‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 6 sur 131 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

Il en & lecture devant le parlement, qui vota des 5ecours aux matelots blessés. Sur là proposition du conseU^d'état y le parlement décerna aux axmraux vainqueurs deux chaînes *^*^' d'or, de la valeur de 3oo livres sterling chacune , réservant pour les vice*<aniraux et les officiers d'autres présents moins prédeux. Ce fiit Cromwell qui, dans un cfiner, offirit à Monk et passa lui-même à son col cette glorieuse décoration.

Ce dernier succès! , ea réduisant les étâtS' de Holbnde k la nécessité de h paix, fit tomber queTqiies espérances qcfavàient formées les RoyaKstes. Les montagnards écossais avaienrl ranimé leuf*^ 2sèle si désintéressé et si malfaettirevcc. Qdel<jpL]es agitations se faisaient sen^ en Angtei^e , au péinC que Cromwell se crv^ ûUBgé de faire ériger, par son p^rlemêttt, une noo^tte couàr' d^' justice.

Cromtrell se servit aussi de cette asseniftféé pbv persécuter un des hommes les plus sing^ÂIeft qu'ait produitii la révolution anglaisé! Cet hOÉune esf Labûrn (i>qul, sans avoir

(i) CUrendon's history, p. 63o.

l6 HISTOIRE DE CROHWELL.

montré de talents supérieurs , mérite une place dans cette grande époque, par sa haine in- Tin,cible et sa protestation persévérante contre to|^^e espèce d'injustice et de tyrannie. Né ÔB^ la condition la plus obscure , et d*abord colporteur de livres , il avait subi les rigueurs de la chambre étoilée; il se fit écrivain, et publia de nombreux pamphlets contre l'église. A l'époque de la guerre civile , il prit les armçs pour le parlement , et s'éleva par son courage au rang de colonel. Fait prisonnier par les Royalistes, il. fut traduit en jugement comme rebelle, et ne dut son salut qu'à l'intervention du parlement qui le réclama; mais son indomptable amour de la liberté le souleva bientôt contre son propre partL Le parlement, dont il dénonçait les actes arbitraires, ordonna de le mettre en jugement. Cromvvrell, qui avait éloigné lilburn de l'armée, mais qui voulait attacher à la poursuite du parlement cet incorruptible adversaire , écrivit une lettre à la chambre pour s'opposer à son jugement. lilburn, toujours plus hardi à mesure que l'assemblée devenait plus tyrannique , fut perse-

cuté tour-à-tour par les Presbytériens et les Indépendants, et enfin banni d'Angletierre.

Bevenu après la dissolution du long parlement, il fut arrêté par ordre de Cromwell, et jeté dans la prison de Newgate. Mis en jugement de nouveau, le jury Facquitta. Cette absolution , prononcée par le jury , malgré les efforts des juges, irrita singulièrement Cromwell, dont Lilburn avait démasqué, dans sa défense , le despotisme et Thypocrisie. Elle lui parut, suivant lexpression d'un historien, une plus grande défaite que la perte d'une bataille. II fit ordonner par le parlement (i) que la sentence serait revisée , et que Lilburn resterait prisonnier, sans qu aucun tribunal put iui accorder ^habeas corpus. Lilburn mourut en prison , martyr de " la liberté sous tous les pouvoirs , et traité d'esprit chimérique et insensé par ceux qui ne conçoivent pas la résistance contre- le pluà fort.

Ce parlement, dont • Cromwell se fatigua bientôt, était cependant assez facile à con-

(i) The parliamenUry histoiy, ▼. zxi, p. at3.

l8 HISTOIRE B£ CROMWELL.

duire^ au moins dans ce qui r^ardait le pou-* voir personnel du général. Les frais de la guerre mslritime ayant exigé la vente des biens cou- :653. fisqués, le parlement excepta le château royal de Hampton* Court, poiu* en laisser la jouis^ sance à Cromwell. Enfin, à Tépoque du renouvellement du conseil - d'état , Cromwell en fut nommé président à l'unanimité des voix de la chambre. Ces hommes n'avaient pas assez de lumières, ou ne se sentaient pas assez de force pour résister au général. Mais la hardiesse ignorante , avec laquelle ils frappaient toutes les, institutions que la guerre civile n'avait pas détruites, leur jalousie contre le clergé , leur haine contre toutes les distinctions sociales, alarmaient la partie la plus éclairée de la nation. On peut présumer que; Cromwell, qui ne pouvait les redouter, les laissa quelque temps exercer }eur activité n désordonnée, pour mieux faire sentir aux Anglais le prit d'une administration plus raisonnable et d'une conduite plus habile. Leur bigotisme excessif commençait cependant à le gêner lui-même. Ainsi, tandis que ce général, aprè^

avoir 25$ez humilié la Hollande, devait désirer une paix qui lui donnât le loisir d'affermir et de régler son pouvoir , ce parlement fanatique sse révoltait à la seule idée de traiter avec ceux qu'il appelait des politiques char* neis et moudains^ des ennemis du royaume dé Jésus-Christ y dont l'jingleterre attendait la prochaine venue.

Cependant^ les magistrats de la Hollande , pressés par le mécontement général, offraient, pour obtenir la paix, toutes les satisfactions et toutes les garanties que pouvait demander FAngleterre. Mais le pariement répondit , « qu'il c voyait Faccomplissement de la prophétie ; € que lesOentils et les Bois de la terre feraient « rage, pour se soulever contre le royaume de c Jésus^]lhrist : mais qu'ils tomberaient devant $i lui et qu'ils seraient mis en pièces. »

Sans supposer, comme le font quelques historiens, que Cromvrell fut encore <]éter^ miné par les instances des anlbassadeurs hollandais à renvoyer ce parlement, on expliquera Êicilement sa conduite, pai* le besoin qu'il avait de donner une forme précise à son

aO HISTOIRE J>B CROMWELL.

pouvoir, et de fixer la place qu'il occuperart dans la république, et pendant la paix. L'état ne trouvait aucune force , ni lui-même aucun appui, dans une assemblée que la forme de son élection rendait impopulaire , et qui était ridicule par le dé&ut de talent et le bigotisme. Républicains, Royalistes, ecclésiastiques, militaires. Presbytériens, Indépendants, tous les partis étaient menacés sans être asservis.

« Le perfide Cromwell (i) dit Ludlow, sentit « alors qu'il était temps de jeter le masque^ «et résolut de sacrifier toutes nos victoires «c et nos délivrances à son ambition , sous pré- «f texte de s'ériger en une espèce de grand « constable^ pour maintenir la paix et em- « pêcher les gens de s'entrecouper la gorge. » Cette énergique naïveté de Ludlow explique la facilité que le despotisme, trouve à s'établir, après une révolution. Comme c'est l'ordre, qui a sur -tout manqué pendant ce temps malheureux; c'est l'ordre que l'on cherche ^ que l'on demande avant tout, et de peur de

(i) Ludlow*8 memoirs, y. ii, p. 471.

Page 1