaque numéro.

Cet ensemble de documents aurait pu se passer de commentaire. En face de l'éloquence des œuvres, tout discours paraît superflu. Pour me mettre la plume à la main au seuil de cette

(1) L'Œuvre de Corot, par A. Robaut. 4 vol. in-40. Paris, Floury, iqos-

galerie oh Corot revit tout entier, il n'a fallu rien moins que la collaboration de Corot lui-même. Sa correspondance pieusement conservée par ses amis, les confidences de ses carnets, le souvenir de ses causeries intimes : voilà le fond de V « histoire » que j'ai déposée au pied de l'édifice achevé par mes soins. Après Théophile Silvestre(i) et Henri Dumesnil(2), qui l'un et l'autre lui ont donné la parole dans leurs écrits, après M. Robaut lui-même (3) et grâce à lui, j'ai essayé à mon tour de faire entendre «sa voix».

Des lecteurs bienveillants m'ont assuré que je n'avais pas échoué dans mon entreprise et qu'une lumière nouvelle jetée sur sa carrière faisait rayonner d'un éclat plus grand cette admirable figure d'homme et d' artiste. On a regretté en même temps que ce récit, imprimé à peu d'exemplaires, demeurât réservé à un public restreint. C'est pourquoi je distrais de V ouvrage ces pages écrites en manière de préface et qui occupent le premier des quatre volumes. Une importante réunion d 'images . s' imposait pour conserver à cet essai son caractère et permettre au narrateur de suppléer à la vanité des mots par le témoignage des choses ellesmêmes. J'ai donc puisé à pleines mains dans l'œuvre du maître; et, de même que j'avais écrit sa vie d'après les confessions de l'homme, de même ai-fe fait appel, pour révéler le peintre, à sa peinture.

(1) Histoire des Artistes vivants. Études d'après nature, etc. Paris, E. Blanchard, 185 y.

(2) Corot, Souvenirs intimes. Paris, Rapilly, iS/ï.

(3) Galerie Contemporaine. (Nn<i 27 à 29 : Corot.) Paris, Basclict, 1883.

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