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(Fig. 131). — La Compagnie de^Diane, ou le Matin. Exposition universelle de 1855.
(Fig. 132). — Ronde d'Amours, ou le Printemps. Exposition universelle de 1855.
31 août. — Lever vers 7 heures. Corot vient me prendre. 1" étude dans les environs : les moulins. Retour chez moi; écrit à ma femme. Départ de Rotterdam pour la Haye. Arrivés vers le soir. Nous allons à Scheveningue, près de la mer. Logés à l'Hôtel du Lion d'Or.
1e1' Septembre (vendredi). — Nous allons vers la mer. i" étude, dans les dunes avec fond de Scheveningue. — 2e étude, la mer. — Déjeûner en vue de la mer. — 30 étude, dans les dunes. — 4e étude, dans les dunes avec petits arbres.
2 Septembre (samedi). — Au bois de La Haye. Petite étude sur la lisière du bois. Retour à La Haye. Après le déjeuner, au Musée. Il est fermé. Cherché les lunettes de Corot oubliées le matin au bazar. Quelques croquis près des dunes. Retour. Conversation dans la chambre avant de se coucher.
Dimanche 3. — Messe à La Haye. Visite au Musée. Leçon d'Anatomie de Rembrandt et grand Paul Potter : impression peu favorable. Départ pour Amsterdam. Dîner, puis promenade au bord de l'eau. Beaux motifs et beau soir. Le matin, à La Haye, rencontre de Mme Herbelin. Nous allons avec elle jusqu'à Harlem.
4 septembre (lundi). — En voiture à l'étude : une maison dans les arbres. Dîner, puis visite au Musée. La ronde de nuit de Rembrandt et Van der Helst (peu satisfaisant). Le Rembrandt, hommes auprès d'une table (très beau). Petit tableau de Van der Eiden. Le soir, étude sur le port : vue d'Amsterdam.
5 septembre (mardi). — Les bords de l'Amstel près Amsterdam. Nous y faisons quatre études. Déjeûner dans le faubourg. Retour à 6 heures. Dîner à Amsterdam. Corot va faire une visite avec son neveu. Ecrit à ma femme et à Legentil.
6 septembre (mercredi). — Départ d'Amsterdam à 8 h. 1/2. Arrivée à Rotterdam à midi. Avec Corot fait une étude sur le bord d'une rivière : moulins. Avec lui et le neveu dîné à mon hôtel ; puis le café au café de Londres. Terminé mon compte avec lui. Dispositions de départ. Couché à
10 heures.
Dutilleux, appelé du côté de Givet, quitta son compagnon le 7 septembre. Celui-ci demeura une semaine de plus à Rotterdam.
11 fit encore plusieurs études, (Fig. /?o), puis il prit congé de son neveu et revint à Arras en passant par Douai. Le cénacle des amateurs arrageois, auquel fut offerte la primeur des études de Hollande, témoigna, paraît-il, d'une certaine froideur. Les Parisiens virent plus clair, à en juger par ce que Corot, rentré à Paris, écrivait à
leur propos à Dutilleux (14 décembre 1854) : « Vous avez peut-être vu dernièrement à Arras un de mes amis, un ancien camarade de l'atelier Bertin... Il aura pu vous parler des études de Hollande. Avec le temps, elles finissent par être aimées. On les trouve bien en général ».
Dans cette même lettre, l'artiste parle des compositions auxquelles il travaille. Il n'y a pas eu de Salon en 1854. L'Exposition Universelle, annoncée pour le printemps de 1855, doit résumer l'effort artistique des deux années (1). Corot s'y prépare. S'il montre certains tableaux déjà prêts, il en est d'autres qu'il cache encore. Il les appelle plaisamment « les sournois ». — « L'on est assez content en général des tableaux visibles. Les deux sournois, ça sera pour la moitié de janvier. » — Il en parle encore dans un billet de jour de l'an, plein d'amical abandon :
Paris, 4 janvier 1855.
Mon cher ami, J'ai reçu avec grand plaisir votre dernière lettre qui m'adresse des compliments pour la nouvelle année, de votre part ainsi que de votre bonne famille. Je vous remercie tous et fais pour vous les souhaits pour tout ce que vous pouvez désirer. Santé pour toute la famille et bonne peinture, bien consciencieuse ; et fichons-nous de tout. Je vais bientôt mettre au grand jour mes deux tableaux qui ont fait les sournois. Je vous écrirai ce que l'on m'en dira. Embrassez bien Mme Dutilleux et tous vos enfants pour moi. Je vous serre la main.
Le 25 janvier, les fameux « sournois » ont enfin été révélés au public et il en parle avec une certaine satisfaction : « Les deux tableaux que j'ai découverts dernièrement sont approuvés des visiteurs. Espérons que ce sera bon. Vous les verrez à l'Exposition». L'Exposition ouvre le 15 mai. Coroty est représenté par six tableaux, six variations nouvelles sur l'éternel poème de la lumière et des heures : matins brillants de rosée, clairs après-midi ou dorures vespérales. La chaste nudité des nymphes peuple ces rives enchantées; les amours s'ébattent dans ces idéales prairies. Ici, Diane et ses
(1) Décret du 24 décembre 1853.
(Fier. 133). — Combat d'amours, ou le Soir. Exposition universelle de 18^5.
(Fig. 134). — Souvenir de Marcoussis. Exposition universelle de 1835.
compagnes apparaissent au bord d'une anse mystérieuse, à l'abri des hautes ramures forestières {Fig. 131). Là, une ronde enfantine foule le gazon fleuri; et la mutinerie gracieuse de ces fils du satyre assiège les bouquets d'arbres qui ombragent leur retraite (Fig. 132). Ailleurs, Vénus, nonchalamment étendue près d'un lac qu'empourpre le crépuscule, assiste, dans le calme de la solitude, à la lutte acharnée de deux cupidons ailés (Fig. 133). Au livret, ces tableaux s'appellent tout bonnement Le Soir, Le Matin et Le Printemps. Une autre toile, resplendissante de lumière estivale, a pour sujet une campagne blonde sous un ciel bleu, avec un chemin creux où disparaît un chariot; elle est dénommée Souvenir de Mareoussis, près Montlhéry (Fig. 134).
Ce dernier paysage n'eut point une fortune banale. Il arrêta les regards de Napoléon III, qui s'en rendit acquéreur. Le goût personnel de l'Empereur avait seul dicté son choix, qui n'était pas pour plaire au Surintendant des Beaux-Arts. M. de Nieuwerkerke n'entendait rien à l'art de Corot. Il répétait volontiers sur son compte les critiques à la mode, accusant sa couleur d'être « boueuse » et sa facture « cotonneuse ». Il accueillit avec un sourire dédaigneux la décision du souverain, qu'enregistra par contre avec une satisfaction marquée son subordonné, le marquis de Chennevières. Ce dernier, auquel incombait la lourde tâche de placer les tableaux des expositions, ne craignait pas de tenir tête à son chef hiérarchique en faveur des artistes dont le talent lui plaisait. Il appréciait celui de Corot et ne s'en cachait pas. Quand le maître eut dicté sa volonté pour le Souvenir de Marcoussis, il paraît que Nieuwerkerke, se tournant vers Chennevières, lui cria : « Eh bien, vous êtes content? » (1).
Le jury des récompenses, composé de quatorze membres nommés par l'Empereur, accorda à Corot une médaille de première classe. Toutefois, nous savons par une confidence d'Eugène Delacroix, qui faisait partie de ce jury, que la chose n'alla pas toute seule. Voici le passage de son journal qui a trait à cet objet :
(1) Ph. de Chennevières. Souvenirs cTun Directeur des Beaux-Arts, 2e partie, page 4.
« ...Se rappeler la grande chaleur de Français qui, ayant voté pour lui, tout le temps, pour la première médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot, quand il ne se trouvait plus de place pour lui. Dauzats et moi avions, par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls (1) ».
En dépit des mesquineries et des marchandages d'un jury où l'on ne trouve pas sans étonnement Français parmi les juges de son maître, le succès est manifeste. Corot n'est que trop modeste quand il annonce à Dutilleux (31 octobre 1855) : « On m'a paru assez content de mon exposition. » La critique est unanime à rendre hommage à son mérite. La petite phalange des amateurs, auquel l'exemple vient d'être donné en haut lieu, grosrit de jour en jour. Il n'est pas jusqu'à l'Administration elle-même qui ne songe à réparer la longue indifférence dont a souffert l'œuvre achetée par l'Etat en 185 1. La Danse des Nymphes entre au Luxembourg !
(Fig. 135). — I.e Songeur. Procédé sur verre, 1854.
(1) Journal d'Eug. Delacroix, 7 novembre 1855. Tome III, page 115.