LIVRE SEGOITD. lO
avantages passagers qu'il obtint lui donnèrent à cet égard une grande autorité sur les conseils du Roi. << Je frémis d'horreur, écrivaitcc il au Roi 9 à la pensée de la paix, tant que « Farinée de votre majesté et celle de vos rea belles sujets sont en présence. Il n'y a point a de traité possible , à moins qu'ils ne se se* «r parent, et ne se soumettent entièrement à la « clémence de votre majesté. » Cette illusion du dévouement trompa Montross sur le succès de ses armes; il se crut maître de l'Ecosse. Dans la même lettre où il s'opposait si vivement à la paix, il disait à Charles, avec l'enthousiasme religieux du temps : a Sire, perce mettez-moi seulement, dès que j'aurai ramené « ce pays à l'obéissance de votre majesté, de « vous dire , comme le général de David di- « sait à son maître : O monRoil venez ^ venez a vous-même , de peur que cette contrée ne fi prenne le nom de son vainqueur. » (i) Malgré de si hautes espérances et tant de. courage, Montross fut vaincu. Le général Lesley ,
(i) A letter of the marquis of Montross , feb. 3 , 164^*
IIO HISTOIRE DE CROKWELL.
rappelé d'Angleterre par le gouyeruement d'Ecosse 9 détzoïisit l'armée peu disciplinée de Montroi»s, qui fut lui-même réduit à fiuir après des prodiges de valeur. Moins d'héroïsme et plus de politique aurait mieux servi la cause de Ghaiies. Avant l'expédition brillante et infortunée de Montross^ un autre seigneur éCoS^sais, le duc Hamilt3oa) avait voulu con« ciliêr lès libertés relieuses de l'Ecosse > et les droits du monarque. Opposé par con** science tt par sagesse aux principes du pou-< voir absolu ^ îi domiait à Charles de plus sa** lutaires conseils; et, s'il eût conservé son crédit en Ecosse , et la confiance du Roi y peut^ être eut-il prévenu la chute du trône. Mais sa pt^adence le fit sô>upçoaner. lies courtisans qui restsdent encore auprès de Charles calom» nièrent un homoie plus raisonnable qu'eux.
Aigri par tant de malheurs , Charles prit la modération d'Hamilton pour une complicité dans la révioltê; et à peine cet excellent ci^ toyen put ^ il forcer les Royalistes de croire à sa fidélité 7 en mourant plus tard pour les défendre.
Liviiis sfecoirt). m
Opeàd^t Fairfa'x , ^vec le secours de CromweU ^ atait a«hev^ k réduction des provtiitei^ Àe Toiiest. Ij&& ^soldats parlementaires, enflaltiâdés d'un &Ki^ti^ne chlaqtte jour plus àiidietit, avaient ^op de supériorité sur leii troupes opposées ; teur {)iétê rendait ïeur disciplbié plus sévère. Il n'y avait dans leurs tiffîgs ni désèktiôû ni pâlage; les intervalles dû setncê ^ttoettï remplis par Pexaltàtiôn rei^ie^ô^. hei^ «officiers st chargeaient de tous kfs sofes «du sajcêrdoce ; f^èâucotip de Soldats éprpuvaiewt des '^ità&ès ; ilà allaient au combat, en thàntant des psaumes et des hymnes saints ; 'et la mort ^ait le iiïartyre. Le^ troupies^
dfe Charles , fattiguées et Vîôrrottipues par leur fcfâtùVaîse fortune , Se débandaient et commetfaiéi^ bteàucôup •dé déi^ôTdre dans le pays.
Là fcôtodiÉdtè die t«u*s priïttHpàUi cbeîfe , braves , ffiafe frivoleis, haut^ms, débairchès fï^, con-
(1) tViltorot lored Aebàti'chery , Lut he nfcver drank When he ^vr» 'withm disUmcé of an enûèttiy : IS^ring wàà not able to resist the temptation, whea he Was ia «bç midle of them , not would décline it to obtaia a victory. Glarendon's history, book tiu, p. 41^*
lia HISTOIRE DE GROMWELL.
trastait peu favorablement avec l'austère ;régularité et la simplicité démocratique des généraux parlementaires; et ces vices brillants des Cours , qui choquaient Fesprit religieux du siècle, nuisaient encore plus à la bonne administration de la guerre.
1645. Le parlement, qui, par le succès de ses généraux , voyait son pouvoir établi dans la plu: part des comtés, choisit ce moment pour ordonner quelques élections à des places vacantes d^ns son sein par la mort ou- la proscription. Ces renouvellements partiels eurent lieu plusieurs fois pendant la longue durée du parlement, et presque toujours fortifièrent le parti déjà dominant. L'élection de cette année porta dans la chambre le colonel Ludlow, homme que son caractère fait remarquer au milieu d'une révolution si féconde en caractères singuliers. Un autre choix non moins important fut celui du colonel Blake, si célèbre depuis dans la marine anglaise , et dont la grande ame , préservée des crimes de la révolution, ne servit qu'à la défense et à la gloire de sop pays.
LITRE SECOiri). IlS
Les Presbytériens furent admis dans ce renouvellement. Le pouvoir se balançait encore entre les deux partis; et cette égalité se fit sentir dans le partage des récompenses et des titres honorifiques que se décernèrent les A'tiinqueurs. A la fin de cette année ,, Fairfax reçut le titre de baron et une dotation annuelle de oooo livres sterling; mais .les généraux disgraciés^ Essex et Warwick, furent créés ducs par le parlement. Le Presbytérien HoUes fut fait vicomte; le républicain Haslerigh, et Vanes, l'un des chefs de Ylndépen" dancCy eurent le titre de baron , avec une pension de deux mille- livres sterling. Ces particularités . prouvent que - la haine du parlement contre, la noblesse n'était pas sans exception, et elles démentent les idées répandues sur l'absolu désintéressement de cette assemblée (i^). Cromwell reçut la plus riche récompense après Fairfax , et joignit au titre
(i) Warw4ck*s memorials , p. 1 88 . — W alk^^r^s mystery of the two juntoes, p. 2. — Journal of the house of comaians t p. 1 9 164 S^.
Il4 HISfOIRÉ DE CBrOMWELL.
de barotl une dotation héréditaire de (i) îi,5oo livres sterling de revenus , assignée sur les terres du comte de Worcester. Toutes eés libéralités, suivant les termes de l'ordofctnaricé , devaient être garanties par le Rôi , dans les conditions de la paix, et là rendaient ainsi plus difficile. Saint-John essaya de faire donner à Croriiwell une autre dotation sur les biens du marquis de Winchester , seigneui* royaliste , et beau-frère du coilite d'Essex; mais il fiit obligé d'y renoiicer.
16^5 Cependant là ville d'Oiford tenait toujours pour la cause royale, et elle pouvait, en rëuliissànt les débris des troupes royales , se ftn»^ ïner une garnison redoutable. Ce dérniet* espoir dura peu. Lbrd Astléy, l'un dés chefs royalistes , s.'avançaht vers Oxford , fut arrèté par les forces réunies du gouverneur de Glocester et du colonel William Pereton. Il perdît , dans ce combat , deux cents hotnmes , presque tous gens de qualité , dit Whitelocke. Fait pri-
(i) A letter of Oliver St.-John.Thurloe's state paperâ, V. I, p. 75.
soiimer arec le wste dé da trempe, A$t}ey ne put s'exnpécftier de dire à ses Tainque»^ s : « Mes^eurs , Vdus avet maintenant adltevï « votre besogne ; et vous pouvez aïler jouer , «r à moins qte'il ne vous prenne envie de vous « quereller enlre vous. » Aussi le Roi qui, jusqu'à cette époque , avait voulu traiter avec les deux chambres au moins d'égal à égal, pro* 1645. posait alors de venir au parlemeilt sous !a Ifarantie de sa s&reté personneBe , à l'effet d'aviser, de concert arrec le parlemeht, àù bietï du royaume. îl est vrai que dans cette lettre le Roi promettait encore de pardonntîr à totït ' le mbnde>; mais on nd pardonne plue ^tiànd on est réduit à négocier. La réponse du pai^lèment indiquait ^ut Torgûeir d'une ittj^â^orité reconnue. Le sens était ^que^ tant (r) q«ie le Roi n'aurait pas adhéré à des prôpoùiiMP^ qui devaient Jiii être bid^itôt cômmu-^ liftées , sa présence au pariement n'offrait de sûreté m poiu* lui ni pour se» sujets. Les coomiunçs prirent en même - temps des me-
,(i) Whitelocké's luemorialâ^ p. 004.
\l6 ÇiSTOIR£ DE GROMWStt.
6urefr(i) pour le cas où- le Roi viendrait i Londres, et elles ordonnèrent l'éloignement immédiat de tous ceux qui avaient porté les armes contre le parlement
Cependant Fairfax, après avoir annoncé au parlement la reddition d'£xeter, envoya Fleetwood et Ireton pour couper les communications d'Oxford, où les^ derniers débris de la puissance royale semblaient eofermés avec 1646. le Roilui-oême. Le découragement des royalistes était extrême ; un de leurs corps de ca* Valérie fat taillé en pièces et repoussé 'juis* qu'aux retranchemente d'Oxford (!i)/ et les vainqueurs .ne perdirent qu'un seul homme dans le combat Cromwell vint à cette époque à Londres,^ sous prétexte d'aviser au^ mou- , vements :ultérieuFS de l'armée ; il prit séance • au parlement, et reçut lesiremercjjements de l'orateur au nom et par l'ordre de I4 chambre*
Londres était alors le théâtre d'une divt