LA DANSE DES NYMPHES
Bien que Corot se contentât modestement du titre de paysagiste, son art embrassait tous les genres. Aucun spécialiste n'était plus habile à interpréter la figure. Sa peinture était proprement ce qu'on appelle de la grande peinture. Nul n'était mieux qualifié pour décorer un édifice public. On ne pensait cependant pas à lui dans les commandes officielles. Il fallut l'intervention dévouée d'un ami pour procurer à son talent l'occasion de se révéler dans un cadre merveilleusement en rapport avec la noblesse de son style et l'ampleur de sa technique.
Cet ami, M. Théodore Scribe, avait l'oreille du président de la commission des Beaux-Arts de la ville de Paris. Grâce à lui, Corot fut chargé de peindre un panneau pour la chapelle des fonts baptis-
(Fig. 98). — Etude pour le Baptême du Christ ; vers 1845
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maux de l'église Saint-Nicolas du Chardonnet (i). Il eut à batailler avec le curé pour le choix du sujet. Par un singulier renversement des rôles, l'ecclésiastique plaidait pour une scène qui parlât aux yeux plutôt qu'au cœur des spectateurs. Il avait imaginé de faire représenter le baptême par Saint-Philippe de l'eunuque de la reine d'Ethiopie. Je ne sais quel romantisme de mauvais aloi lui suggérait cet épisode sans intérêt de l'histoire religieuse comme prétexte à un décor pompeux et à de bruyantes harmonies de couleurs. Corot se récusa, préférant l'éloquente simplicité du baptême de Jésus {Fig. 99), et il obtint gain de cause. Son œuvre, grandiose et naïve
(1) Nous avons eu connaissance, grâce à l'obligeance de son possesseur, M. Gadala, d'une lettre officielle de Corot au Préfet de la Seine, relative à cette commande. En voici le texte avec celui des apostilles marginales qui l'accompagnent :