‹ Histoire de Cromwell (volume 4)Chapitre 1 sur 155 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

JL EU d'histoires particulières offrent un plus grand spectacle, et comprennent plus d*évé* nements que la vie de Cromwell ; cependant ce sujet, si digne d'étude, n'a été traité parmi nous que sur des notions imparfaites , et dans des ouvrages où l'on peut relever à-la-fois beaucoup d'erreiu'S et d'omissions. En Angleterre même, la vie de Cromwell ne paraît pas avoir été écrite avec assez d'exactitude et d'étendue. Les deux ouvrages les plus récents et les plus estimables qu'on ait publiés à Londres sur ce sujet, semblent, par le dessein des auteurs, s'éloigner de la forme et de l'intérêt que nous cherchons dans l'histoire. La vie de Cromwell par Harris n'est qu'un abrégé

ir oBSEUVATioars

fort court, qui se perd, pour ainsi dire, au milieu d'une foule de notes savantes, mais incomplètes, et de citations souvent contradictoires. UExdmen critique et historique de la vie de Cromwell par Banks est une dissertation ingénieuse et hardie, où Fauteur s'est plus occupé de faire prévaloir ses opinions, que de suivre le développement et Tordre des faits historiques. Ces deux ouvrages remarquables, l'un par les recherches, l'autre par les vues, m'ont indiqué plusieurs inexactitudes de Hume, qui, dans la marche rapide de son histoire , exposant les faits priocipaux avec beaucoup de justesse et d'éloquence, et portant ses regards sur un si vaste espace, ne pouvait ni constater ni réunir tous les détails particuliers.

Mais ce qui peut sur-tout justifier l'entreprise d'une nouvelle histoire de Cromwell, c'est le grand nombre de mémoires originaux, trop peu consultés , et dans lesquels il est facile de

FRiLIMIIfAIRES. m

recueillir une foule de particularités curieuses sur le caractère et le gouvernement de cet homme extraordinaire. Quelques-uns de ces ouvrages , conservés long - temps manuscrits dans diverses familles, étaient inconnus aux historiens anglais, et n'ont paru que depuis peu d'années : tels sont les Mémoires de mistriss Hutchinson, ouvrage d'un tour original, dicté par l'enthousiasme religieux et républicain, et propre à faire connaître les mœurs du temps par les passions mêmes de l'auteur.

Un autre ouvrage, plus récemment imprimé, les Mémoires du colonel Newport , officier royaliste, ne présente pas une lecture moin^ instructive, quoiqu'il soit trop rempli de ces détails militaires qui se trouvent également dans les écrits des divers partis. Enfin , les Mémoires de Jacques II, qui viennent d'être publiés de la manière la plus authentique, révèlent, sur la même époque, quelques particularités inconnues ou peu prouvées jusqu'alors, a.

IV OBSERVATIOirS

Malgré l'abondance de ces* sources nouvelles , je me suis d'abord attaché aux recueils plus anciennement connus , et dans lesquels la préoccupation d'un seul objet devait me faire découvrir des circonstances oubliées par les autres historiens. Après les Mémou*es de Ludlow et de Whitelocke, je place au premier rang, sous ce rapport, la volumi-^ neuse collection de Thurloe. Ce vaste répertoire de pièces souvent officielles renferme une foule de notions précieuses , inconnues ou négligées, et qui seront pour la première fois employées dans cette histoire. Des yeux plus exercés en découvriraient davantage; mais c'est là que j'ai puisé beaucoup de détails, entièrement neufs, sur l'administration de Cromwell, sur sa politique extérieure, sur ses relations avec Mazarin, sur ses démarches envers différents chefs de parti. Les séances du parlement, les nombreux discours de Cromwell, les procès du temps , les écrits des Êic-

PRÉLIMIirAIR£S. V

lions, les sermons des prédicateurs, les spé« culations des publicistes, fournissent également beaucoup de notions ou de conjecture nouvelles; car l'histoire d'une époque peut se lire, pour ainsi parler, dans les raisonnements , ou dans les pensées qui occupaient alors les esprits ; et les idées même sont un fait quelquefois le plus important de tous. Ces différentes recherches, qui m'ont été inspirées par l'amour de la vérité, et par ce zèle d'e?cactitude qui naît du travail même, donneront quelquefois un résultat contraire à des opinions assez généralement adoptées; mais il n'y a ni prétention ni mérite à bien examiner les faits^ et à les appuyer par des citations nouvelles.

S'il ne s'agissait pas ici d'une histoire complète et circonstanciée ; si l'on demandait ces regards pénétrants et rapides, jetés sur un personnage historique , et ces grands traits qui le caractérisent , tout le monde a le souvenir des expressions de Bossuet ; et , d un

TI OBSERVATIOjrS

autre côté, Voltaire, dans l'une des parties les plus belles et les plus animées de son Essai sur les Mœurs ^ dans l'esquisse qu'il a tracée de la révolution d'Angleterre et du protectorat, a su renfermer en un petit nombre de pages les vues les plus profondes, quoique naturelles, et prodiguer avec choix ces touches vives et sûres qui peignent à nu les intérêts, les convictions , et les singularités des partis ; mais ces deux grands hommes, supérieurs aux célèbres historiens de l'Angleterre, paraissent sur plusieurs points avoir rencontré le vrai^ moins par l'exactitude des recherches que par cette première vue du génie, qui ne trompe pas. En effet, il y a dans la sagacité d'une haute intelligence quelque chose qui supplée souvent à l'exacte investigation des faits , et qui devine la vérité , en attendant qu'où la prouve ; et ce ne se]ra pas le moindre intérêt de notre travail , de voir plusieurs observations que ces grands écrivains avaient saisies d'un

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coup-d'œil , lentement justifiées par des auto* rites dont ils ne connaissaient pas l'eicistence* Voltaire a ridiculisé les sectes que Bossuet a frappées d'anathéme. Ces deux dispositions de l'esprit ne sont pas sans inconvénient pouf l'histoire. L'emploi du ridicule, lors même qu'il paraît tenir à une raison supérieure qui s'élève au-dessus de ce qu'elle raconte, peut altérer les faits, en ne laissant plus concevoir l'impor* tance qu'ils ont eue dans l'opinion des contemporains. Les superstitions et les bizarreries des sectes formant le caractère de la révolution anglaise, et expliquant seules le pouvoir des hommes qui ont dominé à cette époque, tous les détails de ce genre doivent être conservés avec une sérieuse exactitude. On le conçoit d'ailleurs^ dans un sujet qui, traité de nos jours, semble trop favoriser le puéril intérêt des allusions contemporaines, l'écrivain impartial était naturellement conduit à brouiller les ressemblances et à déconcerter les souve-

ymi . OBSJERVATIOKS

nirs par ces grandes diversités de religion , de mœurs', de coutumes, de ,traditi(Mis nationales, qui font que les mêmes événements, reproduits à une autre époque , ne sont pas la même chose. Ces conformités extérieures, que paraissaient ofi&îr les faits principaux, s'évanouissent dans la foule des circonstances particulières et locales; ou si quelqiiefois une certaine force de ressemblance dans les événements et dans les passions , prédomine sur tous . ces accidents de mœurs , de pays , de religion , soigneusement conservés , il en résulte alors un intérêt purement historique, qu'il n'eût pas été plus permis de supprimer que de chercher avec effort. Ainsi, une bien- ^ance nécessaire exigeait avant tout, dans le sujet que je traite , le soin curieux des détails et la scrupuleuse -copie des mœurs ; et pour être toujours fidèle, il a fallu souvent que le récit devînt trop ex,act et presque minutieux. La religion et la liberté, ces deux sources

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