LIVRE PREMIER
J 'EiTTREPREif DS d'écrirc rhistoire d^un homme Êuneux par sa fortune et son génie; mais dont le caractère conserve encore pour nous quelque chose d'obscur et de problématique.
C'est im grand spectacle que la ruine d'une ancienne monarchie , et les agitations d'un peuple qui cherche violemment la liberté , et qui retombant , par un retour presque inévitable , sous un maître plus absolu que celui qu'il avait rejeté , trouve dans cette épreuve un accroissement de puissance , et fait sortir
sa liberté du milieu de ses fureurs et de son esclavage : mais l'homme qui s'est placé dans cette usurpation intermédiaire, et qui l'a maintenue fortement pour lui - même , utilement pour la nation qu'il opprimait, présente à lui seul un spectacle non moins instructif.
L'histoire de Cromwell n'embrasse que quelques années, et son caractère en devient ' plus difficile à saisir. Produit sur le théâtre politique à une époque avancée de sa vie, qui fut courte , il semble apporter des taletits tout développés , et qui n'attendaient que l'occasion de paraître. On peut croire qu'il les ignorait lui-même, et qu'il fallait une guerre civile pour l'en avertir.
On a recherché curieusement l'origine de Cromwell ; elle parait ancienne et noble. Ses ancêtres , connus sous le nom de Williams , formaient une branche d'une illustre famille (i) du pays de Galles. L'un d'eux épousa la sœur du lord Cromwell qui fut nommé comte d'Essex
(i) Memoirs of the protectoral - house of Cromwell by Mark Noble ^ v. i, p. 4*
par Henri IV. Un fils y issu de ce mariage , et fait chevalier par Henri VIH , reçut de ce prince le nom de Cromwell , en gardant les armes de la famille Williams. Ce chevalier Cromwell , à l'époque de la suppression des monastères , obtint toutes les terres des couvents dans le comté de Huntingdon. Son fils Henri Cromwell fut aussi nommé chevalier par la reine Elisabeth. Il habitait, à la campagne^ une terre auparavant occupée par des religieuses , genre de propriété qui devait entretenir j dans la famille des possesseurs , un zèle ardent pour la réforme. Henri Cromwell eut plusieurs enfants. L'ainé, qui, le premier, porta le nom d'Olivier, jouissait d'une grande fortune , e^ célébra l'avènement de Jacques V^ au trône par une fétç, dont la magnificence attestait à-la-fois ses richesses et son dévouement à la famille des Stuarts. Son firère, Robert Cromwell , fut père du fameux Olivier.
Robert Cromwell n'avait jamais quitté sa province. Il vivait du produit d'une brasserie qu'il faisait valoir dans la petite ville de Huntingdon. Comme l'Angleterre n'avait pas alors
sur le commerce les idées qu'ont amenées la civilisation et la liberté, cette industrie fut souvent objectée au protecteur comme une injure , et comme une preuve de la bassesse de sa naissance. Sans discuter des généalogies fort insignifiafites , lorsqu'il s'agit d'un homme célèbre, et fort inutiles à ceux qui ne le sont pas , la distinction de la famille de Cromwell est assez prouvée par le titre de parenté , qui l'unissait au chevalier Hampden et au comte de Warwick.
Olivier Cromwell naquit à Huntingdon , le 2 5 avril iSgg (vieux style). Il était le second fils d'une famille de dix enfants; ses frères moururent dans leur enfance; trois de ses soeurs furent mariées à des hommes célèbres dans la révolution, et qui tous votèrent la mort de Charles. Sa première éducation ne fut pas négligée. Il étudia d'abord à l'école de Huntingdon, soàs un docteur puritain, qui, malgré l'austérité de sa secte, composait des pièces de théâtre, et en faisait jouer à ses élèves. Dans l'un de ces drames allégoriques et pédantesques , intitulé le Combat de la Langue