‹ Histoire de Dante AlighieriChapitre 50 sur 52 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

L*AUTEUn CROIT AVOIR EJSMPU SA TACBE. IL NOMMK ENCORE fLC- SIEORS DES PERSONNES COMPLAISANTES QUI LUI ONT PROCURE DES INFORMATIONS , ENTB^AUTRES M. MAGNIN, M. LENORMANT ET M. CHAMPOLLION. IL JETTE EN ARRIERE UN REGARD SUR LE TRAVAIL QUI VIENT SE l'occuper. l'aUTÈUR CROIT QUE LES RAPPORTS DBS FRANÇAIS AVEC DANTE ET SES OUVRAGES n'oNT PAS ÉTÉ ASSEZ OBSERVÉS jusqu'ici. RÉSUMÉ RAPIDE DE l'oUVRAGB DE L*AUTEUR. LES DIVERSES VICISSITUDES DE LA VIE DE DANTE. LES PRINCIPAUX DÉTAILS DE L*OUVRAGE SONT RAPPELÉS. VOEU DE l'aUTEUR POUR qu'un italien, m. CASELLA^ lise PUBLIQUEMENT DANTE A PARIS. M. BASTA , M. VIMERCATI , SAVANS LITTÉRATEURS ITALIENS. M. VIMERCATI EST UN DES MEILLEURS ELEVES DE M. BfAGIOLI. EXPLICATION DES GRAVURES QUI ACCOMPAGNENT LE PRÉSENT OU- VRAGE. LE PORTRAIT DE DANTE PAR 6IOTTO EST TROP JEUNE POUR RAPPELER EXACTEMENT L*AUTEUR DE LA DIVINE COMÉDIE. POR- TRAIT DE DANTE GRAVÉ d'aPRES RAPHAËL. GRAVURES REPRÉSEN- TANT l'enfer, le PURGATOIRE ET LE PARADIS. GRAVURE D*APRÈS LE MASQUE DE DANTE , TIRÉ A RAVENNE LE JOUR DE SA MORT. ARMOIRIES DES ÉLISEI-ALIGHIERI , DES PORTINARI ET DES BARDI. DÉTAILS SUR LES DESCENDANS DE DANTE. LA FAMILLE ALIGHIERI SAREGO. M. VALERT, VOYAGEUR CELEBRE, EST CITÉ. CONCLUSION.

Je crois avoir rempli ma tâche. J^ai voulu écrire rhistoire de Dante ; je me suis entouré de toutes les informations que j^ai pu rassembler- M. Magnin et M. Lenormant, conservateurs de la bibliothèque du Roi , ont mis à ma disposition , avec une singulière complaisance digne de celle de M. Van-Praet, des

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ouvrages importons. M. ChampoUion-Figeac m^a communiqué avec empressement et une rare politesse le manuscrit Zanchani dont j^ai parlé plusieurs fois.

J^ai fait venir dltalie tout ce qui pouvoit m^aider dans mon entreprise. X'aî obtenu des renseignemens de M. le chevalier Micali , mon confrère à Pacadémie de la Crusca; de M. Missirini, ami de Canova. «Tai mis à contribution une foule d^autres obligeances; actuellement je vais pour un moment jeter en arrière un regard sur le travail qui m^occupe depuis si longtemps , et que je n^ai suspendu , après avoir publié V Histoire de Pie VII^ que pour signaler \ts faits remarquables de la diplomatie française depuis 1784 jusqu^en i83o; faits qui révèlent les mérites divers de notre illustre homme d^état, le comte d^Hauterive.

Je me suis senti, dès mes jeunes années, un attrait comme irrésistible qui m^entrainoit vers Tltalie. Au milieu de mes études de collège et des cours de grec et de latin, je me rappelle que Jai appris Titalien tout seul, sans guide. Je possède encore une bien mauvaise traduction de Pétrarque que j^ai faite à Tâge de quinze ans. Il n^est donc pas étonnant qn^après avoir traduit la Diçine Comédie^ commenté Machiavel, mis en ordre, le premier en France, les annales de ritalie, j^aie éprouvé le désir d^écrire la vie de Dante. Un nombre considérable d^auteurs m^avoient précédé, mais tous étoient italiens, et la part qui pouvoit nous revenir à nous autres Français dans les rapports que nous avons eus avec Dante pendant sa vie, et avec ses ouvrages depuis plusieurs siècles, n'^étoit pas, il me sembloit, assez observée. J^ai donc ci*u devoir apporter ma pierre à Fédifice, et je me suis

vu puissamment soutenu, lorsquWmé deM. Balbo(i), j^ai commencé Fimpression de mon ouvrage.

Tai reconnu avec M. Baibo que Dante étoit à lui seul une grande partie de Thistoire de Fltalie de son temps. «Tai exposé les événemens qui ont agité la Péninsule jusqu^à la paix de Constance en ii83. Nous sommes arrivés dès lors à rétablissement des comuni et à Torigine de la dénomination de gibelins et de guelfes. Au milieu de ce mélange de désordres et d'^améliorations politiques, Dante naquit le i4 mai i265.

Il a été nécessaire de rapporter les principales circonstances de la vie de Brunetto Latini, son maître, et d'^analyser ses ouvrages où Ton a dit que Télève a puisé les données de son voyage mystérieux : mais c^est de bien loin quMl a suivi son inspiration, s^il y a pensé un seul instant.

Il m'a été impossible de ne pas tressaillir de joie en reconnoissant, diaprés M. Zannoni, que le Tesoro de Brunetto est dédié à Louis IX , et que ce poème renferme un éloge inconnu du plus juste , du plus grand des princes du monde.

Dante va perfectionner ses études à Bologne. L^intention de ses parens étoit de le distraire d^une passion qu^il avoit conçue à Florence pour la fille de Foulques Portinari. Dans sa Vitanuova^ Alighieri nous découvre les plus intimes secrets de son cœur. Dante étoit appelé le poète ^ mais il est forcé de descendre sur la place publique. Il combat pour la patrie avec courage. Revenu à Florence, il se marie. Nous ne le suivrons pas dans les fautes qu^il commet pen-

(i) J'emprunte cette expression à Machiayel, qui, en parlant d'un prince d'Italie notre allié, ditoit : a II s'aTança , armato di Francesi. »

dant son Priorat. Il contribue à faire exiler les noirs (guelfes) et les blancs (gibelins). Les noirs l'exilent à . leur tour. Il se réfugie à Sienne, puis à Arezzo. Là il se lie d'une tendre amitié avec le célèbre guerrier Uguccione , et il compose un ouvrage , intitulé : // Conifito I puis un autre tcaité , intitulé : De vulgari eloquio. Ces travaux ne Fempèchent pas de donner en.mâme temps des soins assidus à la composition de son poème de XEnfer,^ et il le dédie à Uguccione avant de partir pour la France. Cest dims Fouvrage même qu^il faut chercher Fanalyse des scènes terribles du royaume des pleurs.

J^ai cru devoir citer les plus beaux morceaux de cette composition. Il m^a été bien doux, avant de voir Dante entrer à Paris, de rappeler la célébrité de notre savante Université. Dante soutient des thèses^ et il acquiert par la hardiesse de ses réponses une haute renommée. Les gibelins espéraient un retour de la fortune. Dante reparoit en Italie ; il y défend la cause de Fempereur Henri VII, et il écrit en sa faveur le traité de Monarchid. Pourquoi m^a-t-il fallu réfuter une partie des doctrines politiques de Dante \ La fortune se déclare contre Henri VU ; il meurt à Poggibonsi. Dante cherche de nouvelles consolations dans la poésie. Il avoit annoncé qu'il composerait le poème du Purgatoire , il le dédie au prince Moraello Malaspina.

Le lecteur voit se développer devant lui les scènes les plus attendrissantes du second royaume. Dante peut rentrer à Florence, mais on lui impose des conditions humiliantes qu^il repousse avec un sage orgueil. Le Paradis^ dernier poème, est dédié à Can-le-Grand. Ceux qui croient que le Paradis n'offre pas des tableaux dignes d'admiration sont dans une déplorable

erreur. Dante se réfugie à Ravenne, et, après plusieurs vicissitudes, il y meurt le i4 septembre i32i, à Tâge de cinquante^six ans quatre mois et sept jours.

Il m^a paru convenable d&. mentionner les plus rares et les plus précieuses éditions de la Dwine Comédie^ et en même temps les' livres qui ont parlé de Dante. Au nombre de ces livres, il sVn est rencontré un qui manifestoit des doctrines hombiement funestes et dépourvues de bon sens. Je les ai combattues d^aborà à Taide de vaillans champions, de M. W. Schlegel, qui, je crois, est mort converti à la foi catholique, et du P. Pianciani, zélé défenseur de TEglise ; mais je ne me suis pas cru dispensé de lutter moi-même, et si j^ai eu le bonheur, en sotilenant nos dogmes, de trouver des paix>les agréables au Saint Siège et à Tltalie , comme je n^ai écrit que pour ma conscience et dans Pindépendanee absolue de mes convictions catholiques, je serai satisfait d^avoir été utile sans cesser d^ètre libre.

Une offense qui se renouveloit tous les jours accusoit les Florentins d^ingratitude. Je crois avoir assez prouvé qu^ils ont réparé avec éclat le mal fait par la persécution d^un parti qui autrefois abusa de la victoire, d^uu parti avec lequel les Florentins d^aujourd'hui n'ont aucune solidarité.

J^émettrai ici un vœu que je n^ai pas encore osé manifester. Dans leurs cours, M. Villemain, M. Lenormant et M. Ozanam ont entretenu notre jeunesse de la gloire de Dante; ne seroit-il pas bien qu^il y eût à cet égard des leçons directes et permanentes , pendant qu^ils sont distraits par des travaux plus élevés? Il y a à Paris un Romain, M. Casella, que je connois depuis longues années. Il n'est pas exilé de sa patrie ; c'est un voyageur volontaire qui aime la

France ; il a fait à Rome des études brillantes. Je sais que Pie VU vouloit lui confier la construction d'un musée, qui auroit contenu des antiquités trouvées à Ostia, et qui, placé dans les jardins du Quirinal, se seroit appelé Museo Ostiense. M. Casella réunit des connoissances étendues en mathématiques^ en physique, en architecture et en musique. Il a séjourné longtemps à Florence, à Milan, à Londres, et à Francfort pendant quinze anS ; il sait naturellement Fitalien par principes; il parle l'allemand et Panglais. Mais ce qui est plus remarquable , il a écrit dans notre langue fran-* çaise un traité de lexigraphie des verbes français, que M. Nodier, si bon juge, estime et regarde comme un ouvrage excellent. Je suis à même de reconnoitre que M. Casella possède à fond la littérature de son pays. Il a montré les mystères de Dante à plus de mille élèves. M. Casella conviendroit surtout pour expliquer Dante à Paris. Cette réunion si rare d^une grande habileté à enseigner sa langue nationale , et d^une pénétration singulière qui lui a fait deviner les délicatesses de notre idiome, le rend propre , selon moi, à devenir avec succès un professeur de la Dwine Comédie , le meilleur que Ton puisse trouver parmi nous, car ce professeur doit être d^un âge mûr et italien. Nous aimons Dante ; nous donnons son nom à un de nos bateaux à vapeur, cela est bien ; mais cet hommage n^est qu^nn enfantillage inspiré à quelqu^un de nos administrateurs de la marine par Fidée de rappeler les feux de Fenfer, ce qui n'est pas suffisant. Il y a plus à faire pour le grand génie de la Péninsule que notre jeunesse a déjà si bien étudié dans les leçons de M. Basta, auteur d'*un excellent dictionnaire italien , et dans les recherches approfondies de M. Vimercati, élève de M. Biagioli. Je risque le vœu

que je viens d^énoncer, et je crois que si M. Gingueiié vivoit encore , il Tappuieroit de l'autorité si respectable de son nom et de ses ouvrages en Thonneur des lettres italiennes.

Je dirai quelques simples paroles sur les gravures qui accompagnent mon livre. Le portrait de Dante, qui est en tête, est gravé diaprés Raphaël, par M. Dien, dont la planche qui a orné mon Histoire de Pie VII ^ a été copiée avec soin en Europe par les éditeurs des nombreuses traductions de cette histoire. Raphaël a peint Dante deux fois au Vatican : une fois dans son Parnasse^ et Fautre fois dans la Dispute du saint SacremerU. C^est cette dernière peinture qui a servi de modèle à M. Dieu. Quelques détails ont été pris ensuite d^un tableau sur bois, de ma collection, où Dante est représenté couronné de lauriers, et qui est un bel ouvrage d^ André Orgagna, né en 1829, mort en 1889.

Je sais de M. Missirini que, diaprés une information donnée parVasari, on a découvert dans Fancienne chapelle dite del Bargello , à Florence , un nouveau portrait de Dante , par Giotto. M. Libri a vu ce portrait, lors de son dernier voyage. Dante est placé près de Foulques , pape sous le nom de Clément IV, de Brunetto Latini , et de Corso Donati qualifié àè citoyen de Florence. On n^ignore pas que Clément IV étoit Français , natif de Saint-Gilles , et qu^avant de parvenir au pontificat, en 1265, il avoit été secrétaire de saint Louis. Foulques et Brunetto s^étoient liés d^amitié à Paris. Il faut rechercher à quelle année appartient cette fresque de Giotto. Il est né en 1276, d'^après Vasari ; mais cela est peu vraisemblable. On sait d^ime manière certaine, que Giotto travailla à Rome, en 1298 , suivant un écrit authentique, rapporté par

Baldinucci; et avant d^aller à Rome, le même GioUo avoit peint ses fresque9 au Carminé^ et dans la chapelle dite del Pargello. Brunetto Latipi est mort en 1294. Il est probable quHl vivoit quand son portrait a été peint par Giotto. Corso Donatî n^avoit pu devenir encore ce chef des noirs apppelé le JBarone^ et que son orgueil rendit odieux au parti des guelfes blancs. Dante et Corso Donati étoient alors devenus parens, puisque Pante avoit épousé Gemma Ponati, En supposant que ces fresques portent la date de 1292, il faut abandonner le sentiment de Vasari, qui fait naître Giotto en 1276; alors il n^auroit eu que seize ans. Je suis porté à croire avec Baldinucci et M. Eméric David {Biographie universelle ^ XVII, 4*9) T^® Giotto est né en 1266, un an après Dante. Dans ce cas , Giotto auroit été âgé de vingt-six ans , et tout s^explique. Les fresques du Carminé et de la chapelle del Bargello en étendant la renommée de Giotto, Favoiept fait appeler à Rome, par Boniface VIII, en 1298. CesX cette dernière date qui est la base de mon raisonnement. Avec ceU , il est sûr que Dante , ayant quitté Florence en i3oo, pour n'y plus revenir , la peinture porte une date antérieure à i^oo; certes, de-, puis i3oo jusqu'en i32i , personne n'eut l'idée de peindre à Florence , dans un palais public , un des plus grands ennemis du Comune, Dans ce tempslà , Dante étoit l'auteur de la f^ita nuoifa et de sonnets célèbres. Aucune autre réputation ne le recommandoit. I] ne se trouve en une telle compagnie que parce qu^il est chéri de Brunetto et parent de Donati. Personne ne pou voit soupçonner que l'exil et l'indignation dicteroient au banni la Divine Comédie j telle qu'elle nous est parvenue ; j'accorde que

Dante en eût déjà conçu le plan. La figure est jeune^ suivant le rapport de M. Libri, et n^offre aucune trace de maigreur (i). Voici ensuite la situation dans laquelle je me suis trouvé. D^un côté, obligé de publier mon livre , qui étoit terminé , je ne pouvois pas attendre le dessin du portrait découvert récemment à Florence ; de Fautre côté , je voulois mettre un portrait en tête de mon édition, et je devois y placer celui de Fauteur de la Divine Comédie. Il étoit impossible de choisir un meilleur modèle que le portrait de Dante laissé par Raphaël , à qui la faveur de Léon X a dû procurer les informations les plus sûres , pour que la ressemblance fût exacte ; et ces informa-* tions, quand il s^agissoit de Fexilé, que son travail 9soïiJàtto per piu armi macro {Paradis^ xxv, 3),

(i) Je mpporte ici les propres paroles des iuformations que m'a données M. Illissirii^i :

a Lorsque M. Missirini publia, en i83o, Tillustration du mausolée élevé à Dante dans l*église da Santa Crooê , il y ajouta des notes relatives à l'Aliffhieri, et il rappela, d'après Vasari, que Giotto avoit peint le portrait d& Dante dans la chapelle Pretoria , nommée ensuite del Bargêilo. Une main barbare ayant donné une couche de blanc à ce portrait, le grand-duc, sur les instances de M. Missirini , chargea M. Marini de tâcher de découvrir ce trésor. M. Marini eut le bonheur de le retrouver. Act\ieUement le portrait est visible, et il a fortement ému Florence. Il est de grandeur naturelle ; Dante ne montre que la partie supérieure de ta personne , parce qu'il est placé à c6îé d'autres figures. 11 est dans la fleur de l'âge , et paraît avoir à peu près vingtnsix ans (l'^Q^). Vu de profil, le visage estoblong et sans maigreur, parce que, comme Dante le dit lui-même, le poème sacré ne Tavoit pas encore faUo macro. Déjà la figure a de l'autorité, et elle indique de profondes pensées , le haut génie et le cœur for^ q^i le lendirent si grand. »

. De ravea de M. Missirini , c'est le portrait de lamant de Béatrix , devenu l'époax de Gemma j ce n'est pas le |xn>trait de l'auteur du poimê divin. On a commencé a rendre en Europe qu'il faut répudier (es portraits connus qui sont des caricatures. Raphaël n'a jamais peint de oàr»eaturoê. Le masque tiré à Ravenne se rapporte aux deux portraits par Raphaël. Tenons-nous à ces deux chefs-d'œuvre, jusqu'à ce qu'un oeil découvipe û Vérone, à Toi mino, àGarganago, ou, si l'on veut, à Paris, un autre portrait qui ofire la date de l'une des douze dernières années de la vie du poète.

ne pouvoientètre recueillies à Florence, mais dévoient Têtre bien plutôt à Vérone, à Padoue, à Ravenne, où le crédit de Léon X é toit aussi puissant qu^à Florence. Ce que la sagesse des papes Èiit en Italie n^est jamais Élit à demi. Au bas du portrait que je publie, on voit des omemens et des attributs de poésie, de musique, de dessin , qui ont été gracieusement composés par M. Blondel, mon confi^re à Plnstitut, et Fun des plus habiles membres de FAcadémie des Beaux^Arts. Je laisse au public le soin de louer la fermeté , Ténergie , le sentiment profond et le bon goût du burin de M. Dien. En tête de Tanalyse de VEnJer^ j^ai placé la planche dont M. Farssell,* Suédois, est Fauteur, el qui représente les cercles de FAbime : cette planche est connUQ. En tête de Fanalyse du PurgaJioire^ on trouve la planche qui le représente , et en tête de Fanalyse du Paradis^ la planche qui donne Fitinéraire aérien, diaprés Manetti. Enfin, j^ai dû au talent de M. Dien une autre planche , qui est la cinquième : elle représente le masque que Fon a tiré sur la figure de Dante , en 1821 . Voici Fhistoire de cette nouvelle découverte. M. le marquis Torreggiani a eu, dernièrement , en héritage , à Florence , le palab del Nero, qui avoit appartenu au célèbre del Nero, grand admirateur de Dante. En faisant Finventaire, on a trouvé un masque en terre cuite , derrière lequel étoit écrit qu^on devoit en avoir le plus grand soin, parce que c^étoit le masque pris sur la figure de Dante, après sa morU Diaprés un dessin très-exact, M. LyeU, passionné pour Dante , a fait faire , à Londres , une gravure très-élégante et très-délicate de ce précieux reste des arts du xiv* siècle. Sur une des gravures de M. Lyell, qui ne sont pas dans le commerce, et que cet amateur distingué n^a distribuées qu''à un petit

nombre d^amis , M. Dien a composé ceUe qu^on voit en regard de la page J\SB. «Tai fait placer sous le masque, qui est naturellement d^une ressem* blance indubitable , les armoiries des Elisei-Alighieri , telles que je les ai trouvées dans un Priorista de la Bibliothèque du roi, magnifique manuscrit du plus grand prix , que m^a communiqué M. ChampoUion- Figeac. Elles ne sont pas telles que celles qu^a publiées Pelli. Ce Priorista (9971) porte Fécu des Elisei- Alighieri, qui fîit placé au palais du Comune peu* ^ dant le Priorat de Dante , avec Fécu des autres Priori. En voici la description. L^éou porte écartelé au 1 et 4' de gueules (rouge), au a et 3' d^azur, coupé d^une fasce dWgent, au chef losange d^or et d^azur. Depuis, les Alighieri , qui descendoient du poète , ont porté à Vérone d'^azur à Faile d^or : ce sont encore les armes des Sarego, dont nous parlerons plus tard. A droite et à gauche des armoiries de ces premiers Alighieri, j^ai placé celles de Foulques Portinari y père de Béatrix, et de Simon de^ Bairdi , son époux.

Les Portinari portoient d^or à la porte dW, cerclée et croisée dWgent , accolée de deux lions de gueules affrontés, posés sur des perrons et appuyés contre le portail. 11 est à remarquer qu^aujourd^hui ces mêmes armoiries sont celles des de la Poterie^ famille très-ancienne en France.

Les Bardi portoient dW à cinq losanges posées en fasce de gueides.

Je ferai ici une observation. A Florence, chaque famille, même celles des marchands de laine, de soie, et celles des arts mineurs^ avoient des armoiries qu'acnés choisissoient à volonté , et quelles s^attribuoient en quelque |sorte comme elles Pentendoient, à condition de n^en pas changer, et le Priorista de la

bibliothèque, déjà cité, ainsi qu^un autre Priorista^ non moins recomuiandable, qui a appartenu au généalogiste, M. d^Hozier, et quem^a fait voir M. Champoliion, présentent à la fois les noms, les armoiries et la désignation de la profession des prieurs et de^ gonfaloniers.

Il résultoit de cette situation que les familles i>05sédoient une partie des avîintages de la noblesse, et •que, bien qu^appartenant souvent à des rangs inférieurs de la société, elles jouissoient du privilège de réunir leurs parens, leur consorti^ sous une bannière du même blason, usage qui équivaloit en quelque sorte au droit d^étre réputé noble, et qui maintenoit dans ces familles d^abord Fobéissance au chef du nom, ensuite une partie de ces habitudes simples que contracte et que conser^^e la classe moyenne, et quelque chose enfin des vertus auxquelles noblesse oblige.

Maintenant, dans un si long examen de la vie d^un grand homme, après tant de travaux, ai-je atteint le but que je me proposois ? Pouf- le zèle et le désir de bien faire, je suis inattaquable; mais cela suffit- il devant l'imposant public qui, dans toutes les contrées de TËurope, lit et admire Dante ? La vraie histoire de Dante ne pourra jamais être composée que par Tltalie : qu^elle agrée donc mes efforts, et qu^elle daigne placer ce foible ouvrage dans un coin de Pimmense édifice où Ton rassemblera les monceaux de livres nécessaires pour jeter une abondante lumière sur l'histoire du plus grand génie des temps modernes ! Par sa renommée , il appartient à toute la terre ; aussi ai-je pu ine permettre de le louer dans une langue, sœur chérie de l'harmonieuse langue du s\. J'ai apporté mon offrande, et si c'est une espèce de droit de cité italienne que j'ai usurpé, on m'excusera en faveur de mes in-

tentions. On peut attribuer ina témérité à mon long séjour dans la Péninsule , où j^ai donné des preuves d^un attachement dévoué, qui engagèrent quelques amis, des flatteurs sans doute, à m'appeler FUius urbisj en me dédiant une vue complète de la ville de Rome.

Je crois nWoir plus à mentionner que Tétat de la filiation de la famille d^Alighieri en Italie. Il ne reste plus de descendans que par les femmes. Dans un arbre généalogique très-exact, Pelli {Memorie^ pag. 18 ) a établi clairement ce quHl convient de savoir à cet égard.

J'ai dit, pag. 83, que lorsque Dante quitta FI0-' rence en i3oo, il y laissa sa femme Gemma avec six garçons et une fille. Les fils s'appeloient Pierre, Jacques, Gabriel, Aligero, Eliseo et Bernard; la fille se nommoit Béatrix. Pierre mourut a Trévise en i364. De Pierre, marié à Jacopa (on ne sait pas le nom de sa famille ), naquit Dante II, mort en 14^8, qui eut un fils, Pierre II, mort en 1476- De Pierre it naquit Dante III, mort en iSio. De Dante III naquit Pierre III, marié en i536 avec Teodora Frisoni. Ici manque la ligne masculine. Pierre III ne laissa qu'une fille, Ginevra Alighieri, mariée en i54g, à Tâge de près de quatorze ans, au comte Marc-Antoine Sarego de Vérone, duquel descendoit , en ligne directe, Pandolfo, comte Alighieri Sarego, vivant en 1762. Poursuivons.

On sait qu'yen i3i8, Dante habita le château de Garganago. M. Valéry, le célèbre voyageur, Thomme de France qui a le mieux décrit Tltalie, et qui continue , quoique malade , ses importans travaux ; M. Valéry, qui a visité ce château, en parle ainsi :

« Je ne puis me rappeler ma visite à Garganago, sans atten- «« drisseinent et sans tristesse. Cet ancien manoir de Dante ( il « eût été mieux de dire asile ) étoit alors le séjour d'une femme

* HISTOIRE DE LA VIE DE DANTE, etc. [13211

•tinguée dont j'ai déjà déploré la perte, Madame la comtesse

^rego Alighieri. Elle avoit composé à Garganago une biblio-

aèque des plus rares et des meilleures éditions du grand

l>oète. Son projet étoit de lui âeverva BBOHHMBiy etdSe

étoit bien véntabknait digne de porter son nom, par le

kulte qa'die In aroit voué, par l'élévation de son esprit et

« Vantàtar de ses sentimens italiens, h ( Voyages historiques

m TudU, par M. Valéry, 2« édition, 1838, tom. I«% pag. 248.)

Je crois doDC avoir rempli ma tâche ; je crois avoir été juste envers tous« Si j'ai passé sous silence quelques détails, c^est que je les ai ignorés, ou que je n'^ai pas jugé qu'il fût nécessaire de les rapporter. Je suis heureux si la Péninsule Ausonienne , à tpii je dédie mon livre, l'accueille avec quelque bienveillance. Les Italiens doivent voir avec plaisir que de toutes parts on apporte des hommages a leur Dante, à ce génie du premier ordre, qui rend Tltalie si grande, et qui , en s^élevant , souleva avec lui tout son siède.

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