‹ Histoire de Danemark et de Norwège d'après les historiens les plus estimés continuée jusqu'à nos joursChapitre 25 sur 32 · CHRISTIAN IV · texte numérisé non relu

CHRISTIAN IV

Christian IV fut le plus grand et le plus remai"quabie des princes de la maison d'Oldenbourg. Aucun roi ne resta aussi longtemps sur le tr6ne de ce pays • car il compte soixante années de règne. 11 était né en 1577 \ ainsi il avait onze ans à la mort de son père. Une querelle s'éleva entre la reine et le sénat , au sujet de la régence qui devait conduire

£T DE KOaw£GE. 153

les affaires jusqu'à sa majorité : la reine voulait faire partie du conseil de tutelle, et le sénat s'y opposait* Enfin die se désista, et quatre sénateurs furent choisis pour être à la téte du gouvernement jusqu'à ce que le jeune prince eût accompli sa vingtième année : ce furent Nils-Kaas, chancelier du royaume, Pierre Munk, amiral, George Rosencrantz, gouverneur du Jutland, et Christophe Walkendorf, chef de la trésorerie. On avait fait choix des hommes les plus émînems et les plus capables du sénat; aussi fut-ce l'époque la plus brillante de cette assemblée» On eqt le plus grand soin de l'éducatioa du jeune roi, qui s'appliquait particulièrement aux arts re* latifs à la construction des vaisseaux; sa fermeté, son întclligence étaient au-dessus de son âge. £n 1596, il fut déclaré majeur et couronné; un an après, il épousa Anne-Catherine, princessedeBrandenbourg.

11 signala son entrée en puissance par les per sécutions qui chassèrent Tycho-firahé de son île et de sa patrie. Cette haine contre un homme si pad-» flqne et d^un mérites! distingué serait une tache pour la mémoire de ce grand roi , si Braiié ii eût pris soin lui-même de nous dire que cette faute ne doit être attribuée qu'à Tinexpérience du jeune mo* narqu e , qui avait cédé aux calomnieuses insinuations de Christophe Walkendorf, un des premiers dignitaires de TÉtot : du reste, homme de mérite.

Au commencement du xvu^ siècle , Christian visita la Norwége $ il trouva un grand désordre dans Tad** minisiraiion , et chercha i faire revivre Tétat florissant des villes. Le Gioeniand, découvert par les Norwégiens , qui en avaient pris possession , avait été perdu de vue pendant les guerres civiles, qui avaient rempli près de deux siècles. On songea h

i^U HISTOIRE DË DANEMARK

Vexploiler de nouveau ; le roi y envoya quatre vaisseaux. La première expédition , i oiiduiie par Godske Liadeuaw, partit eo 1605. Ces explorations, outre Tavantage qu^en pouvait retirer la science i servirent à former de bons marins.

Trois grandes guerres occupent le long règne de Christian IV ; deux contre la Suède, Tautre contre Ferdinand 11 et ses habiles généraux , Tilly et Wal* lenstein* Les armes danoises triomphèrent dans la première, dusi^uée par Thistoire sous le nom de guerre de Kalniar : elle ne dura que trois ans. Charles IX régnait sur la Suède ; sa vie touchait à son terme; son royaume était affaibli par les longues guerres qu'il avait soutenues contre la Pologne et contre la Russie. Les griefs reproches à Charles ÏX étaient d'avoir introduit dans ses armes les trois comronnes et pris le titre de roi des Lapons. Cbrlstian , à la téte de 1^,000 hommes de pied et 2,000 chevaux , alla nieiire hii-même le siège devant Kalmar(ii>il)i forteiesse que les Suédois regardaient comme la porte de leur pays, et où commandait Christer-Somme, guerrier renommé pour sa valeur. La ville fut prise d'assaut; le château capitula par la trahison du commandant. Charles IX, exaspéré par cette perte, appela son adversaire en combat singulier. Les lettres qu'ils échangèrent, remplies d'injures grossières, révèlent l'intensité de la haine que les deux rivaux se portaient. Le roi de Suède mourut la même année et fut remplacé par Gustave- Adolphe 11, rival de gloire digne de Ghristiant Le roi de Danemark ouvrit la campagne de 1612 par le siège d Elfsborg. Cette place avait emprunté sa force à la nature et a l'art ; couronnant un rocher élevé , elle était ceinte de fossés et flanquée de tours et de

bastions ; cependant elle fut prise. GuUberg , situé

sur remplacement qu'occupe aujourd'hui Gothenbourg^ eut le même sort. Rien n'empôchait plus Christian de porter ses armes jusqu'au cœur de la Suède : les forces que Gustave^Adolpbe lui opposait ae suffisaient pas pour arrêter sa marche. Il pénétra jusqu'en Veslrogothie, et poussa jusqu^^ Jonkoeping, au centre du royaume, sur les bords du lac Wettern. Cette ville , assise sur un pays montagneux, défendait Ventrée de la ricbe provinced^Ostrogothie ; mais elle n'eut pas à se défendre : 1 armée danoise se contenta d'avoir porté la tei reur jusque-là. Gerdz RantzaU) qui commandait à Kalmar, ravagea les côtes orientales de la Suède* Ce n'était pas assez , pour Factivilé de Christian . des upcratioas qu'il dirigeait sur tei i e ; ses ordres appelaient la flotte victorieuse dans l'archipel de Stockholm , d'où elle menaçait cette capitale. Gustave*Adolphe, quoique malade à Jonkueping, accourut à la défense de la ville. Les deux rois se non valent en présence; mais Christian , qui n'avait eu d'autre dessein que de porter un coup par surprise à son ennemi , était trop prudent pour rester dans ces eaux dangereuses , en fuce des forces supérieures de son ennemi. La fortune ne lui était pas moins favorable sur les frontières et dans Tintérieur de la Norwége; le Dalsland fut conquis. Gustave-Âdolpbe avait fait enr6ler en Écosse 2,300 soldais, qui devaient débarquer h Romsdaler, enNorwége, et de là venir rejoindre les Suédois à Gulbrandsales. Mais les courageux paysans, les ayant attirés dans un défilé, les massacrèieutjusqu au dernier : une pierre, dressée sur la place où le chef des mercenaires reçut la mort, rappelle ce haut fait d'armes du peuple norwégien^

Digiii^u

lo6 HISTOIRE D& DANEMARK

Jacques, roi d'Angleterre , employa sa mëdialion à

réconcilier les deux rivaux , et la paix fut conclue à Kaered, en janvier 1613. La Suède ienoiiç:iit à ses prétentions sur Tiie d Ubissel , ei payait un million de tbalers pour les frais de la guerre; rennemi conservait en garantie Ëlfsborg : les deux rois pouvaient mettre les trois coin oiiiies dans leurs armes. A partir de celte paix jusqu'en 1625, le Danemark jouit de la tranquillité la plus parfaite. Les étincelles de la guerre de trente ans couvaient dans le nord de l'Allemagne. J.es i>nnces pi otestanls, et notamment Frédéric du Palatinat, réclamèrent Tappui de Christian ^ et sa position était telle qu'il devait, un peu plus tôt ou on peu plus tard , être entratné dans cette guerre. Elle parut inévitable dès l'instant où le cercle de la Basse-Saxe ùi choix de Christian i V pour commander ses troupes. Aussi rassembla-t-il toutes ses forces ^ qui , réunies à celles du cercle et du comte de Mansfeld, formaient un effectif de 26,000 hommes; il avait pour adversaire le célèbre Tiliy. Le â7 août 1626 , le combat s'engagea prés d'un village appelé Lutter; Tarmée danoise fut dispersée , et laissa sur plat:e ([uaire mille morts. Le chemin des duchés et de la péninsule cinibrique était ouvert aux ennemis y qui les inondèrent Tannée suivante. Rensbourg, Kiel et Flensbonrg ouvrirent leurs portes aux Impériaux. L'impuissance de (Jirislian contre les forces réunies de Tilly et de Wallenstein, lui faisait désirer la cessation des hostilités. La paix fut signée à Lubeck en 1629. Les vainqueurs rendaient tout ce dont ils s'étaient emparés , à condition que Christian resterait étranger aux alluircs de r Allemagne.

La dernière guerre s'engagea avec la Suède

Digitizeci by

£T D£ NOAWÉGB.

en 1648. Christian, en voulant intervenir comme

médiateur dans la guerre de trente ans , avait éveillé les soupçons d'Âxel Oxensyeroa. Le maréchal Hom entra en Scanie, et le fameux Torstensson se porta, avec ses troupes victorieuses^ des rivages du Danube à ceux de Bela. La Scaaie, le Holstein et tout le Jutiand turent d autant plus facilement conquis, que le Danemarlt ne s'était nullement préparé à cette guerre. Sur mer les hostilités se poursuivaient avec plus de vigueur encore; Christian y commandait en personne; Tâge n'avait ni ralenti son activité, ni aSàibli son courage. Dans un combat livré près de Femem ^ il perdit l'œil droit. La flotte suédoise fut obligée do se relirer dans le golfe de Kicl, où elle fut bloquée par les Danois , sous la conduite de Tamirai Pierre Galz ; il la laissa échapper par négligence. Cette faute fut sévèrement punie: il fut décapité pour avoir trahi son devoir. Cependant, malgré tous les elioi is du roi , malgré les actes de courage par lesquels il cherchait à exalter celui de ses soldats, les Suédois n'avaient pas moins de suocès sur mer que sur terre. La cause en était dans l'appui que la Suède recevait de la Hollande. Un négociant hollandais, Louis de Geer, tige de la plus riche maison de Suède , y faisait aCQuer non-seulement ses immenses trésors, mais des floties, des marins et des approvisioauemenis. La France, alliée de la Suède, n'avait pas approuvé la guerre que celle-ci faisait au Danemark , parce qu'elle y employait une partie de ses forces dont elle eût pu disposer contre les Impériaux. Elle envoya un ambassadeur , Gaspard Coignet de la Thuillerie, chargé d'amener les esprits à la réconciliation. Bromsebro, sur les frontières du Bleking, fut désigné comme le

Digitizeci

158 iilSIOIKK i)E DANEMARK ' ^

siège da congrès ou devait se débttlre la question

de la paix, [.es principaux négociateurs étaient llhlefeld pour Chrislian, et Ovenstjerna pour Christine. Le Danemark avait le plus grand besoin de repo8« La paix fut signée, mais à des conditions bien dures pour ce dernier royaume, qui cédait è la Suède les provinces de Julland et de HerjeHal , los lies d'Ofclssel et de Gotbland^ et lui abandonnait pour trente ans la possession du Haliand, Les Suédois étaient, en outre , exemptés du droit de tonnage

dans le Snnd.

Christian , voulant rompre Talliance à laquelle les Suédois devaient en partie leurs succès , envoya Corfitz Uhlefeld, en qualité d'ambassadeur, en Hollande. Cet homme remarcfuable ^agna la république aux intérêts du Danemark , ce qui le sauva plus tard , dans la guerre avec Charles X Gustave.

La mort de Christian, son fils aîné (1647), porta le dernier coup à Christian IV, dont les forces étaient affaiblies par les fatigues et les désastres de la dernière guerre. Il rendit le dernier soupir en

Quoique la fortune lui ait été souvent conuraire , Christian IV ne mérite pas moins d'être compté au nombre des plus grands rois du Xurd. 11 était brave, bon marin, juste et infatigable au travail. Peu de rois ont fondé autant de villes et de châteaux. Co^ penhague montre encore avec fierté des édifices qu'elle lui doit, tels que la Bourse, le château de Koseubourg, etc. il jeta eu 1624 les premiers fondemenu de Christiania , capiule actuelle de la Nor* wége : Cbristianstad et Cbristianople lut doivent également Texistenee. 11 Icjuda l'académie de Soro, et ût construire la citadelle de Gluckstad , pour contenir les Hambourgeois , avec lesquels il était

souvent en querelle. Les mines d'argent de Kongsberg commencèrent à être exploitées en 1625, et la ville à élever ses murs. Aucun roi danois n'a donné autant de développement au commerce et h la marine : les compaguies des Indes (1618) et celles d'Islande (1620) ont été organisées sous son règne ; il créa, dans Tintérét du commerce, la colonie de Trankebar ; et les expéditions lointaines entreprises d'après ses ordres par Ove Gjedde, par Muiik, etc., sont uûô preuve de l'élan qu il avait imprimé à sa marine.

Après la mort de sa première épouse , il se maria secrètement (1615) à Christine Munk, d'une famille illustre. Il cul d elle plusieurs enfants, dont Éléouoro- Christine, comtesse d'Ublefeld, à qui ses vertus et ses malbeors ont fait une renommée européenne.

Des hommes éminents dans plusieurs genres illustrèrent son règne : Christophe Waiesdorf , Aanibal Schestedt, Corfitz Ublefeld, Ove Gjedde, Tycho- Brabé , Paul Resen , Olaus Wormsius , Holger Rosencrantz, Bartholin, Mensius, Glaverus, etc. Christian fu deux vo) âges en Angleterre pour visit( r sou beau- frère, le roi Jacques. Il eut deux entrevues avec le grand Gustave-Adolpbe , qui lui portail une esiime particulière.

HISTOIRË D£ DANEMARK

Page 1